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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

De plus en plus fort : le glyphosate pousse au suicide !

26 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information

De plus en plus fort : le glyphosate pousse au suicide !

 

 

Ce graphique tiré de « Aluminum and Glyphosate Can Synergistically Induce Pineal Gland Pathology: Connection to Gut Dysbiosis and Neurological Disease » (l'aluminium et le glyphosate peuvent induire de manière synergique une pathologie de la glande pinéale : lien avec la dysbiose intestinale et une maladie neurologique), des ineffables Stephanie Seneff, Nancy Lee Swanson et Chen Li, n'a pas de lien direct avec l'article ci-dessous.

Le graphique montre une corrélation ébouriffante, le genre de truc loufoque que l'activisme peut utiliser à l'appui de ses objectifs. Interprétation : le taux de suicides par overdose (de quoi ? Et pourquoi par overdose seulement ?) est fonction de la dose de glyphosate épandue sur les champs de maïs et de soja... à moins que ce ne soit l'inverse.

 

 

Il y a des gens qui trouvent difficile de construire un argumentaire sur la base du malheur des autres. J'en suis, contrairement à, par exemple, cette Vandana Shiva qui ne répugne pas à empiler – c'est ici une description imagée de la réalité – des cadavres d'agriculteurs indiens qui se sont donné la mort pour faire avancer son lucratif business.

 

Ou ce journaliste de France Bleu qui n'hésite pas à titrer : « Exposé au glyphosate, un agriculteur poitevin à la retraite fait une tentative de suicide »

 

J'ai beaucoup de respect pour cet agriculteur et je lui souhaite de se remettre. Je ne peux pas en dire autant de ce journaliste qui a osé instrumentaliser le désarroi de cet homme accablé par bien plus que ce qui est présenté comme le motif de son geste.

 

Il faut – à mon sens – manquer de la plus élémentaire déontologie pour oser écrire (le 5 février 2019) – certes avec un semi-auxiliaire de prudence journalistique :

 

« Alors que s'ouvre mercredi le procès en appel d'un agriculteur charentais, Paul François, contre la firme Monsanto, le glyphosate semble aussi à l'origine d'un drame dans le Nord-Vienne. Jean-Paul Lucas, agriculteur céréalier, aujourd'hui à la retraite, raconte avoir été exposé et brûlé, par le pesticide. "C'était un produit que je pensais inoffensif.»

 

« ...brûlé, par le pesticide » ? C'est nouveau !

 

L'agriculteur attribue certes ses problèmes de santé au glyphosate, selon l'article, mais il n'est pas interdit à un journaliste, d'une part, de vérifier les informations et, d'autre part, de s'abstenir de publier quand le récit n'est pas convaincant.

 

Quel est ce récit ?

 

« On était le 13 juillet 2003 et il me restait quatre hectares de colza à moissonner, j'avais ouvert les vitres parce que ma clim était en panne et j'ai brûlé, ma peau a brûlé en absorbant les vapeurs de glyphosate.

 

Reprenons donc le titre avec les repères chronologiques : « Exposé au glyphosate [en juillet 2003], un agriculteur poitevin à la retraite fait une tentative de suicide [en janvier ou février 2019] ». Hep, le journaliste ! Tu piges ?

 

L'agriculteur aurait eu depuis de gros problèmes de santé. Nous mettons ici le conditionnel, non pas pour mettre en doute la parole de l'agriculteur, mais pour nous démarquer d'une article ridicule et, en fait, scélérat. Scélérat vis-à-vis de l'agriculteur instrumentalisé et vis-à vis du produit incriminé.

 

Encore une fois, qu'une personne atteinte dans sa santé ou affectée par celle d'un proche fasse un lien – un post hoc, propter hoc – entre un événement particulier et la maladie n'est pas choquant en soi. Ce qui l'est, c'est qu'un faiseur d'opinion s'en empare.

 

Le glyphosate causant « de gros problèmes pulmonaires, des brûlures externes, [...] des œdèmes de Quincke, [...] des brûlures jusqu'au troisième degré, [des] problèmes respiratoires » et même une photosensibilité à la lumière ? Où sont les références dans la littérature ?

