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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Pesticides, le débat empoisonné » sur France 3 : l'agribashing sournois

9 Juin 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides

« Pesticides, le débat empoisonné » sur France 3 : l'agribashing sournois

 

 

 

Les chaînes de télévision publiques – financées par nos redevances – se sont fait une spécialité de l'agribashing. Il y a celui aux gros sabots de... Oups ! Pas de noms ! En citer une paire risque de susciter de nombreuses jalousies... Et il y a « Pesticides, le débat empoisonné », de la série « Réseau d'enquêtes », diffusé à point d'heure (heureusement...) le mercredi 20 mai 2020 par France 3 (résumé ici).

 

Ce 52 minutes – présenté comme une « enquête » – se voulait sans doute équilibré, une balade en zigzag, entre « il a dit », « elle a dit »... Mais il y a deux problèmes.

 

 

Un combat de boxe entre poids super-lourds et poids mouches

 

Le second problème (chronologiqument), celui qu'on a pu constater en visionnant l'œuvre audiovisuelle (au sens du droit d'auteur), est que la défense est assurée par des quidams, alors que l'accusation est portée par des poids lourds médiatiques.

 

En figures de proue : M. François Veillerette, présentement directeur de Générations Futures, la petite entreprise qui ne connaît pas la crise, financée qu'elle est par le biobusiness pour dire beaucoup de mal de l'agriculture « conventionnelle » ; M. Daniel Cueff, ancien maire de Langouet en Bretagne (qui ne se représentait pas et pour cause... l'équipe qu'il a soutenue a été battue, il allait donc se faire désavouer) et figure de proue de l'activisme en faveur de zones non traitées aux abords des habitations de 150 mètres (voire plus) ; M. Paul François, le David qui se bat contre le Goliath Monsanto, sa vie ayant été « brisée par les pesticides » selon le titrage de la séquence sur Facebook (la séquence télévisée est visible ici) ; ou encore le maintenant député Matthieu Orphelin, proche de M. Nicolas Hulot, venu seriner que les agriculteurs – somme toute de pauvres idiots – ne sont pas « accompagnés » pour « sortir » des pesticides (sous-entendu : de synthèse).

 

Le second problème (bis) a aussi été que ces gens ont pu dérouler librement leur rhétorique, y compris les petites et grosses manipulations. Il s'agissait certes, pour l'auteur de l'œuvre audiovisuelle, de présenter un « débat empoisonné », mais est-il admissible, surtout de la part d'une chaîne du service public, de laisser diffuser le poison sans y mettre un frein ou un bémol ?

 

M. François Veillerette a par exemple pu asséner en toute impunité, en se départissant de son habituel ton doucereux, façon Kaa dans le Livre de la Jungle : « Le glyphosate, à mon sens, n'aurait jamais dû être autorisé ». Aucune contradiction, aucun contradicteur... Le présentateur l'encourage même vivement à poursuivre son discours de propagande en faveur du... bio.

 

 

 

Les traitrises d'agriculteurs passés en bio

 

Aux agribasheurs les grandes diatribes, aux agriculteurs « conventionnels », illustres inconnus propulsés exceptionnellement devant la caméra, la présentation, avec des limites, de leurs pratiques qu'ils disent bonnes – et qui le sont.

 

Que valent leurs témoignages ?

 

Celui de cet agriculteur de Langouet qui, venant après une habitante du lieu qui affirme avoir un taux de glyphosate dans ses urine dix fois supérieur à « la moyenne », rabâche le discours du syndicat majoritaire – « il faut plus de temps », abondant ainsi dans le sens du bashing ?

 

Celui, plus percutant, du producteur de carottes des sables de la Manche ?

 

Celui d'un viticulteur qui affirme qu'« on est obligé, la vigne, si on ne la soigne pas, on ne produit pas ! »... alors qu'une grande partie de la population a gobé le mensonge d'une agriculture biologique sans pesticides ?

 

Le doute est aussi savamment instillé dans l'esprit du téléspectateur.

 

Ces braves arboriculteurs du Vaucluse auraient fait des cachotteries...

 

 

(Source)

 

 

Et pour bien faire, on convoque des Judas.

 

Un agriculteur bio ose : « c’est une détresse profonde qu’ils ressentent car ces agriculteurs [non bio] ne savent pas les conséquences de ces produits qu’ils épandent. Et ne savent comment faire pour revenir en arrière. » Quelle morgue ! Quelle impudence !

 

La séquence mettant en scène M. Paul François dans une aguiche sur Facebook est tout aussi hallucinante. C'est le gentil agriculteur, victime des pesticides – il a commis une imprudence, ce que la séquence reconnaît en précisant qu'il a « inhalé par accident des vapeurs du produit ». Comme il est passé dans le camp du Bien (combien d'années après son accident ?), sa ferme est présentée à l'aide d'un jouet...

 

Selon une vignette, sur fond de musique lugubre, « Monsanto est reconnue coupable en 2012 »... Coupable de quoi ? D'un défaut d'étiquetage... Mais ce n'est pas précisé. Et l'arrêt en question a été cassé ; il y a eu un nouveau procès et l'affaire n'est toujours pas close, étant pendante devant la Cour de Cassation.

