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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ils ont une proposition pour évaluer la toxicité des pesticides ! Défense de rire !

1 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Santé publique, #Pesticides

Ils ont une proposition pour évaluer la toxicité des pesticides ! Défense de rire !

 

À propos d'une tribune publiée – évidemment – dans le Monde Planète

 

 

"Eric Andrieu a retweeté"... Le propos nicolinesque ne le choque pas ! En plus c'est faux! Ce n'est pas une "revue de littérature", mais "une étude scientifique"

 

 

C'est tout simplement pathétique... Un ministre qui tient des propos sensés, quoique maladroits, et souhaite une action politique fondée sur la science se fait « allumer » par des médecins et des scientifiques…

 

 

 

 

L'actualité est impitoyable. Et ce blog risque de se transformer en bureau des réclamations contre les scandaleuses irrationalité et immoralité alterscientifiques et patapolitiques.

 

Comment peut-on laisser passer sans réagir le « Notre proposition, Monsieur le ministre, pour évaluer la toxicité des pesticides » produit par un « collectif » et publié par le Monde Idées, le 29 octobre 2018 sur la toile et le 30 (date évidemment fausse, c'est la spécificité du journal...) dans la version papier ?

 

La tribune est derrière un péage, mais vous pouvez la lire sur Twitter, sur la page de l'inénarrable Éric Andrieu, eurodéputé socialiste et candidat à la tête de liste pour les prochaines élections européennes (que le Dieu de la Raison et M. Olivier Faure nous en gardent !). Il a relayé un gazouillis avec le texte suivant :

 

« Excellente tribune sur les enjeux des #pesticides :

"au nom des menaces qui pèsent tant sur l’environnement que sur la santé humaine -de respecter le principe de précaution et de placer l’intérêt public -la recherche, mais aussi la santé -avant celui des industriels"

 

 

 

 

Petit (enfin...) flashback pour planter le décor

 

L'affaire des cas d’agénésies transverses du membre supérieur (ATMS) de l'Ain, médiatisée à partir de la mi-septembre 2018, a fait l'objet d'une instrumentalisation tous azimuts, d'aucuns s'étant servi d'une manière éhontée du malheur de ces enfants et de la douleur de leurs parents (voir sur ce site « Les shaddoks pompaient... Jadot et Cie nous pompent l'air ! » et « Enfants sans bras ou main de l'Ain : du grand journalisme dans l'Express, de la grande instrumentalisation dans le Monde de... »).

 

Mme Emmanuelle Amar a pu acquérir une gloire nationale ; ériger un piédestal pour sa statue de « lanceuse d'alertes » et de victime de sordides machinations des puissances publiques pour la faire taire et occulter un « scandale sanitaire » ; et aussi sauver son poste. C'était évidemment avec le soutien d'autres « parties prenantes », les différentes rivières de la protestation devant confluer en un grand fleuve de la contestation des institutions (notamment Santé Publique France et la ministre de la santé, et maintenant celui de l'agriculture) et de certaines réalités économiques... nous avons nommé l'agriculture et les pesticides.

 

 

"Véritablement indépendante"?...

 

...ou désir de vengeance ?...

 

S'agissant des pesticides, certains y sont allés mollo avec des supputations, des insinuations ; d'autres franco avec des condamnations évidemment sans le début d'un commencement de preuve. Mais toutes les mères vivant en milieu rural, la sentence ne pouvait qu'être prononcée avant même l'ouverture d'une instruction.

 

L'instrumentalisation et l'hystérie médiatique se poursuivent du reste : le Monde a publié le 30 octobre 2018 sur la toile un article – dont il est dit qu'il a été sélectionné pour la matinale du... 29 octobre 2018 – du clavier de M. Stéphane Foucart, « "Bébés sans bras" de l’Ain : un huitième cas identifié ». Et cela continue avec « "Bébés sans bras" : 18 cas recensés au total dans l’Ain ». Notons ce commentaire de M. Alain Pannetier, avec lequel nous serons pour une fois d'accord sur le fond (pas forcément sur le non-dit) :

 

« L'agrégat du REMERA est de 8 cas sur 6 ans (2009-2014) dans un cercle de 900km2. Ce qui fait du 0.0015 cas/an/km2 en moyenne. Aller chercher 18 cas sur 15 ans (2000, 2014) sur l'ensemble du département sur 5800km2 dilue l'agrégat à 0.0002 cas/an/km2 (8 fois moins). De plus le REMERA ne décomptait que les naissances dont la grossesse sur la période critique (entre semaine 3 et 10) était passée dans ce cercle. A-t-on pris les mêmes précautions dans les 11 nouveaux cas ? »

 

 

...ou désir obsessionnel de prouver qu'elle a raison sur l'agrégat (cluster) ?

