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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Gel hydro-alcoolique : mais qu'est-ce qu'on vous a mis dans le citron, dans les écoles de journalisme ?

13 Mars 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Santé publique

Gel hydro-alcoolique : mais qu'est-ce qu'on vous a mis dans le citron, dans les écoles de journalisme ?

 

À propos de « Coronavirus : pourquoi il ne faut pas abuser du gel hydroalcoolique »

 

 

Un lecteur – que je remercie chaleureusement – vérifie mes liens et m'avertit de chacune de mes sorties de route. La dernière en date, dans « La stratégie de lutte contre le Covid-19 en croquis et des explications chiffrées... et un comportement imbécile d'un gazouilleur », m'a obligé de chercher à nouveau l'URL d'un article de journal.

 

Sympa, le moteur de recherche me met aussi sur la piste de « Coronavirus : pourquoi il ne faut pas abuser du gel hydroalcoolique », publié par RTL le 4 mars 2020.

 

Recadrons le problème : nous sommes confrontés à une épidémie, maintenant relevée au niveau de la pandémie, qui risque de toucher un très grand nombre, peut-être une majorité, de Français. Pour l'Allemagne, la Chancelière Angela Merkel a avancé le chiffre de 60 à 70 %, certes à prendre avec des pincettes, mais pas folklorique. Face à ce problème, il y a des mesures basiques à prendre, dont se laver les mains avec du savon ou un gel hydro-alcoolique.

 

Le titre de l'article m'a fait tiquer – il y a déjà suffisamment d'infox sur les réseaux sociaux... « ...abuser... » ? Non mais...

 

Sa lecture m'a incité à écrire un billet avec un titre bien plus percutant. J'ai résisté – bravement – à l'impolitesse face à une véritable incivilité.

 

Le chapô franchit un pas de plus dans l'abus :

 

« ÉCLAIRAGE - Certaines pharmacies et parapharmacies sont en pénurie de gel hydroalcoolique en raison de l'épidémie de coronavirus. Mais l'usage excessif de ce produit n'est pas sans danger. »

 

Vous avez écrit « danger » ? Tremblez cher lecteur !

 

« [...] Mais un usage immodéré de ces produits d'hygiène n'est pas sans conséquence. L'alcool et les perturbateurs endocriniens présents dans ces gels peuvent être néfastes.

 

[…] Or, l'éthanol, alcool utilisé dans beaucoup de gels hydroalcooliques, est asséchant pour la peau. »

 

Vous êtes sérieux, là, Monsieur le journaliste ?

 

Vous avez l'impudence de mettre en balance l'asséchement des mains au risque de contracter – et de transmettre – une maladie qui peut être mortelle ? Un asséchement qui peut se corriger par une crème hydratante ?

 

Et voici pour la preuve :

 

« Une infirmière interrogée par RTL.fr explique ainsi qu'il faut faire "attention à la peau sensible, notamment quand il fait froid." Mais elle rassure en expliquant que le danger est très limité si l'utilisation est normale. »

 

Nous avons tous le plus grand respect pour les infirmières – pour la reconnaissance au niveau de leurs conditions d'emploi et de salaires, c'est une autre affaire... –, mais quelle est cette forme de « journalisme » qui étaye une affirmation aux conséquences potentiellement désastreuses par une opinion anonyme ? Ou plutôt tente d'étayer car le propos rapporté ne confirme pas vraiment la thèse anxiogène d'un article putaclic.

 

C'est donc « pas sans conséquence » et « les perturbateurs endocriniens présents dans ces gels peuvent être néfastes »...

 

Mais la Direction Générale de la Santé, a priori interrogée (il n'y a pas de lien), se fait rassurante :

 

« dans les conditions normales d’utilisation chez le grand public ou dans des conditions plus intensive en milieu professionnel, aucun risque cancérogène, reprotoxique ou neurotoxique, par voie cutanée ou inhalée, n’a été identifié à la suite de l’exposition à l’éthanol contenu dans les produits hydro-alcooliques. »

 

C'est conforme aux conclusions d'un rapport de l'AFSSAPS.

 

Ah mais non ! Ce serait une bonne nouvelle et ça ne fait pas un bon article ! Les techniques basiques de la pisse-copie ont été assimilées, les cours de bon sens et de rationalité, s'il y en a, ont dû être séchés. Car après le yin, voici le yang. Selon un autre document du Ministère de la Santé,

 

« le recours très fréquent au lavage des mains est un facteur important d’irritation cutanée, il a été rapporté jusqu’à 25 % de mauvaise tolérance cutanée. »

 

Faisons une pause : il y a un lien vers le document qualifié d'« argumentaire ». Le lien est corrompu... Moi, mes liens sont (presque) toujours justes et actifs au moment de la rédaction, c'est le copier-coller qui me pose problème.

