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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'anti-OGMisme a de beaux jours devant lui au Parlement Européen

16 Octobre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Politique, #AGM, #Union européenne

L'anti-OGMisme a de beaux jours devant lui au Parlement Européen

 

avec une contribution française majeure

 

 

Au bout d'une longue procédure, une résolution du Parlement Européen

 

Il y a un rituel bien codifié dans l'Union Européenne à propos des OGM. Précisons : à propos, non pas de la culture – horresco referens –, mais de l'importation et de la mise sur le marché de denrées alimentaires, d’ingrédients alimentaires et d’aliments pour animaux ou de produits destinés à des usages autres que l’alimentation humaine et animale.

 

Car nous importons. Par nécessité économique pour répondre à des besoins non satisfaits par les productions locales (notamment en soja) et politique (une entrave au commerce injustifiée pourrait être sanctionnée à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC)).

 

 

(Source)

 

 

Tout commence par une société qui présente une demande à un État membre. Celle-ci aboutit devant l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) via la Commission Européenne et après examen préliminaire par l'État membre de dépôt.

 

L'avis de l'EFSA est, quasiment de règle, favorable.

 

Les sociétés demanderesses ne sont pas stupides ; les produits en cause ont déjà fait l'objet d'une évaluation approfondie ailleurs, dans les pays où ces OGM sont produits, et sont souvent déjà sur le marché. À cela s'ajoute le fait, pour les OGM comportant un « empilement » de traits, que les traits individuels et même certaines combinaisons ont déjà été évalués par l'EFSA et fait l'objet d'une autorisation communautaire. Cela ne signifie pas que l'on procède à un simple coup de tampon. Dans l'un des cas qui nous intéresse ici, la procédure a été entamée au début de... 2013 et il y eut des demandes d'informations complémentaires au nombre de... 14.

 

Les États membres peuvent présenter des observations à l'EFSA. Certains s'y emploient à bon escient, d'autres avec un zèle remarquable dont on peut soupçonner qu'il bénéficie du concours assidu d'activistes anti-OGM (et anti-pesticides) au sein des agences gouvernementales (comme le Bundesamt für Naturschutz (BfN) allemand) ou de l'extérieur. La panel de l'EFSA en tient compte quand elles sont pertinentes et répond dans tous les cas.

 

Sur la base de l'avis de l'EFSA, la Commission Européenne établit un projet de décision d'exécution autorisant la mise sur le marché de produits. Comment pourrait-il en être autrement, sauf à décrédibiliser l'EFSA et un processus décisionnel se fondant et se réclamant de la science ?

 

Invariablement, les États membres – qui ont décidé de couper les ailes à la Commission et entendent se prononcer aussi sur les décisions d'exécution – se trouvent, volontairement ou non, en situation de pat, la double majorité requise n'étant pas obtenue, ni pour l'adoption, ni pour le rejet du projet.

 

À l'issue de cette procédure, qui comporte normalement une consultation d'un comité suivie en cas de pat d'un appel, la décision – le mistigri – revient à la Commission. Mais nous n'en sommes pas encore là.

 

Invariablement, le Parlement Européen est saisi d'un projet et adopte une résolution pour s'opposer au projet de décision. Dans le cas en cause jusqu'à ce stade de notre billet, il s'agit de « maïs génétiquement modifié combinant deux, trois ou quatre des événements simples MON 89034, 1507, MON 88017, 59122 et DAS-40278-9 ».

 

 

(Source)

 

 

C'est pour la galerie !

 

La résolution est non contraignante.

 

Elle n'a aucun effet. Remettons le couvert : les autorités investies du pouvoir de décision n'ont guère le choix, sauf à s'opposer à la science, à prendre le risque que les gouvernements des pays producteurs saisissent l'OMC pour contester un refus d'autorisation, et à mettre l'économie européenne dans une situation embarrassante. L'Union Européenne est bien forcée d'importer certains OGM faute de production suffisante des denrées correspondantes (non GM) dans l'Union ou dans les grands pays producteurs.

 

 

(Source)

 

 

Soyons toutefois prudents : il y a une nouvelle Commission et bien des lignes ont bougé sur le plan politique aux niveaux communautaire et nationaux.

 

Mais cela flatte l'ego de la majorité des eurodéputés et les conforte dans leur posture de grands défenseurs de la santé et de l'environnement et, pour certains, d'opposants au capitalisme supposé débridé... ah, s'ils savaient...

 

 

Une majorité des deux tiers

 

L'objection conformément à la règle 112 a été adoptée par 435 voix pour, 207 contre et 18 abstentions, 88 eurodéputés n'ayant pas pris part au vote.

 

 

(Source)

 

 

La répartition des votes selon les groupes politiques est donnée ci-dessous.

