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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Entomocalypse ? Les sept péchés capitaux du journalisme scientifique

28 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #critique de l'information

Entomocalypse ? Les sept péchés capitaux du journalisme scientifique

 

Tim Durham, AGDAILY*

 

 

Image Antwon McMullen, Shutterstock

 

 

Grand maître : « Qu'as-tu apporté aujourd'hui ? Dis-moi. »

 

Valkyrie : « Un prétendant. »

 

 – Thor : Ragnarok

 

À la fin de Ragnarok, Thor et son équipe de Revengers, pétrifiés, entrent dans le mythique Asgard. D'un point de vue scénographique, cela avait un sens parfait et faisait progresser le récit de Marvel Cinematic Universe.

 

Mais de retour ici sur Midgard (alias Terre), les titres disent qu'un Ragnarok écologique est en cours, une variante inédite à six pattes. Les insectes sont au bord du gouffre écologique. Peut-être qu'à l'époque de nos arrière-petits-enfants, ils vont disparaître !

 

Doués de capacités fantastiques dignes d’être reprises dans les bandes dessinées, les insectes copient-ils une page de l'histoire du dodo ? Ce serait non pas parce qu’il s’agit de victimes du darwinisme, mais parce que les humains sont trop dominateurs.

 

En Floride, je me souviens être entré aveuglément dans ce qui ressemblait à une petite fosse. Lorsque la terre s'est effondrée sous mes pieds, une sensation de brûlure a rayonné le long de mes jambes. Fourmis rouges. Pris de panique, je les repoussai fébrilement et me dirigeai vers ma voiture. Ma poitrine se serra et ma respiration devint laborieuse. Les débuts du choc anaphylactique. Un pas imprudent m'a coûté cher. J'ai été mordu plus de 70 fois. Il suffisait de compter les zébrures. J'étais Godzilla piétinant Tokyo, un agresseur dans leur domaine. La variété rampante effrayante.

 

Malgré ce flirt désastreux, je dois avouer que j'ai un faible pour les insectes. Ma première année d'études supérieures était presque exclusivement consacrée à leur collecte, à leur identification et à leur conservation. J'ai construit ma carrière (en partie) autour de la défense des insectes sur Capitol Hill et dans les tranchées, auprès du public – avec des maîtres jardiniers et dans des camps de découverte des insectes. Je suis également fier de servir notre pays en tant qu'entomologiste de la Réserve de l'Armée de Terre.

 

Donc, oui, j'avoue être un fanatique des petites bêtes. S'il y avait une édition écologique de Donjons et Dragons, je jouerais les cartes des insectes. Leur diversité est stupéfiante, reflétant de nombreux talents écologiques. C’est la classe des utilitaires dans un MMORPG (jeu de rôle en ligne massivement multijoueur).

 

Beaucoup sont cachés et bénéfiques dans les coulisses. Mais l'obscurité confortable cède vite la place à une notoriété éclatante lorsqu'on décrit leurs effets sur les sociétés humaines. Leur nature malfaisante et carrément destructrice – les plaies bibliques et les maladies débilitantes nous viennent à l’esprit – attire généralement les feux des projecteurs.

 

Malgré cela, ils sont étrangement attrayants. Les petits Hellions ont une personnalité une fois que vous les connaissez. Alors, naturellement, les annonces d'une extinction seraient bouleversantes, si elles étaient vraies. Après avoir lu les gros titres qui proclamaient leur déclin, j’ai dû activer mon lobe de scepticisme. Dans un monde destiné à être gouverné un jour par les cafards (la vieille blague, bien entendu), il est difficile de croire que l’insecte « éco-gonflé à bloc » se résignerait à prendre volontairement le chemin des ténèbres.

 

Nous savons que le message dépend du contexte. Mais lorsque la description des «faits crus » régresse au niveau du tabloïd, à des omissions sélectives et au mélodrame, ça pue le « journalisme jaune », le sensationnalisme.

 

Voici donc les sept péchés capitaux du journalisme scientifique :

 

Fierté : L'effet Dunning-Kruger – « je sais tout ». L'illusion de l'expertise sur le sujet X. L'audace d'être un expert de canapé.

 

Cupidité : Monopoliser et capitaliser sur la désinformation. Les intérêts composés se ramassent chez les interwebs.

