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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le poison de la précaution

21 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger

Le poison de la précaution

 

Intervention au congrès de l'Union Internationale de Chimie Pure et Appliquée (UICPA/IUPAC), Gand, 19-24 mai 2019, sur le thème : « Chimie de la protection des plantes – protection des plantes : éducation des générations futures »

 

David Zaruk*

 

 

 

 

Voir la traduction en tchèque.

 

Je suis intervenu lors de la dernière conférence mondiale de l’UICPA sur les traitements phytosanitaires à Gand, en Belgique, le 24 mai 2019. Le titre original était : « La confiance blockchain », mais ce matin-là j’ai pensé que je devais transmettre un message plus fort : comment 20 ans de précaution ont empoisonné la confiance que nous portons aux scientifiques et notre capacité à innover et résoudre des problèmes. J’ai parlé lors d’un événement qui rassemblait plus de 1.500 personnes parmi les plus grands chimistes mondiaux, des ingénieurs en chimie et des chercheurs en technologie agricole, donc je me sentais suffisamment à l’aise pour baisser la garde (et pour les inciter à relever la garde). Alors que des transcriptions de ce discours ont été préparées dans d’autres langues, je me disais qu’il fallait sortir la version anglaise, mais mes problèmes de santé et de temps ne m’en ont pas laissé le loisir. Je suis très reconnaissant à François Manchon qui a pris le temps de transcrire rapidement mon discours pour les dieux des algorithmes. Je ne devrais pas parler autant… mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

 

L’intervention complète de 35 minutes est disponible ici. Il y a des extraits liés à certaines parties du texte. Les intertitres ont été ajoutés pour structurer le texte.

 

Discours de David Zaruk à la conférence IUPAC, Gand, Belgique. 24 mai 2019 | 09 :05

https ://youtu.be/UaFrWrZIWLc

 

 

Je vais commencer par une histoire. C’est un peu étrange. Je ne vais pas utiliser de visuels. J’espère que cela ne vous ennuie pas, je veux juste vous parler pendant un petit moment.

 

 

« Ne t'en fait pas, papa, il est super bien noté ! »

 

C’était il y a deux ans. Je suis un de ces cinglés qui aiment courir et, comme ces cinglés qui courent dans des conditions bizarres, j’aime courir en montagne. Je m’entraînais pour l’Ultra-Trail du Mont-Blanc et bien entendu c’est un sacré défi. Ma fille voulait venir pour faire partie de mon équipe de soutien. Elle avait alors 21 ans. Je devais monter à 3.000 m pour m’entraîner et m’habituer au manque d’oxygène, parce que, ici en Belgique, vous savez, à 50 m d’altitude on ne respire pas vraiment l’air de la même manière. Elle ne pouvait pas venir longtemps à l’avance, mais elle cherchait un moyen de venir à Chamonix par un moyen raisonnable, afin de me retrouver pour participer au groupe de soutien.

Elle n’a pas trouvé de moyen économique, mais elle a réussi à trouver une personne, un homme, qui allait conduire pendant toute la nuit, la nuit précédente, pour faire le trajet de Bruxelles à Chamonix. Et bon, comme n’importe quel parent naturellement, j’ai une fille plutôt jeune et jolie, et l’idée qu’elle passe la nuit assise dans une voiture avec un homme bizarre ne me semblait pas vraiment géniale. Donc je lui en ai fait part et sa réaction a été : « Ne t'en fais pas, papa, il est super bien noté ! »

 

Hein ? ? ?

 

https ://www.youtube.com/watch ?v=p39nz-h6GKQ

 

Aujourd’hui, on fait confiance et on passe la nuit en voiture avec un homme bizarre pour traverser l’Europe parce que quelqu’un d’autre lui a donné une bonne note. Le chauffer Uber qui m’a amené ici ce matin a été noté plus de 5.000 fois cinq étoiles. Je l’aimais avant même de monter dans la voiture !

 

 

Le modèle de confiance blockchain

 

Ce qui se passe de nos jours c’est que nous avons changé de modèle de confiance. C’est important de bien le comprendre. Quand nous allons au cinéma nous n’écoutons plus ce que disent les producteurs, les journalistes ou les critiques. Nous écoutons ce que disent nos amis. Nous acceptons de louer nos canapés à de complets inconnus sur la base de leurs notes. Chacun à présent se met à noter tout le monde. Lorsque vous êtes arrivés à l’hôtel vous avez vérifié les notations pour voir ce que les gens comme vous en disent.

 

C’est la « blockchain » en action. Je sais que certains d’entre vous sont peut-être mathématiciens et vous savez très bien ce qu’est la blockchain, vous savez que ce n’est pas tout à fait ça parce qu’il y a des gens dans l’affaire qui essayent de vous vendre une appli. Mais c’est plus ou moins la situation à présent que chacun, d’égal à égal, note tout le monde. C’est pourquoi la transparence est si importante aujourd’hui, parce qu’avec la transparence nous escomptons que chaque notation est véridique. Uber a perdu le droit de fonctionner à Londres car ils ont omis de déclarer deux cas d’agressions sexuelles dans leurs voitures. C’est automatique : pas transparent ? Il faut que ça cesse !