 

En fait, cette affaire a déjà été rapportée, en partie par la Nouvelle République dans « Intoxiqué au glyphosate il demande réparation ». Cela avait été publié le 18 novembre 2017 et mis à jour le... 22 février 2018. Voilà une démarche qui mérite d'être soulignée, d'autant plus que l'auteur de la mise à jour l'a visualisée :

 

« Exploitant céréalier installé depuis 15 ans à Scorbé-Clairvaux, cet agriculteur fait de l'épandage de pesticides travaille dans son champ en cette chaude journée d'été.

 

Il raconte la suite : "Il faisait une chaleur épouvantable. Je récoltais du colza sale, traité au glyphosate 15 à 20 jours avant. La climatisation de mon tracteur de ma moissonneuse était tombée en panne. Il faisait 50 degrés là-dedans. J’étais simplement en marcel et en short. Je ne me suis rendu compte de rien mais j’ai été empoisonné par la peau. C’est le soir que j’ai commencé à ne pas me sentir bien. En sortant de la douche, j’avais la peau complètement brûlée." Calvaire. »

 

Les médecins ont/auraient diagnostiqué une « dermatose allergique photosensible liée aux produits désherbants avec problèmes respiratoires » et la Mutualité Sociale Agricole (MSA) a reconnu l’affection en maladie professionnelle.

 

Pourquoi « ont/aurait » ci-dessus ? Ces médecins qui arrivent à faire un lien entre une telle maladie et sa cause sous la forme de « produits désherbants » – notez que le glyphosate n'est pas spécifiquement incriminé – doivent être très forts...

 

Dans un autre article de Centre Presse datant de novembre 2017, « Intoxiqué au glyphosate: précision », on apprend aussi que l'agriculteur récoltait « du colza sale traité au glyphosate, 15 à 20 jours avant. »

 

Nous nous permettrons d'être dubitatif sur la capacité d'un herbicide à base de glyphosate de produire des effets sur la santé après un tel laps de temps.

 

Mais nous n'avons aucun doute sur la capacité de nuisance d'un journalisme à la ramasse.

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Claude ROUQUET 30/03/2019 15:01

Sans oublier qu'il est totalement invraisemblable qu'un champ ait été traité avec un herbicide quinze jours avant la récolte! Si cela avait été le cas, la récolte n'aurait ramené que des tiges jaunies.

Alan 23/10/2019 13:43

@Stanley: je ne sais pas dans quel pays vous êtes, mais:
- la pratique de la dessiccation au glyphosate n'est pas autorisé en France
- comme vous le signalez, c'est une semaine avant la récolte pas 15 à 20 j avant
- je ne sais pas d'où vous sortez que c'est "pratiqué à outrance", car étant dans ce milieu (et non vendeur d'aucun produit phytosanitaire ni de semence), je ne connais personne qui ait utilisé cette méthode sur les 20 dernières années au moins.

Seppi 16/09/2019 14:34

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Très franchement, si vous répétez ici ce que vous avez lu, vous avez de très mauvaises lectures… sauf quand vous venez sur ce blog.

Stanley Colimon 12/09/2019 05:37

Désolé, cela s'appelle la desiccation et c'est pratiqué à outrance depuis 2012 et seulement 7-10 jours avant la récolte, Pire encore la desiccation se pratique même sur des nom OGM, il parait qu'avec ce procédé, les plantes donnent plus de grains avant de jaunir comme vous dites. Le champ est alors prêt pour la récolte, pour le foin enduit de glyphosate et pour une autre semence. Un bon steak au glyphosate ça vous dit?

JC 08/03/2019 13:26

Eh bien, je suis content de le trouver votre blog!

Je pensais à une caricature en voyant les titres des premiers articles, mais même si je me suis bien marré, je ris jaune.

Bref je me demandais qu'est-ce qui vous pousse à écrire tout ça. Des milliers de personnes se sont suicidé en Inde suite à la culture de coton OGM et vous, ce que vous arrivez à critiquer, c'est un journaliste qui fait mal son boulot, sans jamais poser les questions des raisons de ces suicides?

