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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Huile de margousier (neem) et journal de 20 heures de France 2 : désolant !

10 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Agriculture biologique

Huile de margousier (neem) et journal de 20 heures de France 2 : désolant !

 

Mais il y a un point positif : une alternative aux pesticides de synthèse est… un pesticide

 

 

Certifié par Ecocert ?!

Voici ce qu'en dit le site de l'entreprise :

« AgroBio est un engrais biologique qui après épandage, corrige la texture et la structure du sol lui donnant une bonne capacité de rétention d’eau et des minéraux et une fertilité maintenue durant une longue période. Il augmente le rendement et facilite la conservation des récoltes. Il joue trois rôles : c'est un fertilisant, nématicide (lutte contre des vers invisibles dans le sol et qui dévastent les productions) et un stimulateur de croissance. On l'utilise par épandage en fumure d'entretien et en fumure de fonds. »

Si c'est un nématicide, c'est un produit phytopharmaceutique, non ? Devant être homologué et approuvé, non ?

 

 

Le journal de 20 heures de France 2 du mardi 8 janvier 2018 lundi 7 janvier 2019 a diffusé une séquence reprise sur la toile sous le titre : « Pesticides : la graine de l'espoir du Bénin ».

 

En chapô :

 

« Au Bénin, un homme s'est souvenu d'une pratique de ses parents : celle de placer des graines de margousier dans les maisons, qui agit comme un répulsif. Il en a fait un pesticide biologique, très attractif pour les agriculteurs. »

 

 

Quel merveilleux conte de fées !

 

Cet homme se serait « souvenu d'une pratique de ses parents »... largement connue et appliquée ?

 

Cela lui a donné l'idée de « trouver une alternative aux pesticides chimiques » ? Le pesticide en question est abondamment décrit sur Internet et fait l'objet d'un commerce en partie légal et en partie ollé-ollé (Gerbeaud ne fait que signaler ici une pratique courante)?

 

 

 

 

Il aurait mis au point deux pesticides « après trois années de tests »... Trois années ? Vraiment ? Pas plus pour s'assurer de l'efficacité, d'une part, et de l'acceptabilité toxicologique et écotoxicologique, d'autre part ?

 

Cet homme a parfaitement le droit de surfer sur la naïveté des gens... mais qu'en est-il de la rédaction du journal de France 2 ?

 

Elle nous aura livré de la désinformation en se complaisant implicitement dans l'hystérie anti-pesticides (de synthèse).

 

« Ces pesticides biologiques ont tout pour séduire de plus en plus d'agriculteurs, au Bénin d'abord, en Afrique ensuite, et pourquoi pas au-delà » est-il dit sur la page Internet...

 

En France, une dérogation de 120 jours a été accordée par le passé pour le neemazal-T/S, à la demande des producteurs de pommes biologiques, relayée par l'ITB, pour leur permettre de lutter contre les pucerons... Eh oui, la vertueuse agriculture biologique utilise – faute du mieux que lui interdit son cahier des charges – une substance dont l'homologation fait problème en raison des risques toxicologiques et écotoxicologiques (elle n'a été approuvée au niveau de l'Union Européenne qu'à la suite d'un intense lobbying)...

 

...C'est ce qu'on appelle une « alternative aux pesticides chimiques »...

 

 

 

 

Le « reportage » se complaît dans le manichéisme et la bien-pensance... « synthétique = mauvais ; naturel = bon »).

 

On a l'agriculteur qui a peur des pesticides de synthèse... et celui qui est enthousiasmé par ses résultats avec un produit dont on nous dit qu'il est « certifié biologique ».

 

« C'est pour mettre fin à cette angoisse [du premier agriculteur interviewé] que Gildas Zodomé a décidé d'agir »... Vraiment M. Marc de Chalvron ? Pas pour son propre profit ?

 

En faisant ramasser des graines par des femmes et des enfants pour 20 centimes du kilo...

 

Et, pour l'angoisse du premier agriculteur, voici les préconisations d'emploi du Neemazal-T/S selon son producteur :

 

CONDITIONS D’EMPLOI

- Pas de traitement pendant la floraison.

 

- Pour protéger l’opérateur porter :

• Pendant le mélange/chargement :

- Combinaison de travail dédiée (cotte en coton/polyester 35%/65% - grammage d’au moins 230g/m2) avec traitement déperlant ;

- Gants certifiés pour la protection chimique selon la norme de référence EN 374-3 de type nitrile ;

- Vêtement imperméable (tablier ou blouse à manches longues certifiés catégorie III type 3 (PB3). Le vêtement de travail et le tablier ayant fait l’objet d’une contamination devront être lavés avant réutilisation ;

- Bottes de protection conformes à la réglementation et selon la norme EN 13 832-3 ;

- Lunettes de sécurité conformes à la réglementation et selon la norme EN 166.

