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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le glyphosate est-il un agent chélateur ? (3)

8 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Activisme, #critique de l'information

Le glyphosate est-il un agent chélateur ? (3)

 

La lancinante polémique sur la maladie rénale chronique d'étiologie inconnue du Sri Lanka

 

 

Ils n'épandent pas du glyphosate mais probablement un insecticide… et les activistes occidentaux repus manipulent les opinions pour faire interdire les OGM qui permettent de réduire le recours aux insecticides...

 

 

Nous avons vu dans la première partie que les gesticulations du monde glyphophobe et Monsantophobe à propos d'un brevet protégeant le glyphosate en tant qu'agent chélateur sont une infox. Et dans la deuxième partie qu'il est bien un agent chélateur... qui n'a aucune influence inquiétante sur la santé des plantes et de la vie des sols, ni sur la santé humaine et animale.

 

Mais le glyphosate a été mis en cause dans une maladie à la désignation fort parlante : la maladie rénale chronique d'étiologie inconnue du Sri Lanka (et de quelques autres régions essentiellement tropicale.

 

La « science » militante et l'activisme affirment un lien. Compte tenu de la dissymétrie de l'information scientifique – absence de preuve ne valant pas preuve de l'absence – les rationalistes avancent non seulement l'absence de preuve, mais aussi l'invraisemblance de l'hypothèse.

 

 

L'activisme en action...

 

 

On ne saurait conclure cette série sans revenir sur la question de la « maladie rénale chronique d'étiologie inconnue » – c'est son nom officiel qui reflète bien notres manque de connaissances sur l'origine de l'affection – qui sévit au Sri Lanka.

 

Dans le document d'avril 2015 de GMO Free Partners, qui prétend décrire trois brevets et semble être un princeps pour la littérature glypho- et Monsantophobe, c'est par exemple :

 

« Une fois que le glyphosate est associé à un métal, il ne suit pas la voie de dégradation normale et reste longtemps dans l'environnement ou dans les systèmes biologiques. Le glyphosate seul est une substance néphrotoxique faible. Lorsqu'il se combine avec de l'arsenic ou des métaux lourds, ses propriétés néphrotoxiques sont augmentées mille fois. »

 

Dans l'Humanité, « Marie-Monique Robin : "Le glyphosate, l’un des plus grands scandales sanitaires" », on trouve une affirmation bizarre qui semble être une mauvaise transcription des propos de Mme Marie-Monique Robin :

 

« Parmi les autres découvertes, on peut citer le cas de la maladie des reins qui touche les riziculteurs du Sri Lanka. Personne n’a jamais pris le risque de faire le lien avec le glyphosate. »

 

 

« Science » activiste...

 

Personne ? Les activistes bien sûr, notamment à la suite de M. Channa Jayasumana qui, avec des collègues, propose ce lien, par exemple dans « Glyphosate, Hard Water and Nephrotoxic Metals: Are They the Culprits Behind the Epidemic of Chronic Kidney Disease of Unknown Etiology in Sri Lanka? » (glyphosate, eau dure et métaux néphrotoxiques : sont-ils les coupables derrière l'épidémie de maladie rénale chronique d'étiologie inconnue au Sri Lanka ?).

 

Nous avons déjà évoqué ce personnage à plusieurs reprises sur ce site, notamment ici. Ce qui est émis comme une hypothèse dans la littérature « scientifique » reste une hypothèse dans le document soumis à l'infâme mascarade du Tribunal International Monsanto auquel il a participé, mais devient certitude dans les exposés oraux... ainsi que dans la littérature militante.

 

 

Deux cartes de l'article phare de Channa Jayasumana censées montrer le lien entre dureté de l'eau et maladie rénale… Pour le lien avec le glyphosate, il n'y a rien de palpable...

 

 

...réfutée de partout

 

Pourtant, une consultation internationale d'experts sur la maladie rénale chronique d'étiologie inconnue organisée par l'OMS Asie-Pacifique du 27 au 29 avril 2016 avait conclu que les études sur le lien avec le glyphosate (essentiellement celles de M. Jayasumana...) étaient inconclusive – ne permettaient pas de conclure :

 

« La néphrotoxicité a été documentée dans la littérature chez l'homme à fortes doses pour des formulations spécifiques de glyphosate (en association avec certains adjuvants), le propanil et le chlorpyrifos. L'association de pesticides individuels avec le CKDu n'a été rapportée que dans deux études au Sri Lanka. La preuve de la causalité de cette association a été jugée peu concluante [inconclusive] en raison du manque d'uniformité des résultats, du manque de temporalité là où l'association a été observée et des limites des méthodes utilisées pour mesurer les expositions. Des études longitudinales bien conçues incluant des individus en bonne santé dans des zones endémiques et non endémiques, ainsi que des bio-banques, seront nécessaires pour évaluer le rôle possible des produits agrochimiques dans la causalité et la progression de la maladie rénale chronique. »

 

L'hypothèse a aussi été rejetée par l'Académie Nationale des Sciences du Sri Lanka par une déclaration du 8 juin 2015 (le site source a été suspendu, mais on peut trouver la déclaration ici).

