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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Rififi chez les avocats prédateurs qui veulent faire les poches de Bayer-Monsanto

20 Décembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup)

Rififi chez les avocats prédateurs qui veulent faire les poches de Bayer-Monsanto

 

 

Bienvenue dans le monde merveilleux des avocats charognards (états-uniens)

 

Dans « Le financement des recours collectifs aux USA est-t-il un système de Ponzi ? » de notre ami David Zaruk, alias Risk-monger, nous avons visité les coulisses de l'univers glauque et nauséabond des avocats prédateurs – ou plutôt charognards – états-uniens qui se sont spécialisés dans la tort law, le droit de la responsabilité civile (et délictuelle).

 

Tout leur business part d'un élément qui permet d'incriminer une entreprise aux poches profondes, par exemple le classement du glyphosate par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) en « cancérogène probable » utilisé contre Monsanto, ou encore le talc, supposé contenir de l'amiante, contre Johnson &Johnson.

 

Ces avocats recrutent alors des « victimes » qui peuvent alléguer un préjudice et un lien de cause à effet : dans le premier cas, que leur lymphome non hodgkinien a été causé par leur utilisation de Roundup et, dans le second, que leur utilisation du talc sur leurs parties intimes a provoqué leur cancer des ovaires. Pour savoir comment se passe le recrutement, voir « La fille du fermier : j’ai appelé par curiosité le numéro vert d'un cabinet d'avocats pour le glyphosate. Voici ce qui est arrivé ».

 

Les plaignants se comptent par dizaines, centaines, voire milliers. Ils sont appâtés par des espoirs de gains quasiment sans investissement de leur part que leur font miroiter les publicités d'un cabinet d'avocats – ou de plusieurs chassant en meute ou pour leur propre compte, ou encore pour faire grossir le dossier du chef de meute et accroître les pressions sur la cible. Celle-ci est aussi harcelée par des procédures introduites dans différentes instances judiciaires à travers le pays. On en était ainsi à 42.700 fin octobre 2019 pour le Roundup et Bayer-Monsanto.

 

 

Un premier appel du pied pour recruter des plaignants (Source)

 

 

Pour les cabinets d'avocats en première ligne, il s'agit de gros investissements dans des opérations de longue haleine, de paris sur l'avenir.

 

Les plaignants ne paieront pas d'honoraires mais toucheront en cas de succès une partie des dommages-intérêts obtenus à la suite soit de jugements, soit d'une transaction extrajudiciaire. L'autre partie sert à couvrir les investissements des avocats et à les rémunérer. Dans le meilleur des cas, c'est une prise de butin.

 

La prédation est facilitée par des tribunaux avec jurys prompts à aligner les zéros. Ainsi, un tribunal de St. Louis (Missouri) a condamne Johnson & Johnson le 12 juillet 2018 à verser 4,69 milliards de dollars de dommages dans un procès intenté par 22 femmes et leurs familles dans l'affaire du talc. Le 8 octobre 2019, un tribunal de Philadelphie a accordé 8 milliards de dollars de dommages et intérêts à un homme qui affirmait que son utilisation de l’antipsychotique Risperdal de J&J durant son enfance lui avait causé une hypertrophie mammaire anormale. À l'aune de ces jugements, les 289 millions de dollars infligés à Monsanto et alloués à M. Dewayne « Lee » Johnson – ensuite ramenés à 78,5 millions de dollars – font office d'aumône...

 

L'analyse de notre ami David Zaruk a révélé qu'il y avait un étage en amont de ce montage : des sociétés de capital-risque – dont certaines mises en place et détenues par les cabinets d'avocats prédateurs ou liées à ces cabinets – injectant l'argent frais dans les procédures et comptant sur un copieux retour lors du règlement du litige. Et quand le retour ne se produit pas assez vite ou assez fort, il faut se livrer à une escalade d'engagement et même monter une pyramide de Ponzi, les nouveaux investisseurs attirés par les affaires en cours ou de nouvelles causes payant à leur insu les anciens.

 

 

Le mode opératoire des avocats prédateurs expliqué par un avocat prédateur (TMF = The Miller Firm) (Source)

 

 

Petite incursion en France

 

En France, le démarchage et la rémunération « sur la bête », par un prélèvement sur les compensations allouées par le tribunal, sont interdits aux avocats.

