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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Monde Planète, voulant sauver le monde, fait l'article pour les régimes sans viande

17 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #élevage, #critique de l'information, #Activisme

Le Monde Planète, voulant sauver le monde, fait l'article pour les régimes sans viande

 

 

C'est sous le hashtag – en bon français (qui ne saurait être que québécois) « mot-clic » – #UrgenceClimat que le Monde Planète s'est donné pour mission de sauver le monde, enfin au moins la planète... enfin se vendre dans son cœur de cible bobo-écolo. Oh, c'est exprimé de manière bien plus modeste :

 

« #UrgenceClimat. "Le Monde" s’interroge toute la semaine sur les manières de lutter contre le dérèglement climatique. Aujourd’hui [...] »

 

Mardi 11 décembre 2018, c'était le jour des ravages de notre régime alimentaire, particulièrement de la consommation de viande, sur le climat et quelques autres facteurs qui font se trémousser les tenants de l'écologisme politique. Cela a suivi « Peut-on se passer de la voiture ? » et précédé « Peut-on se chauffer autrement ? », « Peut-on consommer moins ? » et « Et, finalement, peut-on peser collectivement ? »

 

Les priorités ont été définies avec grande compétence et rigueur ! La viande, dont on dit qu'elle est responsable de quelque 15 % des émissions de gaz à effet de serre passe devant les transports et le logement, responsables respectivement de 30 % et 20 % des GES émis.

 

En fait, le sujet de la viande a débordé sur celui de la consommation d'énergie. En effet, « Le 100 % d’électricité renouvelable, un objectif ambitieux mais réalisable », de M. Guy Dagorn, propose « une panoplie complète de mesures politiques destinées à réduire la consommation d’énergie » qui comprend : « lutte contre le gaspillage alimentaire » et « réduction de la part de l’alimentation carnée ». L'obsession... vous dis-je...

 

Nous eûmes donc droit à pas moins de sept articles (ci-après avec les descriptions sur la page d'accueil) :

 

 

  • « #UrgenceClimat : peut-on continuer à manger autant de viande ? Live »

     

    « Pendant une semaine, "Le Monde" s’interroge sur les manières de lutter contre le dérèglement climatique. Ce mardi : peut-on continuer à manger autant de viande ? Adrien Zedda, chef dans un restaurant 100 % végétarien à Lyon, a répondu aux questions des internautes. »

 

 

 

 

 

 

« #UrgenceClimat. Les 323 millions de tonnes de viande produites dans le monde ont un impact majeur sur le réchauffement, la déforestation et la consommation d’eau. »

 

Rien qu'à lire les titres, il est évident que l'objectif a été, au mieux, de promouvoir les régimes alimentaires sans viande dans l'objectif de réduire des impacts environnementaux et, au pire, d'instrumentaliser ceux-ci pour promouvoir ceux-là.

 

La palette des auteurs et contributeurs est impressionnante : des journalistes du Monde (normal), une activiste, un chef cuisinier, des quidams... d'expert scientifique en climat, point...

 

Les annonces sont apocalyptiques. Ainsi, Mme Audrey Garric se réfère au récent « Options for keeping the food system within environmental limits » (options pour maintenir le système alimentaire dans les limites environnementales) de Marco Springmann et al. que nous avions évoqué dans « Alimentation : quand une revue "prestigieuse" comme Nature succombe au militantisme politique, nous avons un gros problème ». Rappelons une phrase du résumé qui résume l'imposture intellectuelle (en gras les éléments clés) :

 

« Nous montrons ici qu'entre 2010 et 2050, en raison des changements attendus dans la population et les niveaux de revenus, les effets environnementaux du système alimentaire pourraient augmenter de 50 à 90% en l'absence de changements technologiques et de mesures d'atténuation spécifiques, pour atteindre des niveaux qui sont au-delà des frontières planétaires qui définissent un espace d’exploitation sûr pour l’humanité. »

 

Le déluge de chiffres est impressionnant. Toujours chez Mme Audrey Garric, qui nous propose un condensé :

 

« Les chiffres donnent le tournis : la production agroalimentaire a émis l’équivalent de 5,2 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2010 (onze fois les émissions totales de la France). Elle a aussi occupé 13 millions de km2 de terres agricoles, utilisé 1 800 milliards de m3 d’eaux de surface et souterraines et engendré l’usage de 104 milliards de kg d’azote et 18 milliards de kg de phosphore. La majeure partie de cet impact provient de l’élevage – du fait des rots des vaches ou de la déforestation qu’il engendre.

 

Chez M. Guy Dagorn,

 

« Jamais nous n’avons produit et consommé autant de viande qu’aujourd’hui. En 2017, 323 millions de tonnes ont été produites dans le monde, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Chaque année, ce sont 65 milliards d’animaux qui sont tués (soit près de 2 000 animaux… par seconde) pour finir dans nos assiettes. »

 

Formidable, le nombre d'animaux par seconde... Apportons d'autres chiffres : la consommation moyenne de viande par tête s'élève à quelque 42 kilos par an, soit 115 grammes par jour, au niveau mondial. Mais avec les moyennes, on ne va pas loin, sauf quand on est un économiste ou autre manipulateur de chiffres hors sol ou un militant. Voici un tableau tiré d'un document de la FAO qui montre une situation contrastée.

