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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Improvisation – comment désherber sans désherbant...

11 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Improvisation – comment désherber sans désherbant…

 

Schillipaeppa*

 

 

 

 

Jörg Feldmann, le maire de la ville de Waldeck, n'avait certainement pas pensé plus loin quand il a répondu à une question du groupe des Électeurs Libres du conseil municipal. Les Électeurs Libres voulaient savoir si les services municipaux utilisaient du glyphosate, et quel produit de substitution serait mis en œuvre pour l'entretien des espaces publics. La réponse a été explicite :

 

« Les services municipaux n'utilisent plus depuis plusieurs années de glyphosate ou de produit contenant l'ingrédient actif glyphosate dans les espaces dont ils ont la charge. [...] Les services municipaux utilisent le produit Stonos. »

 

Le problème est que Stonos n'est pas un pesticide approuvé, mais un produit de nettoyage extérieur. Il est tout simplement interdit d'utiliser un tel produit pour éliminer les mauvaises herbes. Maintenant, on pourrait dire que la destruction des mauvaises herbes n'est qu'un effet secondaire du nettoyage des pavés. Mais dans l’aire de jeux de notre village, qui est un quartier de la ville de Waldeck, quelque chose a été sans conteste pulvérisé contre les mauvaises herbes l’automne dernier. Sous le portique, l'herbe est devenue jaune. Au moins ici, ce n'est pas un endroit pour un produit de nettoyage extérieur.

 

Le produit Stonos contient du chlorate de sodium. Selon la fiche de données de sécurité, le mélange est classé comme « dangereux pour les milieux aquatiques » et « nocif pour les organismes aquatiques avec des effets à long terme ». En réponse à une demande, l'Office Fédéral de la Protection des Consommateurs et de la Sécurité Alimentaire (BVL) a indiqué :

 

« Le chlorate de sodium est interdit depuis de nombreuses années en tant que matière active dans les produits phytosanitaires. La dernière homologation de produits phytopharmaceutiques avec la matière active chlorate de sodium a pris fin en Allemagne le 31 décembre 1992 (1994 sur le territoire de l'ancienne RDA).

 

La matière active a également été examinée dans le cadre d'une procédure communautaire de l'UE. En 2008, il a été décidé que la substance ne constituait pas une matière active appropriée pour les produits phytopharmaceutiques. Les autorisations pour les produits phytopharmaceutiques contenant du chlorate devaient être révoquées dans tous les États membres de l'UE au plus tard le 10 mai 2009.

 

Lors de l'examen de la matière active, les experts ont conclu qu'il était clair que la matière active était nocive pour la santé humaine, et en particulier pour l'utilisateur lors de sa mise en œuvre. De plus, les informations étaient insuffisantes pour évaluer le potentiel d'infiltration d'un produit de dégradation pertinent dans les eaux souterraines.

 

Même en tant que biocide (par exemple pour la désinfection), la matière active ne doit plus être utilisée dans l'ensemble de l'UE. »

 

Le chlorate de sodium est du reste beaucoup plus toxique que le glyphosate : la DL 50 du chlorate de sodium administré par voie orale au rat est de 1.200 mg/kg, et la LD 50 correspondante du glyphosate est de 4.870 mg/kg. La question se pose de savoir pourquoi une substance à laquelle l’autorisation a été refusée en tant que matière active pour des produits phytopharmaceutiques et des biocides peut être utilisée dans des produits utilisés à l’extérieur. Les ingrédients pour les nettoyants ne sont pas soumis à autorisation. En réponse à une petite demande du groupe FDP, le gouvernement fédéral a indiqué que les nettoyants doivent seulement répondre

 

« aux exigences harmonisées de l'UE spécifiées à l'article premier, paragraphe 2 du règlement de la CE sur les détergents concernant la biodégradabilité des agents de surface qu'ils contiennent, la teneur en phosphore maximale admissible, la mise à disposition de certaines informations sur le fabricant ainsi que l'identification des ingrédient ».

