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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une légende urbaine démontée : non, les variétés récentes ne sont pas moins adaptées aux itinéraires de production sobres en intrants

21 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique

Une légende urbaine démontée : non, les variétés récentes ne sont pas moins adaptées aux itinéraires de production sobres en intrants

 

 

Évolution des rendements (en quintaux/hectare) en fonction de l'année d'inscription de la variété.

En vert : azote élevé (220 kg/ha au total) et protection fongicide élevée ;

en caca d'oie : azote bas (110 kg/ha) et protection fongicide élevée ;

en jaune : azote élevé et pas de protection fongicide ;

en rouge : azote bas et pas de protection fongicide.

Notez l'importance de la protection fongicide : c'est une explication de l'écart entre production conventionnelle et production bio.

 

 

Autre manière de présenter les choses : non, les variétés anciennes ne sont pas supérieures aux variétés modernes en production extensive (itinéraires à bas intrants).

 

Les agronomes – les vrais, ceux qui se fondent sur les faits et la science, et non sur l'idéologie – le savent. Mais il est encore mieux de le prouver de temps à autre. Ici, c'est un essai impliquant 191 variétés de blé sur sept sites et différents itinéraires techniques et sur trois années. Il n'y a pas que le rendement : la teneur en protéines et la qualité boulangère ont également été examinés.

 

Ce travail a été réalisé par une équipe de chercheurs essentiellement germano-australienne (les auteurs principaux sont de l'Université Justus Liebig de Giessen, en Allemagne)Kai P. Voss-Fels, Andreas Stahl, Benjamin Wittkop, Carolin Lichthardt, Sabrina Nagler, Till Rose, Tsu-Wei Chen, Holger Zetzsche, Sylvia Seddig, Mirza Majid Baig, Agim Ballvora, Matthias Frisch, Elizabeth Ross, Ben J. Hayes, Matthew J. Hayden, Frank Ordon, Jens Leon, Henning Kage, Wolfgang Friedt, Hartmut Stützel et Rod J. Snowdon.

 

Le fruit de leur labeur, c'est « Breeding improves wheat productivity under contrasting agrochemical input levels » (l'amélioration des plantes améliore la productivité du blé à des niveaux d'intrants agrochimiques différents). C'est publié dans Nature Plants, derrière un péage (texte complet ici).

 

En voici le résumé (nous découpons) :

 

« La superficie consacrée à la culture du blé dans le monde dépasse celle de toute autre culture et les rendements élevés en grains des systèmes de culture intensifs du blé sont essentiels à la sécurité alimentaire mondiale.

 

La sélection a considérablement augmenté les rendements dans les systèmes de production à hauts niveaux d'intrants ; cependant, on pense généralement que la sélection dans des conditions de croissance optimales diminue la capacité d'adaptation des cultivars à des environnements de culture sub-optimaux.

 

Nous démontrons ici, dans une étude à grande échelle couvrant cinq décennies de progrès de la sélection du blé en Europe occidentale, où les rendements en grains sont parmi les plus élevés au monde, que la sélection pour une haute performance améliore en fait la performance des cultivars non seulement dans des conditions de production optimales, mais également dans des systèmes de production avec des intrants agrochimiques réduits.

 

Les nouveaux cultivars ont accumulé progressivement des variants génétiques conférant des effets favorables sur les principaux paramètres du rendement, la résistance aux maladies, l'efficacité de l'utilisation des nutriments, l'efficacité de la photosynthèse et la qualité du grain.

 

La combinaison d'haplotypes bénéfiques couvrant l'ensemble du génome pourrait aider les sélectionneurs à exploiter plus efficacement les variations génétiques disponibles, optimisant ainsi le potentiel de rendement futur dans des systèmes de production plus durables. »

 

Christophe B., alias Agritof80 a produit un fil Twitter

 

 

(Source)

 

 

Sur son compte Twitter, M. Kai Voss-Fels reproduit la première page d'un journal agricole allemand de 1956 – Charrue et bêche, de quoi faire rêver les nostalgiques du « c'était mieux avant » –, avec pour titre : « Les 50 q/ha sont-ils la limite maximale ? »

 

 

 

 

Le record du monde, néo-zélandais, est à 168 q/ha.

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douar 21/06/2019 12:17

Excellent.
dans le genre "résilience des systèmes", j'ai lu une étude de Idele (ex institut de l'élevage) qui annonçait que les systèmes laitiers bio étaient plus résilients.
Et en même temps, dans une revue laitière professionnelle, les constats des centres de gestion bretons (CER) qui trouvaient que les revenus des éleveurs laitiers bio dépendaient plus de la pluviométrie que les systèmes classiques. D'ailleurs, chaque année, les producteurs laitiers bio demandent des dérogations afin de pouvoir utiliser des fourrages non bio, c'est dire.
Quant à Idele, le responsable de l'étude travaille essentiellement sur les systèmes bio, ce qui peut biaiser son jugement, ça peut arriver.

Seppi 25/06/2019 08:11

@Francois Brethes le ‎vendredi‎ ‎21‎ ‎juin‎ ‎2019‎ ‎17‎:‎40

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Vous avez sans doute raison. Réserves fourragères et réserves financières sont les deux mamelles de la résilience… C'est-y pas beau comme formule ?

Seppi 25/06/2019 08:06

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il suffit de "bien" choisir les exploitations pour obtenir la conclusion souhaitée...

Francois Brethes 21/06/2019 17:40

La résilience en élevage de ruminants provient, me semble t'il de la capacité d'autonomie: Avoir des réserves de fourrage pour faire face aux aléas climatiques, des réserves financières pour faire face aux aléas économiques (baise de prix...)

Des élevages "bio" peuvent être plus résilients s'ils ont des prix de vente plus stables et une intensification moindre... Mais des "conventionnels" peuvent avoir les mêmes caractéristiques.