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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'insaisissable éleveur d'émeus : une demande croissante de viande exotique

29 Août 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #élevage

L'insaisissable éleveur d'émeus : une demande croissante de viande exotique

 

Un regard sur un marché américain de niche et sur qui achète de la viande d'émeu

 

Suzanne Downing, AGDAILY*

 

 

Un émeu erre dans un enclos au Wild Rose Emu Ranch à Hamilton, Montana. (Image : Suzanne Downing)

 

 

Clover Quinn a ramassé une grande plume d'émeu sur le sol en terre battue d'un enclos extérieur au Wild Rose Emu Ranch à Hamilton, dans le Montana.

 

« J'adore ramasser des plumes d'émeu », a déclaré Quinn. « Elles sont si inhabituelles. Chaque plume d'émeu se compose de deux longues pennes qui poussent au lieu d'une seule. »

 

Ces plumes – utilisées par les pêcheurs à la mouche de la vallée de Bitterroot dans le Montana pour fabriquer des mouches faites maison et par les fleuristes locaux pour garnir les arrangements floraux – ne sont qu'un des nombreux sous-produits de l'élevage d'émeu. Quinn et son mari, Joe, élèvent ces grands oiseaux préhistoriques incapables de voler depuis plus de deux décennies.

 

En moyenne, les Quinn hébergent 70 émeus dans leur ferme, dont quelques couples reproducteurs. Les oiseaux, mâles et femelles, vivent ensemble dans des pâturages entourés de clôtures à mailles losangées de 1,80 mètre de haut jusqu'à ce qu'ils atteignent ce que Quinn appelle « l'adolescence », c'est-à-dire l'âge de 13 à 14 mois.

 

« C'est l'âge idéal pour la récolte », a déclaré Quinn.

 

 

Joe Quinn se promène dans un enclos d'émeus au Wild Rose Emu Ranch après avoir vérifié le niveau de nourriture dans une boîte fixée à un arbre. (Image : Suzanne Downing)

 

 

Le travail agricole pratique prend environ 20 heures par semaine à Joe Quinn – remplir les distributeurs d'aliments un jour sur deux, entretenir les clôtures et remplir les abreuvoirs. La commercialisation et la vente de la viande et de l'huile d'émeu sont les activités qui demandent le plus de temps. Clover Quinn passe en moyenne 60 heures par semaine à répondre aux commandes en ligne, à livrer de la viande aux épiceries locales et à participer aux marchés fermiers locaux pour vendre les produits de l'émeu.

 

« Je me suis tellement amusé au fil des ans », a déclaré Quinn, alors que le faible bruit de tambour d'un émeu résonnait au loin. « J'ai l'impression de ne pas avoir vieilli d'un jour. »

 

Pour des agriculteurs comme Quinn, élever des émeus aux États-Unis est une des voies agricoles les moins empruntées. Les éleveurs d'émeus sont peu nombreux par rapport aux autres filières agricoles. Mais la demande croissante de sources nouvelles et uniques de viande saine comme l'émeu a contribué à maintenir les éleveurs d'émeus en activité. Une partie de cette demande est alimentée par la propagation aux États-Unis d'une allergie à la viande de mammifère transmise par les tiques (communément appelée le syndrome alpha-gal), et les personnes atteintes du syndrome alpha-gal qui désirent ardemment le goût, la texture et les avantages nutritionnels de la viande rouge achètent cette viande exotique savoureuse.

 

 

Clover Quinn surveille un de ses couples d'émeus reproducteurs dans son ranch du Montana. (Image : Suzanne Downing)

 

 

L'élevage de l'émeu américain

 

L' émeu est un oiseau sauvage d'Australie qui ne vole pas. Pendant des milliers d'années, les chasseurs ont prélevé des émeus pour leur viande, leur huile, leur peau et leurs plumes. Mais les émeus ne sont arrivés en grand nombre en Amérique que dans les années 1930 et vivaient principalement dans les zoos. Dans les années 1980, les éleveurs américains ont commencé à élever des émeus à partir de ce stock originel de zoos, et dans les années 1990, les chefs cuisiniers convoitaient cette viande tendre et les médias ont surnommé l'émeu « la prochaine viande rouge du pays ».

