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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Effet cocktail » des pesticides et EFSA : epsilon + epsilon = epsilon ?

22 Mai 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Santé publique, #Sécurité sanitaire

« Effet cocktail » des pesticides et EFSA : epsilon + epsilon = epsilon ?

 

 

Un mythe reste un mythe... Mais ici, c'est aller un peu vite en besogne (source)

 

 

Ah, les résidus de pesticides dans les aliments ! Quand l'argument tombe un peu court, les activistes anti-pesticides et les chercheurs militants, toujours anti-pesticides, ont une martingale : les cocktails de pesticides...

 

Les cocktails « explosifs », ça existe : dans le domaine des médicaments ou de l'alimentation (ne pas consommer d'alcool avec des coprins...) ou encore dans l'intersection des deux (le pamplemousse, par exemple, ne fait pas bon ménage avec certains médicaments.

 

 

(Source)

 

 

Ces cas ont toutefois un point commun : les doses sont importantes. Les médicaments, par construction, ont un effet physiologique (enfin... homéopathie exclue).

 

L'effet cocktail des résidus de pesticides dans les aliments a en revanche un effet magique, au moins sur une partie de la population, y compris des décideurs politiques : celui de faire peur et de susciter chez certains une incantation magique : « principe de précaution ».

 

Pourtant, compte tenu des marges de sécurité que l'on prend dans l'évaluation des pesticides, dans la définition des DJA (doses journalières admissibles) et des LMR (limites maximales de résidus), et dans la surveillance et les contrôles qui sont effectués dans les domaines de l'alimentation et de la santé, on a de bonnes raisons de poser :

 

ε + ε = ε

epsilon + epsilon = epsilon

 

Des chercheurs se sont attaqués à l'infirmation de cette équation, mais sans nous apporter de preuves vraiment convaincantes. La littérature scientifique n'est pas enthousiasmante. Elle est pourtant biaisée en faveur de résultats « positifs » du fait des objectifs de recherche (qui va chercher à démontrer une absence d'effet, ou un effet antagoniste ?) et de la politique éditoriale (peu d'intérêt pour les résultats « négatifs », sauf exception). Pourtant, elle est aussi alimentée en partie par des chercheurs militants.

 

Toutefois, absence de preuve ne vaut pas preuve de l'absence – d'où le point d'interrogation dans le titre.

 

Et le domaine à explorer est immense. Prenez deux molécules parmi simplement 10... 90 combinaisons à étudier... trois molécules... 720 combinaisons... Et, n'oublions pas : une flopée de cibles diverses et variées. Si un cocktail particulier ne permet pas à Mme Barbara D. d'affirmer que demain nous serons tous crétins (quoique... on est dans un domaine où l'affirmation est dispensée de démonstration), il permettra peut-être au Dr Charles S. d'en faire la cause des micropénis et autres hypospadias (quoique, bis).

 

On peut évidemment aussi faire joujou : quid des effets cocktail avec le jus de pamplemousse, la caféine, etc. ? Avec cette myriade de molécules « chimiques » qui baignent dans notre environnement ? Les activistes n'ont pas encore abordé cette thématique, mais ça viendra. Car l'évocation des effets cocktails entre résidus de pesticides fonctionne pour le moment. Il n'est donc pas opportun de gâcher la munition suivante.

 

L'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a été chargée d'examiner la question. Et elle a publié deux rapports le 29 avril 2020. Nous reproduisons ci-dessous son communiqué de presse et de sa foire aux questions.

 

Comme il s'agit de bonne nouvelles, ces travaux n'ont guère retenu l'attention des médias généralistes ; et pas de bon gros conflit d'intérêt allégué à rapporter... il y a des Stéohane du Monde qui ne se sont pas intéressés à la chose.

 

Les médias agricoles y ont cependant prêté attention, à l'instar d'Agri Mutuel avec son « La réglementation européenne suffisante pour prévenir l’effet cocktail ». C'est, tout comme pour le gazouillis reproduit en tête d'article, un tantinet exagéré sur le plan de la logique : il est hasardeux d'extrapoler à partir de deux études, même si me fait est qu'elle est vraiment protectrice.