 

Mais M. Paul François est passé en bio et il est maintenant un agriculteur heu-reux...

 

Non, non, ce « Réseau d'enquêtes » n'est pas un infomercial, on vous l'assure...

 

 

Un « curieux » arbitre

 

La saga des « glyphotests » – pour reprendre un néologisme d'une œuvre audiovisuelle (toujours au sens, neutre, du droit d'auteur) diffusée par France 2 le 17 janvier 2019 – fait évidemment partie du « débat empoisonné ». Relativement longue séquence sur les « pisseurs de glyphosate » avec – toujours évidemment – discours anxiogènes ; séquence moins percutante sur les agriculteurs qui ont aussi fait tester leurs urines – mais par des laboratoires de CHU, pas un laboratoire vétérinaire lié aux mouvements anti-OGM et anti-pesticides.

 

L'affaire est maintenant claire pour qui veut bien l'examiner objectivement : les tests Elisa obtenus par les « pisseurs de glyphosate » et la taulière de l'émission sus-mentionnée ne sont pas crédibles pour tout une série de raisons, dont les contre-expertises négatives par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse en tandem des laboratoires hospitalo-universitaires.

 

Les spécialistes s'accordent sur le fait que la deuxième technique est plus précise et fiable que la première. C'est gênant pour le discours sournoisement agribasheur... Mais miracle : les auteurs de l'œuvre audiovisuelle ont trouvé un toxicologue qui a renvoyé les deux techniques dos à dos.

 

C'est, sauf erreur, la seule séquence de l'émission pour laquelle on a fait appel à un scientifique... Le jour où on s'assurera l'expertise de vrais spécialistes – de ceux de l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES) par exemple – n'est pas encore venu... pas bon pour la propagande...

 

 

Attirer le chaland... comme pour les mouches...

 

Sauf erreur, l'émission n'est plus disponible sur l'Internet. Il faut dès lors se tourner vers des sources secondaires.

 

C'est, chronologiquement, le premier problème : comment attirer le chaland, le téléspectateur ? C'est avec les mêmes moyens que pour les mouches... Sur le site de FranceTV :

 

« 65 000 tonnes de pesticides sont utilisés tous les ans en France. Ce chiffre fait du pays l'un des principaux consommateurs de produits phytosanitaires au monde. Des rapports accablants ont dénoncé leur impact extrêmement nocif sur la santé et l'environnement. Les politiques ne sont pas avares de déclarations choc en la matière, mais leurs propositions d'action restent bien timides et sont souvent très controversées. Alors que manger sainement est devenu un défi quotidien le débat stagne, mais la tension monte entre les pro et les anti-pesticides, les agriculteurs et les riverains, les maires et les pouvoirs publics. Les Bretons ont été les premiers à défier l'état sur le sujet et c'est en Bretagne que débute cette nouvelle enquête de Charles-Henry Boudet. »

 

Nous n'entrerons pas dans le détail de ce ramassis de conneries. Comment mieux démontrer « le débat empoisonné », si ce n'est en exposant de manière aussi unilatérale et aussi grotesque le thème de l'émission...

 

 

(Source)

 

 

(Source – source du graphique)

 

 

(Source)

 

 

Il y a aussi les réseaux sociaux. Sur Twitter, France 3 n'aura posté qu'une seule aguiche... la séquence de plus de deux minutes avec M. François Veillerette. Comment mieux montrer que le débat est « empoisonné » ?

 

En surlignant de manière lourdingue les éléments de langage clés !

 

Peut-être aussi en présentant le VRP du bio comme un... agriculteur !

 

Il aura fallu deux jours, et plusieurs rappels à l'ordre, pour que France 3 poste un gazouillis de rectification...

 

 

(Source)

 

 

Certains se sont émus de la référence à Goebbels dans le gazouillis ci-dessous. Tout bien considéré, elle se justifie.

 

 

(Source)

 

 

L'« enquête » se voulait peut-être équilibrée, ce que nous avons trouvé sur Internet a vocation à y rester pendant longtemps. Et c'est là une autre manifestation de l'agribashing sournois.

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Paul Aubrin 11/06/2020 18:16

Le prêchi-prêcha de l'église de l'écologisme vert débité par ces chaînes télévisée est devenu insupportable.

max 09/06/2020 14:07

Un thread montrant le double standard et l'hypocrisie des anti-pesticides et les manipulations du lobby du bio.

https://twitter.com/fastier_antony/status/1270265626058252289

Seppi 09/06/2020 15:47

@ max le mardi 09 juin 2020 à 14:07

Bonjour,

Merci pour le lien que j'ai répercuté auprès de mon petit réseau.

Justin 09/06/2020 09:39

Lien vers l egazouilli de rectification de France3?
Merci

Seppi 09/06/2020 10:02

@ Justin le mardi 09 juin 2020 à 09:39

Bonjour,

Merci pour votre vigilance.

J'ai ajouté une capture d'écran dans le texte avec le lien.

https://twitter.com/France3tv/status/1263867347233898496

Cet erratum a évidemment donné lieu à quelques réponses sur la nature exacte de GF. Pas de réponse de France 3...