 

« L'élevage d'émeus était alors en plein essor », a déclaré Terry Turner, président de l'Association Américaine de l'Émeu. « Tout le monde voulait se lancer dans cette activité, et un couple d'émeu reproducteur pouvait facilement se vendre pour 10.000 dollars ou plus. »

 

Mais le boom de l'émeu a été de courte durée. L'offre de viande d'émeu a rapidement rattrapé la demande. Puis, elle l'a dépassée. Les prix des couples d'émeus reproducteurs sont tombés à environ 1.000 dollars, et une foule d'éleveurs d'émeus ont abandonné l'activité. Un article du Los Angeles Times a même qualifié cette époque de « The Craze That Didn’t Fly » (la folie qui n'a pas décollé).

 

La plupart des éleveurs qui sont restés dans la filière se sont tournés vers l'élevage commercial d'émeu, mais la vente de la viande d'émeu s'est avérée difficile. Un oiseau ne donne que 13 kg de viande désossée (contre plus de 230 kg pour une vache), et les agriculteurs ont dû trouver d'autres sources de rentabilité, comme la vente d'huile d'émeu, d'œufs, d'abats, de plumes et de peaux. Les gens utilisent l'huile d'émeu sur leur peau depuis des siècles pour lutter contre la sécheresse et les inflammations. Et comme chaque émeu produit environ 7,5 litres d'huile, il s'est avéré que c'est un produit rentable. Les abats d'émeu sont populaires parmi les producteurs d'aliments pour chiens pour leur valeur nutritive. Et les créateurs de mode utilisent les peaux d'émeu pour fabriquer des vêtements en cuir exotique.

 

 

Clover Quinn tient une poignée de plumes d'émeu qu'elle a prélevées sur le sol d'un enclos. « Ces plumes peuvent atteindre une longueur de 45 centimètres », dit-elle. (Image : Suzanne Downing)

 

 

Bien que les éleveurs d'émeu aient appris à être créatifs en matière de marketing et de vente, ils devaient également éduquer le peuple américain sur la valeur nutritionnelle de la viande d'émeu.

 

« Il y a vingt-cinq ans, je m'asseyais au marché fermier local dans le Colorado et je distribuais des échantillons de chili dans une mijoteuse », a déclaré Turner. « Parfois, c'était de la sauce à spaghetti sur une baguette. Tout pour que les gens achètent ma viande d'émeu. »

 

Et cela a fonctionné. Au fil des ans, ces dégustateurs de chili sont devenus des clients fidèles, dont certains achètent encore de la viande chez Turner aujourd'hui.

 

Grâce aux efforts d'éducation et de marketing des éleveurs d'émeus, de plus en plus d'Américains consomment de la viande d'émeu et l'élevage d'émeu commence à faire son retour.

 

Selon le dernier recensement agricole américain, qui a été réalisé en 2017, il y a environ 1.500 élevages d'émeu et environ 11.500 émeus aux États-Unis. C'est une estimation que Turner juge faible, mais ce sont les seuls chiffres disponibles.

 

On ne sait pas exactement quelle quantité de viande d'émeu est consommée par les Américains chaque année.

 

« Vous ne trouverez pas ces données parce qu'elles n'existent pas », a déclaré Roxanne Smith, directrice des affaires publiques et du Congrès au Ministère Américain de l'Agriculture.

 

Les émeus sont des animaux exploitables, c'est-à-dire qu'ils sont une espèce exotique soumise à une inspection fédérale obligatoire en vertu de la loi fédérale sur l'inspection de la viande si la viande est vendue en dehors des frontières de l'État. En résumé, la viande d'émeu est inspectée au niveau national, mais n'est pas enregistrée.

 

Ngon Nguyen, éleveur d'émeus et co-fondateur de la ferme Amaroo Hills au Tennessee, a estimé qu'environ 30.000 kg de viande d'émeu sont vendues aux États-Unis chaque année, tandis que le bœuf, par exemple, représente environ 11 milliards de kilos.

 

« Nous sommes un peu en retard par rapport aux autres », a déclaré M. Nguyen.

 

Bien qu'il n'existe pas de données précises sur les ventes de viande d'émeu aux États-Unis, il existe toujours une demande de niche pour cette viande, et les personnes atteintes du syndrome alpha-gal sont parmi les clients les plus fidèles de la filière.

 

 

Les personnes atteintes d'alpha-gal ne peuvent pas manger de viande de mammifère, donc les oiseaux comme l'émeu sont un bon substitut de protéines. (Image : Suzanne Downing)

 

 

Le syndrome alpha-gal et la viande d'émeu

 

Si vous êtes mordu par une tique solitaire, vous pourriez développer une allergie à la viande de mammifères comme le bœuf, le porc et l'agneau.

