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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une enquête longue d'un an réfute le mythe de l'activisme anti-OGM ancré dans une base militante

3 Juin 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #OGM

Une enquête longue d'un an réfute le mythe de l'activisme anti-OGM ancré dans une base militante

 

Cameron English*

 

 

Les groupes anti-OGM se présentent au public comme des chercheurs de vérité indépendants qui luttent pour construire un système alimentaire sain et contrer les machinations des « puissantes » entreprises. Une enquête détaillée sur les personnes qui financent ces groupes et sur la manière dont ils dépensent leurs dons massifs brosse un tableau très différent.

 

Ma note : il s'agit des États-Unis d'Amérique, mais cela s'applique aussi à la France.

 

 

Crédit : Jonn Leffmann/Wikipedia

 

Depuis de nombreuses années, le mouvement anti-OGM présente un récit convaincant sur sa lutte contre l'industrie des biotechnologies, appelée péjorativement « Big Ag ». Selon ce récit, les militants de l'alimentation biologique et les groupes environnementaux sont des rebelles indépendants et issus de la base qui s'attaquent aux entreprises qui cherchent à contrôler l'approvisionnement alimentaire mondial avec leurs semences GM et leurs pesticides brevetés. Pour les militants, c'est une lutte biblique : ils sont David et l'industrie agrochimique, dirigée par Monsanto, est Goliath.

 

Ce récit à la Erin Brockovich a sans aucun doute convaincu de nombreux Américains que l'industrie biotechnologique dépense des millions pour promouvoir ses produits, faire pression sur le Congrès et faire taire ses détracteurs qui ne sont pas aussi puissants. Mais comme le Genetic Literacy Project (GLP) l'a documenté dans son tout dernier pisteur de financement du plaidoyer anti-OGM (Anti-GMO Advocacy Funding Tracker), le coup du combat de David contre Goliath est pour le moins suspect.

 

 

Rencontrez Big Organic

 

Sur la base d'une enquête d'un an sur les dossiers fiscaux et les rapports annuels de centaines de groupes de plaidoyer anti-OGM et de leurs donateurs, le pisteur de GLP révèle qu'au lieu d'être des outsiders qui s'attaquent à l'establishment des entreprises, de nombreux groupes activistes sont des opérations de relations publiques hautement qualifiées, dotées de gros budgets, qui travaillent à diaboliser la biotechnologie végétale. Sur la période de cinq ans 2012-2016, les groupes anti-OGM ont reçu 850.922.324 dollars en dons de la part d'entreprises de produits biologiques et de riches fondations.

 

Le pisteur comporte une carte interactive du réseau illustrant les relations financières entre les donateurs (cercles jaunes) et les bénéficiaires (cercles bleus), ainsi que des données financières exportables et des profils détaillés des 50 premières organisations. Toutes les données peuvent être basculées par année et par taille des organisations (top 10, 25, 50, etc.) (Voir cet article pour une explication approfondie sur l'utilisation du pisteur.)

 

 

Une carte du réseau représentant les donateurs et les bénéficiaires.

 

 

Ces groupes à but non lucratif constituent un mouvement très organisé qui diffuse un message similaire, partageant un grand nombre des mêmes donateurs et, dans certains cas, la même direction. Charlie Cray, chercheur chevronné de Greenpeace, par exemple, siège au conseil d'administration de U.S. Right to Know, un groupe militant financé par le biobusiness, connu pour s'en prendre aux scientifiques de la biotechnologie en les traitant de « vendus » de l'industrie agrochimique. De même, l'Environmental Working Group (EWG), créateur de la tristement célèbre liste des douze salopards (Dirty Dozen), est financé par un groupe de lobbying industriel appelé Organic Voices Action Fund (OVAF). Le président de l'EWG, Ken Cook, siège au conseil d'administration de l'OVAF.

 

Au-delà du vaste réseau d'activisme mis à nu par le pisteur de BPL, il existe des faits plus éclairants que les consommateurs, les décideurs politiques et les journalistes devraient connaître.