 

Cela n'empêche pas des montages similaires à ceux qui ont cours aux États-Unis : il suffit de faire faire le démarchage par une association (ou une « association ») – qui peut être vigoureusement épaulée par des médias militants ou idiots utiles – et de partager les frais de procédure entre les plaignants. Illustration : les « pisseurs involontaires de glyphosate », qui font payer 85 euros pour l'analyse d'urine et 50 euros pour le dépôt de plainte.

 

Avec quelque 5.100 plaintes déposées à fin octobre 2019, même en décomptant les frais d'huissier de la « pisserie », la cagnotte est conséquente et permet de voir venir. Le cas échéant, on fera aussi appel au financement participatif.

 

 

Quand les avocats se disputent la clientèle...

 

Et maintenant, s'agissant des plaintes contre Bayer/Monsanto, nous avons des révélations sur ce qu'il y a en aval, avec les déboires de l'avocat Timothy Litzenburg, anciennement de la Miller Firm LLC et maintenant associé dans Kincheloe, Litzenburg & Pendleton. M. Timothy Litzenburg a été en charge du dossier de M. Dewayne « Lee » Johnson (voir notamment ici, ici et ici). Mais il avait été écarté des audiences, son patron ayant eu des préoccupations au sujet de son comportement.

 

Il y a la petite histoire et le gros scandale.

 

La petite histoire est que M. Michael Miller a licencié M. Timothy Litzenburg et a entamé une procédure contre lui pour divers motifs : violation d'une obligation fiduciaire ; ingérence délictuelle dans les contrats et relations commerciales existants et potentiels ; conspiration commerciale statutaire (statutory business conspiracy) ; complot en vertu de la common law ; appropriation frauduleuse de secrets commerciaux ; violation de la loi de la Virginie sur les crimes informatiques.

 

Si vous voulez vous divertir, et en apprendre sur les multiples ressources du droit états-unien, c'est ici.

 

M. Timothy Litzenburg a évidemment répondu par des demandes reconventionnelles : diffamation explicite et implicite ; ingérence délictuelle dans les contrats ou les perspectives d'affaires.

 

C'est aussi divertissant...

 

En bref, les vautours s'accusent mutuellement de voler une clientèle.

 

US Right to Know dit que le litige a été réglé par un accord confidentiel. Mais ce que l'on peut lire n'est guère ragoûtant.

 

 

Quand un avocat se fait maître chanteur (sous réserve de confirmation judiciaire)...

 

Et voici maintenant la grosse affaire.

 

Elle est tellement grosse que le Département de la Justice (fédéral) a cru nécessaire de publier un communiqué de presse, que nous publions ci-dessous en traduction.

 

En bref, M. Timothy Litzenburg a tenté d'extorquer 200 millions de dollars à une entreprise – non identifiée à ce stade – qui a fourni un co-formulant pour le Roundup à Monsanto. Mis en examen, il a été libéré sous caution.

 

M. Timothy Litzenburg a contacté l'entreprise en septembre de cette année en l'informant qu'il préparait une plainte alléguant qu'elle savait que sa substance était cancérigène, qu'elle avait omis d'en informer le public, et qu'elle était ainsi exposée à de très sérieux ennuis.

 

Pour y mettre fin, il a proposé – ou exigé – 5 millions de dollars à titre de règlement extra-judiciaire pour mettre un terme à ce premier cas et un « accord de consultance » de 200 millions de dollars avec cette entreprise ou celle qui en a pris le contrôle, ce qui aurait créé un conflit d'intérêts et l'aurait empêché de recruter de nouveaux clients.

 

La somme était à partager avec ses associés, mais il en aurait pris la part du lion. Et c'était « un prix très raisonnable » par rapport aux « importantes conséquences financières pour [l'entreprise] d'un "Roundup 2" interminable et public » si elle n'obtempérait pas. En acceptant la transaction, l'entreprise « se mettrait à l'abri de la tempête et éviterait la parade des horribles que j'ai brièvement décrite ci-dessus » – dans un autre échange téléphonique ce fut : « la parade des horribles qu'a été le litige portant sur le Roundup pour Bayer/Monsanto ».

