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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'édition de gènes révolutionnera l'amélioration des plantes en Afrique, selon un nouvel article

20 Mai 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #CRISPR, #Afrique, #amélioration des plantes, #Article scientifique

L'édition de gènes révolutionnera l'amélioration des plantes en Afrique, selon un nouvel article

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

 

 

La technologie d'édition du génome peut révolutionner l'amélioration des plantes sur le continent africain, en particulier en Afrique subsaharienne, selon un nouvel article scientifique.

 

L'article, publié dans Frontiers in Plant Science par John Komen et cinq autres scientifiques travaillant en Afrique**, a noté que CRISPR-Cas9 est déjà utilisé pour améliorer les espèces fournissant les principaux aliments de base en Afrique, telles que le blé, le manioc et le bananier, et les résultats de la recherche semblent prometteurs. Les centres internationaux de recherche agronomique, en collaboration avec des organisations nationales de recherche en Afrique, adoptent également l'édition du génome dans leurs programmes de recherche et développement, indique l'article.

 

Komen a exhorté les gouvernements et les organismes de recherche africains à « agir maintenant pour s'assurer qu'ils peuvent accéder à ces nouvelles technologies et les appliquer aux besoins les plus urgents de leur propre pays ».

 

Des recherches sont déjà en cours dans un certain nombre de pays africains. L'Organisation de Recherche sur l'Agriculture et l'Élevage du Kenya (Kenya Agriculture and Livestock Research Organization – KALRO) et deux organisations internationales utilisent la technologie CRISPR-Cas9 pour améliorer le germeplasme du maïs afin qu'il devienne résistant à la nécrose létale du maïs (maize lethal necrosis – MLN), une maladie virale dévastatrice.

 

La MLN est apparue pour la première fois au Kenya en 2011 et s'est depuis étendue à plusieurs pays d'Afrique de l'Est. En 2013, la maladie a réduit les rendements du maïs de 22 pour cent en moyenne au Kenya et contraint de nombreux agriculteurs à abandonner cette culture de base. Cette situation a coûté au secteur agricole du pays un énorme 180 millions de dollars US.

 

Le Centre International d'Amélioration du Maïs et du Blé (CIMMYT) et ses partenaires ont mis au point des hybrides tolérants à la MLN grâce à la sélection conventionnelle. Mais le processus est gourmand en ressources et prend environ quatre à cinq ans. Le projet d'édition de gènes MLN accélère le processus, contribuant à réduire le temps de sélection à deux à trois ans afin que les agriculteurs puissent obtenir plus rapidement des matériels de plantation améliorés. Des travaux similaires sont en cours sur le germeplasme du blé.

 

Chez le bananier, une équipe de scientifiques de l'Institut International d'Agriculture Tropicale (IITA) a utilisé la modification du génome basée sur CRISPR/Cas9 pour inactiver le virus endogène de la striure du bananier (eBSV) intégré dans le génome hôte des plantes infectées. Cela a rendu la plante résultante très résistante au virus.

 

« Cette stratégie peut être appliquée pour améliorer les lignées de sélection, qui peuvent ensuite être utilisées pour produire des hybrides de bananiers plantains sans risque d'activation du virus fonctionnel », a expliqué Leena Tripathi, spécialiste de la transformation du bananier à la tête du projet, dans un entretien accordé à IITA News.

 

Le virus de la striure du bananier a été détecté pour la première fois en Côte d’Ivoire il y a environ 50 ans et s’est depuis propagé à des dizaines de pays tropicaux. Il provoque la formation de stries sur les feuilles avant de détruire la tige et finalement tuer la plante. Les scientifiques espèrent endiguer sa propagation en utilisant la technologie d'édition de gènes.

 

L'IITA développe également des variétés de bananiers résistantes au flétrissement bactérien et à la maladie de Panama (une fusariose) en utilisant CRISPR/Cas9. La technologie est également utilisée pour développer des variétés de manioc avec une résistance accrue à la maladie des stries brunes du manioc (cassava brown streak disease – CBSD), une maladie virale qui a provoqué de nombreuses mauvaises récoltes en Afrique.

 

« Les plus grands avantages potentiels des nouvelles technologies de sélection, y compris la modification du génome en agriculture, sont leur relatives facilité, précision et rapidité et leur faible coût, permettant aux sélectionneurs de se concentrer davantage sur les conditions de culture locales et de réagir plus rapidement à l'évolution des besoins et des désirs des producteurs et des consommateurs », a déclaré l'auteur principal Komen à l'Alliance pour la Science dans un entretien.