 

Nous parlions hier de l’importance de la transparence. On voit que c’est important en raison de la « blockchain ». Mais comment est-ce que cela fonctionne ? Si nous ne faisons plus confiance à l’expert, nous ne faisons plus confiance à l’autorité, nous faisons à présent confiance aux gens comme nous, les gens de notre tribu. Les gens qui disent : « Je suis d’accord, ceci est sûr » ou : « J’approuve ceci ». C’est quelque chose de différent et je pense que nous devons prendre conscience que c’est très lié à la révolution des communications que nous vivons aujourd’hui. Nous ne nous reposons plus sur les autorités. Comment est-ce que cela fonctionne ?

 

 

Google veut être mon ami

 

Aujourd’hui, nous communiquons non pas au sein de la société, mais au sein de notre tribu. Encore une fois, les algorithmes et la « blockchain » ont déterminé plus ou moins où se situe notre tribu. Prenons un instant de pause et pensons à une simple recherche. Lorsque je me sens vulnérable, que je ne comprends pas quelque chose, je me tourne vers mon ami Google. Je vais voir Google et je pose une question. La question peut être du genre : « Est-ce que les vaccins peuvent donner l’autisme à mon enfant ? »

 

Là, Google ne va pas tenter de me faire la leçon. Google veut être mon ami, donc Google va m’envoyer vers un site dont Google pense que c’est là que je veux aller, et c’est fondé sur toutes les recherches que j’ai faites précédemment. C’est fondé sur le genre de personnes avec qui je suis relié. C’est fondé sur tout le système qui fait que les algorithmes et mes précédentes recherches vont dire : « C’est là que David veut aller ». Google ne va pas me dire « Ne sois pas stupide, vaccine tes enfants ! » Si je me sens vulnérable, et que c’est pour cela que je fais une recherche sur Google, parce qu’il y a quelque chose que je ne comprends pas, alors j’ai besoin de quelque chose à quoi me fier. Google va m’envoyer là ou Google, ou les algorithmes, pensent que je trouverai la réponse qui me conviendra le mieux.

 

 

Google m’envoie là où je trouverai la réponse qui me conviendra le mieux.

 

 

Au fait, est-ce que l’un d’entre vous a déjà vérifié l’orthographe d’un mot sur Google ? Oui, alors que se passe-t-il ? Est-ce que Google dit : « Tu te trompes » ou plutôt : « Est-ce que tu voulais dire ceci ? » Il m’a fallu dix minutes une fois pour m’apercevoir que j’écrivais un mot de travers, parce que Google ne me disait pas ; « Ne soit pas stupide, David, apprends à écrire ce mot ! » Car Google ne veut pas me dire ça. Google veut être mon ami.

 

Je suis donc mis dans une tribu avec d’autres personnes qui pensent comme moi. Peut-être que je suis très inquiet au sujet de la vaccination de mes enfants. Je vais trouver d’autres personnes qui sont également inquiètes et qui vont me dire : « Tout va bien David, je comprends ; il y a d’autres moyens ; tu n’es pas obligé de les vacciner. », et je me sentirai bien, je me sentirai en confiance. Je n’aurai pas forcément de bons conseils, mais il faut bien comprendre que c’est ainsi que fonctionne la mécanique de la confiance de nos jours.

 

 

La tribu de la science

 

Là je parle à une salle pleine d’experts. Une salle pleine de scientifiques. Combien d’entre vous ont un doctorat en chimie ? Bon, on va faire plus simple… Combien d’entre vous n’ont pas de doctorat en chimie ? J’ai travaillé quinze ans pour une entreprise de chimie et je sais très bien que je me sentais en position d’infériorité parce que mon doctorat n’était pas en chimie. En fait, vous faites partie d’une communauté. Vous êtes une tribu. Et vous pensez plutôt comme d’autres pensent ailleurs.

 

Je devrais peut-être vous poser une autre question : combien d’entre vous achètent des billets de loterie ? Bon, je répète la question car je ne vois aucune main se lever… Combien d’entre vous achètent des billets de loterie ? Une personne, bon, il faut que je vous parle à la pause, Monsieur, car vous avez dû vous tromper de bâtiment !

 

C’est une des difficultés : vous pensez de la même manière que les gens autour de vous. J’ai une info pour vous : la plupart des gens ne pensent pas comme vous. Il y en a qui achètent des billets de loterie. Je veux dire que la plupart des gens sont des illettrés en calcul. (Incidemment, j’ai appris hier que nous sommes arrogants, j’essaye toujours de comprendre… on en parlait hier soir.) L’idée que les gens sont illettrés en calcul : ils achètent un billet de loterie pour rembourser leur crédit à la consommation. C’est ainsi que la plupart des gens raisonnent. C’est ainsi que fonctionne le monde du marketing.

