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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Sauver la planète... du ridicule

4 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #Politique, #critique de l'information

Sauver la planète... du ridicule

 

Sauver la planète ? Quand les people se font prêcheurs d’Apocalypse

 

André Heitz*

 

 

200 personnalités signent dans le Monde une tribune pour « sauver la planète » : une démarche autoritaire, qui s’inscrit dans la droite ligne de l’écologie punitive et décroissantiste.

 

 

La démission fracassante – selon les médias – de M. Nicolas Hulot en a désinhibé plus d'un. Dernier événement en date, une tribune dans le Monde du 3 septembre 2018 (date sur la toile), « "Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité" : l’appel de 200 personnalités pour sauver la planète »...

 

Car la planète – qui en a vu d'autres – est menacée :

 

« Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique. »

 

Voilà des gens qui viennent subitement de découvrir, parce que M. Hulot a finalement fait son caprice, que « tous les indicateurs sont alarmants ». Ils vivaient pour la plupart dans le luxe, le calme et la volupté – avec une contribution personnelle aux désordres dénoncés considérable – et s'aperçoivent soudain que « [l]es humains [...] sont en situation critique ». Rassurez-vous : ils (les signataires) continueront à vivre dans le luxe et la volupté (pour le calme... quand on voit les dérives accélérées vers l'intolérance, le repli identitaire, social et économique, la violence...).

 

 

Grandiloquent et vide de sens

 

Cet « appel », aussi grandiloquent et vide de sens que tous ceux qui l'ont précédé, se fonde sur un gimmick des prêcheurs d'apocalypse éculé :

 

« Il est trop tard […]. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire. »

 

On s'attend donc à ce que ces sommités de la pensée et de l'action politiques et sociétales nous suggèrent, sinon un plan d'action, du moins quelques orientations. Car,

 

« Il est temps d’être sérieux. »

 

Ce qui signifie par implication qu'avant, du temps de M. Nicolas Hulot au gouvernement – ou de Mme Ségolène Royal auparavant, ou encore... – on ne l'était pas ; c'est un constat que nous pouvons partager, toutefois pour des motifs que ces « personnalités » ne partageront pas. Mais il est vrai qu'après y avoir contribué pendant plus d'un an, M. Hulot vient de découvrir qu'en fait, la politique gouvernementale n'était pas à la hauteur.

 

Soyons donc, enfin, sérieux. La tribune se poursuit par trois points dont les deux premiers sont essentiellement répétitifs :

 

« Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible.

 

Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux. »

 

Considérez... considérez... Ça ne mange pas de pain et n'engage à rien. N'engage à rien, sur le plan personnel, les auteurs de cette sentence d'opprobre qui ne peut que s'abattre sur un gouvernement qui doit gérer des réalités nationales et internationales.

 

 

Initiative franco-française

 

Notez bien que, ayant fait le constat d'une « question de survie » planétaire, les « personnalités » se limitent à une tribune dans un journal hexagonal – fût-il dans un lointain passé de référence – et à une interpellation essentiellement gaulo-gauloise.

 

Il y a certes quelques signatures non françaises mais, pour « [l]e plus grand défi de l’histoire de l’humanité », cela fait singulièrement étriqué. S'adresser au seul président jupitérien, avec peut-être une copie pour information au Premier Ministre, d'une Nation qui occupe 0,43 % des terres émergées et représente 0,89 % de la population mondiale, pour mettre fin à un « cataclysme planétaire » témoigne d'un extraordinaire sens des proportions.

 

Tout aussi étriqué et irréaliste est le « programme » :

 

« Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront. »

 

Curieuse construction pour prendre l'ennemi dénoncé (comme en d'autres temps le juif et le franc-maçon) dans le filet du « choix du politique ». Un choix par rapport à quelles autres options ?

 

Les signataires ont le grand courage de mentionner « des mesures potentiellement impopulaires », en concédant toutefois que « [d]e très nombreux autres combats sont légitimes ».