 

Luxure : Une soif démesurée de preuves fragiles à l'appui des biais de confirmation.

 

Envie : À l'ère des pièges à clics, les gros titres se résument de plus en plus à des concours de pisse pour voir qui l'emportera pour ramasser les droits de vantardise. Les reportages les plus sensationnalistes et enclins à l'escalade gagnent.

 

Gourmandise : Saturer de quantités d'information plutôt que de qualité. Le titre le plus chargé avec toutes les garnitures forme des obstacles débilitants dans la circulation de la compréhension.

 

Colère : Attiser inutilement la colère du public pour vendre une controverse montée de toutes pièces.

 

Paresse : L'abdication de la responsabilité journalistique. L'omission sélective de points susceptibles de produire une image totalement différente.

 

Ce sont là les péchés des médias rapportant l'étude. Mais qu'en est-il de l'étude d'origine elle-même ?

 

Elle a été présentée comme l’instantané définitif – une annonciation mondiale – du déclin des insectes. Dans la pratique, l’étude a compilé un nombre très limité de données. Si limité que l'étude est effectivement invérifiable lorsqu’elle est étendue à l'échelle mondiale.

 

Bien que l’objectif ait été de développer un aperçu holistique de la richesse (nombre d’espèces) et de l’abondance (nombre par espèces) au cours des 40 dernières années, elle est fondamentalement viciée.

 

Pourquoi ? En termes non équivoques, il s’agissait d’une simple recherche par mots-clés dans une base de données unique. Et elle a ignoré toutes les études montrant la stabilité ou la hausse des populations, se concentrant uniquement sur les changements à la baisse. En outre, la plupart des études sur les populations d’insectes proviennent de l’Europe. Un pool de données pas vraiment suffisant pour produire un tel pronostic global aussi sombre.

 

Beaucoup reste inconnu sur la situation des insectes dans le monde. J'ai entendu dire que nous ne savons pas ce que nous ne savons pas. Dire le contraire est délibérément arrogant. Il est tout à fait pertinent de s’interroger sur les causes des oscillations démographiques – ce que nous savons. Mais nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que toutes les espèces réagiront de la même manière face aux « concurrents », par exemple en cas de perte d’habitat, de pollution ou d'arrivée d'espèces invasives.

 

Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire mieux. Mais il est irresponsable de brandir inlassablement des mots et des expressions comme « catastrophique », « effondrement » et « se précipiter vers l’extinction ». Je regrette également que cela soit utilisé comme une plate-forme pour signaler des vertus – que nous avons désespérément besoin d’une réforme du système alimentaire.

 

Quand je vois des images de pulvérisateurs dans des articles de presse populaires aux titres calamiteux (sans mise en contexte – il pourrait s'agir après tout de l'épandage d'un pesticide biologique), je ne peux m'empêcher de me sentir visé en tant qu'agriculteur. Je ricane aussi devant les gros titres nous enjoignant d'acheter des produits biologiques, car cela sauvera en quelque sorte les insectes. Utilisés correctement, les outils modernes nous permettent d’en faire plus (produire) avec moins (de terre), préservant ainsi les habitats. Quel serait l’état des insectes (voire de toute la faune sauvage) si nous ne le faisions pas ?

 

Malheureusement, le journalisme scientifiques semble se réduire à : 1) minimiser ce que nous ne savons pas ; 2) exagérer ce que nous faisons ; et 3) ignorer toute preuve non conforme. Le lien de causalité dans un article scientifique peut être très faible, mais toute preuve infinitésimale – même un commentaire contradictoire ou non étayé – est considérée comme un ace, un smash ou un dunk. Méfiez-vous des affirmations des médias quant à l'existence de nouveaux prétendants : de coupables présentés comme responsables de la prochaine (pire) catastrophe.

 

_______________

 

* La famille de Tim Durham exploite la Deer Run Farm – une ferme maraîchère à Long Island, New York. En tant qu'« agvocat », il oppose des faits réels aux rhétoriques enflammées. Tim a un diplôme en médecine des plantes et est professeur adjoint au Ferrum College en Virginie.

 

Source : https://www.agdaily.com/insights/bugpocalypse-seven-deadly-sins-science-reporting/

 

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