Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Une ferme urbaine de 14 000 m², la plus grande d’Europe, ouvrira à Paris en 2020 », article plutôt bon du Monde... Planète

15 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

« Une ferme urbaine de 14 000 m², la plus grande d’Europe, ouvrira à Paris en 2020 », article plutôt bon du Monde... Planète

 

Glané sur la toile 383

 

 

 

 

Une fois n'est pas coutume, nous avons apprécié l'anonyme « Une ferme urbaine de 14 000 m², la plus grande d’Europe, ouvrira à Paris en 2020 » du Monde Planète avec en chapô : « Installée sur le toit du Parc des expositions, dans le 15e arrondissement, elle devrait produire jusqu’à une tonne de fruits et légumes par jour en haute saison. »

 

C'est une resucée du « World's largest urban farm to open – on a Paris rooftop » du Guardian. Chercher des informations sur un projet français dans la presse britannique– certes amie et isopensante –, avouez que c'est un peu cocasse ; mais c'est le mois des vacances...

 

C'est aussi, en grande partie, un infomercial :

 

« "L’objectif est de faire de cette ferme un modèle de production durable reconnu mondialement, explique au quotidien britannique Pascal Hardy, fondateur d’Agripolis, l’entreprise agricole urbaine à l’origine du projet. Nous utiliserons des produits de qualité, cultivés au rythme des cycles de la nature, au cœur de Paris.»

 

The Guardian nous a fait le plaisir de mettre le site Web d'Agripolis en lien, ce qui permet d'en savoir un peu plus, de se faire embobiner un peu plus, et de se poser des questions.

 

La société utilise la technique de l'aéroponie mais, selon le Monde, « le tout [sera] cultivé avec des méthodes biologiques »... Ah bon... Selon le site Web,

 

« La production est locale et exclusivement réalisée avec des nutriments utilisables en agriculture biologique. Agripolis s'attaque donc au problème des productions agricoles poussées aux engrais chimiques, traitées aux pesticides, cueillies à moitié mûres, et qui parcourent de longues distances pour arriver dans l'assiette. »

 

Rêvez, braves bobos... Rêvez aussi à une corne d'abondance :

 

« "Nos produits frais seront utilisés pour nourrir les habitants du sud-ouest de la ville – soit directement, soit par le biais de jardins potagers, de magasins, d’hôtels et de cantines –, contribuant ainsi à réduire la distance parcourue pour se nourrir, explique M. Hardy. De plus, nous n’utiliserons pas de pesticides ou de produits chimiques, donc la ferme sera un havre pour la biodiversité.»

 

Ce que représente le « sud-ouest de la ville » – qui, de toute façon, continuera à être nourri avec des produits de base des vraies fermes – n'est pas précisé.

 

Mais il est dit que l'exploitation se fera avec une vingtaine de jardiniers...

 

« "L’idée est de favoriser la résilience environnementale et économique dans les villes de demain", explique au Guardian M. Hardy, qui s’attend à ce que la ferme commence à faire des profits dès sa première année.

 

Un pari ambitieux, sachant que l’agriculture urbaine est rarement rentable. "Très peu de projets sont rentables et 80 % meurent la première année, indiquait Grégoire Bleu, président de l’Association française d’agriculture urbaine professionnelle au Monde, en 2018. [...] »

 

Il y a d'autres bémols dans cet article comme une référence à un article scientifique néerlandais qui remet un certain nombre de choses en place.

 

En conclusion,

 

« Si l’autosuffisance semble n’être encore qu’un rêve, l’agriculture urbaine a de beaux jours devant elle. La Ville de Paris s’est engagée à végétaliser 100 hectares, dont un tiers dédié à l’agriculture urbaine, d’ici à 2020, à travers son projet "Parisculteurs". Elle a prévu d’y consacrer 8 millions d’euros durant cette mandature. »

 

Petits rappels dérangeants :

 

1. Cent hectares, c'est 1 % de la surface de Paris.

 

2. Huit millions d'euros, c'est 80.000 euros par hectare végétalisé ou, s'ils se rapportent à la seule « agriculture urbaine », quelque 240.000 euros par hectare.

 

La végétalisation dans les villes et la création de jardins potagers répondent à des objectifs divers et il serait malvenu de les dénigrer par principe. Parisculteurs est un programme que l'on peut apprécier.

 

Mais l'hyperbolique tapage médiatique est exaspérant. Voici de fortes – et stupides – paroles (apparemment) de Mme Anne Hidalgo :

 

« La Métropole sera durable et résiliente si le système agricole est modernisé, repensé et préservé. »

 

« Ainsi, avec “Parisculteurs” nous souhaitons promouvoir une agriculture tournée vers les consommateurs locaux et la transformation à courte distance des produits franciliens. Vitrine de la gastronomie et de la qualité des produits français, Paris dispose de nombreux atouts pour construire cette politique innovante et pour inventer de nouvelles réciprocités entre les urbains et les ruraux, de nouveaux liens avec les agriculteurs franciliens. »

 

Parmi les bémols de l'article du Monde (entièrement accessible), il y a deux déclarations qui nous ramènent sur terre. C'est à lire. Et figurez-vous qu'elles ont été ajoutées par le journaliste anonyme à la partie pompée dans le Guardian... Remarquable !

