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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« "La guerre de l’alimentation n’aura pas lieu". La tribune de Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture », dans l'Opinion

15 Septembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Politique

« "La guerre de l’alimentation n’aura pas lieu". La tribune de Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture », dans l'Opinion

 

Glané sur la toile 394

 

 

C'est dans l'Opinion : « La guerre de l’alimentation n’aura pas lieu », déclare M. Didier Guillaume, Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation.

 

 

Mais c'est déjà la guerre !

 

On aimerait tant y croire ! Quand les grandes enseignes de la distribution se font une guerre sur les prix, en étranglant les producteurs et les fournisseurs de l'agroalimentaire... et en s'étranglant elles-mêmes par des marges brutes qui semblent fort confortables (n'est-ce pas Que Choisir...) mais se traduisent in fine par une rentabilité ric-rac.

 

On aimerait y croire quand le biobusiness et ses alliés et idiots utiles pratiquent le dénigrement à outrance de la filière conventionnelle – celle qui nous nourrit – pour augmenter ses parts de marché.

 

On aimerait y croire quand les chaînes de télévision – au premier rang desquelles les chaînes publiques – surfent sur l'hypocondrie et des peurs alimentaires qu'elles suscitent et entretiennent.

 

On aimerait y croire quand le ministre lui-même et ses services tiennent des discours au mieux ambigus.

 

 

N'importe quoi !

 

Disons-le clairement : ce ministre raconte n'importe quoi ! L'Opinion a retenu en chapô :

 

« Là où certaines personnalités politiques ou médiatiques attisent les conflits, je vois au contraire les éléments d’une profonde réconciliation, repositionnant la France comme la nation de l’excellence gastronomique et alimentaire »

 

Pourquoi « repositionnant » ? Aurions-nous perdu notre position d'excellence ?

 

« Fidèles à notre histoire, nous devons relever le défi écologique et sanitaire et passer de l’enjeu quantitatif du XXe siècle à l’enjeu qualitatif qui caractérise le XXIe siècle. »

 

Quel « défi […] sanitaire », M. le Ministre ? Certes, les avis de rappels de produits pleuvent, mais est-ce le signe d'une inquiétante dégradation de la situation du point de vue de la sécurité alimentaire ou l'expression, au contraire, de la vigilance qui permet de l'assurer ?

 

Mais rassurez-vous, braves gens... la leçon du « en même temps » macronien – ou du « n'importe quoi » pourvu que ce soit noyé dans le flot de paroles – a été assimilée :

 

« L’agriculture française nous fournit dans son ensemble une alimentation remarquable, saine et traçable, parmi les meilleures au monde. »

 

 

Montée en gamme ?

 

Et, bien qu'il y ait nombre de choses à améliorer dans nos rapports avec notre espace et notre environnement, quel « défi écologique » ? Car le mot « défi » véhicule une notion d'enjeu de grande importance, ici dans le contexte manifestement négatif d'une opposition entre agriculture et écologie (ou environnement).

 

Pendant ce temps – presque « en même temps » – le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation pérore : « L'agriculture française primée : "Modèle le plus durable du monde" » (selon le classement du magazine britannique The Economist).

 

La vision de l'avenir de notre Ministre n'est guère surprenante si on considère qu'il fait partie du personnel politique ; elle l'est en revanche quand on considère qu'il est chargé d'organiser notre avenir. D'aucuns se préoccupent de l'alimentation d'une population mondiale qui devrait s'agrandir d'un milliard d'habitants d'ici 2030 – dans 10 semis et récoltes de blé – et s'établir à 9,7 milliards de personnes en 2050... M. Didier Guillaume perçoit quant à lui un « enjeu qualitatif ».

 

Quelle est sa réponse, en bref ?

 

« L’avenir de notre agriculture passe par la qualité, par la montée en gamme, et donc par un niveau encore supérieur d’exigence dans la production, avec moins de pesticides, une gestion optimisée de l’eau, une attention redoublée au bien-être animal. »

 

Vraiment ? La « montée en gamme », c'est aussi la montée en prix. « Plus vert, c'est plus cher » a été un aphorisme récurrent de Mme Christiane Lambert, Présidente de la FNSEA. À juste titre.

 

 

 

 

Et l'agriculture qui nous nourrit ?

 

Viser et promouvoir la montée en gamme, c'est abandonner à la concurrence le marché majoritaire, celui des consommateurs qui recherchent les prix bas et qui – n'en déplaise aux bobos ronchonneurs – trouvent aussi de la qualité. Nous sommes déjà en train de décrocher dans la compétition internationale, et aussi européenne. Nos importations ne cessent d'augmenter.

 

Ce ministre et par extension ce gouvernement ont un gros problème de myopie, de déni de réalité, d'erreur de diagnostic et par conséquent d'incapacité à préparer l'avenir, tout au moins au-delà de la prochaine échéance électorale.

 

On se gargarise de grandes envolées :

 

« Toutes les parties [selon le paragraphe précédent « les agriculteurs, les consommateurs-citoyens et les pouvoirs publics »] sont conscientes de l’urgence écologique et de la nécessité de la transition agro-écologique.

