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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Toxicités comparées du glyphosate et des co-formulants d'herbicides à base de glyphosate

2 Juillet 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup)

Toxicités comparées du glyphosate et des co-formulants d'herbicides à base de glyphosate

 

 

 

 

C'est un trio a priori improbable qui a produit « Insight into the confusion over surfactant co-formulants in glyphosate-based herbicides » (une exploration [ou « un aperçu »] de la confusion entourant les co-formulants tensioactifs dans les herbicides à base de glyphosate), publié dans Food and Chemical Toxicology : MM. Robin Mesnage, Charles Benbrook et Michael N. Antoniou.

 

Improbable car cet article « dédouane » largement le glyphosate en tant que tel. Et ces auteurs ont en quelque sorte un casier, s'agissant du militantisme, en particulier contre le glyphosate et le Roundup et consorts.

 

Du reste, deux d'entre eux ont déclaré des conflits d'intérêts liés notamment aux procédures en cours aux États-Unis d'Amérique contre Monsanto.

 

 

 

 

Mais, comme nous allons le voir avec le résumé, cette situation plaide plutôt en faveur de l'article.

 

 

Le résumé

 

« Points forts

 

•  Le glyphosate est l'ingrédient actif des herbicides à base de glyphosate et les autres produits chimiques sont présumés inertes.

 

•  Les agents tensioactifs [surfactants] tallowamine polyéthoxylée du Roundup sont nettement plus toxiques que le glyphosate.

 

•  Les agents tensioactifs ammonium quaternaire propoxylé utilisés en remplacement ont présenté des effets toxiques non ciblés moins importants.

 

•  Des recherches sont nécessaires pour comprendre les conséquences de l'ingestion de ces substances sur la santé.

 

Résumé (nous découpons...)

 

Le glyphosate est l'ingrédient actif des herbicides à base de glyphosate (GBH). D'autres substances chimiques présentes dans les GBH sont présumées être inertes par les autorités de réglementation et sont en grande partie ignorées dans les évaluations de la sécurité des pesticides.

 

Nous avons identifié les agents tensioactifs [surfactants] dans un échantillon de formulations de GBH et comparé leurs effets toxiques aigus.

 

Les agents tensioactifs de première génération amines polyéthoxylées (POEA) (POE-tallowamine) du Roundup sont nettement plus toxiques que le glyphosate et suscitent de plus en plus de préoccupations quant aux risques pour la santé humaine, en particulier chez les applicateurs très exposés.

 

À partir du milieu des années 90, les POEA de première génération ont été progressivement remplacées par d'autres surfactants, les étheramines éthoxylées, qui présentaient des effets toxiques non ciblés plus faibles.

 

Les inquiétudes persistantes quant à la toxicité des agents tensioactifs ont été atténuées au moins en partie dans l'Union européenne par l'introduction d'agents tensioactifs ammonium quaternaire propoxylé. Cette classe d'agents tensioactifs POEA est environ 100 fois moins toxique pour les écosystèmes aquatiques et les cellules humaines que les tensioactifs GBH-POEA précédents.

 

La composition des GBH étant légalement classée comme information commerciale confidentielle, les confusions concernant l'identité et les concentrations de co-formulants sont fréquentes et les descriptions des substances testées dans les études publiées sont souvent erronées ou incomplètes. Afin de dissiper ces confusions, des lois imposant la divulgation de la composition chimique des pesticides pourraient être promulguées.

 

Des recherches sont nécessaires pour comprendre les conséquences de l'ingestion de ces substances sur la santé. »

 

Cette traduction est un peu rustique... à l'image de l'original.

 

 

Des résultats en un tableau et un graphique

 

Les tallowamines polyéthoxylées (des dérivés du suif) sont donc les plus toxiques. Le tableau 1 montre ce que cela donne en comparaison avec le glyphosate. Rappelons que plus le chiffre est grand, moins la substance est toxique.

 

 

 

 

Le graphique suivant montre l'écotoxicité aquatique de diverses formulations de Roundup et du glyphosate. La concentration létale (LC) qui tue 50 % des animaux de test (truite arc-en-ciel, puce d'eau et crapet arlequin) est exprimée en milligrammes de produit formulé par litre d'eau. Ici aussi, plus la valeur est élevée, moins le produit est toxique.

 

 

 

 

Attention : l'échelle en ordonnée est logarithmique. Les formulations de Roundup du type MON 52276 ou MON 76473 sont quelque 100 fois moins toxique que le MON 2139, par exemple, pour la truite arc-en-ciel.

 

À vue de nez, elles sont aussi quelque 30 fois moins toxiques que le glyphosate pur. C'est là un résultat remarquable... à transmettre de toute urgence aux gugusses qui gesticulent avec l'« effet cocktail ».

 

On trouvera quelques éléments de plus dans un fil Twitter de M. Mathieu M.J.E. Rebeaud.

 

 

Quelques remarques pour conclure

 

De manière classique, l'article appelle à la réalisation d'études sur, ici, « les conséquences de l'ingestion de ces substances sur la santé ».

 

C'est en partie la séquence : « Donnez-nous des financements ».

 

Mais c'est aussi une conclusion raisonnable, en grande partie en raison du tapage médiatique (y compris en provenance de chercheurs militants et/ou en recherche de financement) et des inquiétudes qui ont été générées dans le public. Si des financements sont débloqués, ce sera peut-être au détriment de questions plus urgentes et de la création de savoirs dans des domaines autres que le glyphosate et le Roundup.

 

Nous rappellerons à cet égard que – sauf à être contredit, preuves àl'appui – le consommateur n'ingère pas les co-formulants, lesquels sont dégradés au cours de la saison de production (si tant est qu'ils pénètrent dans la plante et se diffusent vers la partie consommée).

 

Un problème de santé publique peut s'envisager essentiellement pour les applicateurs, et dans une moindre mesure les riverains et passants. La grande étude états-unienne AHS (Agricultural Health Study – voir Andreotti et al. et une petite analyse ici) devrait nous rassurer et nous convier à une utilisation plus judicieuse des moyens de recherche.

 

Les auteurs, également de manière classique pour ce genre d'étude, critiquent le secret qui entoure la composition des produits formulés. Mais la « protection des renseignements non divulgués » est un élément important de la vie économique. Elle fait l'objet de l'article 39 de l'Accord sur les ADPIC (en anglais : TRIPS) qui fait partie des textes de base de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

 

Et puis... les chercheurs ont-ils cherché à obtenir, à titre confidentiel, les renseignements nécessaires ou utiles des fabricants ? On imagine que non... et que, compte tenu de leur réputation (qu'il faut bien réviser dans le cas au moins de M. Robin Mesnage), ils auraient essuyé une fin de non-recevoir.

 

Mais préconiser une levée totale des secrets industriels pour, en fait permettre des recherches, est une proposition, disons, audacieuse... Il y a, du côté du soleil levant, des fabricants fort compétitifs sur le plan des coûts qui seraient ravis de l'aubaine.

 

 

 

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