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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'agriculture face au risque

28 Septembre 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

L'agriculture face au risque

 

Tim Keegan*

 

 

 

 

J'ai vécu des tornades et des tempêtes de grêle, mais je n'ai jamais rien vu de tel que le derecho** qui s'est abattu sur l'Iowa et le Midwest le 10 août dernier.

 

Ce n'est que ces derniers jours que la vie est redevenue normale dans ma ferme. Pendant près de trois semaines, nous avons nettoyé, aidé les voisins et évalué les dégâts considérables.

 

Ma famille a plus de chance que beaucoup de mes compatriotes de l'Iowa. Dans notre ferme, près de la ville de Mount Vernon, la tempête a fait beaucoup de dégâts aux arbres, aux bâtiments et aux silos à grains. Elle a également aplati ou endommagé une grande partie de notre maïs. Nous ne savons pas encore quelle quantité nous allons récupérer.

 

Mais dans de nombreux endroits, la dévastation est bien pire.

 

 

 

 

À un kilomètre au nord de chez nous, il ne reste plus beaucoup de greniers à grains et des champs entiers de cultures sont anéantis. Les dégâts physiques sont déjà assez importants, mais la dévastation émotionnelle peut être encore pire. Les agriculteurs ont vu une saison de travail s'envoler dans un éclair de fureur de 45 minutes. Pour beaucoup, la reprise prendra des années.

 

Les dommages financiers sont importants, mais il faut espérer que beaucoup d'entre eux auront une assurance qui les aidera à gérer cette perte. Nous n'avons toujours pas d'estimation précise des dommages et nous ne le saurons probablement jamais, mais les fonctionnaires de l'État ont déclaré que 4 millions d'hectares de cultures – soit un tiers du total de l'Iowa – en ont subi les effets. On estime que les rendements du maïs dans les zones les plus touchées devraient diminuer de moitié.

 

Mais les montagnes russes émotionnelles et l'incertitude des prix des produits, les guerres commerciales et les conditions météorologiques ont créé un niveau de stress que, je le crains, certains ne pourront pas supporter.

 

Comme dans toute entreprise, l'agriculture est pleine de risques. Nous faisons de notre mieux pour en maîtriser certains. Nous luttons contre les mauvaises herbes, les parasites et les maladies avec des produits phytosanitaires. Nous prévenons l'érosion des sols et le ruissellement en entretenant et en gérant nos champs avec des cultures de couverture et des méthodes de semis direct. Nous pouvons même tolérer certaines périodes sèches ou humides si nous plantons des cultures GM présentant certaines caractéristiques, bien qu'il soit impossible de savoir en novembre (lorsque nous achetons des semences) ce que nous souhaiterons avoir en été (lorsque nos cultures poussent).

 

Nous ne pouvons tout simplement pas faire grand-chose pour la météo. Nous sommes à la merci du soleil, de la chaleur, de la pluie et du vent. Nous devons juste vivre avec et faire de notre mieux.

 

 

60 mph = 97 km/h ; 80 mph = 129 km/h ; 100 mph = 160 km/h ; 120 mph = 193 km/h

 

 

Cela inclut les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les tornades et les tempêtes de grêle. Mais ils ont tendance à concentrer leurs dégâts sur des zones relativement petites. Le derecho, en revanche, a balayé des centaines de kilomètres, du Nebraska aux Grands Lacs, sur une bande de plusieurs dizaines de kilomètres de large. Les vents les plus forts ont soufflé jusqu'à 225 km/h, soit l'équivalent d'un ouragan de catégorie quatre.

 

Nous n'avons eu pratiquement aucun avertissement. Les prévisions de ce jour-là annonçaient du vent et de la pluie, mais nous n'avons appris la gravité du derecho qu'environ 45 minutes avant qu'il ne frappe. Je suis rentré en vitesse à la maison après avoir rangé le matériel dans notre ferme, j'ai mis des lattes pour bloquer les ouvertures, je me suis préparé à une panne de courant et j'ai fait venir ma famille dans la cave.

 

Une fois le derecho passé, j'ai fait un rapide tour d'horizon de ma ferme et je suis allé en ville, où je suis pompier volontaire. Nous avons cherché les personnes qui avaient besoin d'aide et avons enlevé les débris. J'espère ne plus jamais voir des dégâts aussi importants.

 

Cela a été ma vie, alors que nous poursuivons le nettoyage de notre ferme et que nous aidons nos voisins et notre famille.

 

Avec le recul, si j'avais fait plus attention à mes vaches et à mes veaux, j'aurais peut-être été au courant de la catastrophe à venir. Ils semblent avoir une idée de ce qui les attend. Ils cherchent les zones basses et se regroupent. Leur instinct de survie les sert bien ; le mien a réussi à nous faire traverser le derecho.

 

Tout comme mon soja, qui est moins vulnérable que le maïs aux violentes tempêtes qui produisent un vent important.