 

 

 

 

Les Français comme un seul homme, ou presque

 

Et les eurodéputés français ? Sur 74 membres, 65 ont voté en faveur de la résolution et 9 n'ont pas pris part au vote (dont selon Votewatch, curieusement, M. Éric Andrieu, ainsi que Mme Sylvie Guillaume).

 

Dans la législature précédente, il y avait des députés français qui étaient capables de voter contre ce genre de résolutions essentiellement démagogiques. Cela ne semble plus être le cas. Quel signal donnent les Renaissance macroniens (intégrés dans REG, ci-dessus), ce grand mouvement qui a bousculé l'échiquier politique et laissé entendre qu'il allait faire de la politique autrement ? On peut craindre que ce soit : « en avant toute vers la démagogie »...

 

En appui de la campagne électorale, le Président Emmanuel Macron avait martelé :

 

« Liberté, protection, progrès. Nous devons bâtir sur ces piliers une Renaissance européenne. »

 

Le compte n'y est pas ! En tout cas, pas pour le progrès en agriculture. Les jeux politiciens qui se mettent en place au Parlement Européen ne sont pas de bon augure pour l'entrée de l'Europe dans l'ère de la génétique moderne illustrée par CRISPR.

 

 

Quel sophisme ! (Source)

 

 

 

Le cas Éric Andrieu

 

 

(Source)

 

M. Éric Andrieu se félicite du reste de ce vote sur son site. Et en quels termes !

 

« "Je m’étonne que la question même puisse être posée au parlement européen à partir du moment où ces produits sont illégaux. Cela n’a pu se faire que grâce à la complicité de la Commission européenne. À chaque fois, les eurodéputés, disent non à ce type d’OGM et à chaque fois la Commission passe outre et finit par les autoriser".

 

Le mépris dont fait preuve la Commission européenne sur ces dossiers (OGM, perturbateurs endocriniens, nanoparticules, …) est inacceptable. Ne pas prendre en compte l’avis du Parlement européen, c’est ne pas prendre en compte la voix des citoyens.

 

"C’est aussi une énième attaque contre le principe de précaution qui pourtant fait de l’Europe le continent où le niveau de qualité des produits est le plus élevé au monde. Il est grand temps que la Commission européenne entende la voix des citoyens. Je continuerai à me battre jusqu’à ce que nous obtenions gain de cause" conclut l’Eurodéputé Eric Andrieu. »

 

Ce qui est inacceptable, c'est l'écœurante et nauséabonde approche complotiste et le vil dénigrement d'une institution européenne. Le Parti Socialiste, la France et le Parlement Européen méritent mieux que ça...

 

À l'inverse, l'éleveur et ancien président des Jeunes Agriculteurs Jérémy Decerle s'est comporté en bon petit soldat de son groupe macronien.

 

 

Quatre autres résolutions

 

Le Parlement Européen a aussi adopté, avec des majorités similaires et un enthousiasme délirant de la députation française, deux autres motions pour s'opposer à l'importation d'OGM :

 

 

Pour faire bonne mesure, il y a aussi deux résolutions pour s'opposer à l'autorisation de deux produits de protection des plantes :

 

  • La flumioxazine – avec possiblement pour victimes collatérales : alpha-cyperméthrine, beflubutamide, bénalaxyl, benthiavalicarbe, bifénazate, boscalide, bromoxynil, captane, cyazofamide, desmédiphame, diméthoate, diméthomorphe, diurone, éthéphon, étoxazole, famoxadone, fénamiphos, [flumioxazine,] fluoxastrobine, folpet, foramsulfuron, formétanate, métalaxyl-M, méthiocarbe, métribuzine, milbémectine, Paecilomyces lilacinus — souche 251, phenmédiphame, phosmet, pirimiphos-méthyl, propamocarbe, prothioconazole, S-métolachlore et tébuconazole ;

     

  • Le chlorotoluron – avec possiblement pour victimes collatérales : amidosulfuron, béta-cyfluthrine, bifénox, chlorotoluron, clofentézine, clomazone, cyperméthrine, daminozide, deltaméthrine, dicamba, difénoconazole, diflubenzuron, diflufénican, fenoxaprop-P, fenpropidine, fludioxonil, flufénacet, fosthiazate, indoxacarbe, lénacile, MCPA, MCPB, nicosulfuron, piclorame, prosulfocarbe, pyriproxyfène, thiophanate-méthyl, triflusulfuron et tritosulfuron).

 

Nous n'analyserons pas ces textes, du moins pas à ce stade... c'est trop déprimant.

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Il est là 20/10/2019 16:58

Moi j'approuve cette décision du Parlement européen d'interdire l'importation de ces OGM en Europe car... je préfère que l'Europe fasse ses OGM maison :)