 

Les surfactants sont des substances présentes dans un nettoyant ; ils sont censés réduire la tension superficielle de l'eau. Le chlorate de sodium a un tel effet et est – quoique lentement – biodégradable. Sur Internet, de nombreux produits nettoyants contenant du chlorate de sodium sont proposés dans des catégories telles que « Allées propres sans glyphosate ». Les fabricants vantent l'action herbicide de la substance. Ainsi, la société Clearnex écrit sur son site internet :

 

« Le chlorate de sodium était également connu en RDA comme un désherbant appelé "UnkrautEx". Les personnes âgées en vantent encore l'excellent effet et le faible impact environnemental en utilisation correcte. UnkrautEx était offert exclusivement sous forme de poudre. UnkrautEx étant un puissant oxydant en tant que préparation contenant du chlorate de sodium, il était utilisé pour fabriquer des dispositifs explosifs, notamment sous forme de mélange avec du sucre. »

 

Ce faisant, le fabricant est bien conscient que l’effet annoncé et vanté ici ne correspond pas à la finalité légalement autorisée de l’utilisation de ses propres produits ; il regrette :

 

« Malheureusement, il y a lieu de respecter, dans l'utilisation de ces deux produits, l'indication de l'Office de la Protection des Végétaux selon laquelle ils ne peuvent plus être pulvérisés sur les mauvaises herbes. Les produits ne sont donc plus vendus que comme nettoyants pour pierres. »

 

Et ces nettoyants de pierres sont même utilisés par les municipalités pour remplacer les herbicides ! Cela est rendu possible par un règlement européen sur les détergents qui laisse beaucoup de place à la créativité pour toutes sortes de mélanges. Selon le gouvernement fédéral, le seul critère d'exclusion est le fait que, conformément aux dispositions du règlement REACH (« REACH » signifie « enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques ») une substance ne peut pas être utilisée ou ne peut l'être que de façon limitée :

 

« Le règlement CE sur les détergents ne contient pas d'exigences spécifiques pour une utilisation en extérieur. »

 

________________

 

* A étudié la philosophie, rédactrice diplômée ; a atterrit à la campagne.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2018/09/04/improvisation/

 

 

 

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domi 13/11/2018 14:12

excellent article, ou comment contourner la loi, sans retourner au glyphosate
dans ma ville, le personnel communal a trouvé la solution : les "mauvaises herbes" poussent librement dans les rues et bientôt, on y mènera paître les moutons ou les charolaises du cru

Seppi 13/11/2018 14:58

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Contourner la loi avec des "produits de nettoyage" ? J'ai écrit un autre article sur le sujet :

http://seppi.over-blog.com/2016/06/une-alternative-aux-pesticides-le-nettoyant-pour-allees-bio.html

Remarquez… la même technique a été utilisée pour fourguer quelques produits non autorisés, par exemple comme "stimulateurs de croissance", notamment dans le monde du bio.

Quant à votre commune, elle vous fera bientôt passer à la caisse pour la réfection des enrobés.

Tany 12/11/2018 12:05

Fallait garder le glyphosate

domi 13/11/2018 14:13

j'espère que tu ne fumais pas les pétards

Seppi 12/11/2018 14:26

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il n'est pas encore trop tard pour sauver le soldat glyphosate.

yann 11/11/2018 11:45

Le chlorate de sodium explosif ? oh que oui! Il était utilisé par beaucoup de personnes (dont agri)comme base du mélange explosif servant à exploser/fendre les souches ou morceaux de bois inattaquables au merlin ou coin, partout dans les campagnes de France autrefois . La technique de l'Obu (heureusement remplacé par les "fendeuses", mais moins "dangereuse en réalité que la Vrille sur prise de force seule technique "d'avant").
En mélange avec un simple "ingrédient" présent dans toutes les cuisines (mélange a ne pas faire dans un récipient en métal et encore moins avec un "touilleur" métallique, sinon BOUMM!),avec de la tuile concassée comme bourre, l'obus (plus de 40kg) montait a une auteur impressionnante (obus en fonte avec une base contenant une cavité pour la charge posée face aux bois a "fendre; orifice prévue pour rejoindre la chambre a l'aide d'une "mèche a retardement"==> allumer et courir se planquer..!). Le jeu: qu'il parte bien droit pour retomber proche de la souche et dans tous les cas, ne pas le quitter des yeux, de l'explosion à sa retomber sur le sol (voiture garer loin...). Sport (portage de l'obus) et Adrénaline assuré! Il faudra peut être y revenir avec les engins forestiers ou agricoles qui brulent des polluants ??

Seppi 12/11/2018 14:24

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'en ai utilisé pour faire des pétards.