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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Médecines douces » : des huiles essentielles sont des herbicides !

22 Août 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Santé publique

« Médecines douces » : des huiles essentielles sont des herbicides !

 

 

Absolument aucun pesticide, etc. ? Quelle blague !

.

 

La Confédération Paysanne a fort opportunément rappelé que les huiles essentielles pouvaient être un remède contre les pucerons qui sucent la sève des betteraves et leur transmettent une jaunisse.

 

Nous avions conclu notre billet avec une remarque un brin moqueuse :

 

« Les belles qui se font belles et les naturopathes qui prétendent soigner avec des huiles essentielles apprendront avec grand intérêt que ces huiles sont des... pesticides. »

 

Eh bien, les belles qui se font belles et les naturopathes qui prétendent soigner avec des huiles essentielles apprendront aussi avec grand intérêt que ces huiles ne sont pas seulement des insecticides, mais aussi des herbicides.

 

La RTBF a en effet publié un article un peu teinté de chauvinisme wallon, « Innovation en Wallonie : des huiles essentielles développées pour remplacer le glyphosate ». C'est même sans le légendaire point d'interrogation journalistique de prudence !

 

En bref :

 

« La découverte wallonne est majeure au niveau environnemental. Trois produits performants et biologiques ont été développés par des chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech de l’Université de Liège pour remplacer le glyphosate. Il s’agit de solutions à base d’huiles essentielles qui ont été fortement diluées mais qui restent efficaces pour tuer les mauvaises herbes. »

 

Voici donc trois nouveaux candidats à la substitution du glyphosate, après l'Osmobio à base d'infusion de henné et... d'huiles essentielles. Ils devront cependant être homologués.

 

Les chercheurs bombent le torse et pérorent – en faisant vibrer la corde « chimique = mal » et la corde « naturel = bien » :

 

« "On a toujours eu le souci de développer des méthodes alternatives aux pesticides chimiques. Et quand on a commencé les recherches en 2010 sur les huiles essentielles, on n’avait pas anticipé que le glyphosate allait poser problème des années plus tard. Et il se fait que fortuitement, nous sommes prêts", explique Haïssam Jijakli professeur en phytopathologie et en agriculture urbaine à la Faculté de Gembloux de l’Université de Liège. »

 

Et encore :

 

« Quant à la toxicité, elle est nulle selon les scientifiques gembloutois. "Ces huiles essentielles sont déjà utilisées dans le secteur de la médecine. Donc nous n’avons pas de craintes quant à d’éventuelles contaminations de ces produits à la faune et la flore", conclut Haïssam Jijakli.

 

Vous êtes sérieux, là, les universitaires (ou peut-être seulement le journaliste qui se sera laissé emporter par l'enthousiasme) ?

 

Restons dans le domaine de la phytopharmacie. La France autorise l'huile essentielle d'orange douce en micro-émulsion (à 60 g/L dans le cas du Prev-am) en tant que fongicide, insecticide et acaricide, classé produit de biocontrôle, et utilisable en agriculture biologique.

 

Voici un extrait des conditions d'emploi du Prev-am (ou Essen'ciel, Limocide) selon l'ANSES :

 

« - SP 1 : Ne pas polluer l'eau avec le produit ou son emballage. Ne pas nettoyer le matériel d'application près des eaux de surface. Éviter la contamination via les systèmes d'évacuation des eaux à partir des cours de ferme ou des routes.

 

- SPe 3 : Pour protéger les organismes aquatiques, respecter une zone non traitée de 5 mètres par rapport aux points d'eau pour les usages sur « carotte », « concombre », « chicorées », « fines herbes », « laitue », « melon », « infusions », « navet », « salsifis », « tabac », « cultures florales et plantes vertes », « rosier », « vigne », « cassissier », « framboisier », « fraisier », « choux », « poireau », « poivron », « tomate », « légumineuses potagères sèches », « oignon », et « ananas ».

 

- SPe 3 : : Pour protéger les organismes aquatiques, respecter une zone non traitée de 20 mètres par rapport aux points d'eau pour les usages sur « pêcher », « agrumes », « bananier », « kiwi », « pommier », « papayer », « manguier », « avocatier », « goyavier », « fruit de la passion », « arbres et arbustes », « palmiers alimentaires » et sur « houblon ».

 

- SPe 3 : Pour protéger les arthropodes non cibles, respecter une zone non traitée de 5 mètres par rapport à la zone non cultivée adjacente lorsque le produit est appliqué à une dose supérieure à 3 L/ha.