 

Et, à la suite de la publication de « Escalating chronic kidney diseases of multi-factorial origin in Sri Lanka: causes, solutions, and recommendations » (maladies rénales chroniques d'origine multifactorielle en augmentation au Sri Lanka : causes, solutions et recommandations – 2014) par Sunil J. Wimalawansa, il y eut un échange de correspondance, avec des critiques de Channa Jayasumana et Sisira Siribaddana et des répliques saignantes de Sunil Wimalawansa. Notamment :

 

« Merci de m'avoir donné l'occasion de répondre à la lettre des Drs Jayasumana et Siribaddana, qui ont l'habitude d'écrire des lettres au rédacteur en chef et à tous ceux qui s'opposent (sic) aux écrits scientifiques qui contredisent leur hypothèse selon laquelle le glyphosate provoque une insuffisance rénale. Il n'y a aucune preuve scientifique à l'appui d’une telle théorie, et la publication de Jayasumana et al. n’a présenté aucune donnée analytique concernant les niveaux de glyphosate dans les plans d’eau des zones touchées par une maladie rénale chronique d’origine inconnue (CKDuo). »

 

On peut laisser ces deux auteurs à leurs querelles. Dans un article rageur du 13 août 2017, « False claims about herbicide Glyphosate » (affirmations fausses concernant le glyphosate), le Pr Chandre Dharmawardana, actuellement professeur de physique théorique à l'Université de Montréal, avait écrit :

 

(Source)

 

« Le glyphosate est considéré comme le coupable, mais on ne le trouve même pas sur le lieu du crime !

 

Et pourtant, un certain nombre de militants anti-glyphosate ainsi qu'une dame qui prétendait avoir des pouvoirs psychiques ont commencé à affirmer que l'arsenic lié au calcium (de l'eau calcaire) et au glyphosate agissant ensemble étaient à l'origine de la maladie.

 

Ceci n’a été énoncé qu’à titre d’« hypothèse », mais vendu au public comme un fait avéré, même s’il n’existe pas la moindre preuve. En acceptant des allégations non prouvées de groupes de pression anti-scientifiques, le gouvernement a interdit le glyphosate. »

 

Mais retour à la littérature dans les revues scientifiques. M. Wimalawansa avait écrit, et cela n'a pas été contesté :

 

« Plusieurs théories, corrélations et ensembles de données contradictoires ont été rapportés [15 références dont un article de M. Jayasumana], mais aucun n’explique la répartition géographique du CKD-mfo ou identifie sa cause. Par conséquent, avant de tirer des conclusions, il est primordial de séparer les corrélations et hypothèses rapportées de la causalité de cette maladie [référence]. »

 

L'Académie Nationale des Sciences du Sri Lanka avait quant à elle déclaré :

 

« Nous n'avons connaissance d'aucune preuve scientifique tirée d'études menées au Sri Lanka ou à l'étranger montrant que le CKDu est causé par le glyphosate. Les informations très limitées disponibles sur le glyphosate au Sri Lanka ne montrent pas que les niveaux de glyphosate dans l'eau potable dans les zones touchées par la CKDu (province du Centre-Nord) dépassent les normes internationales établies pour la sécurité. En outre, la CKDu est rarement signalée chez les agriculteurs des zones voisines telles que Ampare, Puttalam et Jaffna ou même dans la zone humide où le glyphosate est utilisé dans une mesure similaire. Elle n'a pas non plus été signalée dans les zones de culture du thé où le glyphosate est beaucoup plus utilisé. Par conséquent, les données scientifiques manquent pour soutenir l'affirmation selon laquelle le glyphosate est la cause de la CKDu dans la PCN. »

 

 

Que nous servira le numéro spécial d'Envoyé Spécial ?

 

En résumé, il suffit de s'écarter des immondices activistes pour constater, a minima, qu'il n'y a aucune preuve de lien, ni même un début de preuve, en faveur de l'hypothèse d'une implication du glyphosate dans les néphropathies sri-lankaises. Ceux qui ont des neurones connectables peuvent aussi utiliser – dans ce cas comme dans bien d'autres – le rasoir d'Ockham : comment se fait-il que le glyphosate soit un problème de santé publique néphrétique fortement médiatisé, et de ce fait un problème politique, dans le seul Sri Lanka ?

 

Le numéro spécial d'Envoyé Spécial de Mme Élise Lucet et Cie sur le glyphosate comportera un « reportage » sur « Sri Lanka, un pays sans glyphosate ». Comme nous l'avons noté ailleurs (ici et dans des articles antérieurs), l'interdiction du glyphosate a été levée, de sorte que ce titre est une infox.

 

Cela sera-t-il, au moins implicitement, admis dans le « reportage » ? Et sous quelle forme et sur quel ton ?

 

Pour la théorie du complot, nous avons déjà... Mme Marie-Monique Robin dans « Menace sur le thé sri lankais bientôt imbibé de glyphosate » :

 

« Le 11 juillet 2018, le gouvernement a finalement cédé au lobbying puissant des producteurs de thé et de … Monsanto. »

 

Au fait, comme chacun sait, pour lutter contre les mauvaises herbes dans les plantations, on asperge, douche, noie les théiers dans le glyphosate...

 

Mais la présentation de la séquence d' Envoyé Spécial fait dans la nuance :

 

« ...Mais peu à peu, un mal étrange a empoisonné les riziculteurs, touchés aux reins. Le produit chimique était-il responsable ? Pas de preuve irréfutable... »

 

Ce « reportage » répercutera-t-il les données disponibles de manière objective... enfin celles qui réfutent avec vigueur les thèses militantes ? Réponse le 17 janvier 2019.

 

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