 

 

(Source)

 

 

Dans la mouvance activiste, c'est plutôt silence radio... peut-être trop compliqué à expliquer. Mais il fallait évidemment une réponse. C'est Pesticide Action Network (PAN) Europe qui est monté au front à Bruxelles avec le concours complaisant d'Euractiv – autrefois un organe d'information. Celui-ci, prenant parti pour un camp, titre « NGO challenges new EFSA studies on multiple pesticides as ‘unfit for purpose’ » (une ONG conteste les nouvelles études de l'EFSA sur les multiples pesticides comme étant "impropres à l'usage").

 

 

C'est meugnon, meugnon tout beau (source)

 

 

Dans les envolées lyriques de Mme Angeliki Lyssimachou, de PAN Europe, il y a :

 

« À une époque où la réduction de la dépendance aux pesticides est une priorité politique, les régulateurs doivent cesser de prétendre que les cocktails de pesticides sont sans danger. Un facteur de sécurité supplémentaire pour les mélanges doit être placé d'urgence dans l'évaluation de la sécurité des pesticides, ce qui réduira inévitablement les niveaux de résidus de pesticides dans les aliments qui sont considérés comme sûrs. »

 

On appréciera la logique du premier argument : les faits doivent céder le pas à l'émotion et à la démagogie. On appréciera aussi la portée du second : rendons la production alimentaire encore plus difficile... ne mangerons que ceux qui en auront les moyens ; alternativement, nous importerons des denrées alimentaires de pays beaucoup moins effrayés par les résidus de pesticides et beaucoup plus pragmatiques.

 

 

Les ventes de pesticides augmentent... puisqu'ils le disent (source)

 

 

° o 0 o °

 

 

Pesticides : publication des premiers rapports pilotes sur les risques cumulés

 

L'EFSA a publié les résultats de ses deux évaluations pilotes relatives aux risques pour l’homme associés aux résidus de pesticides multiples dans les aliments.

 

Les évaluations – l'une relative aux effets chroniques sur le système thyroïdien et l’autre portant sur les effets aigus sur le système nerveux – constituent l'aboutissement d'une collaboration pluriannuelle entre l'EFSA et l'Institut national de la santé publique et de l'environnement des Pays-Bas (RIVM).

 

Ces documents ont été finalisés après une période de consultation de deux mois au cours de laquelle l'EFSA a reçu des contributions utiles de la part de diverses parties prenantes, notamment des institutions nationales, des universités, des organisations non gouvernementales ainsi que des associations commerciales. Une réunion a également été organisée avec les parties prenantes à Bruxelles pour clarifier la méthodologie utilisée et expliquer les résultats des travaux.

 

La conclusion générale pour les deux évaluations indique que le risque pour le consommateur associé à une exposition cumulée par l’intermédiaire de l'alimentation est, avec des degrés variables de certitude, inférieur au seuil qui requiert une action réglementaire et ce, pour tous les groupes de population couverts. (Voir les FAQ pour plus d'informations sur l'utilisation de l'analyse des incertitudes dans les évaluations.)

 

Des évaluations couvrant les effets des pesticides sur d'autres organes et d'autres fonctions du corps suivront dans les années à venir. L'EFSA définit actuellement un plan de mise en œuvre complet de ces travaux avec la Commission européenne.

 

 

Contexte

 

Les substances considérées dans les évaluations ont été identifiées par les experts en pesticides de l'EFSA sur la base d’une méthodologie spécialement conçue pour classifier les pesticides en « groupes d'évaluation cumulative » (GEC).

 

Le règlement de l'UE sur les limites maximales de pesticides dans les aliments (LMR) stipule que les décisions sur les LMR doivent tenir compte des effets cumulés des pesticides lorsque des méthodes permettant d'évaluer ces effets sont disponibles. En outre, le règlement relatif à la mise sur le marché de pesticides stipule que les pesticides ne devraient pas avoir d'effet nocif – y compris les effets cumulés – sur l’homme.

 

Pour en savoir plus, consultez nos FAQ.

 

 

 

° o 0 o °

 

 

Évaluation des risques cumulés des pesticides : FAQ

 

 

  1.   Pourquoi l'EFSA travaille-t-elle sur l'évaluation des risques cumulés ?

 

Les risques pour les consommateurs liés à la présence de résidus de pesticides dans les aliments sont actuellement évalués substance par substance. Cependant, un certain nombre de pesticides présentent des effets similaires et leur impact sur la santé humaine pourrait être plus important s’ils sont combinés.