 

« En 2003, je tondais les herbes hautes à la ferme », explique Nguyen. « J'ai baissé le regard et j'ai vu des tiques partout sur mes jambes. Ça me démangeait beaucoup. J'ai couru dans la maison et j'ai essayé de m'en débarrasser avec la douchette dans la baignoire. »

 

Après cela, Nguyen ne pouvait plus manger de viande de mammifère sans avoir une réaction allergique. Ces réactions chez les personnes atteintes d'alpha-gal comprennent l'anaphylaxie, des éruptions cutanées qui démangent ou sont douloureuses, des maux de tête et un sentiment général de manque d'énergie.

 

En 2009, l'allergie à la viande de Nguyen eut un nom officiel : le syndrome alpha-gal. Un syndrome décrit par les médecins de la clinique Mayo comme « une allergie alimentaire à la viande rouge et à d'autres produits fabriqués à partir de mammifères ». Selon l'American Academy of Allergy Asthma and Immunology, l'alpha-gal est une molécule transportée dans la salive des tiques solitaires et peut-être d'autres arthropodes, généralement après qu'ils se soient nourris de sang de mammifères. Les personnes piquées par la tique, en particulier celles qui sont piquées à plusieurs reprises, risquent d'être sensibilisées et de produire les anticorps qui provoquent ensuite des réactions allergiques.

 

« Je voulais à nouveau manger de la bonne nourriture, et le poulet et la dinde ne font pas un bon hamburger », a déclaré M. Nguyen. « La viande d'émeu était celle qui se rapprochait le plus du bœuf, et elle contient deux fois plus de fer et quatre fois plus de vitamine B-12. »

 

Mais le marché était particulièrement petit à l'époque, et la viande d'émeu n'était pas facilement disponible. C'est alors que Nguyen a commencé à élever des émeus à Amaroo Hills, en même temps que des autruches et des canards – une passion qui s'est transformée en une entreprise florissante.

 

« Aider les gens à manger normalement est une de nos missions », a ajouté Nguyen. « J'ai vu l'élevage d'émeus comme une solution miracle pour les personnes atteintes d'alpha-gal. »

 

 

Amaroo Hills possède un solide commerce de détail de viande en ligne. (Image : Amaroo Hills)

 

 

Une demande de viande d'émeu

 

Au cours des huit dernières années, Nguyen a vendu de la viande d'émeu à des restaurants, à des magasins d'aliments naturels locaux et directement à des clients en ligne – et la demande continue d'augmenter régulièrement.

 

« Les hamburgers d'émeu d'Amaroo Hills sont excellents, » a déclaré Tammi McGraw, de Pittsboro, en Caroline du Nord, qui a été diagnostiquée du syndrome alpha-gal en 2013.

 

« J'étais devenue assez anémique, quelle que fût la quantité de haricots que je mangeais, a déclaré McGraw. « Une fois que j'ai inclus l'émeu dans mon régime, ça s'est beaucoup amélioré. »

 

En mars et avril 2020, en raison de la COVID-19, les gouvernements des États ont imposé aux propriétaires de restaurants de fermer leurs portes.

 

« Les restaurants sont une énorme clientèle pour nous », a déclaré Nguyen. « Et nous avons temporairement perdu tous ces clients. » Mais pendant la fermeture, les ventes de viande en ligne d'Amaroo Hills ont facilement compensé. Nguyen a estimé une augmentation de 25 à 30 % des ventes en ligne pendant les deux mois de fermeture.

 

Clover Quinn, propriétaire du Wild Rose Emu Ranch, a vécu une expérience similaire.

 

« Nos ventes de viande ont été bonnes et ont augmenté régulièrement au fil des ans », a déclaré Quinn. « Je viens d'apporter 45 kilos de viande d'émeu au magasin Good Food de Missoula. » Bien que les ventes du restaurant de Quinn aient également été temporairement interrompues lors de la récente fermeture économique, Quinn a déclaré que ses ventes directes aux clients n'ont pas ralenti.

 

Quinn a des clients en dehors de l'État qui ont de l'alpha-gal et qui se rendent dans sa ferme juste pour acheter sa viande.

 

« Ils viennent avec leurs glacières, et je les remplis de viande d'émeu », a déclaré Quinn, dont la viande n'est inspectée qu'au niveau de l'État et n'est pas disponible pour être expédiée d'un État à l'autre.

 

 

Clover Quinn ouvre l'un des huit congélateurs remplis de viande d'émeu au Wild Rose Emu Ranch. (Image : Suzanne Downing)

 

 

Ailleurs, les ventes de viande d'émeu pour les propriétaires de Fossil Farm à Boonton, dans le New Jersey, n'ont cessé de grimper au cours des 23 dernières années, et les travailleurs de l'exploitation disent avoir vu les ventes augmenter de plus de 150 % rien que de 2019 à 2020.

