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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Monsanto et le Parisien : aux racines du soupçon, il y a le soupçon, la mauvaise foi et plus encore (4)

1 Mai 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Monsanto

Monsanto et le Parisien : aux racines du soupçon, il y a le soupçon, la mauvaise foi et plus encore (4)

 

à propos de « Monsanto et ses "trolls" : aux racines du soupçon »

 

 

Aux racines du soupçon, il y a le soupçon ou de folles allégations... et quand deviennent disponibles les éléments qui permettent une réfutation ou une mise en contexte, le refus de livrer une information complète et en conséquence, ce qui permet la perpétuation du soupçon.

 

Ce billet – qui traite du « programme "Let Nothing Go» (ne rien laisser passer) – nous montre qu'aux racines du soupçon, il y a aussi le journalisme de confraternité.

 

 

« Let Nothing Go », un programme générateur de fantasmes

 

Il était difficile pour le Parisien de ne pas évoquer le « programme "Let Nothing Go» (ne rien laisser passer) de Monsanto.

 

Les deux Stéphane du Monde nous en avaient entretenus le 31 janvier 2019 (date sur la toile) avec « Glyphosate : comment Monsanto mène sa guerre médiatique ».

 

Comme d'autres, ils avaient fantasmé à partir d'une désignation particulièrement imaginative (et branquignolesque) et d'un court extrait d'une pièce déposée par un cabinet d'avocats devant le juge Vince Chhabria :

 

« Des fuites de documents provenant de Monsanto révèlent comment la firme agrochimique a orchestré une efficace campagne de défense de sa molécule-phare, le glyphosate. Une société de relations publiques, Fleishman-Hillard, était chargée de répondre aux spécialistes qui dénonçaient le caractère cancérigène de ce produit. Des blogueurs, mais aussi des journalistes, relayaient les argumentaires préécrits par la firme. Des campagnes de dénigrement sur Twitter ou sur les forums, à partir de comptes anonymes discréditaient les opposants et même les malades. La consigne était très claire :"Ne rien laisser passer", comme le reconnaît Monsanto. »

 

Voilà des affirmations extraordinaires qui, contrairement à ce qui se passe en science, nécessitent des preuves ordinaires. Où sont, par exemple, les « campagnes de dénigrement sur Twitter », les « argumentaires préécrits par la firme » relayés par des journalistes en Europe, et plus particulièrement en France ?

 

Dans « Glyphosate , Monsanto et Envoyé Spécial : l'inqualifiable désinformation du Monde », nous avions conclu qu'il s'agissait d'une infox.

 

 

La baudruche se dégonfle

 

Le Parisien écrit maintenant :

 

« En 2015, deux mois après la classification du glyphosate "cancérogène probable" par le CIRC, Monsanto a mis en place un programme intitulé "Let Nothing Go" pour répondre aux contenus négatifs sur Internet, comme l’a raconté en janvier Le Monde. Selon un document judiciaire que nous avons pu consulter, ce programme ne visait que l’Europe. »

 

L'USRTK a mis en ligne la déposition (prima facie classifiée...) de M. Samuel Murphey, qui fut chargé de la coordination du programme « Let Nothing Go ». Cette déposition, c'est le « document judiciaire » évoqué par le Parisien.

 

On aurait donc pu s'attendre à ce que l'investigation fasse le point à la lumière de cette nouvelle pièce. Ce n'est pas le cas...

 

Le fait est que les allégations passées – et des avocats, et des journalistes – ne sont nullement étayées par cette déposition...

 

Les deux Stéphane (rappel) :

 

« Des campagnes de dénigrement sur Twitter ou sur les forums, à partir de comptes anonymes discréditaient les opposants et même les malades. La consigne était très claire :"Ne rien laisser passer", comme le reconnaît Monsanto. »

 

La déposition :

 

« Question : La campagne Let Nothing Go a-t-elle impliqué de rendre les adversaires de Monsanto mal à l'aise ?

 

M. PARISER (avocat de M. Murphey) : Objection quant à la forme.

 

LE TÉMOIN : Non, je ne pense pas que ce soit une caractérisation correcte. Je pense que c'était – l'effort était bien plus axé sur la réalisation, dans le contexte européen, qu'il y avait une importante couverture du glyphosate, comme nous en avons discuté plus tôt. Ce processus de renouvellement [de l'autorisation du glyphosate] était en cours. Le glyphosate recevait une quantité énorme de couverture dans les médias. Et cet effort était davantage concentré sur l'information [outreach] et essayait d'atteindre exactitude et équilibre dans ces rapports [de presse].

 

 

 

 

 

La machine à soupçons tourne toujours

 

Le Parisien nous livre tout de même l'essentiel, mais sous la forme de propos rapportés :

 

« Contactée par Le Parisien, une porte-parole de Bayer France a décrit les contours de ce programme qui sera, dit-elle, évalué dans les prochains mois. "Monsanto a engagé une agence prestataire (Fleshman-Hillard, ndlr) pour la mise en place de ce monitoring qui consiste à fournir des informations basées sur les faits à des journalistes et blogueurs lorsque la parution d’informations erronées est constatée. Toutes les informations communiquées l’ont été au nom de Monsanto", explique-t-elle. »

 

Voilà de quoi mettre les choses au point et infirmer une infox précédente... Non, ce n'est pas « journalistiquement correct »... On maintient donc le soupçon avec un adverbe :

 

« Officiellement donc, rien de concerté ou dissimulé. »

 

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