 

 

 

 

Mais là encore, ce sont des moyennes... Quand on voit qu'en Afrique subsaharienne, on consommait en moyenne 10,9 kg de viande par an en 2015 (en poids de carcasse) et que l'on projette 13,4 hg/an en 2030, le discours du « moins de viande pour sauver la planète (ou le climat) » a du mal à passer.

 

D'autant plus que les théories sur l'impact de l'élevage sur les différents facteurs environnementaux sont bien fumeuses. Ne citons que le problème de l'eau : les chiffres fréquemment avancés sont d'une consommation de 1.500 litres d'eau pour produire un steak (ou 15.000 litres d'eau par kg de bœuf). Ils sont issus de la méthode Waterfootprint ou « empreinte eau virtuelle » appliquée aux bovins et incluent l'eau de pluie qui tombe sur les prairies et les cultures destinées à nourrir les bovins ; c'est une eau gratuite qui serait perdue si elle n'était pas valorisée par l'élevage.

 

 

 

 

On peut rétorquer : oui, mais... les animaux occupent un espace agricole qui pourrait être utilisé pour produire des aliments végétaux pour les humains. C'est juste un peu plus compliqué que ça. Petit exemple avec une dose de persiflage : les pistes de skis pour bobos ne se transforment pas en champs de pommes de terre. Et le maïs à quelque 100 quintaux à l'hectare valorisé en alimentation animale est probablement un meilleur calcul que le quinoa à 12 quintaux les bonnes années.

 

En fait, la catastrophe environnementale serait considérable.

 

Mais tout ça, ce sont des complexités qui échappent aux militants qui définissent des politiques agricoles et environnementales sur des feuilles de calcul et à bien des journalistes.

 

L'INRA a produit une excellente série, « Fausse viande ou vrai élevage ? », non citée et encore moins valorisée... elle n'est pas dans la ligne du parti pris…

 

Dans « Élevage : quelle empreinte ? Un article scientifique décoiffant », nous vous avons aussi proposé une analyse... décoiffante par une équipe de la FAO.

 

 

Addendum

 

Le 13 décembre 2018 (date sur la toile), le Monde a publié un article, « Bienvenue dans l’ère géologique du poulet en batterie » qui a laissé plus d'un lecteur perplexe à bien des égards. Il y a la philosophie de zinc et, par exemple, ces étonnantes affirmations :

 

« Car les os de poulets contemporains portent, jusque dans leur composition chimique, la marque des processus industriels par lesquels ces animaux – voués à une mort en masse – passent l’intégralité de leur courte vie. L’alimentation standardisée donnée aux poulets en batterie a en effet métamorphosé la nature du squelette des volatiles et les besoins de viande ont transformé leur morphologie. A partir des années 1950, la structure de leur squelette a brusquement changé avec l’augmentation de la production de volaille qui s’est traduite par l’accroissement rapide de la masse et de la taille de ces gallinacés. »

 

Références scientifiques ?

 

Mais il y a aussi la photo d'illustration. Elle est sous-titrée : « Des poulets en batterie dans une ferme des Pays-Bas. VINCENT JANNINK / AFP »

 

 

 

 

Commentaire d'un lecteur :

 

« Oeil de lynx 13/12/2018 - 18h24

La légende de la photo est : poulets en batterie au Pays-Bas. Pour les Pays Bas, je ne sais pas, mais il s'agit à première vue de poules pondeuses dans un élevage moderne dit "au sol" (sans cages et sans "batterie" de cages donc"...) A revoir, peut mieux faire. »

 

Pour mieux faire, il faudrait sortir de la bulle de préjugés et de partis pris…

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Commenter cet article

Bertolotti 24/05/2020 08:27

L'auteur de cet Article ne devrait pas s'essayer à la pensée, car visiblement cela n'est pas fait pour lui. La La caricature et le trait volontairement grossi ne constituent pas analyses sérieuses. Je lui conseille donc, soit de mieux se documenter ( je sais cela ne constitue pas facilité), soit de se restreindre à une pensée "bedaine" et un état comptemplatif de son assiette carnée, car le silence quand on ne sait pas est toujours plus valorisant pour l'intéressé que la parole sotte.

Max 17/12/2018 13:10

Consulté un chef cuisinier végétarien et cinq végétariens, moi qui pensais que pour parlé nutrition et élevage il fallait interviewer des biologistes, agriculteurs ou nutritionniste, mais bon les journaliste connaissent leur métier.

L'article « Bienvenue dans l’ère géologique du poulet en batterie » n'explique rien du tout, on ne connait pas la nouvelle composition des os, ni les conséquences que cela amène, ni les conséquences de les trouvé massivement dans le sol, bref un article vide qui arrive tout de même à être anxiogène. Si les journalistes du monde perdent leur travail, ils pourront toujours se recycler en tant que scénariste de film d'horreur.

Seppi 17/12/2018 14:52

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Les commentateurs ont été féroces pour l'article sur l'archéologie du poulet. Il y a encore des lecteurs du Monde qui font preuve de bon sens et le font savoir.