 

Mais quel rapport avec votre tribu ? Vous avez les idées claires : vous avez les faits, vous avez mené votre recherche, vous comprenez et vous avez une solution. Ça, je pense, c’est une tribu plutôt réduite comparée à la population dans son ensemble. Il y a quelque temps ce n’était pas un problème car nous nous reposions sur les experts, et les experts étaient les personnes qui comprenaient les choses, et nous nous tournions vers les experts. Mais comme je l’ai dit tout à l’heure, avec le modèle de confiance de la « blockchain » aujourd’hui, nous ne nous tournons plus vers les experts. Nous nous tournons vers les gens de notre tribu. Google nous dit ce dont nous avons besoin pour décider.

 

 

Nous ne pouvons plus nous fier aux experts

 

Alors vous commencez à penser que ce n’est pas vraiment un problème car les agences de réglementation vont traiter ces questions. Les agences de réglementation vont s’en charger. Vous avez peut-être remarqué dans les dernières années une tendance à réformer ce processus. Ce n’est pas démocratique. (Personne n’a jamais dit que la science était démocratique, n’est-ce pas ?) Eh bien, c’est tout le problème à présent. Alors que se passe-t-il ? Eh bien nous avons alors un autre problème, et c’est que les tribus grandissent.

 

J’ai ma propre tribu. Je tiens un blog appelé le Risk-Monger. J’aime à penser que ma tribu est plutôt active. Je me dispute pas mal avec eux. Il n’y a guère plus de dix mille personnes. Cela peut sembler beaucoup, mais Jamie Oliver en a environ dix millions, alors quand Jamie Oliver vous dit que le bio c’est mieux, sa tribu l’entend beaucoup plus fort que tout ce que je peux dire. Probablement plus fort que n’importe qui dans cette salle (quoique, j’ai maintenant compris de l’orateur précédent que si vous mangez bio vous pouvez vous mettre dans des situations dangereuses, mais bon, je ne vais pas entrer là-dedans…) Le problème en somme c’est que ma tribu est plutôt petite.

 

Les experts ne sont plus reconnus. Nous ne pouvons pas faire confiance aux experts. Il semble qu’il y ait une entreprise qui n’existe plus, dont le nom commence par un M. Il semblerait qu’ils aient payé tous les experts. Ils ont acheté tous les scientifiques. Ils ont payé… levez la main, tous ceux qui ont été payés par cette entreprise dont le nom commence par un M… on dirait… Ils l’ont dit un million de fois, alors ça doit être vrai !

 

https ://www.youtube.com/watch ?v=BUPx8eOMKqk

 

Le problème c’est que nous ne pouvons plus faire confiance aux évaluations de risque. Il faut maintenant changer l’évaluation des risques. Bon, on la remplace par quoi ? Nous ne pouvons plus nous fier aux experts, mais nous avons confiance dans la « blockchain ». Nous avons confiance en nos semblables. Ça veut dire quoi ? Eh bien, nous allons mettre en place des comités citoyens. Les comités citoyens décideront si quelque chose peut être utilisé ou pas. C’est bien, non ? Je veux dire : nous sommes tous dans la même situation démocratique dont nous avons parlé lundi soir : si le public le veut, si le public veut une nouvelle technologie dans son téléphone, de quel droit l’agence de réglementation l’empêcherait-t-elle ? Il faut la leur donner.

 

 

Nous faisons confiance aux comités citoyens

 

Il faut bien comprendre comment un comité citoyen va fonctionner. Ce ne sont pas des experts. Comment peut-on prendre de bonnes décisions rationnelles au sujet de la sûreté, de la santé publique, si les membres de ces comités citoyens achètent des billets de loterie pour rembourser leur crédit à la consommation ? Cela ne tient pas debout. Du moins, jusqu’au moment où on comprend quelle est la motivation des gens qui veulent ces comités citoyens : ce n’est pas pour améliorer la technologie, ce n’est pas pour améliorer les découvertes, ce n’est pas pour faire progresser la science pour améliorer la santé publique… La motivation c’est d’y mettre un terme.

 

Et donc si votre objectif est de mettre un terme à la technologie, de mettre un terme au développement, de mettre un terme à ceci ou cela parce que cela provoque le changement climatique ou autre chose, alors vous pouvez examiner la question sous un autre angle : le principe de précaution est l’outil sur lequel ils ont insisté. Le principe de précaution n’est pas fait pour mener à de meilleures technologies. Il est fait pour mettre un terme à tout ce dont nous ne sommes pas certains.

 

Et donc le boulot d’un comité citoyen est très simple : « Êtes-vous certain que ce produit est sûr ? » Deux concepts chargés d’émotion que je ne peux pas vraiment définir pour l’instant : la certitude et la sûreté. Et bien entendu le scientifique dira : « Vous savez, certain jusqu’à un certain point, ça dépend du contexte… » – « Vraiment ?… Donc vous n’êtes pas certain ? Laissez tomber! »… – « Pouvez-vous garantir que ceci n’est pas un perturbateur endocrinien ? » – « Euh… eh bien, par rapport aux produits qu’on utilise tous les jours… » – « Vous ne pouvez pas ? Alors laissez tomber !» Et nous voyons subitement que le principe de précaution est un outil très utile, car tout ce que vous avez à faire, comme un bébé, c’est de dire : « Non ! Revenez quand vous serez certain ! », et je pense que la plupart d’entre vous dans cette salle savent (certitude) que ce n’est pas vraiment un sujet important.