 

• Pendant l’application :

Si application avec tracteur sans cabine :

- Combinaison de protection de catégorie III type 4 avec capuche ;

- Gants en nitrile EN 374-2 à usage unique pendant l’application et dans le cas d’une intervention sur le matériel pendant la phase de pulvérisation ;

- Bottes de protection conformes à la réglementation et selon la norme EN 13 832-3.

Si application avec tracteur avec cabine :

- Combinaison de travail dédiée (cotte en coton/polyester 35%/65% - grammage d’au moins 230g/m2) avec traitement déperlant ;

- Gants certifiés pour la protection chimique selon la norme de référence EN 374-2 de type nitrile à usage unique dans le cadre d’une intervention sur le matériel pendant la phase de pulvérisation. Dans ce cas, il convient de noter que les gants ne doivent être portés qu’à l’extérieur de la cabine et stockés après utilisation à l’extérieur de la cabine ;

- Bottes de protection conformes à la réglementation et selon la norme EN 13 832-3.

 

• Pendant le nettoyage du matériel de pulvérisation :

- Combinaison de travail dédiée (cotte en coton/polyester 35%/65%

- grammage d’au moins 230g/m2) avec traitement déperlant ; - Gants certifiés pour la protection chimique selon la norme de référence EN 374-3 de type nitrile.

- Vêtement imperméable (tablier ou blouse à manches longues certifiés catégorie III type 3 (PB3)

- Bottes de protection conformes à la réglementation et selon la norme EN 13 832-3.

 

• Pour protéger le travailleur s’il doit intervenir sur une parcelle traitée :

- Porter une combinaison de travail dédiée (cotte en coton/polyester 35%/65%

- grammage d’au moins 230g/m2) avec traitement déperlant. »

 

Comparez cela avec les conditions dans lesquelles l'huile de neem béninoise est utilisée, selon le « reportage »... Le premier agriculteur a une protection minimale, le deuxième traite... pieds nus !

 

Une autre formulation, l'azatin, est autorisée pour des cultures sous abri en hors-sol. Voici ce qu'en dit l'ANSES :

 

« - Ne pas stocker le produit dans un local où la température peut dépasser 30°C.

 

- Ne pas stocker le produit plus de 12 mois.

 

- SP 1 : Ne pas polluer l'eau avec le produit ou son emballage. Ne pas nettoyer le matériel d'application près des eaux de surface. Éviter la contamination via les systèmes d'évacuation des eaux à partir des cours de ferme ou des routes.

 

- SPe 2 : Pour protéger les organismes aquatiques, ne pas rejeter les eaux usées des cultures hors sol sous abris directement dans les eaux de surface.

 

- Peut porter atteinte à la faune auxiliaire et aux insectes pollinisateurs. Eviter toute exposition inutile.

 

- EUH208 : Contient de l'azadirachtine. Peut produire une réaction allergique. »

 

Et aussi :

 

« C2 : Lésions oculaires graves et irritation oculaire - Catégorie 2

C2 : Toxiques pour la reproduction - Catégorie 2

TCC1 : Dangers pour le milieu aquatique - Danger chronique, catégorie 1

AT : Mention d'avertissement : Attention

AT : Mention d'avertissement : Attention

AT : Mention d'avertissement : Attention

phrase de risque

H319 : Provoque une sévère irritation des yeux

H361d : Susceptible de nuire au foetus

H410 : Très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme »

 

Oh, et avant de mettre un point final : les fameux pesticides béninois sont manifestement composés d'huile de neem – et non de la composante la plus active, l'azadirachtine – et, selon le site de l'entreprise des extraits de plantes aromatiques. Cette huile est fortement soupçonnée d'être un perturbateur endocrinien (certes pas par les idéologues du biobusiness et leurs idiots utiles).

 

Ce qu'il y a de dramatique dans ce « reportage » de 3:40minutes, c'est qu'une chaîne de télévision publique, en principe tenue de fournir des informations de qualité, se livre à la désinformation par une combinaison de bêtise, d'amateurisme et d'idéologies personnelles.

 

C'est désespérant.

 

 

Post scriptum

 

L'inénarrable député européen Éric Andrieu n'a évidemment pas pu s'empêcher de gazouiller :

 

« #Pesticides : Le reportage diffusé hier sur @France2tv nous montre une fois de + que des alternatives existent. »

 

Décidément impayable…

 

 

 

 

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jean 11/01/2019 13:57

Pour revoir ce reportage c'est a quel journal de 20h qu'il faut regarder?le 8 ou le 7 ?