 

- SPe 8 : Dangereux pour les abeilles. Pour protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, ne pas appliquer durant la floraison et les périodes de production d'exsudats. Ne pas utiliser en présence d'abeilles. Ne pas appliquer lorsque des adventices en fleur sont présentes. »

 

Et voici pour le classement et les phrases de risque :

 

« C4 : Toxicité aiguë par inhalation - Catégorie 4

C2 : Lésions oculaires graves et irritation oculaire - Catégorie 2

TCC2 : Dangers pour le milieu aquatique - Danger chronique, catégorie 2

AT : Mention d'avertissement : Attention

AT : Mention d'avertissement : Attention

 

PHRASE DE RISQUE

 

H319 : Provoque une sévère irritation des yeux

H332 : Nocif par inhalation

H411 : Toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets à long terme »

 

S'il vous faut une nouvelle démonstration de la fausseté de l'égalité « naturel = bien », vous l'avez ici. Vous pouvez aussi lire les instructions pour les équipements de protection de l'opérateur utilisant ces produits...

 

Il serait fort imprudent d'extrapoler des huiles essentielles utilisées comme fongicides, insecticides et acaricides à des produits – à la composition inconnue hormis pour la présence d'huiles essentielles – utilisés comme herbicides. On peut néanmoins affirmer sans souci que leur toxicité ne sera pas nulle, contrairement à ce qu'affirment les scientifiques gembloutoix.

 

Par ailleurs, un produit insecticide ne doit pas avoir d'effet néfaste sur la plante traitée, au contraire de ce qui est attendu d'un herbicide. Sauf à ce que les chercheurs belges aient trouvé des co-formulants miracles, la dose d'huiles essentielles appliquées sur les mauvaises herbes devra être bien plus importante que dans le cas d'un insecticide. Les risques n'en seront que plus grands.

 

La RTBFécrit encore :

 

« La réponse des chercheurs gembloutois est claire. Ces critères [prix, modalités d'utilisation, toxicité] ont été pris en compte, et ce dès la genèse de cette recherche. "L’huile essentielle coûte relativement chère mais nous avons développé une substance biologique avec de l’huile hautement diluée avec toujours des propriétés actives. Le coût final est désormais bas et permettra d'être concurrentiel face au glyphosate". »

 

Concurrentiel par rapport à un produit hors brevet depuis 2000 ? C'est à voir. En tout cas, il nous semble qu'un produit à base d'huile essentielle agira par contact sur les feuilles (comme les nouveaux Roundup à base d'acide acétique (vinaigre) ou pélargonique – qui ne sont pas de Bayer/Monsanto) ; question compétitivité avec le glyphosate qui détruit aussi les racines, il n'y a pas photo...

 

 

Post scriptum

 

À moins d'avoir zappé une information, nous n'avons pas trouvé d'huile essentielle autorisée sur betteraves. Bravo la Confédération Paysanne pour la qualité des informations qu'elle véhicule.

 

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Commenter cet article

Justin 22/08/2020 23:52

En début de semaine sur France 2 en prime Time, les pouvoirs extraordinaires du corps humain avec Michel Cymes (docteur Michel Cymes) et Adriana Karembeu : les huiles essentielles peuvent remplacer les antibiotiques, la preuve elles détruisent aussi les microbes (in Vivo comme l'hqc pour le covid19)

Jacques Lemiere 22/08/2020 10:20

voila.."le chimique c'est mal".. dès lors on peut argumenter des heures..

Mireille Gary 22/08/2020 08:51

L'avantage des biopesticides n'est-il pas plutôt leur non-rémanence ?
Ce que je voudrais savoir, c'est la surface utilisée pour produire les plantes cultivées pour leur huile. Combien de plantes faut-il pour extraire 60 g, pour reprendre votre exemple du Prev-am ? Et leur mode de protection. N'est-ce pas le serpent qui se mord la queue, si l'on produit des huiles essentielles pour protéger les cultures dédiées à ces essences ?

Seppi 22/08/2020 09:15

@ Mireille Gary le samedi 22 août 2020 à 08:51

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je me pose les mêmes questions...

Pour les pyréthrines, on sait : 22.659 hectares dans le monde pour 11.311 tonnes de fleurs séchées en 2018 (Faostat)... et protection phytosanitaire par des produits de synthèse.