 

« Maintenant plus que jamais, nous voyons la demande des consommateurs et des professionnels pour des alternatives durables augmenter », a déclaré Dan Del Coro, directeur des ventes et du marketing national de Fossil Farms.

 

M. Del Coro a indiqué que les clients ayant un alpha-gal représentent une bonne partie des ventes de viande d'émeu et que la ferme a consacré une section entière de son site web à ces consommateurs.

 

Pour Don Collins, propriétaire du Montana Emu Ranch dans l'ouest du Montana, les ventes de viande d'émeu ont également augmenté régulièrement au cours des cinq dernières années.

 

« Un été, j'ai vendu plus de 900 kg de hamburgers d'un quart de livre à un chef du parc national des Glaciers », a déclaré M. Collins.

 

« La demande est toujours là », a-t-il dit. « Si j'ai de la viande d'émeu, ça va se vendre. »

 

Collins espère que d'autres fermiers et éleveurs pourraient envisager de se lancer dans le marché de l'émeu – un marché qui s'est avéré lucratif pour lui et son personnel.

 

« Il n'y a pas assez de producteurs pour répondre aux besoins actuels », a ajouté M. Collins.

 

Alors que Clover Quinn tenait un bouquet de plumes d'émeu dans sa main, elle a fait écho à la déclaration de Collins.

 

« Je prends ma retraite l'année prochaine, et j'aimerais voir un jeune couple d'agriculteurs suivre mes traces », a-t-elle déclaré. « Il y a un marché de l'émeu bien établi ici dans le Montana et il y a une grande opportunité pour quelqu'un qui est prêt à se mettre au travail. »

 

_______________

 

Suzanne Downing est une auteure et photographe de la nature du Montana ; elle a une formation de journaliste spécialisée dans les sciences de l'environnement. On peut trouver ses œuvres dans Outdoors Unlimited, Bugle Magazine, Missoulian, Byline Magazine, Communique, MTPR online, UM Native News, les campagnes de la National Wildlife Federation et ailleurs.

 

Source : https://www.agdaily.com/livestock/elusive-emu-farmer-growing-demand-for-exotic-meat/

 

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Il est là, fils spirituel de Seppi 30/08/2020 00:44

Par curiosité, on sait quel est l'iùmpact écologique de la viande d'émeu par rapport à celui de la viande de boeuf ?

Il est là, fils spirituel de Seppi 02/09/2020 00:05

@Seppi

Justement cet augmentation au niveau mondial peut accroître l'impact de l'élevage quand bien même le taux baisse en France

@Justin

Ok. Moi j'alterne en général, une semaine je mange deux fois du poisson et pas de viande et l'autre je mange deux fois de la viande et pas du poisson. Mias je suis plus souple si je suis chez de la famille

Justin 01/09/2020 15:22

@ Il est là, fils spirituel de Seppi

"Après encore une fois le but est d'être contre la sur consommation des protéines animales et demander une réforme de l'élevage, pas de le supprimer totalement et encore moins de soutenir les coups des veganimalistes. Enfin après c'est mon cas, ce n'est peut-être pas celui de Justin."

Je réagissais surtout car c'est le genre d'oubli que les "véganimalistes" ne ratent pas...

Après je suis concient que 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim et voudraient bien manger de temps en temps de la viande.
Quand à moi, j'essaye de me contenter de ce que recommande le PNNS (plan National Nutrition Santé) soit 500gr viande (hors poisson et oeufs) par semaine.

Seppi 01/09/2020 14:54

Bonjour,

Vous avez raison.

Evolution de 2006 à 2018 pour les bovins (les grands producteurs de méthane) selon FAO stat:

Monde : +7 %
France : -5 %

Il est là, fils spirituel de Seppi 01/09/2020 14:15

Oui aussi, Justin, il faut prendre en compte l'augmentation du cheptel qui aggrave son impact écologique.

Après encore une fois le but est d'être contre la sur consommation des protéines animales et demander une réforme de l'élevage, pas de le supprimer totalement et encore moins de soutenir les coups des veganimalistes. Enfin après c'est mon cas, ce n'est peut-être pas celui de Justin.

justin 31/08/2020 15:40

"S'agissant du méthane, souvent agité en épouvantail, le méthane éructé par une vache aujourd'hui remplace, en simplifiant l'argument, celui éructé par une vache il y a 12 ans."

les vaches étaient moins nombreuses il y a 12 ans...