 

La réglementation de l'UE sur les pesticides dans l'alimentation humaine et animale stipule que les effets cumulatifs et synergiques des pesticides devraient être pris en compte dans l'évaluation des risques alimentaires lorsque les méthodologies appropriées sont disponibles. Ces règles établissent également que les résidus de pesticides ne devraient avoir aucun effet nocif sur la santé humaine, en tenant compte des effets cumulatifs et synergiques connus.

 

L'EFSA a mis au point des méthodologies pour évaluer les risques cumulés des résidus de pesticides dans les aliments. Une procédure a été mise au point pour établir des groupes d'évaluation cumulative (GEC) qui rassemblent des pesticides sur la base d’effets toxicologiques communs.

 

Dans le cadre de ce programme, l’EFSA a réalisé deux évaluations pilotes des risques liés aux résidus de pesticides: l’une portant sur deux effets chroniques sur le système thyroïdien et l’autre portant sur deux effets aigus sur le système nerveux.

 

  1.   Quels sont les résultats de ces deux évaluations ?

 

La conclusion générale des deux évaluations – en tenant compte des incertitudes (voir question 8) – est la suivante : le risque que représente pour le consommateur l'exposition cumulée à ces résidus par l’intermédiaire de l'alimentation est, avec des degrés variables de certitude, inférieur au seuil qui requiert une action réglementaire (voir question 5) telle que définie par les gestionnaires du risque de la Commission européenne et des États membres de l’UE.

 

 

  1.   Sur quelles données se basent ces conclusions ?

 

L'EFSA a fondé ses conclusions sur les données collectées par les États membres de l'UE dans le cadre de la surveillance officielle des résidus de pesticides dans les aliments en 2014, 2015 et 2016, en les combinant aux données sur la consommation alimentaire de dix groupes d’individus variés. Ces groupes ont été sélectionnés afin d'obtenir une répartition représentative de zones géographiques et de tranches d'âge différentes. Les groupes constitués sont les suivants :

 

  • Enfants en bas âge (Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni).

  • Autres enfants (Bulgarie, France, Pays-Bas).

  • Adultes (Belgique, République tchèque, Allemagne, Italie).

 

 

  1.   Quelle est la méthodologie employée ?

 

Les évaluations sont basées sur les groupes d'évaluation cumulative (GEC) établis par l'EFSA pour chacun des quatre effets pris en compte dans les évaluations pilotes. Les deux groupes utilisés pour l’évaluation des effets sur la thyroïde comprenaient respectivement 124 et 18 substances actives ; les deux autres groupes utilisés pour étudier les effets sur le système nerveux comprenaient respectivement 100 et 47 substances.

 

Pour chaque GEC, deux évaluations de l'exposition ont été effectuées simultanément, l'une menée par l'EFSA et l'autre par l'Institut national néerlandais pour la santé publique et l'environnement (RIVM).

 

L'EFSA a utilisé le concept de « marge d'exposition (totale) combinée » (MOET). Ce concept est couramment utilisé dans l’évaluation des risques chimiques, et une MOET supérieure à 100 est généralement considérée comme une valeur qui protège adéquatement les humains. Une MOET de 100 au 99,9ème percentile d'exposition a été établie comme seuil (ou déclencheur) qui requiert une action réglementaire (voir question 5).

 

 

  1.   Le seuil réglementaire, c’est quoi ?

 

Le seuil de prise en compte réglementaire est un niveau de protection défini par les gestionnaires du risque – à la Commission européenne et dans les États membres – en consultation avec l'EFSA. Ce seuil prend en compte le MOET et la proportion (percentile) de la population couverte. Dans ce cas, le MOET est de 100 et la couverture de la population est de 99,9%. Ainsi, si le MOET pour 999 personnes sur 1 000 dépasse 100, les gestionnaires du risque estimeront probablement que des mesures réglementaires, par exemple la révision des niveaux de résidus de pesticides autorisés dans les aliments (niveaux maximum de résidus) ne sont pas nécessaires.

 

 

  1.   La marge d'exposition était donc supérieure à 100 dans tous les cas ?

 

Non, en ce qui concerne l'évaluation de l'exposition pour le système nerveux, la MOET était inférieure à 100 au 99,9ème percentile pour les tout-petits et les enfants. Mais, de façon importante, dans ses deux évaluations, l’EFSA a utilisé des hypothèses prudentes pour compenser les données manquantes ou limitées. Lorsqu’une analyse des incertitudes a été appliquée (voir question 8), il a été jugé probable ou très probable que la MOET réelle serait supérieure à 100 pour tous les groupes. D'où la conclusion générale selon laquelle l'exposition combinée se situe, avec des degrés de certitude variables, en dessous du seuil qui requiert une action réglementaire.