 

Nous avons toutefois trouvé le texte cité chez notre ami Albert Amgar, « Lavage des mains : que d’études ! (1/3) » :

 

« Selon le site du ministère de la santé, Place de l’hygiène des mains et des produits hydro-alcooliques dans les infections associées aux soins [avec le lien maintenant non fonctionnel], "En situation de soins, le recours très fréquent au lavage des mains est un facteur important d’irritation cutanée ; il a été rapporté jusqu’à 25% de mauvaise tolérance cutanée. Il est prouvé que l’utilisation de PHA [produit hydro-alcoolique] améliore autant la sécheresse cutanée mesurée objectivement que la sensation subjective de sécheresse ou d’irritation.»

 

À ce point, on peut exploser de colère !

 

Notre journaliste dont nous tairons le nom par charité a non seulement amputé la citation de son début et de sa fin, mais lui a fait dire l'exact contraire ! Quel lecteur comprendra, compte tenu de l'enchaînement des propos, que la citation se rapporte au lavage des mains avec du savon, et non avec un produit hydro-alcoolique ?

 

L'« argumentaire » est (mal) visible en cache : le texte cité après amputation est précédé d'un intertitre éloquent, « Une méthode avec une bonne tolérance cutanée ».

 

Du coup, on peut s'interroger sur les questions posées à l'infirmière et sur la nature de ses réponses, dont seule une petite partie a été citée.

 

Et on en revient à la question fondamentale : l'irritation cutanée, la mauvaise tolérance cutanée – alléguées à tort – sont-elles un véritable danger ? Faut-il croire qu'il est nécessaire de, en fait, dissuader les gens d'utiliser un gel hydro-alcoolique (s'ils en trouvent) parce qu'ils pourraient ne pas s'apercevoir d'une (improbable) irritation cutanée ?

 

L'artillerie lourde est sortie avec le triclosan et le triclocarban, et la « Déclaration de Florence » :

 

« […] ces deux molécules sont des perturbateurs endocriniens, toxiques pour l'Homme et l'environnement. »

 

Craignez pour vos vies – et évidemment l'environnement – chers lecteurs ! Ils sont toxiques... Point barre.

 

Ils sont toujours autorisés dans certains produits en Europe et aux États-Unis d'Amérique. Mais il est trop compliqué de comprendre – et trop préjudiciable pour le nombre de clics qu'obtiendra l'article – d'expliquer que les autorités sanitaires ont étudié la question et fixé des limites strictes garantissant – dans l'état actuel des connaissances – une utilisation sûre. Les autorités politiques ont même pu céder à l'activisme anti-chimie et anticapitaliste et succomber à la précautionnite.

 

Pour leur part, les quelque 200 signataires de la déclaration de Florence – une majorité de militants ayant abusé de leur fonction académique en la faisant valoir en dehors de leur domaine de compétence – étaient tellement convaincus de leur opinion qu'ils se sont limités à appeler :

 

« […] la communauté internationale à limiter la production et l’utilisation du triclosan et du triclocarban et à remettre en question l’utilisation d’autres antimicrobiens. Nous invitons les scientifiques, les gouvernements, les fabricants de produits chimiques et de produits, les organisations d'achat, les détaillants et les consommateurs à prendre les mesures recommandées ci-dessous. [...] »

 

Là encore, est-il bien raisonnable de susciter la panique en utilisant des expressions anxiogènes comme « perturbateurs endocriniens » sans contextualiser le contexte de la Déclaration de Florence ? Et de le faire dans les circonstances du moment ?

 

Nous connaissons un autre perturbateur endocrinien... l'ail. Croquez-en deux gousses avant de sortir... votre mauvaise haleine incitera vos interlocuteurs à se conformer aux prescriptions relatives à la distance de sécurité.

 

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Jacques Lemiere 15/03/2020 09:47

ça m'avait fait rire ça....

max 15/03/2020 09:01

Même EELV est pour le maintien des municipales. C'est pas eux qui évoque le principe de précaution pour un rien ?
https://www.rtl.fr/actu/politique/municipales-a-paris-il-etait-tres-important-de-maintenir-ces-elections-estime-david-belliard-7800252022

Son discours est le même que les autres politiques, hors-sol et imbue de sa personne, persuadé que sans eux le monde ne peut pas tourner.

Murps 13/03/2020 15:36

De même, l'abus d'alcool est très néfaste pour la santé : certains alcools contiennent des perturbateurs endocriniens..
Il faut vite interdire les alcools à cause des perturbateurs endocriniens.
De même pour le tabac, les chichons, la cocaïne...

Marc 13/03/2020 14:32

Bonjour, c'est bien cz que j'écris depuis longtemps : il faut boycotter ces journaleux qui font que de l'effet de manche et avec des arguments qu'ils ne vérifient jamais; ils s'en moquent car personne n'ose les contredire (à par votre site), qu'ils sont intouchables à cause de la non divulgation de leurs sources et qu'ils appartiennent tous au même sérail.
Comme ils sont sus le dire et l'écrire pour Mr Sarkozy, dégagez Mrs les journaleux !