J'ai lu dans un de vos article que vous parliez d'une religion "Agriculture chimique = MAL, Agriculture non-chimique=BIEN" (je ne sais plus si c'est exactement la formule que vous avez employé, mais l'idée est là), excusez moi de vous dire que vous avez exactement ce même discours religieux mais inversé. Et vous appelez ça de la rationalité, bah bien sûr, pourquoi pas pousser la prétention jusqu'au bout.

Seppi 09/03/2019 11:33

Bonjour,

Merci pour votre réponse.

Non, je ne défends pas "sans remise en question une méthode agricole qui n'a même pas un siècle". Le fait de sélectionner des sujets pour présenter le côté positif d'une chose ne signifie pas nécessairement occulter le côté négatif. Pour ce côté-là, la moisson est abondante sur la toile… avec à vrai dire beaucoup de mauvaises herbes.

S'agissant des pesticides, la méthode, du reste, a bien plus de 100 ans. L'emploi de la bouillie bordelaise -- précédemment utilisée pour dissuader les rapines -- contre le mildiou date du milieu des années 1880. Et s'agissant des "OGM" leur emploi remonte au années 1950 pour les variétés issues de mutations induites (devenues des "OGM" grâce à la législation européenne, la Confédération paysanne et d'autres, et la Cour de Justice de l'Union Européenne). Pour les transgéniques, la première fut la tomate Flavr Savr, commercialisée aux États-Unis de 1994 à 1996. Le recul que nous avons pour les transgéniques est grosso modo aussi important que celui pour la téléphonie mobile, qui a mis plus de temps à se répandre.

Pour les personnes, oui, il y en a que j'ai dans le collimateur. Je n'ai aucun respect, par exemple, pour Vandana Shiva que j'ai eu l'occasion de rencontrer et de juger de visu.

La puberté précoce ? Oui, l'alimentation est en cause. Mais essentiellement pour sa qualité. Cela dit, j'ajouterai que prouver un lien de cause à effet entre "les pesticides" que vous soupçonnez (comme bien d'autres) et des effets sur la puberté est une chose particulièrement compliquée. Et absence de preuve ne vaut pas preuve de l'absence.

P.S. Il m'est arrivé d'écrire que je trouvais une étude "favorable à mes thèses" peu convaincante.

JC 08/03/2019 20:35

Merci de votre réponse.

Je vais continuer à lire votre blog, j'y trouverai sans doute des choses intéressantes.
En fait ce qui me gêne c'est le dénigrement des personnes pour leur travail sans forcément peser le bien du moins bien dans leur vision des choses alors que vous défendez sans remise en question une méthode agricole qui n'a même pas un siècle.
Je trouve que cette démarche manque justement de la rationalité dont vous parlez dans beaucoup de vos articles.
Comme je vois des enfants dont ma fille qui ont des poussé d'hormones à un âge très précoce, et que tous les médecins auxquels j'en ai parlé m'ont dit que ça se voyait de plus en plus est qu'ils sont persuadé que ça vient de l'alimentation, a rationalité me pousse à me poser des questions légitimes sur l'agriculture moderne.
Donc je salue votre travail, mais l'absence totale de remise en question de votre point de vue me pose moi-même question sur les bénéfices de celui-ci.

Je reviendrai certainement vers vous.

Seppi 08/03/2019 14:36

Bonjour,

Merci pour votre commentaire (si, si…).

Vous voulez savoir ? Lisez notamment le tout premier article.

"Des milliers de personnes se sont suicidé en Inde suite à la culture de coton OGM", écrivez-vous ? A part la littérature activiste -- particulièrement celle particulièrement nauséabonde -- et la littérature panurgique, où sont les preuves ? Au-delà des études savantes, dont bon nombre sont référencées sur mon blog, demandez-vous simplement pourquoi plus de 90% du coton indien est maintenant transgénique. Pas de théories du complot… juste une réponse à une question simple : pourquoi un agriculteur indien producteur de coton choisit-il une variété Bt ? Et manifeste à l'occasion quand les variétés Bt qu'il recherche ne sont pas disponibles localement ?