 

 

  1.   Comment expliquez-vous les résultats d’exposition au 99,9ème percentile pour le système nerveux ?

 

  • Le calcul de l'exposition au 99,9ème percentile – c’est-à-dire à des niveaux extrêmes d’exposition des consommateurs – pose un défi aux évaluateurs du risque pour plusieurs raisons, principalement liées à la qualité des données disponibles. Pour évaluer les effets sur le système nerveux, les estimations de la MOET au 99,9ème percentile d'exposition ont été calculées en se basant sur les hypothèses les plus défavorables, ce qui a engendré une surestimation probable de l'exposition réelle.

 

  • Les estimations de l'exposition au 99,9ème percentile ont été principalement influencées par la présence d'un pesticide particulier dans un produit alimentaire spécifique, plutôt que par l’exposition combinée à plusieurs substances.

  • Ces résultats s’expliquent également par des échantillons qui dépassaient les limites légales et par des pesticides pour lesquels des mesures correctives avaient déjà été adoptées par les États Membres (par exemple réduction des limites légales).

 

  • Les évaluateurs du risque affinent en général leur évaluation de l'exposition aux résidus de pesticides grâce à des informations sur l'impact de certains traitements tels que le réchauffement ou le lavage des produits alimentaires. Ces informations n'étaient pour la plupart pas disponibles dans les données dont disposait l'EFSA, ce qui implique que les calculs basés sur les produits bruts surestiment l'exposition réelle.

 

 

  1.   Une analyse des incertitudes, c'est quoi ? [Nous avons corrigé]

 

L’analyse des incertitudes est un processus qui comporte deux volets : dans un premier temps, les experts identifient les limitations dans les connaissances scientifiques disponibles et, ensuite, ils évaluent l’impact de ces limites pour leurs conclusions scientifiques. Lorsque les experts de l'EFSA effectuent une analyse des incertitudes, ils appliquent ledocument d’orientation scientifique produit par le comité scientifique de l'EFSA en 2017.

 

 

  1.   Pourquoi l'EFSA a-t-elle réalisé une analyse des incertitudes ? [nous avons corrigé]

 

Comme expliqué ci-dessus dans la question 6, l'EFSA s’est basée sur des hypothèses prudentes dans ses évaluations pour compenser les données manquantes ou limitées. Cette approche engendre naturellement certaines incertitudes dans les résultats des évaluations. Afin de fournir aux responsables de la gestion du risque une image la plus complète possible de la question, une analyse a été menée pour quantifier toutes les incertitudes et, sur cette base, pour ajuster les estimations de la MOET le cas échéant.

 

Lors de l’évaluation des effets sur la thyroïde par exemple, 31 sources d’incertitude ont été identifiées, principalement liées à la qualité et à la précision des données de consommation et d’occurrence, mais aussi à l’exhaustivité des GEC.

 

 

  1.   Quel rôle a joué le RIVM dans ce projet ?

 

L’Institut national néerlandais pour la santé publique et l’environnement (RIVM) a joué un rôle crucial dans le projet. Dans le cadre d'un accord de partenariat avec l'EFSA, il a développé l'outil d'évaluation des risques dit ‘de Monte Carlo’ (MRCA), qui a été utilisé pour évaluer l'exposition du système nerveux et de la thyroïde. Le RIVM continuera à développer l'outil MRCA afin de contribuer aux travaux de l'EFSA sur les risques cumulés.

 

 

  1.   Quelqu'un d'autre a-t-il été consulté ?

 

Les deux évaluations ont fait l'objet d'une consultation publique de deux mois à la fin de l’année 2019. Des contributions ont été fournies par un large éventail de parties prenantes, notamment des organisations non gouvernementales, des autorités nationales, des universités et des associations commerciales. Les documents ont également été présentés à l’occasion d'une réunion spéciale avec les parties prenantes organisée à Bruxelles en octobre 2019.

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Commenter cet article

jerome 24/05/2020 19:11

epsilon + epsilon = epsilon

C'est comme:
charlot + charlot = charlot