 

Une partie de mon maïs est encore debout, surtout dans les zones où nous avons pratiqué l'agriculture sans labour. En ne retournant pas le sol, nous l'avons rendu plus sain. Les racines des plantes s'enfoncent plus profondément. Les tiges deviennent plus fortes. Même le meilleur maïs ne peut pas résister aux vents de la force d'un ouragan, mais mon observation générale est que le maïs dans les champs sans labour a donné de meilleurs résultats pour nous.

 

Une grande partie du maïs se trouvant sur le passage du monstre connu sous le nom de derecho est plié ou aplati. Nous allons essayer de récupérer une partie du grain, mais nous ne savons pas à quoi nous attendre. Dans plusieurs endroits, cependant, nous avons subi une perte totale et nous ferons face à ces conséquences l'année prochaine.

 

L'agriculture est une activité pleine de risques. Cela nous rappelle la puissance de Mère Nature et notre incapacité à contrôler ce qu'elle nous envoie. C'est une réalité à laquelle tous les agriculteurs sont confrontés : notre gagne-pain tourne souvent autour de quelque chose que nous ne pouvons pas contrôler. Pour moi, c'est l'aspect le plus frustrant et le plus difficile de la production de produits sûrs pour nourrir, alimenter et habiller le monde. Et le stress et l'incertitude accumulés pèsent sur nos familles.

 

Alors que nous entrons dans la phase finale de cette campagne, nous sommes confrontés à beaucoup d'inconnues.

 

Nous allons récolter ce que nous pouvons et continuer à travailler dur. Nous persévérerons, en continuant malgré les risques, que nous gérerons et endurerons à la fois.

 

C'est ce que font les agriculteurs.

 

_____________

 

Tim Keegan, agriculteur, Iowa, USA

 

Diplôme en sciences animales de l'État de l'Iowa, maîtrise en nutrition porcine de l'État du Kansas. En 2009, il s'est lancé dans l'agriculture avec sa belle-famille. 1.600 hectares de maïs et de soja ; élevage de 150 vaches/veaux. Utilisation d'une technologie de précision, cartographie des zones, échantillonnage en grille, pour mieux appliquer les semences, les engrais et les produits chimiques. A investi dans la technologie solaire.

 

* Source : https://globalfarmernetwork.org/2020/09/farming-through-risk/

 

** Un derecho est un type de phénomène météorologique rare de convection profonde extratropicale qui se déplace rapidement et qui produit de très fortes rafales descendantes causant d'importants dommages généralisés. Il se classe dans la catégorie des systèmes convectifs de méso-échelle. Wikipédia

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Hbsc Xris 28/09/2020 20:38

Même si cela n'est pas dit du tout en ces termes, dans le contexte actuel d'hystérie climatique, l'article peut laisser à penser qu'il y aurait plus d'événements extrêmes actuellement que dans le passé.
Un certain nombre de scientifiques ignorants du passé et de journalistes annoncent régulièrement plus de sécheresses, plus d'inondations, plus de tornades. Il est facile d'annoncer cela en se basant sur les courbes de bases de données d'événements météo extrêmes lorsque ces bases de données n'ont pas fait de recherches sur le passé et ne l'ont donc pas enregistré. Dire que c'est pire qu'autrefois ne repose donc sur rien, si ce n'est sur des courbes que l'on fait faussement commencer en 1900 par exemple, je dis "faussement" car si on a pas exploré historiquement les événements extrêmes des 60 ou 80 premières années du XXème siècle et rien "entré" en données à ce sujet, et bien la logique voudrait de commencer les courbes en 1960 ou 1980 ou à une date juste en tous cas. J'ai fait à ce sujet des recherches sur la France depuis 1900 c'est édifiant, http://hbscxris.over-blog.com/2020/01/evenements-climatiques-extremes-plus-nombreux-qu-autrefois-ou-bases-de-donnees-historiques-non-renseignees.html. Au passage, j'y ai découvert que la gestion des événements extrêmes (prévisions et mesures de protection) est devenu un business extrêmement rentable, alors il est hautement souhaitable que tout le monde ait peur. Lorsqu'on passe une partie de sa vie dans l'histoire, les événements météo extrêmes, tornades, inondations, canicules, sécheresses, grands froids se succèdent parfois avec une rapidité étonnante. Notre époque ne parait pas particulièrement différente des autres. Je ne nie pas un certain réchauffement actuel, mais au vu du passé, qui a connu également des époques chaudes, je m'interroge sur le mécanisme et sur la responsabilité du CO2, réelle ? partielle ? nulle ? Je ne sais pas. A regarder le passé, j'ai juste des doutes... Je pense également que les ICU (ilots de chaleur urbain) ne sont pas suffisamment pris en compte et explorés alors même que leur effet tant en diamètre qu'en altitude parait considérable.