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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

M. Philippe Stoop, de l'Académie d'Agriculture de France : « Santé et alimentation : attention aux faux-semblants statistiques »

17 Mars 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Alimentation, #Santé publique, #Agriculture biologique

M. Philippe Stoop, de l'Académie d'Agriculture de France : « Santé et alimentation : attention aux faux-semblants statistiques »

 

 

« Santé et alimentation : attention aux faux-semblants statistiques Par Philippe STOOP », ou l'art de rendre simple – au sens de rendre compréhensible – des choses (très) compliquées.

 

C'est une enquête de détective passionnante.

 

Le résumé :

 

« Ces derniers mois, plusieurs études épidémiologiques très médiatisées déclarent avoir observé des liens statistiques forts entre le risque de cancer et la consommation d’aliments bio ou ultra-transformés. Toutefois ces résultats reposent sur des traitements statistiques complexes, dont un examen attentif montre la fragilité : prise individuellement, chacune de ces publications semble minimiser fortement l’effet des facteurs de risque de cancer bien établis. En outre, quand on les compare entre elles, on constate qu’elles se contredisent mutuellement, alors qu’elles ont été réalisées sur la même population. Bien que parus dans des revues prestigieuses, ces travaux confortent donc les inquiétudes d’épidémiologistes éminents, qui appellent à refonder les méthodes employées en épidémiologie nutritionnelle. »

 

Un extrait qui donne un peu plus de détails sur les études en cause :

 

« Toutefois les consommateurs s’interrogent aussi sur les risques potentiels d’autres facteurs, aux effets beaucoup plus hypothétiques pour l’instant : c’est le cas des résidus de pesticides et, depuis peu, des aliments que certains disent « ultra-transformés ». Ces deux thèmes d’inquiétude ont récemment connu un regain d’intérêt médiatique, suite à trois publications scientifiques, toutes fondées sur le suivi d'une cohorte française (c’est-à-dire une population suivie sur une longue période) nommée NutriNet Santé :

 

- sur l’alimentation bio, un article paru fin novembre 2018, largement relayé dans la presse, a déclaré avoir identifié un lien statistique entre la consommation de nourriture bio et une diminution du risque de cancer (Baudry et al., 2018 [ma note : avec correction et commentaire de la rédaction]) ;

 

- sur les aliments ultra-transformés, un premier article, publié en février 2018, avait signalé une liaison statistiquement significative entre une forte consommation de ces aliments et un risque accru de cancer (Fiolet et al., 2018) ;

 

  • toujours à ce propos, une deuxième publication de février 2019, toujours par la même équipe et sur la même cohorte, fait également état d’une augmentation de la mortalité qui serait significative chez les forts consommateurs de ces produits (Schnabel et al., 2019). »

 

Les références à des auteurs différents ne doivent pas faire illusion : tous ces travaux ont été réalisés par la même équipe, sur la même cohorte de consommateurs, et avec la même méthode statistique.

 

La première publication sur l’alimentation bio, a aussi fait l'objet d'un « Point de vue d’académiciens », qui explique pourquoi elle ne permet en réalité pas d’affirmer que les aliments bio protègent contre le cancer ( « Non, il n'est pas établi que les aliments bio protègent du cancer Gueguen et Pascal, 2018).

 

Quant au concept d’aliments ultratransformés, et de la classification NOVA qui est censée les catégoriser, un autre « Point de vue d’académiciens » en expose le manque de fondement scientifique (« Aliments dits ”ultra-transformés” et santé : que faut-il en penser ? », Braesco et al., 2019).

 

Comme l'annonce le résumé, M. Philippe Stoop s'est plus particulièrement penché sur les questions de statistiques et les problèmes connexes.

 

L'article aborde dans sa partie finale une question plus générale. La phrase finale :

 

« C’est pourquoi J. Ioannidis appelle à une véritable réforme de l’épidémiologie nutritionnelle, plutôt que de se contenter d’une vigilance renforcée sur les publications discutables. »

 

Nous ajouterons volontiers un appel à une véritable réforme de la communication institutionnelle sur ces articles d'épidémiologie nutritionnelle et – rêvons ! – de leur traitement médiatique (voir aussi ici et ici).

 

M. Philippe Stoop avait aussi produit un article plus court, « Étude bio : décryptage d’une méthodologie statistique inadéquate » chez nos amis d'Agriculture et Environnement.

 

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