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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les agricultrices sont des championnes de la sécurité alimentaire

23 Mai 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique, #Covid-19, #Alimentation

Les agricultrices sont des championnes de la sécurité alimentaire
 
Ruramiso Mashumba*
 
 

 

 

Partout, les gens sont préoccupés par le coronavirus. Ici, au Zimbabwe, nous sommes davantage préoccupés par les effets négatifs ahurissants sur l'économie dus au confinement.

 

C'est parce que dans mon pays, on risque beaucoup plus de mourir du manque d'eau potable, ou de faim et de malnutrition que de la maladie du Covid-19.

 

Nous devons prendre la pandémie au sérieux, bien sûr. Elle a tué plus de 294.000 personnes sur la planète jusqu'à présent [l'article d'origine a été publié le 21 mai 2020]. Elle a paralysé les économies les plus avancées du monde. Nous sommes peut-être sur le point de plonger dans une dépression mondiale.

 

« L'humanité n'a jamais eu de tâche plus urgente que de créer une large immunité contre le coronavirus », déclare Bill Gates, dont la fondation est le principal bailleur de fonds de la planète pour les vaccins.

 

Face au coronavirus, le Zimbabwe a limité les voyages et les grands rassemblements. Notre confinement a entraîné la fermeture des écoles et des piscines, et l'annulation des manifestations sportives. Le mois dernier, nous avons célébré le 40e anniversaire de l'indépendance de notre pays, mais pas avec les grandes fêtes publiques que nous avions espéré organiser.

 

Nous faisons notre part pour arrêter la propagation de la maladie.

 

Cela n'a pas empêché son arrivée. Début mai, nous avions compté trente-sept cas confirmés de coronavirus. La moitié d'entre eux se sont rétablis, et nous avons enregistré quatre décès.

 

Pourtant, le danger du coronavirus peut sembler lointain, surtout en comparaison avec nos autres affections. Au cours des quatre premiers mois de cette année, par exemple, plus de 200.000 Zimbabwéens ont contracté la malaria et plus de 150 personnes en sont mortes, selon les Nations Unies.

 

Ce n'est même pas notre plus gros problème de santé : plus de 1,3 million de Zimbabwéens vivent avec le VIH, et la maladie tue des dizaines de milliers de personnes chaque année.

 

Par ailleurs, des millions de personnes n'ont pas assez à manger. Près de la moitié de la population rurale se trouve dans une situation de « crise » ou « d'urgence », selon la classification intégrée de la phase de sécurité alimentaire, une norme utilisée par les Nations Unies et d'autres organismes pour mesurer l'accès à la nourriture.

 

Parmi les enfants zimbabwéens âgés de six à 23 mois, seuls 11 % ont un « régime alimentaire minimum acceptable », selon le Réseau d'Information sur la Sécurité Alimentaire. C'est un âge crucial pour le développement, et la menace de la malnutrition a des effets tout au long de la vie, empêchant les gens de réaliser leur plein potentiel.

 

Pendant ce temps, nous sommes confrontés à une crise alimentaire mondiale : Arif Husain, du Programme Alimentaire Mondial, a récemment déclaré au New York Times que d'ici la fin de 2020, « on estime que 265 millions de personnes pourraient être poussées au bord de la famine ».

 

L'insécurité alimentaire du Zimbabwe a de nombreuses racines, telles que de mauvaises récoltes, des précipitations inférieures à la normale, une hyperinflation, la pauvreté extrême et de mauvaises infrastructures. Le coronavirus ne fera qu'aggraver le problème : les agriculteurs qui produisent des denrées périssables perdent leurs moyens de subsistance parce que les ordres de fermeture n'empêchent pas les fruits et les légumes de mûrir.

 

Mais cela semble aussi être un défi parmi les nombreux autres auxquels nous sommes déjà confrontés.

 

Nous ne pouvons même pas compter sur l'eau. L'un des meilleurs moyens de prévenir la propagation de toute maladie, y compris le Covid-19, est de pratiquer une hygiène simple, comme se laver les mains régulièrement et soigneusement. De nombreux Zimbabwéens ne peuvent pas prendre cette simple mesure parce qu'ils n'ont pas accès à l'eau courante.

 

Même sans coronavirus, cela représente une vulnérabilité majeure pour notre santé nationale.

 

Il est facile de se sentir dépassé par la gravité de ces problèmes, et nous n'en résoudrons aucun de sitôt. Mais nous pouvons prendre de petites mesures pour commencer à les résoudre.

 

 

Ruramiso Mashumba, Slyvia Tetteh, Sussana Phiri se consacrent à l'autonomisation des agricultrices.

 

 

C'est pourquoi je me suis jointe à deux autres femmes qui sont également agricultrices en Afrique subsaharienne : Slyvia Tetteh, du Ghana, et Sussana Phiri, de Zambie. Nous nous sommes rencontrées l'automne dernier aux États-Unis, en participant au programme de l'Alliance pour la Science de l'Université Cornell, qui vise à enseigner aux agriculteurs du monde en développement les technologies agricoles et la manière dont nous pouvons les utiliser pour produire davantage de nourriture.

 

Nous avons lancé l'initiative « Women Who Farm », qui reconnaît nos défis communs en tant qu'agricultrices. Les femmes, par exemple, produisent 70 % de la nourriture en Afrique mais ne possèdent que 20 % des terres. Nous devons également avoir un meilleur accès aux équipements, aux produits phytosanitaires et aux connaissances de base. Notre objectif est de faire entendre la voix et l'histoire des femmes et de mettre en place un programme de développement du leadership pour le mentorat et le soutien. Il s'agit d'une stratégie à long terme dont la réalisation de tous les avantages peut prendre toute une vie.

 

Chaque femme qui devient une meilleure agricultrice devient une championne de la sécurité alimentaire.

 

Le coronavirus est l'un des nombreux problèmes – et quel que soit le problème que nous essayons de vaincre, les femmes qui pratiquent l'agriculture sont une grande partie de la solution.

 

________________

 

Ruramiso Mashumba

Agricultrice, Zimbabwe

* Ruramiso Mashumba produit des pois mange-tout, du maïs, du riz brun entier, du sorgho, du mil et des gommiers dans l'est du Zimbabwe. En 2017, elle a été reconnue comme « Echoing Green Fellow » et élue ambassadrice de la Confédération des Syndicats Agricoles d'Afrique Australe. Elle est la présidente nationale des jeunes de l'Union des Agriculteurs du Zimbabwe et membre du Réseau Mondial des Agriculteurs (Global Farmer Network).

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2020/05/women-who-farm-are-food-security-champions/

 

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Il est là, fils spirituel de Seppi 24/05/2020 20:33

Ce sont des femmes comme ça que j'aimerai voir les grands médias interroger plus souvent. Je ne sais pas pourquoi mais elle me donne envie de croire en l'avenir. Courage, Mesdames, de tout coeur avec vous.

Fm06 23/05/2020 21:38

Tres bel article, plein de bon sens et de courage.