 

Qu'il est lassant de voir à tout bout de champ une « transition agro-écologique » pour laquelle il n'existe aucune définition opérationnelle !

 

Qu'il est stupéfiant de voir évoquer une « urgence écologique » à propos de l'agriculture française. Ça l'est d'autant plus que ce gouvernement (comme les précédents) lambine sur une gestion de l'eau qui exploite les capacités de stockage et nous bassine avec la sortie du glyphosate et, maintenant, les zones non traitées aux abords des habitations et lieux de vie.

 

Il arrive pourtant à M. Didier Guillaume de faire preuve de lucidité et de pédagogie :

 

« S'il devait y avoir des zones de non-traitement de 150 mètres autour de toutes les habitations, ce serait la plus grosse artificialisation des terres jamais obtenues […] Ce ne serait pas de la folie pour les agriculteurs mais ce serait de la folie pour les consommateurs. Les agriculteurs ne seraient plus à même de fournir notre autonomie alimentaire et nous serions obligés d'acheter de l'alimentation venant d'ailleurs. »

 

 

L'agri-bashing implicite

 

Mais le plus insupportable est encore l'agri-bashing implicite ruisselant de ce gloubi-boulga de bien-pensance qui doit flatter la majorité de l'électorat et ne s'adresse aux agriculteurs que sous la forme de bons vœux et d'injonctions. Les agriculteurs...

 

« ...doivent poursuivre et accélérer la transition agro-écologique ».

 

Et les éleveurs...

 

« ...doivent assurer de bonnes conditions de vie à leurs animaux ».

 

Sous-entendu : ils ne le font pas... Mais notre ministre a de grandes ambitions, pas vraiment pour lui :

 

« Il s’agit de cheminer ensemble vers l’agro-écologie, une agriculture qui veut renouer avec les vertus de l’agronomie et du progrès. Cette science sait maintenir le fragile équilibre entre ce que nous produisons et ce que nous consommons pour produire. Or, cela suppose de réinvestir des pratiques comme la diversification et la rotation des assolements, la complantation en viticulture ou en grande culture pour mieux lutter contre les effets du changement climatique ou apporter de manière naturelle les engrais dont ont besoin les cultures. »

 

« ...renouer... », comme si les agriculteurs avaient renoncé aux « vertus de l’agronomie et du progrès ».

 

« ...réinvestir... », comme si les agriculteurs avaient abandonné « la diversification et la rotation des assolements ».

 

Pour la « complantation en viticulture ou en grande culture », nous aimerions trouvez les preuves des pratiques anciennes. Et, s'agissant d'« apporter de manière naturelle les engrais dont ont besoin les cultures », on ne peut que conseiller un crash course, un cours accéléré d'agronomie.

 

 

Tout pour le consommateur ?

 

Le ministre a tout de même une ambition :

 

« On ne peut pas vouloir sauver la planète devant son journal, et s’en moquer devant son caddie. Je suis conscient qu’aujourd’hui les consommateurs sont perdus devant le foisonnement des produits et des publicités induit par la guerre du marketing. Pour les aider à se repérer dans le maquis de l’offre alimentaire, je m’engage à développer les mesures d’étiquetage, pour valoriser la production française de qualité. »

 

Uniquement « de qualité », la production française ?

 

Mais

 

« Il est primordial que chacun puisse faire ses achats alimentaires en connaissance de cause : d’où vient mon produit ? Est-il sain ? Est-il bio ? Est-il éco-responsable ? »

 

Certes, il est possible de faire mieux sur l'indication des origines, et les allégations d'éco-responsabilité sont parfois un tantinet extravagantes, mais le bio ? Mal étiqueté le bio ? Allons donc !

 

 

Et que dire de : « Est-il sain ? »

 

N'est-ce pas, une fois de plus, une allégation implicite d'agri-bashing ou d'agroalim-bashing ?

 

On peut rétorquer qu'il s'agit de qualité nutritionnelle, pour laquelle on a mis au point le Nutriscore censé représenter le Saint Graal de l'information des consommateurs. Mais les produits les plus mal notés – qu'il convient de consommer avec modération – sont « sains ».

 

Tout cela est dit par quelqu'un qui déclare avec un mouvement du menton :

 

« Je refuse que les agriculteurs soient montrés du doigt, désignés comme des empoisonneurs. »

 

Message transmis au Président Emmanuel Macron qui a soutenu le maire de Langouët « dans ses intentions » en évoquant « les conséquences sur la santé publique ».

 

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Albert Amgar 15/09/2019 10:02

Très bon article comme d'habitude qui cerne assez bien la personnalité de ce ministre de l'agriculture qui est bien la voix de son maître.
On assiste en ce moment à une montée des rodomontades, « L'agriculture française primée : "Modèle le plus durable du monde" » (selon le classement du magazine britannique The Economist). et par ailleurs, le système de sécurité sanitaire est l'un des plus performants au monde, très étonnant, non ?

Seppi 16/09/2019 16:01

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Le système de sécurité sanitaire ? Je connais un infatigable blogueur qui n'arrête pas de râler… à juste titre !

https://leblogaa.blogspot.com/