 

Dans une autre conversation avec des avocats de l'entreprise, il a suggéré qu'il était prêt à « prendre un plongeon », par exemple à se faire malmener, en posant les mauvaises questions, au cours d'une déposition d'un toxicologue de l'entreprise, ce qui aurait pour effet de saboter les perspectives de succès des plaignants qui s'attaqueraient subséquemment à l'entreprise.

 

 

Dérapage individuel ou pratique courante ?

 

L'entreprise rackettée s'est défendue en faisant notamment appel au Service d'Inspection Postal des États-Unis qui a enregistré des conversations téléphoniques et sonorisé des salles de réunion.

 

Le Département de Justice a aussi cru bon de mettre en ligne l'affidavit de l'inspecteur en charge de l'affaire. Le moins que l'on puisse dire est que M. Timothy Litzenburg est dans de beaux draps.

 

 

 

 

Cette affaire pose toutefois deux questions plus générales d'envergure : s'agit-il d'un dérapage individuel, ou d'une pratique courante dans ce milieu ? La tentative de « conclure une affaire » a-t-elle employé des moyens et méthodes « dans la norme » de cette industrie du racket légal, ou a-t-elle franchi une ligne rouge par rapport aux usages ?

 

Il faut être un perdreau de l'année pour penser qu'un avocat prédateur ne chercherait pas à conclure un accord extra-judiciaire à un stade ou un autre, en fonction notamment du rapport entre mise de départ et perspectives de gains. Il est aussi difficilement concevable que M. Timothy Litzenburg et ses associés se soient engagés dans des manœuvres qu'ils savaient pertinemment criminelles.

 

La leçon qui s'impose est que, grâce au refus d'une entreprise de se soumettre, il nous a été donné de connaître les dessous d'un business.

 

 

Quelles leçons pour nous ?

 

Au-delà du constat des turpitudes de la société états-unienne et de son système judiciaire, il convient de s'interroger sur leurs effets indirects en France.

 

Avec notamment les « Monsanto Papers » – exploités de manière unilatérale, manichéenne et outrancière – les médias militants et les médias suivistes ont formaté l'opinion publique dans la détestation, voire la haine, du glyphosate, du Roundup, de Bayer/Monsanto, des pesticides et de l'industrie agrochimique en général.

 

À l'heure où nous écrivons, ces médias et l'AFP – qui furent si prompts à nous informer des péripéties de l'affaire Dawayne « Lee » Johnson et des millions de dollars que les avocats charognards espèrent soutirer à Bayer/monsanto – se claquemurent dans le silence.

 

Hormis quelques gazouillis et articles de blogs qui s'adressent majoritairement à des tribus d'iso-pensants, le bon peuple et les décideurs politiques seront laissés dans l'ignorance d'un fait qui jette une lumière crue sur les affaires judiciaires impliquant le Roundup outre-Atlantique.

 

Qui peut croire que M. Litzenburg et d'autres membres de la Miller Firm LLC n'ont pas employé des moyens de même nature, en tout cas discutables, dans leur tentative de faire les poches de Bayer/Monsanto ?

 

Ce scandale de la mésinformation et de la désinformation cessera-t-il un jour ?

 

 

° o 0 o °

 

 

 

Un avocat de Virginie arrêté pour avoir participé à un projet d'extorsion d'une société ouverte [public company]

 

 

Un avocat inscrit au barreau de Virginie a été arrêté aujourd'hui [17 décembre 2019] pour extorsion fédérale et menaces interétatiques au motif qu'il aurait tenté d'extorquer de l'argent à une société publique en menaçant d'infliger des dommages financiers et de réputation substantiels à la société si ses demandes de paiement de 200 millions de dollars camouflés en un prétendu « accord de consultance » n'étaient pas satisfaites, ont annoncé le procureur général adjoint Brian A. Benczkowski de la Division Pénale du Département de la Justice et l'inspecteur en charge Delany De Leon-Colón du Groupe des Enquêtes Criminelles du US Postal Inspection Service.

 

Timothy Litzenburg, 37 ans, de Charlottesville, en Virginie, a été accusé dans une plainte pénale ouverte aujourd'hui d'avoir transmis des communications interétatiques avec l'intention d'extorquer, de tenter d'extorquer et de comploter en vue de commettre une extorsion et de transmettre des communications interétatiques avec l'intention d'extorquer.

 

Litzenburg a été arrêté ce matin et a comparu devant le juge d'instance américain Joel C. Hoppe du district ouest de Virginie. Litzenburg a été libéré sous caution.