 

 

Les dépenses de Big Organic dépassent celles du secteur biotechnologique

 

Les activistes anti-OGM ont l'habitude de se plaindre que l'industrie biotechnologique dépense d'énormes sommes d'argent pour faire pression sur les politiciens afin de bloquer la réglementation de ses semences génétiquement modifiées et de ses pesticides. C'est simpliste, car les produits biotechnologiques et phytopharmaceutiques sont étroitement réglementés par la FDA, l'USDA et l'EPA, ce qui coûte très cher à l'industrie. Mais le point le plus important est que les groupes d'activistes ont dépensé beaucoup plus en lobbying que « Big Ag », et la raison est simple, comme le souligne le GLP :

 

« Sur la base des données que nous avons pu dénicher [...] les dépenses pro-OGM sont importantes mais ne représentent qu'une fraction des dépenses des groupes anti-OGM [...] Alors que les groupes anti-OGM dépensent des centaines de millions de dollars en lobbying par le biais des médias et d'Internet pour faire valoir que les plantes transgéniques et modifiées par édition de gènes sont malsaines ou non durables, et devraient donc être interdites ou étiquetées, les sociétés de biotechnologie consacrent la majeure partie de leur argent au développement de produits. »

 

 

Des fondations pro-science financent l'activisme anti-science

 

L'activisme anti-OGM est financé dans une large mesure par le secteur de l'alimentaire biologique, qui considère la biotechnologie comme une menace pour sa rentabilité. Néanmoins, une part importante des dons collectés par les groupes anti-biotechnologie végétale provient de fondations qui financent par ailleurs la recherche scientifique et l'éducation.

 

La Fondation Packard, par exemple, a contribué à diverses organisations à vocation scientifique, notant sur son site web qu'elle « soutient la recherche créative et opportune pour susciter une réflexion nouvelle et produire des solutions efficaces et innovantes ». Cependant, la fondation a également donné 1.250.000 dollars au Natural Resources Defense Council (NRDC) entre 2012 et 2016.

 

Le NRDC n'a pas hésité à s'opposer au consensus scientifique sur les OGM, en récitant l'élément de langage bien connu selon lequel les entreprises de biotechnologie « ont une mainmise » sur les agences fédérales qui devraient les réglementer. Le groupe environnemental a également travaillé avec le journaliste Paul Thacker, qui qualifie les groupes pro-science, dont le Genetic Literacy Project et l'ACSH, d'« espions » de Monsanto pour l'éducation du public sur les OGM.

 

Pour de nombreuses fondations, ce pisteur devrait susciter une réflexion et une reconsidération de leurs pratiques de financement, comme le note le GLP :

 

« Même certains des groupes anti-OGM les plus agressifs, qui se consacrent uniquement à l'attaque de la biotechnologie, ont reçu des subventions considérables de fondations par ailleurs pro-science [...] Ces fondations savent-elles qu'elles financent des groupes militants qui s'appuient sur des recherches scientifiquement non fondées et rejettent le consensus scientifique écrasant selon lequel la technologie des OGM est sûre ? »

 

______________

 

Cameron J. English est un chercheur de l'ACSH Young Scientists in America et un rédacteur scientifique et éditeur du Genetic Literacy Project. Il co-anime le podcast Biotech Facts and Fallacies.

 

Source : https://www.acsh.org/news/2020/05/09/year-long-investigation-refutes-myth-grassroots-anti-gmo-activism-14775

 

 

 

 

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Il est là, fils spirituel de Seppi 03/06/2020 19:49

Et bien depuis le temps que je le dis que les lobbyistes anti-OGM sont bien plus corrompus que les chercheurs en biotechnologie végétale. Mais bon les biotausaurus diront que cette enquête est fausse car financée par Mondiablosanto et ses caniches et que les chfifres sont sortis du chapeau et blablabla. On connaît la chanson.

Bon on verra ce que les médias vont en dire. Ah ben non c'est vrai cette étude étant pro-OGM les médias n'en parlerons pas (saif le Point et l'Opinion).

PierreL. 03/06/2020 15:07

Tant qu'à parler d'Erin Brockovich il est intérssaant de mentionner cette histoire:
https://www.acsh.org/news/2017/08/02/california-repudiates-erin-brockovich-hexavalent-chromium-11644
Maintenant pensez à l'histoire du glyphosate ; vous pouvez avoir tort et vous faire allouer des centaines de millions.
Du moment que vous vous en prenez à BIG AG. vous avez raison et méritez pleins de $$$$