Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'agriculture est la clé de la lutte contre le changement climatique

3 Novembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

L'agriculture est la clé de la lutte contre le changement climatique

 

Ian Pigott*

 

 

 

 

La militante adolescente Greta Thunberg a fustigé les chefs d'État le mois dernier lors d'un sommet des Nations Unies à New York pour n'avoir pas affronté le changement climatique : « Comment osez-vous !» Elle fait maintenant son show à travers les États-Unis, avec une escale, vendredi dernier [4 octobre 2019], dans l’Iowa, au cœur agricole du pays.

 

Le changement climatique a enfin attiré l'attention qu'il mérite. L’agriculture attire cependant une attention qu'elle ne mérite pas.

 

Je dirige une entreprise agricole au Royaume-Uni. Pour le profane, « entreprise agricole » évoque l'image de champs de la taille du pays de Galles cultivés sans se soucier de l'environnement.

 

Pourtant, « entreprise agricole » n’est qu’un autre terme pour désigner une ferme, et je suis un agriculteur. Je pratique l’agriculture régénérative : produire, mettre l’accent sur la santé des sols, gérer les habitats propices à la biodiversité et gérer des activités diversifiées pour compléter nos revenus agricoles.

 

Les agriculteurs se soucient du changement climatique autant que quiconque, sinon plus. Le climat affecte directement nos vies et nos entreprises.

 

Nous ne pouvons pas ignorer la taille du défi. Les agriculteurs sont les gardiens de près de la moitié des terres émergées du monde. À une si vaste échelle, des changements progressifs réduisant les émissions de gaz à effet de serre peuvent faire une grande différence.

 

Notre ferme fonctionne à zéro carbone. Nous le faisons par un engagement en faveur de l'agriculture de conservation (régénérative). Cela signifie que nous stockons le carbone dans le sol grâce au sans-labour et aux cultures de couverture, améliorant ainsi les habitats et la biologie de notre ferme. En cinq ans, nous avons réduit la consommation de carburant de 60 %, réduit de moitié l'utilisation de fongicides et éliminé totalement les insecticides.

 

Alors, pourquoi tout le monde ne pratique-t-il pas l’agriculture régénérative ? Pour trois raisons : la plupart des gens résistent au changement, y compris les agriculteurs ; les rendements des cultures en souffriront au cours des deux premières années de transition ; et enfin, la menace sur le glyphosate.

 

Dans ma ferme, le glyphosate m'aide à assumer les responsabilités environnementales que je défends avec tant de passion. Une fois par an, nous utilisons du glyphosate pour éliminer la culture de couverture, dans laquelle nous semons ensuite la culture de rapport. Si nous ne pouvions pas utiliser le glyphosate, nous devrions abandonner l’agriculture de conservation, recommencer à labourer et finalement libérer le carbone qu’il a stocké.

 

Récemment, j'ai assisté à deux événements contrastés en Europe sur le changement climatique : une cérémonie de remise de prix pour le développement durable et un sommet sur la politique alimentaire à Paris.

 

Le premier événement auquel j'ai assisté parlait de l'importance du changement. C’était une cérémonie de remise de prix à un grand constructeur de maisons britannique, qui a reçu le prestigieux Queens Award for Sustainable Development pour devenir une entreprise à zéro carbone.

 

En recevant ce prix, le directeur général a parlé avec fierté de son père qui, en 1979, s’était engagé en faveur de pratiques durables. Aujourd'hui, cette entreprise de construction dispose de départements entiers consacrés à cet objectif.

 

J'ai plaisanté avec le directeur général en disant que les agriculteurs britanniques avaient une expression : « Il est plus difficile de cultiver en vert quand vous êtes dans le rouge ». Il en est convenu. Je dois être durable sur les plans environnemental et économique.

 

Sa mention de 1979 m'a fait réfléchir. J'avais récemment analysé les archives de notre entreprise familiale. Deux chiffres ont retenu l'attention : le prix du blé et le coût des maisons.

 

En 1979, mon père a vendu un cottage jumelé de trois chambres à coucher près de notre ferme. Le prix de vente était de 4.000 £. La même année, il vendait sa récolte de blé à 115 £ la tonne.

 

Aujourd'hui, quarante ans plus tard, ce même cottage est sur le marché pour 650.000 £, une valeur 160 fois supérieure à celle de 1979. Mon blé de 2019 vaut 125 £ la tonne, soit un cinquième du prix de 1979 en termes réels.

 

Ainsi, lorsque les écologistes accusent les agriculteurs de polluer et de déboiser le globe en quête de ce que Thunberg appelle « la croissance économique éternelle », nous devons faire une pause.