 

 

La logique de la précaution

 

A propos de la précaution, il y a autre chose d’intéressant dont je veux vous parler. C’est une autre sorte de logique.

 

Voici mon cartable. Je ne savais pas où le mettre alors je l’ai caché ici. Désolé, Femi. J’ai apporté un parapluie aujourd’hui. Il est dans mon cartable, il est tout le temps dans mon cartable. J’habite en Belgique et c’est très rare que je puisse faire ce petit exercice, mais bon… je plaisante… (Il ouvre le parapluie.) Je sais que ça porte malheur, d’accord, mais de toute manière vous autres n’achetez pas de billets de loterie, vous êtes des scientifiques, donc vous pouvez comprendre…

 

https ://www.youtube.com/watch ?v=cxzX5ISIbq4

 

Est-ce que j'ai raison ? (Incidemment, les photographes adorent ça, c’est mon instant Mary Poppins). Est-ce que j’ai eu raison de prendre mon parapluie aujourd’hui ? Pour ceux qui ne le savent pas car nous sommes dans une grande salle sans fenêtre, il fait un temps merveilleusement ensoleillé dehors. Non, je n’avais pas raison de prendre mon parapluie. Est-ce que j’ai eu tort de prendre mon parapluie ? Non plus. Je le prendrai demain ; même si la météo prévoit encore une journée de plein soleil, je prendrai mon parapluie. C’est une mesure de précaution. Ce qu’il y a de bien avec la précaution, et il faut bien le comprendre, c’est que ne pas avoir raison n’est pas la même chose que d’avoir tort. Avec la précaution vous ne vous trompez jamais… c’est juste que de temps en temps vous n’avez vraiment, mais vraiment pas raison.

 

Voilà la logique de la précaution – il ne s’agit pas d’avoir raison ou d’avoir tort. Regardons maintenant les choses de votre point de vue, avec une logique scientifique. Si j’ai raison, j’ai raison. Si j’ai tort, j’ai tort. Avec la précaution ce n’est pas pareil : ne pas avoir raison ne signifie pas avoir tort. Vous êtes juste prudent, en sûreté. Il vaut mieux être trop prudent.

 

Alors un des problèmes de beaucoup de gens dans cette salle, c’est qu’ils pensent que s’ils ont raison, alors ils ont le droit. Et cela nous cause des ennuis car les gens peuvent très bien admettre que vous avez raison, ils peuvent admettre que c’est sûr, mais dire tout de même : « Non merci, je ne veux pas de cette technologie. » « Mais elle va sauver des vies ! » – « Pfff, pas mon problème. » Il faut comprendre que nous avons ici affaire à une autre forme de logique, et c’est là que commencent les difficultés.

 

Quand nous parlons dans ces termes, et que nous comprenons que les termes de la confiance ont changé, nous commençons à entrevoir que le monde que nous avons compris lorsque nous faisions nos études a changé. Êtes-vous prêts pour ces changements ?

 

 

Le poison de la précaution

 

https ://www.youtube.com/watch ?v=H_gHpgmg_zk

 

En fait, la précaution produit des effets plus diaboliques que ça, j’en ai peur. C’est plutôt compliqué d’en parler. J’ai commencé un article, enfin j’espère le finir un jour. Il traîne dans mon ordinateur depuis environ six mois. Essentiellement, un des problèmes avec la précaution, plus que tout autre chose, [c’est l’état d’esprit] (en tout cas pour la version de la précaution dont nous célébrons le vingtième anniversaire, c’est-à-dire la version de David Gee).

 

David Gee a écrit « Signaux précoces et leçons tardives » et sa définition de la précaution est un renversement de la charge de la preuve. Tant que vous ne pourrez pas prouver qu’une technologie est sûre (à nouveau : certitude ? sûreté ? bonne chance…) vous ne pourrez pas la faire approuver. Une fois de plus, ces comités citoyens n’auront aucun mal à l’éliminer. Donc, avec n’importe quelle nouvelle technologie, la science est présumée coupable jusqu’à ce qu’on puisse démontrer son innocence. Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien, après vingt ans de mise en œuvre de cette mentalité, les découvertes que vous pouvez faire, les développements et les solutions que vous pouvez apporter à la société… ne sont pas les bienvenus.

 

En fait si on examine la précaution aujourd’hui, l’idée de la précaution c’est : nous devons arrêter de faire ce que nous faisions jusqu’à présent. Les manifestants dans la rue pour Extinction Rebellion ne disent pas : « Aide nous, science, nous avons besoin que la science résolve les problèmes. Nous avons besoin de la science pour faire de nouvelles découvertes et nous aider à trouver des solutions. » Ce n’est pas ce qu’ils disent. Ils disent : « Arrêtez de prendre l'avion, arrêtez de manger de la viande, arrêtez l’industrie, arrêtez la banque ! » Leur point de vue, c’est : appliquez le principe de précaution. Dans votre domaine à vous, si on parle de résistance aux herbicides, la solution c’est : « Arrêtez d’utiliser des herbicides ; on utilise trop d’herbicides, c’est pour ça qu’il faut arrêter. »

 

La plus grave crise que l’humanité va devoir affronter est probablement la résistance aux antimicrobiens. Alors la solution n’est-ce pas de faire de nouvelles découvertes, de chercher de nouvelles solutions afin de contribuer à sauver l’humanité d’un super-microbe qui va tous nous balayer ? Non, la solution après vingt ans de précaution est très simple : arrêtez d’utiliser des antibiotiques. Et donc nous avons aujourd’hui la logique de la précaution qui s’est transformée en mentalité de la précaution et qui revient à dire : les scientifiques ne vont pas apporter de solution ; ce sont les scientifiques qui ont causé les problèmes.