Lutter contre la désinformation et inciter les gens à se comporter en citoyens responsables, doués de raison et confronté à des réalités largement occultées ou travesties fait partie des objectifs de ce blog.

J'ai évoqué une "quasi religion : agriculture utilisant des produits de protection des plantes = MAL ; agriculture qui s'en passe = BIEN". C'est un peu différent de la dichotomie "chimique/non chimique". Mais ce n'est pas grave. Ce qui est grave, en revanche, c'est que vous-sous-entendez une "religion" inverse. Votre logique est fautive. C'est malheureusement celle des activistes, dont j'espère que vous n'êtes pas mais qui semblent influencer votre pensée.

La seule "agriculture = BIEN" est celle qui rend les services que l'on attend d'elle -- selon des critères rationnels.

Continuez à lire ce blog, et n'hésitez pas à en consulter d'autres du même genre !



Alino 04/03/2019 22:22

La molécule de GLYPHOSATE se substitue à la glycine son analogue chimique et casse l'ADN...au hasard ,une mutation survient et la porte est ouverte au cancer et autres lésions surtout chez les enfants !!!

Seppi 06/03/2019 10:30

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je suppose que vous avez des sources crédibles à l'appui de vos affirmations.

JYC 27/02/2019 10:34

Et oui, il y a des journalistes locaux qui manque de rigueur.
En tout cas, avec votre billet on comprend mieux pourquoi le glypho est mis en cause.
Puisque nous sommes dans le total irrationnel, Est-ce que l'agri "s'en voulait" d'avoir utilisé le glypho avec un délais court avant récolte pour nettoyer une parcelle de colza sale ?
Et, Est-ce que, ensuite, dans une pensée troublée il s'est senti "puni", responsable :"si je n'avais pas "tiré sur la corde avec le glypho avant récolte" je n'aurais peut être pas la maladie...
En tout cas, si des anti-glypho utilisent ce cas dans leur campagne de dénigrement, la réponse est simple : retenir la proposition d'une partie de la profession agricole : interdire le traitement avant récolte sur la culture.

Alan 23/10/2019 13:49

@Seppi: je peux vous confirmer qu'il est autorisé avant récolte sur des céréales mais uniquement pour le désherbage (visée chardon): en pratique, cet usage est tellement compliqué (difficile de prévoir une date de récolte) qu'il est rarement mis en oeuvre sur le terrain.

Seppi 01/03/2019 10:04

Bonjour (Güata Tag, avant qu'on disait Bouchour),

Merci pour votre commentaire.

Je suis tout à fait de votre avis, s'agissant du diagnostic.

On peut ajouter qu'il y a quelques décennies, les mois-bat's n'avaient pas de cabines… Comme quoi, c'est beau le progrès.

Philippe ( alsace) 28/02/2019 22:35

N’importe quoi
Je parie que c’était un problème allergique lié à des débris végétaux ou poussières végétales
Je suis viticulteur et comme beaucoup de monde allergique aux pollens
Les seules fois où j’ai eu de « graves problèmes de santé « c’est lors de traitements phytosanitaires avec du soufre mouillable, produit particulièrement irritant et surtout en broyant l’enherbement avec présence de graminées en floraison ( irritation des voies respiratoires et de la gorge, œdèmes, difficulté à respirer ) ou en étant en contact avec les graminées de l’enherbement lors des travaux manuels jambes nues et enherbement non fauché ( irritation de la peau)
Je me souviens particulièrement d’une très forte allergie respiratoire au vulpin des prés d’une telle intensité que j’ai cru y laisser ma peau
Comme quoi la nature est bonne

Seppi 27/02/2019 14:47

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il n'y a, hélas, pas que les journalistes locaux…

Le glyphosate n'a été approuvé au niveau communautaire que pour le désherbage.

Pour ce qui est de l'utilisation avant récolte, le Roundup 720, par exemple, est autorisé pour le désherbage sur certains blés, orges et le triticale avec un DAR de 7 jours. Il n'est apparemment pas autorisé -- à l'heure actuelle -- sur colza.