 

 

Nous avons fait un calcul à la louche : l'incidence départementale, sur ces 15 ans, semble conforme à l'incidence nationale... ce qui va dans le sens de l'analyse de Santé Publique France.

 

Fermons la parenthèse.

 

Nous sommes le 19 octobre 2018. M. Didier Guillaume vient de remplacer un Stéphane Travert accusé par des lobbies entités se prétendant au service de la planète d'être le représentant des lobbies – et par M. Yannick Jadot « d'être le lobby » ou « le représentant de la "pire agriculture au sein du gouvernement" ». Les micros se tendent de partout, et il est interrogé sur ce qui préoccupe la bobosphère (pour les vraies questions agricoles, on attendra...). Donc sur la sortie du glyphosate et les « bébés sans bras ». Le 19 octobre 2018 donc, c'est un interrogatoire lourdingue et insistant – quasiment avant procès devant le tribunal de l'opinion – par Mme Elizabeth Martichoux sur RTL

 

 

 

 

 

(À partir de 5:00 pour l'affaire des agénésies)

 

 

Reprenons les réponses, quelque peu confuses, en les citant du Point, d'un « Bébés nés sans bras : Didier Guillaume demande des preuves de la dangerosité des pesticides » qui maltraite la pensée de M. Guillaume (qui ne visait que le cas des malformations et non la question générale) :

 

« "C'est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu'il y a des conséquences à l'usage des pesticides ou pas", a assuré le ministre lors d'un entretien à l'antenne de la radio RTL. "Il y a peut-être des soupçons, mais il n'y a aucune preuve scientifique ", et notamment "sur la question des bébés sans bras il faut que la science fasse son travail", a-t-il ajouté. »

 

 

 

 

L'Express a titré le lendemain : « Pesticides: Didier Guillaume suscite déjà une polémique ». Non, ce sont les médias qui ont suscité la polémique... et évidemment aussi des politiciens dont le programme politique – d'un vide sidéral sur le fond, démagogie exceptée – consiste essentiellement à exploiter les soubresauts de l'actualité et à pilonner les adversaires (surtout quand ce sont d'anciens amis...).

 

L'Express – avec AFPaura au moins mis la « polémique » dans une bonne perspective :

 

« Des tensions trois jours à peine après sa nomination. Le nouveau ministre de l'Agriculture Didier Guillaume s'est attiré les foudres des ONG vendredi en déclarant que les scientifiques devaient faire la preuve que l'usage de pesticides avait des conséquences sur la santé, dans l'affaire des bébés nés sans bras dans l'Ain.

 

 

"Eric Andrieu a retweeté"...

 

 

Un « collectif »

 

Entrons dans le vif du sujet. Comme il n'y a pas de quoi constituer une équipe de football, le voici, ce « collectif » :

 

  • Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l'Inserm et directrice équipe EPAR (épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires) ;

  • Jean-Marc Bonmatin, chercheur (CNRS) au Centre de biophysique moléculaire d'Orléans ;

  • Thomas Bourdrel, médecin, membre du collectif Strasbourg Respire ;

  • Laurent Chevallier, médecin nutritionniste attaché au CHRU de Montpellier ;

  • Barbara Demeneix, biologiste au Muséum national d'histoire naturelle ;

  • Eric Ferraille, médecin, président de la fédération des associations de protection de l'environnement en Rhône-Alpes ;

  • Pierre-Michel Périnaud, médecin et président de l'AMLP (Alerte des médecins sur les pesticides) ;

  • Philippe Ricordeau, médecin spécialiste en santé publique, épidémiologiste ;

  • Pierre Souvet, médecin, président de l'Association Santé Environnement France ;

  • Charles Sultan, professeur d'endocrinologie pédiatrique à l'université de Montpellier.

 

Il y a là du beau monde du militantisme, certains ayant déjà eu les « honneurs » de nos commentaires. Lequel est le phénix des hôtes de ce blog ? À vous de choisir... à moins de répondre comme le fit en des temps maintenant anciens Jacques Martin dans l'École des Fans : « Tout le monde a gagné ! »

 

 

"Eric Andrieu a retweeté"...