 

 

Vos solutions ne sont pas les bienvenues

 

Quelque part dans cette salle, je suis certain qu’il y a le prochain Fraser Stoddart. Il y a un futur prix Nobel. Vous avez dans cette salle les esprits les plus grands, capables de résoudre des problèmes comme la résistance aux antimicrobiens, capables de créer le nouvel herbicide qui permettra aux agriculteurs de continuer. Mais personne ne vous permettra de continuer car leur point de vue est très simple : il nous faut des comités citoyens pour arrêter tout ça ; il faut que les États résolvent ces problèmes.

 

La petite Greta est assise devant le Parlement suédois car elle veut que l’État résolve les problèmes. Elle ne veut pas que l’industrie trouve une nouvelle technologie. Voilà le problème d’aujourd’hui : les gens qui se plaignent veulent que l’État, piloté par des comités citoyens, oblige tout le monde à arrêter ce qui, de leur point de vue, provoque les problèmes. Je ne crois pas que ce soient vraiment les solutions pour lesquelles vous avez été formés. Et je suis vraiment certain qu’on devrait permettre aux solutions qu’il y a dans cette salle d’aller de l’avant. C’est un vrai problème.

 

 

Une histoire personnelle

 

Je vais vous raconter une autre histoire et je terminerai avec ça. L’an dernier, je m’entraînais de nouveau pour le Mont-Blanc (je ne sais pas pourquoi je continue à faire ça, mais bon…). C’était en juillet et je faisais comme d‘habitude. J’étais en forme. Nettement plus en forme qu’aujourd’hui d’ailleurs. Un matin je me suis réveillé après une bonne course d’entraînement, et je ne me sentais pas très bien. Le jour suivant au réveil je ne pouvais plus marcher. Imaginez un peu un ultra-trailer qui ne peut plus marcher, vous voyez ça ? Rien que les émotions…

 

C’est arrivé d’un coup. On m’a faussement diagnostiqué une hernie discale et pendant deux mois j’ai souffert le martyre, je me réveillais la nuit en nage… En fait ce que j’avais, c’était une grave infection. C’était en juillet. Pendant huit mois, j’ai lutté contre l’infection et il a fallu que j’essaie cinq traitements par antibiotiques différents. Finalement, un des antibiotiques a semblé faire de l’effet. Mon docteur m’a dit tout simplement : « Tu sais, David, ça aurait tué quelqu’un de normal ; heureusement que tu étais en bonne condition physique. » Et tous mes amis me disaient : « Tu as attrapé cette infection en courant à travers la montagne, imbécile. »

 

Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que nous devons affronter de plus en plus de vulnérabilités. Ces problèmes sont de plus en plus fréquents car ces médicaments et technologies ont été développés il y a 30 à 40 ans (et dans le cas des antibiotiques, c’est encore pire, je ne pense pas qu’il y ait un seul nouveau produit en cours de phase III en ce moment) et la seule solution qu’on nous propose, c’est : arrêtez les antibiotiques ! Il est important de comprendre le fait que la démarche scientifique ne fonctionne pas car on ne laisse pas la possibilité aux scientifiques de chercher, de découvrir et de développer ces produits. Le cancer de la précaution se répand.

 

Alors j’ai eu de la chance. J’étais suffisamment robuste. En principe les gens attrapent des infections après une opération. Et on parle des causes de décès : quand on dit que quelqu’un est mort d’une pneumonie, cette personne n’est pas morte d’une pneumonie. Elle est morte parce qu’aucun antibiotique n’a pu l’en empêcher. Il faut bien comprendre combien de gens meurent vraiment à cause de ça.

 

 

Ce que vous devez faire

 

Alors ce que vous devez faire, et je vous laisserai sur cette réflexion, c’est que vous devez sortir des labos où vous étudiez les solutions, parce que les solutions que vous développez dans vos labos ne sortiront pas des labos. Vous avez les moyens. Je suis certain que dans cette salle, avec tous ces docteurs, tous ces brillants chimistes réunis dans cette salle, il y en a qui vont résoudre ces problèmes. Mais la culture ambiante, la culture « blockchain », qui consiste fondamentalement à ne faire confiance à aucune personne qu’on ne comprend pas, et la volonté d’évoluer vers un principe de précaution en éliminant tout ce qui est perçu comme un problème, signifie que ces solutions ne pourront pas sortir.