 

Une parallaxe dangereusement myope est à l'œuvre. La responsabilité du changement climatique est exacerbée par les exigences de notre système alimentaire ; des régimes alimentaires en évolution, une demande croissante, des prix à la ferme sous-évalués, un gaspillage extravagant de nourriture et des groupes puissants qui n'engagent pas leur responsabilité dans les résultats de leur lobbying. Nous contribuons tous.

 

Les discussions sur la politique alimentaire à Paris ont porté sur le développement durable dans la future politique agricole commune de l’UE. Lorsque nous quitterons l'Europe, cela ne concernera peut-être plus directement les agriculteurs britanniques, mais cela affectera nos politiques commerciales et l'établissement de normes universellement acceptables en matière d'alimentation et d'agriculture.

 

Un arbitrage des coûts a conduit à la migration des abus environnementaux. La demande mondiale de denrées alimentaires moins chères mais plus abondantes a fait flairer toute les possibilités de réduire le coût de base sans tenir compte de l’impact. De nombreux pays sont heureux d'exporter leurs responsabilités environnementales, important des aliments produits selon des normes inférieures à celles exigées de leurs propres agriculteurs.

 

Nous avons tous joué un rôle, que ce soit en achetant un hamburger pas cher, des fraises hors saison ou des pommes de terre d'un pays lointain – des choix que nous faisons sans connaissance et sans culpabilité ont un impact énorme sur l'environnement.

 

Dans un effort pour se donner bonne conscience, certains dénoncent de tels choix. Si seulement c'était aussi simple...

 

Les agriculteurs ne sont pas le mal. Ils ne sont pas non plus innocents. Cependant, ils sont la clé de la lutte contre le changement climatique.

 

Pourquoi est-ce pertinent? Le monde reconnaît qu'il doit lutter contre le changement climatique. Les méchants de la pièce sont caricaturés. Dire que toute la production de viande rouge exacerbe le changement climatique et que les régimes alimentaires à base de plantes sont bien meilleurs pour l'environnement n'est pas plus exact que de suggérer que tous les politiciens sont narcissiques. C'est une conclusion binaire à un problème multidimensionnel.

 

Les dirigeants mondiaux – ainsi que Greta Thunberg, ses sponsors et ses admirateurs – doivent comprendre que l'agriculture est une tour sur l'échiquier du changement climatique, pas un pion à blâmer.

 

_______________

 

Ian Pigott

Agriculteur, Harpenden, Royaume-Uni

Ian Pigott dirige une entreprise agricole diversifiée au Royaume-Uni, à Harpenden, à seulement 20 miles du centre de Londres. Il produit du blé, du colza et de l'avoine en rotation. La ferme est une ferme de démonstration LEAF (linking environment and farming – relier environnement et agriculture). Ian est membre du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).

 

* Source : https://globalfarmernetwork.org/2019/10/agriculture-holds-the-key-to-addressing-climate-change/

 

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

max 03/11/2019 20:26

En parlant de Greta, elle cherche un moyen de transport pour rentrer pour la COP25. Il faudrait lui dire de faire comme tout le monde (ceux qui ne se voit pas offert un voyage en voilier par la famille royale de Monaco), payer (de sa poche). Comment peut on prendre au sérieux une personne incapable d'assumer le coût financier de ses déplacements, quand elle fait la leçon au autres sur la gestion de l'économie et de l'environnement au niveau mondial.

https://www.ouest-france.fr/environnement/climat/greta-thunberg/climat-greta-thunberg-cherche-une-embarcation-pour-rentrer-en-europe-pour-la-cop25-6591856
https://www.valeursactuelles.com/societe/greta-thunberg-cherche-un-moyen-de-transport-pour-se-rendre-la-cop25-112457

Elle a rencontré Leonardo DiCaprio, Obama, Arnold Swarzenegger et d'autres et à fait 'un voyage au états-unis (c'était prévue qu'elle aille aussi en Amérique du sud) et en Europe. Pour reprendre sa rhétorique, comment ose t'elle dire qu'on lui a volé son enfance. Quand des enfants dans le tiers monde meurt de faim, doivent travailler (ils n'ont même pas le luxe de pouvoir sécher l’école) et meurt de maladie, que certains dans les pays développés ne peuvent même pas partir en vacance et ont du mal à avoir les ressources de base (nourriture, vêtements, etc), ses propos ne sont même pas indécent, c'est un énorme crachat à la gueule des plus pauvres.

Seppi 10/11/2019 14:23

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

La pauvre Greta a été embarquée par ceux qui l'instrumentalisent dans un cul-de-sac. Elle ne voulait pas prendre l'avion pour aller à New York… elle ne peut pas prendre l'avion pour retourner en Europe, sauf à se déjuger et décrédibiliser (enfin… pas chez ses aficionados). Et elle ne peut pas faire de pétrolier-stop... il n'y en pas (encore) à voile.

On lui a "volé son enfance"... je suis bien d'accord avec vous.