 

 

Un homme de paille d'entrée

 

Le collectif rappelle donc pour commencer les propos rapportés de M. Didier Guillaume et embraye (c'est nous qui mettons le lien) :

 

« Ce qu’un journal [Le Nouvel Observateur] a cru pouvoir traduire sur son site par : "Pesticides, Didier Guillaume réclame aux scientifiques des preuves de leur impact sur la santé". »

 

Voilà qui est consternant.

 

Car la suite le prouve, c'est un reproche qui est adressé à M. Didier Guillaume !

 

C'est d'autant plus atterrant que cela vient d'un collectif, en plus de gens bardés de diplôme et pour certains d'honneurs académiques. Ils sont dix et aucun n'a trouvé ce propos et ce procédé indignes ?

 

M. Didier Guillaume a tenu des propos parfaitement rationnels et sensés... parole à la science, pas aux manipulateurs d'opinion, aux lanceurs d'oukases et autres excommunications. Les esprits rationnels, particulièrement des domaines de la science et de la médecine, devraient se réjouir qu'enfin un ministre préconise de subordonner l'action politique ou administrative à des faits objectivés par la science.

 

Mais non ! Ces gens argumentent sur l'interprétation de ses propos qui en a été faite par un titreur de journal.

 

 

"Eric Andrieu a retweeté"...

 

 

L'appel à la dérision...

 

Cela leur permet d'affubler M. Didier Guillaume d'un bonnet d'âne :

 

« Si l’on s’en tient à la loi, ce n’est pas aux scientifiques d’apporter la preuve de la toxicité des pesticides, mais bien aux industriels de démontrer l’absence de nocivité de leurs produits. [...] »

 

Sous-entendu : M. Guillaume ne sait pas que... C'est affligeant !

 

 

...ou les arroseurs arrosés

 

Mais c'est encore plus désolant que vous ne le pensez (peut-être).

 

Voilà des bacs plus 5 (au moins) – dont les noms sont usuellement précédés de « Dr » selon l'usage pour les médecins, ou par vanité pour les scientifiques ayant soutenu une thèse de doctorat – qui viennent dire que les « industriels » – une désignation sans nul doute péjorative dans ce contexte – doivent « démontrer l’absence de nocivité de leurs produits ».

 

Ah que voilà, j'ai encore produit une phrase extra-longue... à la mesure de ma stupéfaction et de mon indignation : « l’absence de nocivité » est indémontrable ! Tout comme l'inexistence des anges.

 

Voilà qui est choquant et navrant.

 

 

"Eric Andrieu a retweeté"...

 

 

On nous prend pour des c...

 

La « leçon » continue (c'est nous qui graissons) :

 

« ...De plus, cette preuve devrait être faite avant leur mise sur le marché et validée par des organismes indépendants certifiés comme c’est le cas pour les médicaments qui, pour être commercialisés, doivent avoir reçu une AMM (Autorisation de mise sur le marché). »

 

Ce conditionnel laisse entendre au lecteur naïf que les pesticides échappent à une procédure d'évaluation et d'autorisation.

 

Pouvons nous vraiment croire que ces gens ne connaissent pas la problématique ? Nous devons au contraire affirmer qu'ils ont utilisé un procédé de propagande digne des meilleurs experts. Plus le mensonge est gros...

 

C'est pathétique !

 

 

Investiguer sous le lampadaire de l'activisme

 

On passe aux cas d'agénésies transverses des membres supérieurs. On peut souscrire à l'affirmation qu'il faut chercher plus loin – mais à notre sens, en l'occurrence, essentiellement parce qu'on ne peut ordonner le reflux à la mer d'une opinion publique façonnée. Et si on cherche, cela devra être au-delà des cas spécifiques, ainsi que sur toutes les causes possibles. Pour les auteurs de la tribune, « un travail d’analyse épidémiologique et d’exposition doit être réalisé sans tarder. »

 

Mais sur quoi, dans quelle direction ? Le mot « exposition » livre déjà la réponse. Mais lisez la suite :

 

« Dans le cas des excès d’agénésies transverses des membres supérieurs, rien ne permet actuellement d’infirmer que les pesticides n’en soient pas la cause. »

 

Accusé Pesticides, levez-vous ! Vous êtes coupable, à moins de prouver votre innocence !

 

Pitoyable !