 

Vous devez quitter le labo pour les couloirs du pouvoir. Les agriculteurs doivent quitter la terre pour les couloirs du pouvoir. Vous devez commencer à vous lever pour défendre la science, pour qu’on vous laisse la possibilité de résoudre les problèmes. Vous ne pouvez pas continuer en disant : « Bon, d’accord, ils ne nous laisseront pas faire, tant pis ». Deux ans de plus, trois ans de plus de commercialisation de votre produit ne sont pas une solution. Cela revient tout simplement à abandonner les solutions.

 

Je vais continuer à lutter de toutes mes forces pour que les scientifiques puissent poursuivre leurs découvertes, pour que les scientifiques puissent apporter des solutions. C’est important pour moi et je veux que vous vous joigniez à moi, car il n’y a pas assez de monde qui fait cela.

 

Il y a deux semaines, la douleur est revenue. L’infection a repris et il n’y a plus d’antibiotique pour moi. J’ai besoin que vous soyez en mesure de trouver quelque chose pour moi.

 

Merci pour votre attention.

 

 

Q&R

 

Présentatrice : David, merci. Quand as-tu décidé que ce thème était pertinent pour cette conférence ?

 

DZ : Ce matin ! C’est ce qu’il y a de bien quand on n’a pas de visuels. On peut décider selon l’humeur. On peut décider selon la salle.

 

 

Présentatrice : Qu’est-ce que… allumez la lumière s’il vous plaît. Vous connaissez la musique, nous avons quelques minutes avec David et je sais que les gens aiment lui parler. J’ai trouvé que cette intervention abordait un large éventail de sujets, et du coup on peut te poser des questions très variées. Allez-y, hein ? Quand j’entendrai tapoter sur le micro je saurai que vous êtes prêts. Cela me permet de me tourner vers David.

 

Tu étais présent cette semaine, la plus grande partie de la semaine. Tu t’es inspiré des conversations qui occupaient le plus les gens, et tu as préparé ton intervention en t’appuyant sur ces sujets. L’un d’entre eux concerne la manière dont les scientifiques communiquent et l’image des scientifiques, et tu as intégré ça dans ton intervention.  Est-ce que tu peux développer un peu, parce que cela donnait l’impression que tu es en désaccord avec l’idée que les scientifiques ne sont pas vraiment accessibles.

 

DZ : Eh bien, je veux dire que j'ai trouvé assez drôle la conversation d'hier soir. C'était presque comme si tout le monde pensait que les scientifiques sont arrogants. Je ne pense pas que les scientifiques soient arrogants. Je pense que l'idée est qu'ils ont l'habitude de communiquer entre eux et quelquefois ils n'ont pas la patience d'expliquer aux autres. Et l'histoire des vaccins est un bon exemple. Lorsque quelqu'un dit : « Eh bien, je pense que je ne ferai pas vacciner mes enfants », les gens s'affolent et réagissent par : « Ne sois pas stupide! Fais les vacciner! » Et bien entendu, cela ne fonctionne pas face à quelqu'un qui se sent vulnérable. Et je ne veux pas dire que, en tant que scientifiques, vous devriez dorloter votre belle-sœur pour vous assurer qu'elle fait vacciner votre nièce. Mais en même temps, je pense qu'il nous faut admettre que tout le monde ne pense pas comme nous. Et tout le monde n'est pas à l'écoute.

 

 

Homme dans l'assistance : Bonjour David. Deux choses : tout d'abord, la loterie à laquelle je joue finance des activités sociales dans mon quartier.

 

DZ (riant) : Tu es pardonné !

 

Homme : Ensuite, la raison pour laquelle les gens exigent 100 % de sûreté pour les traitements phytosanitaires, c'est qu'ils ne connaissent pas les avantages. Les gens acceptent de prendre des risques en buvant de l'alcool, en conduisant des voitures, en prenant l'avion, tout ça, les sports, la course en montagne, parce qu'ils pensent que c'est bon pour eux et ils acceptent de prendre ces risques. Pour les traitements phytosanitaires, ils voient juste qu'on peut tout faire en bio, du moins de leur point de vue, et ils se demandent : « Pourquoi on ne fait comme ça ? » Et ils pensent que c'est une question de firmes mal intentionnées, de grosses sociétés qui veulent gagner de l'argent ?

 

DZ : C'est en effet l'histoire et le récit dépeints par beaucoup de monde ; et je connais pas mal de gens dans des groupes comme Corporate Europe Observatory, ils fument et boivent tous, mais ils parlent de bio... en fait pour beaucoup de jeunes, c'est pareil. Il y a une contradiction très simple : on accepte une cigarette ou un verre parce qu'on a le sentiment de maîtriser la situation. On décide pour soi-même. Une bonne part de la perception des risques réside dans la capacité d'agir : si je maîtrise la situation et que j'ai l'habitude, c'est familier et j'ai confiance. Je ne maîtrise pas comment sont traités mes aliments si je sens qu'il se passe quelque chose. Et bien entendu, il y a un grand nombre d'organisations qui profitent de l'alarmisme. Je pense dangereux que beaucoup d'équipes marketing jouent à ce petit jeu, créent des produits de luxe qu'ils peuvent vendre plus cher. C'est au détriment des agriculteurs. Je trouve cela affligeant au final.