 

Il a noté que « le pipeline mondial actuel de recherche et développement pour les plantes modifiées par édition du génome montre, par exemple, un éventail beaucoup plus large de cultures et de caractères pertinents ciblés » que celui des plantes travaillées par des techniques de modification génétique antérieures.

 

Les discussions politiques sur l'édition du génome ne font que commencer en Afrique, mais gagnent rapidement du terrain à travers le continent, a-t-il déclaré.

 

« Les discussions en cours dans le cadre du Protocole de Cartagena sur la Prévention des Risques Biotechnologiques de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) et au sein de l'Union Africaine contribuent à la conversation », a noté Komen. « Un nombre croissant de publications montre l'importance d'ajouter la modification du génome à la boîte à outils de recherche, en particulier pour améliorer la résilience et la productivité de l'agriculture africaine face à une population croissante. »

 

Komen a noté que les pays africains se préparent à introduire des techniques d'édition du génome et que certains pays, comme le Nigeria, ont déjà modifié leurs lois sur la biosécurité pour tenir compte de ces nouvelles techniques de sélection. De plus, les pays africains ne disposant pas de dispositions spécifiques sur l'édition des gènes dans leurs lois ont des cadres réglementaires fonctionnels, sous-tendus par des directives claires, qui peuvent couvrir les applications de l'édition du génome qui aboutissent à des produits avec une « combinaison nouvelle de matériel génétique ».

 

Dans le même temps, l'expertise mondiale concernant l'édition du génome et les approches de sa régulation fondées sur la science se développent, ce qui bénéficiera également aux régulateurs en Afrique, a-t-il ajouté.

 

_____________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2020/04/gene-editing-will-revolutionize-crop-breeding-in-africa-new-paper-predicts/

 

** Le résumé (que nous découpons) de « Biosafety Regulatory Reviews and Leeway to Operate: Case Studies From Sub-Sahara Africa » (examens réglementaires de la biosécurité et marge de manœuvre : études de cas de l'Afrique subsaharienne) de John Komen, Leena Tripathi, Boniface Mkoko, Daniel Osei Ofosu, Herbert Oloka et Doris Wangari) :

 

« Alors que la biotechnologie moderne et, en particulier, la modification génétique font l'objet de débats dans de nombreuses régions du monde, un nombre croissant de pays de l'Afrique subsaharienne font des progrès importants vers l'autorisation de la dissémination générale de variétés de plantes génétiquement modifiées (GM) à l'usage des agriculteurs et des agro-industries.

 

De toute évidence, les avantages économiques et environnementaux documentés de l'utilisation de cultures GM – sur la base d'un historique de plus de deux décennies – sont un moteur majeur dans le processus décisionnel. Un autre facteur clé est l'alignement croissant des politiques de réglementation de la biosécurité sur les politiques progressistes de développement agricole et rural en Afrique, ce qui, par rapport aux expériences passées, met davantage l'accent sur les avantages escomptés plutôt que sur les risques dans les examens réglementaires de biosécurité.

 

Dans plusieurs cas, cela a conduit à des examens accélérés des demandes de dissémination de plantes GM, que ce soit pour des essais en champ confiné ou pour une dissémination générale dans l'environnement, en tenant compte des expériences et des données d'autres pays.

 

De telles approches réglementaires sont prometteuses, car le pipeline d'applications pertinentes et favorables aux pauvres en matière de plantes génétiquement modifiées s'élargit, tout comme les possibilités offertes par les nouvelles techniques d'amélioration des plantes.

 

Cet article de synthèse analyse le contexte politique changeant dans certaines économies africaines, entraînant l'adoption de nouvelles technologies agricoles et de nouvelles approches réglementaires utilisées dans la prise de décisions en matière de biosécurité. Des études de cas seront présentées pour le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Nigeria et l'Ouganda afin d'analyser les défis, de distiller les enseignements tirés et de présenter des recommandations de politique générale pour les économies émergentes. »

 

Et où sont les pays de l'Afrique subsaharienne francophones ? Maraboutés par nos activistes anti-OGM du gouvernement, des institutions étatiques et du monde activiste ?

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