Seppi 11/01/2019 14:30

Bonjour,

Merci pour votre commentaire… Je m'a trompé… lundi 7...

La séquence est incorporée dans mon article.

Baba 11/01/2019 10:12

Bonjour Mais il est cependant indeniable que l'huile de neem est moins toxique que de les insecticides de synthese de qualite douteuse retrouves sur les marches africains des pesticides..
Dans le reportage, il n'a pas ete que question de l''huile de neem mais aussi du tourteau qui est utilise donc comme engrais et qui apporte de la matiere organique contribuant a structurer le sol et a aussi un pouvoir nematicide residuel. Cela explique la partie rendement...

Seppi 11/01/2019 10:47

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Votre argument est un peu facile et sophistique : l'élève Ducobu est meilleur que l'archi-cancre qui dort au fond de la classe…

Oui les pesticides de contrefaçon sont un énorme problème (comme les médicaments du reste). Mais la réponse à ce problème n'est pas forcément une huile de neem produite dans des conditions artisanales, avec un contrôle qualité probablement inexistant.


Le reportage a montré des sacs de tourteaux. Je ne suis pas sûr que le deuxième agriculteur en ait employé. Le sous-titrage utilise le mot "engrais" alors qu'il n'est pas prononcé par l'agriculteur.

A-t-il de meilleurs rendements avec l'huile de neem ? Je n'en suis pas sûr non plus. Pour le savoir, il faudrait des essais comparatifs, toutes autres choses étant égales par ailleurs.

jyc 10/01/2019 17:25

Autre symbole de la médiocre qualité du reportage. Le producteur qui témoigne compare sont produit au "conventionnel". C'est à dire le traitement au phyto de synthèse. Il dit (de mémoire) que c'est mieux (ou moins cher ?) que l'intrants conventionnel.
Et les journalistes (?) surligne, traduisent, par "engrais" !

Seppi 10/01/2019 17:56

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Effectivement. "...mais le rendement est meilleur par rapport aux engrais chimiques…"

Bien évidemment, le producteur a toutes les données en main à l'appui de son affirmation… des parcelles d'essais comparatifs… des mesures précises…

Il peut certes dire ce qu'il veut (ou ce qu'on veut qu'il dise…). Mais on peut attendre d'un journaliste sérieux et de sa rédaction qu'ils ne gobent pas tout et enfument les téléspectateurs avec leur idéologie et leurs préjugés.

Max 10/01/2019 11:52

Toujours cette expression d'alternative aux pesticides chimique et l'huile de neem c'est pas un composé chimique ? Le faites que les médias et politiques ne comprennent pas que les pesticides ( ceux qui n'agissent pas mécaniquement, même si eux aussi sont composés de produits chimiques) sont forcément chimiques me désespère. Si l'amalgame synthétique=mauvais est déjà stupide celui de synthétique=chimique et naturelle=pas chimique est un enfoncement dans la connerie.

Seppi 12/01/2019 08:37

Bonjour Max,

Merci pour cette réponse à un commentaire que je vais laisser puisque vous y avez répondu.

max 12/01/2019 00:44

Salut, pourquoi ce commentaire sur ma chaine de commentaire ? Çà a un quelconque lien avec ce que j'ai écrit ? Parce-que vos "arguments" au sujet de l'article sont déjà minable (et inexistants), mais comme il n'y a pas de référence au mien, je me demande l'intérêt.

azadirachtine 11/01/2019 23:49

On retrouve là l'éternel débilite des argumentations de seppi !!!
Aussi mauvais pour la critique de ce qui le dérange que pour vanter les mérites de ses poisons favoris.
Ceci sans compter ces misérables références pour soutenir sont piteux argumentaire .
C'est triste de voir un soit disant ingénieur agronome écrire de telles absurdités à longueur d'année simplement pour la promotion de ses poisons chimiques de synthèses/ogm adorés, qui lui rapportent un max de fric contrairement à l'huile de neem.
Aussi,il faut être au demeurant assez simplet pour oser écrire " un contrôle qualité probablement inexistant." alors que plus haut il précise ironiquement "Certifié par Ecocert ?! " . ECOCERT appréciera ... Bon lorsque l'on connait la nullité des écrits de l'artiste on ne s'en étonne plus trop !

Seppi 10/01/2019 13:35

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

On ne peut qu'être d'accord.

douar 10/01/2019 09:43

Une question bête: comment la société Gerbeaud peut elle communiquer sur les autres usages de l'huile de neem sans subir les foudres de l'administration française?
Parce que celle ci est souvent très pointilleuse pour des sujets mineurs.

Seppi 10/01/2019 10:37

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il y a bien des choses qui se passent sous les radars des services administratifs...