 

 

Autre homme dans l'assistance : Bonjour David. Tu es Canadien, c'est bien ça ? Et pourtant tu connais plutôt bien les arcanes du pouvoir de Bruxelles.

 

DZ : Ils me connaissent bien !

 

Homme : Ils te connaissent, en effet. Dans quelle mesure dirais-tu que ce que tu décris est plus typiquement européen, ou propre à la bulle bruxelloise, ou bien est-ce une tendance mondiale ? Y a-t-il une dimension interne à l'Europe ? Je veux juste voir dans quelle mesure est-ce que l'Europe définit la tendance à suivre par le monde entier ? Ou bien y a-t-il une possibilité de réaction, au point que le reste du monde poursuive, avec ou sans l'Europe ?

 

DZ : Il est difficile de répondre à cette question. Je pense qu'une de mes conclusions est que l'Europe est ligotée non seulement par la précaution, mais aussi par la directive sur l'utilisation durable avec l'approche basée sur le danger. Si vous posez la question à n'importe qui en charge de la réglementation, il vous répondra « Je ne peux pas... pfff!... mais c'est tout ce que nous avons. Nous ne pouvons pas faire autrement. »

 

Cela a attiré des gens de par le monde. Je considère les gens qui viennent des US pour faire campagne contre le glyphosate afin d'interdire les OGM comme des opportunistes, car il est beaucoup plus facile pour eux d'influencer la politique à Bruxelles qu'à Washington. Donc nous ne sommes pas simplement face à une association de paysans français qui ne veulent pas de CRISPR. Nous sommes face à un grand organisme mondial qui a compris que s'ils peuvent interdire quelque chose en Europe, ils peuvent arrêter sa commercialisation, et c'est une voie beaucoup plus efficace. D'accord, c'est un point de vue cynique, mais il y a beaucoup d'activistes qui cherchent seulement à gagner. Ils ne s'intéressent pas à la réalité. Ils ne s'intéressent pas à la nature. Je veux dire, le parti vert qui veut interdire le nucléaire ne se soucie pas du climat. Les gens qui veulent interdire le glyphosate ne s'intéressent pas à l'agriculture de conservation ni à la gestion des sols. C'est une religion et ils viennent prêcher leur religion à Bruxelles à présent parce que le principe de précaution leur facilite la tâche. Désolé, c'est sinistre comme réponse.

 

 

Femme dans l'assistance : Oui, en effet. Le thème des scientifiques qui doivent apprendre à mieux communiquer avec des non-scientifiques a été pas mal discuté cette semaine. Et donc ma question porte sur : quel est le moyen le plus efficace d'y parvenir ? Tu vois, dans le passé je me disais que pour communiquer, il faut un socle commun, tu vois, il faut monter l'éducation au-dessus d'un certain niveau de manière à comprendre ce que nous essayons de communiquer. Mais je pense que ça ne marche pas. En tout cas je ne le pense pas personnellement. Et là, je me détourne, je me défile, lorsqu'on me demande : qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Je réponds que je suis « biochimiste ». Ce n'est pas vraiment un mensonge, hein ? Mais cela ne résout pas le problème non plus. Je profite simplement de leurs idées fausses. Alors, quel est le moyen le plus efficace pour un scientifique de communiquer avec les non-scientifiques ?

 

DZ : C'est une des choses sur lesquelles je travaille depuis plus de deux décennies. Je dois dire que je me considère comme un chercheur [en communication] parce que j'essaie en permanence des trucs différents. Avec l'avènement des réseaux sociaux, on s'aperçoit que les scientifiques peuvent toucher leur belle-sœur. Ils peuvent toucher les personnes chargées de la réglementation. Ils peuvent toucher les consommateurs. Mais ce qui m'intrigue aussi c'est : est-ce qu'ils le font ou pas ?

 

Juste pour vous donner un exemple. J'ai monté une expérience récemment pour les élections au Parlement européen, où le niveau de méconnaissance de la science ces cinq dernières années a été vraiment horrifiant. Donc j'ai rédigé une chose appelée la Charte de la Science et de nombreux scientifiques ont été tout de suite d'accord : il s’agit de dix petits engagements que chaque candidat au Parlement européen pouvait prendre. La démarche était très simple : je veux que vous envoyiez cette charte, cette petite image, ce mème, à tous les candidats dans votre secteur, afin de remettre la science dans le débat et laisser les communautés et les tribus parler de la science, plutôt que de l'immigration ou du glyphosate, pour choisir votre prochain député européen. Les scientifiques ont trouvé ça génial. Je l'ai fait traduire bénévolement en une dizaine de langues dès le premier week-end et j'en ai fait la promotion. Mais les scientifiques ne passent pas à l'étape suivante, pas du tout.

 

 

 

 

Je pensais que 3 % de la population européenne suffirait à engendrer une discussion scientifique qui piloterait et d'une certaine manière dominerait le sujet pour la prochaine élection du Parlement européen. Mais les scientifiques doivent franchir le pas, qui consiste à accélérer, et c'est le plus difficile. Alors je fais des expériences, j'essaie, je cherche, et maintenant la question est : nous savons que c'est logiquement possible. Comment faire pour sortir du labo et aller dans les couloirs du pouvoir, ou bien sortir du champ et aller dans les couloirs du pouvoir ? Comment faire entendre votre voix ?