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Astre Noir 20/08/2019 07:24

Bonjour
Il me semble qu'on se dirige droit vers un conflit d'usage...
D'un côté, ceux qui veulent transformer les toits plats en fermes urbaines, de l'autre ceux qui veulent les utiliser pour installer des panneaux solaires...Mortal Kombat chez les écolos !

Seppi 01/09/2019 14:46

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Peut-être… Il y a aussi les "roof-parties". Mais ceux-là, à ma connaissance, ne se financent pas avec de l'argent public.

max 15/08/2019 14:48

"nous n’utiliserons pas de pesticides ou de produits chimiques"
S'ils n'utilisent pas de produits chimiques, ils utilisent quoi ? Du vide ?
C'est ce genre d'abus de langage qui fait croire que la chimie est séparé de la nature et est le mal incarné.

Seppi 01/09/2019 14:51

@ Astre Noir le mardi 20 août 2019 à 07:26

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Si j'ai bien compris, il y a au moins une partie qui est en aéroponie. A moins d'utiliser du purin dilué ou quelque chose de la sorte, je ne vois pas très bien comment ils peuvent échapper à la "chimie".

En aéroponie, ils doivent pouvoir éviter tous les problèmes de pollution dans l'alimentation des plantes, mais évidemment pas de contamination aérienne des produits.

Seppi 01/09/2019 11:54

@ Il est la le samedi 17 août 2019 à 13:17

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

En aquaponie, oui. Mais il n'est pas question ici d'élever des poissons. La question de Max demeure ouverte.

Astre Noir 20/08/2019 07:26

Pas de pesticides, certes....Mais est ce que quelqu'un s'est intéressé aux résidus d'éléments traces métalliques, d'hydrocarbures, autres composés organiques, etc...

Il est la 17/08/2019 13:17

seppi

Ce sont pas les excrements des poissons dans le cadre de l acquaponie ?

Seppi 17/08/2019 09:48

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Ce sont des petits génies de la "communication" !

L'aéroponie consiste à cultiver des plantes sans substrat et à brumiser régulièrement les racines avec une solution nutritive. J'aimerais connaître la composition de cette solution...

Il est la 15/08/2019 10:51

Bonne initiative

Mais si je comprends bien cette agriculture urbaine pour survivre a besoin de cohabiter avec l agriculture des campagnes

Quant au fait de faire de cette ferme un havre de biodiversité... ilparle bien de ne pas utiliser de produits chimiques màis quid des pesticides naturels.

Bon en tout cas l initiative est interessante eg je lui souhaite longue vie mais attention a ne pas y voir la solution miracle

Seppi 01/09/2019 11:46

@ Il est la le samedi 17 août 2019 à 13:16

Merci pour votre commentaire.

Je veux bien vous croire, mais j'ai quand même de gros doutes. Voir un plant de tomate chouchouté dans une caisse par un gus payé pour faire en sorte que tout soit beau ne permettra pas de faire comprendre comment on produit la tomate vendue au supermarché ou encore sur le marché.

Quant au blé du pain et des pâtes...

Il est la 17/08/2019 13:16

Oui Seppi quand je dis expérience interessante c est parce qu elle permet aux citadins de voir comment on produit leur nourriture et leur donnera sans doute envir de respecter les paysans. Apres oui je ne pebse pas que les villes connaitrons l autonomie alimentaire mais au moins cela permetrra de decharger un peu les paysans

Seppi 17/08/2019 10:10

@ Jacques Lemiere le vendredi 16 août 2019 à 10:10Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Végétaliser, c'est contribuer à réduire le réchauffement urbain. C'est créer une vitrine, certes très artificielle, sur le production de légume. Et il y a le volet social.

Genève a reconverti une parcelle de production de jeunes plants en mini-jardins pour les gens du quartier. C'est assez intéressant.

Quant au coût, il faudrait connaître le montage financier. Le projet de jardin s'accompagne d'un restaurant. Il y a une forme de symbiose qui peut justifier le coût.

Seppi 17/08/2019 09:37

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Ce qu'on appelle "agriculture urbaine" n'est pas de l'agriculture mais au mieux du maraîchage auquel s'ajoute une forme de production "industrielle" comme les cultures en container ou, comme dans cet article, les cultures en aéroponie. Le socle de notre alimentation continuera à être l'agriculture des campagnes.

Un havre de biodiversité ? On ne se refuse rien dans ces milieux question racolage ! Pour les pesticides, je ne sais pas… il y aura peut-être quelques coups de sulfate de cuivre sur les tomates.

L'initiative est peut-être intéressante dans la mesure où elle permettra de montrer ce qu'est(ou peut être) la production de légumes à des Parisiens et pour créer du lien social avec les carrés loués. Pour l'approvisionnement, il ne faut pas rêver.

Jacques Lemiere 16/08/2019 10:10

initiative interessante ( interet pour quoi?) et COUTEUSE.