 

Selon la plainte pénale, vers octobre 2019, Litzenburg a pris contact avec une société (société 1) et a menacé de faire des déclarations publiques alléguant que la société 1 avait une responsabilité civile importante dans la fabrication d'un produit chimique prétendument nocif utilisé dans un produit ménager commun utilisé pour tuer les mauvaises herbes. Litzenburg aurait également déclaré qu'après avoir fait ces déclarations, il utiliserait les médias et d'autres moyens pour trouver des plaignants pour poursuivre la société 1. Litzenburg aurait menacé de ne s'abstenir de telles actions publiques que si la société 1 (et sa société mère) payait à Litzenburg et ses associés 200 millions de dollars en « honoraires de consultance ». En échange des 200 millions de dollars, Litzenburg aurait indiqué qu'il ne parlerait à aucun client actuel ou futur de la société 1 et de son rôle présumé dans la fabrication du produit. Litzenburg aurait également précisé que les 200 millions de dollars ne seraient pas un règlement pour un quelconque client, mais plutôt un paiement pour Litzenburg et ses associés.

 

Litzenburg aurait communiqué ses demandes d'extorsion par téléphone et par courriel et lors d'une réunion en face à face. Lors de la réunion en face à face, Litzenburg aurait menacé d'être, lui et ses associés avocats, le « plus gros problème » de la société 1 à moins qu'ils ne reçoivent le paiement de 200 millions de dollars, et que la divulgation publique des informations prétendument préjudiciables pour la société 1 entraînerait une « chute de 40 pour cent de l'action » et « un cauchemar de relations publiques » pour la société mère cotée en bourse de la société 1.

 

Lors d'autres communications avec la société 1, Litzenburg aurait déclaré à la société 1 que s'il recevait les 200 millions de dollars en « honoraires de consultance », il était prêt à « prendre un plongeon » lors d'une déposition civile d'un toxicologue de la société 1 pour empêcher tous ses clients allégués actuels ou ses futurs plaignants potentiels de poursuivre la société 1.

 

Une plainte pénale n'est qu'une allégation et l'accusé est présumé innocent jusqu'à ce que sa culpabilité soit établie hors de tout doute raisonnable devant un tribunal.

 

L'USPIS enquête sur l'affaire. Le chef adjoint L. Rush Atkinson et le chef adjoint principal Henry P. Van Dyck de la Section de la Fraude de la Division Criminelle poursuivent l'affaire.

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Marc 20/12/2019 12:18

Justin : l'écrit reste, la vidéo s'en va !

Justin 20/12/2019 09:07

Plus personne ne lit de blog maintenant, vous devriez passer sur youtube....

Zernick 22/12/2019 10:18

moi je préfère l'écrit (avec illustrations style graphes), car le rapport (ingestion d'info utile)/(temps consacré) est meilleur

Seppi 21/12/2019 16:02

Bonjour,

Merci pour votre commentaire, et pour tous les autres sur ce fil.

Non, je n'ai pas envie, et je ne suis pas sûr que je serais efficace. Chacun son truc, moi, c'est l'écrit et le classique.

Il est la 21/12/2019 09:59

Sans compter que la video pollue plus que la lecture ;)

Sinon un truc a faire @Seppi vous savez il y a pas mql de you tubeur rationnaliste. Vous pourriez en contacter un pour lui proposer de lire certains dd vos articles sur sa chaine

max 20/12/2019 21:23

Désoler double post. Justin il y a encore suffisamment de personne qui lisent les blogs, sinon on ne serait pas là à en discuter.

max 20/12/2019 21:21

Après chez Agriculture & Environnement ils sont plusieurs. Si vous voulez que Seppi fasse des vidéos, il faudra accepter qu'il y est moins de publication (au lieu des deux par jour actuelle). Et quand l'on voit le nombre de connerie en ce moment (une des dernières en date Stéphane Mandard sur les znt https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/12/20/pesticides-le-gouvernement-opte-pour-des-distances-tres-reduites-entre-zones-d-epandage-et-habitations_6023642_3244.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1576867709) et que l'on rajoute le temps nécessaire pour y répondre, ce serait dommage. Après si quelqu’un veut lui proposer de faire les vidéos pour gagner du temps.