 

 

Animatrice : David, c'est une excellente transition pour la question de Nathan : penses-tu que nous pouvons accroître la tribu des traitements phytosanitaires et, si oui, comment ?

 

DZ : Eh bien, nous avons de moins en moins d'agriculteurs et, comme nous en avons discuté cette semaine, nos grands-parents ne sont plus des agriculteurs. Les gens ne sont plus en contact avec les exploitations et c'est une vraie difficulté. Je me souviens d'une tournée de conférences pendant une semaine dans des fermes du sud de l'Angleterre. C'était fantastique. J'ai passé un excellent moment. J'essayais de faire en sorte que les agriculteurs utilisent plus Twitter, afin d'être plus impliqués et communiquer car les gens adorent les histoires d'agriculture. Tout le monde s'intéresse à la provenance de son alimentation. Un agriculteur qui peut simplement, depuis sa moissonneuse, montrer ce qu'il fait... ça intéresse les gens. Alors j'ai répété ce discours, j'ai martelé le message toute la semaine et je me souviens d'un agriculteur disant : « Ça c'est bien... il faut que je m'achète un ordinateur »... Il faut que nous trouvions un moyen de faire en sorte que les agriculteurs communiquent plus. Il y en a de très bons.

 

Animatrice : Un bon téléphone suffirait !

 

DZ : Exactement. L'idée, c'est que les agriculteurs racontent plus leur propre histoire. C’est vraiment une histoire pleine de bonnes nouvelles, le fait que nous pouvons nourrir le monde avec moins d’intrants, moins de travailleurs, moins de terres, plus de rendement. Les gens qui veulent le contraire, à cause d’une religion idéologique sectaire, doivent bien comprendre que les agriculteurs ne font pas tout ça par haine de la nature ou du public. En fait ils nourrissent leurs enfants avec les aliments qu’ils produisent.

 

Si tu as mangé aujourd’hui, remercie un agriculteur

 

Animatrice : Tu as raconté une partie de ta propre histoire ce matin. C’est très intime. Beaucoup serait très surpris d’entendre ça. Dis-nous comment tu vas à présent.

 

DZ : Je souffre; Ça fait mal.

 

Animatrice : Tu as demandé de l’aide, mais comment peut-on t’aider ?

 

DZ : Nous devons cesser de croire que notre époque d’abondance fait que tout ira bien. Pour l’instant nous pouvons interdire toutes ces substances parce que nous avons largement de quoi nous nourrir. Nous pouvons nous passer de bon nombre de technologies parce qu’il y en a d’autres que nous pouvons encore utiliser. Nous ne pensons pas aux pays en voie de développement, qui ne sont pas dans cette situation. Nous allons jusqu’à supposer que les Africains se porteraient mieux sans l’agro-technologie. Nous supposons que tout est comme ça, parce que nous avons énormément de chance. Nous sommes sur le point – cette époque de l’abondance, de bien-être, nous vivons plus longtemps – nous sommes sur le point de tout faire basculer. Il suffit de quelques trucs stupides de la part de quelques personnes stupides (désolé…) pour nous ramener en arrière.

 

 

Le paradoxe du privilège. Comment les plus aisés dans la société cherchent à miner les structures et les systèmes qui ont produit d’énormes avantages, ce qui produit des effets profondément néfastes pour les moins fortunés. « Quand les anti-vaccins minent l’immunité des masses en refusant de se vacciner, ce paradoxe du privilège menace les populations les plus vulnérables. »

 

 

Et je sais très bien à quel point nous sommes vulnérables. Nous faisons face, en particulier avec la résistance aux antimicrobiens, ce contre quoi je lutte, ce n’est pas une maladie très sexy, mais je connais la douleur et la souffrance. Je sais ce que cela provoque et quand j’en croise un autre, car je fréquente beaucoup les hôpitaux, quand j’en croise un autre, je lui demande « Tu es à combien sur l’échelle de la douleur aujourd’hui ?», car les antidouleurs ne marchent pas non plus. Et ce n’est pas une situation où on peut simplement se détendre et dire : « Ça ira, Femi ! » Ça n’ira pas. Nous ne sommes pas dans une situation où nous pouvons nous permettre de laisser la précaution prendre le pouvoir, et abandonner les découvertes scientifiques et le développement.

 

 

(Applaudissements)

 

 

Animatrice : Ce n’est pas vraiment un antidouleur, mais ça fait du bien. Chocolat, David !

 

DZ : Merci beaucoup.

 

Animatrice : Je pense qu’à la pause, je ne sais pas si tu es d’humeur tactile, certains vont vouloir te serrer dans leurs bras. David, merci beaucoup.

 

______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter et la page Facebook de Risk-monger.

 

Source : https://risk-monger.com/2019/06/11/the-poison-of-precaution-iupac-keynote/

 

Traduction : M. François Manchon

 

 

 

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