 

On a ensuite droit à un véritable acte d'accusation orwellien ou à la mode Vychinski ou McCarthy :

 

« Concernant les effets toxiques des pesticides, les scientifiques accumulent les preuves depuis de nombreuses années, à tel point qu’il n’est plus nécessaire d’invoquer le principe de précaution mais celui de prévention […] »

 

Revue de détail des forfaits des pesticides. Les agriculteurs donc... mais au diable les résultats d'AGRICAN ; l'expertise collective de l'INSERM – mais au diable le fait qu'elle ne va quasiment pas au-delà des constatations de liens ou d'associations et que, quand elle le fait, c'est pour des produits qui ont été entre-temps retirés du marché ; les femmes enceintes ; le déclin des insectes et des oiseaux ; une liste à faire peur de maladies et d'affections...

 

Tout cela relève de l'hystérie et c'est navrant.

 

 

Mais que fait la police le gouvernement

 

De mille-feuille argumentatif on passe au propos de comptoir :

 

« Les scientifiques ont accumulé des preuves – jamais définitives, toujours incomplètes –, mais qu'en ont fait les politiques ? »

 

Notons incidemment que les « preuves » sont maintenant bémolisées par rapport à la citation précédente.

 

C'est donc la faute des « politiques »... voilà un propos qui siérait aux tribuniciens, de l'extrême droite ou de l'extrême gauche (et à quelques idiots utiles), qui font programme sur le renversement de la table. Admettons-le : nous versons ici dans le sophisme du déshonneur par association. Mais ça soulage...

 

Les « politiques » ont géré le dossier des pesticides – avec les « industriels » – de manière globalement responsable. Les substances préoccupantes ont été retirées du marché, ont fait l'objet de restrictions d'usage ou ont été assujetties à des préconisations d'emploi plus protectrices au fur et à mesure de la mise en évidence de sources de préoccupation, ou de l'apparition de substances plus avantageuses.

 

Mais il est si simple de lancer à la cantonade : « mais qu'en ont fait les politiques ? »

 

Désespérant !

 

 

Pour en finir, bouclons la boucle de la connerie

 

Il faut évidemment aussi un coupable dans la sphère économique... une petite théorie complotiste, ça vous va ?

 

« Les industriels, quant à eux, se sont rendus indispensables: il est impossible d'imaginer un autre modèle agricole sans leurs produits. Et ils se sont aussi imposés dans les comités internationaux chargés d'édicter les règles d'évaluation de leurs propres produits... Et les agences européennes et nationales fondent largement leur expertise sur les tests effectués par ces mêmes industriels. »

 

Voilà un paragraphe qui mérite une analyse de texte. Mais allons droit au but.

 

Qui a écrit :

 

« Si l’on s’en tient à la loi, [c'est] bien aux industriels de démontrer l’absence de nocivité de leurs produits. [...] » ?

 

Hilarant !

 

 

Euh non ! Pour la connerie, il y a un bonus !

 

Passons vite sur l'ode au Centre International de Recherche sur le Cancer et sur la France qui « reste en tête des pays utilisateurs » de pesticides (encore un mensonge à la Goebbels...) :

 

« Nous vous demanderons également – au nom des menaces qui pèsent tant sur l'environnement que sur la santé humaine – de respecter le principe de précaution et de placer l'intérêt public – la recherche, mais aussi la santé – avant celui des industriels. »

 

Pourquoi évoquer l'environnement avant la santé humaine ? La recherche avant la santé ? Notez aussi que nulle part il n'est question de production agricole et alimentaire, ni du reste d'utilisation de biocides pour protéger la santé humaine et animale. Et voici l'apothéose...

 

Mais qui donc a écrit :

 

« […] il n’est plus nécessaire d’invoquer le principe de précaution mais celui de prévention […] » ?

 

Désopilant !

 

 

Oh ! Avant de partir, la fameuse proposition...

 

Allez, on vous la livre dans son jus :

 

« Monsieur le ministre, puisque vous semblez douter des nombreuses études ayant démontré la responsabilité des pesticides dans de nombreux cancers, des maladies neurodégénératives et neurodéveloppementales, allergiques, ainsi que malformatives, nous nous engageons à vous aider en vous envoyant une étude scientifique par mois jusqu'à la fin de votre mandat. »

 

...une étude scientifique par mois ! Quelle formidable contribution à l'évaluation des pesticides ! Quel vaste programme ! Un petit tour par mois sur Google Scholar (on les voit mal produire un article (vraiment) scientifique mensuel, ce ne serait pas sérieux)... et hop, un courriel à un ministre qui « semble[...] douter [...] »...

 

Supercalifragilisticexpidélilicieux !

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