 

 

La caste des people s'exprime

 

Cela incite à demander à cette auguste assemblée virtuelle de pipoles confirmés ou en devenir – au sein de laquelle se sont égarés quelques scientifiques – quelles « mesures potentiellement impopulaires » au sein de ladite assemblée ils sont prêts à entériner et à promouvoir au sein de leurs castes.

 

Que les exilés fiscaux s'expriment en premier ! Car, vous l'aurez peut-être remarqué, dans toute cette agitation qui suit la piteuse sortie du chevalier blanc Hulot prétendument terrassé par les dragons noirs des « lobbies », il est beaucoup question de « transition écologique » et pas du tout de « transition solidaire ».

 

Cela mène à une interrogation bien plus fondamentale. Ces braves gens, et notamment les bac + 5 voire + 10, ont-ils pris la mesure des conséquences de leur soudain prurit planétophile, et fondamentalement misanthrope ?

 

Prenons des mesures « impopulaires », en droite ligne de l'« écologie » punitive et décroissantiste ; avançons le jour du dépassement – pas celui, ridicule, de la Terre, mais celui du budget mensuel de nombreux ménages... ouvrons tout grand la voie aux extrêmes de la politique – de droite et de gauche, ceux qui forment sur certains points un grand tout. Des extrêmes qui sont déjà à l'œuvre ou sur le point de faire exploser le vivre ensemble autour de nous, à nos portes.

 

Nous n'avons pas besoin de ça ! Et pour la « transition écologique », celle dont nous avons besoin est aux antipodes des utopies « écologistes ».

 

 

Le meilleur ennemi de Nicolas Hulot aura été… Nicolas Hulot

 

_____________

 

* André Heitz est ingénieur agronome et fonctionnaire international du système des Nations Unies à la retraite. Il a servi l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Dans son dernier poste, il a été le directeur du Bureau de coordination de l’OMPI à Bruxelles.

 

Cet article a été publié sur Contrepoints.

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Commenter cet article

champion59 08/09/2018 14:46

Organic farming is more effective against diseases than conventional techniques :-))

Seppi 09/09/2018 08:09

Show me the goodies...

champion59 08/09/2018 16:28

Of course my dear :-))

Seppi 08/09/2018 15:50

Hello,

Many thanks for your comment.

You must have all necessary references to support such an extravagant claim...

Bisphénol 05/09/2018 12:12

Comme quoi, il est possible d'être bon acteur et en "même temps" être un gros couillon.

Seppi 05/09/2018 13:48

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je n'irais pas jusque là. Ils ont chacun le droit de se rendre ridicules. Ce qui inquiète, en revanche, c'est qu'ils s'y soient mis à 200. Et qu'en plus le Monde accepte de publier une tribune aussi inepte.

Kepler 04/09/2018 23:55

Est-ce que la tribune du Monde est pompeuse et vide de sens ? Oui. La plupart des signataires auront l'impression d'avoir "fait quelque chose pour la planète" et pourront se sentir nobles et généreux à peu de frais, tout en continuant de polluer comme avant.
Est-ce que cette tribune est abstraite et n'engage à rien ? Évidemment.

Mais cet article a un peu les mêmes torts, il me semble !

Il n'y a pas vraiment de contre-proposition. Si nous n'avons "pas besoin" d'une écologie décroissante, alors de quelle écologie avons-nous besoin ?
Pouvons-nous continuer à croître perpétuellement dans un monde fini ? Est-ce qu'il ne va pas falloir commencer à, par exemple, réduire notre consommation d'énergie et de combustible fossiles un jour ou l'autre ?

Par ailleurs, je vois mal le lien que l'auteur fait dans le dernier paragraphe entre l'écologie décroissante, les extrêmes politiques et l'explosion du vivre ensemble.

Il me semble que cet article aurait gagné en intérêt à développer ces points ainsi qu'une vraie réponse (même au travers d'un autre article via un lien) à la vacuité de la tribune, plutôt que de seulement critiquer cette dernière.

Seppi 05/09/2018 13:41

@douar


Bonjour,

Merci pour votre commentaire.


Entièrement d'accord.

Du reste, nous cesserons (vraisemblablement, je me fais prudent) de croître quand les conditions de vie des plus pauvres se seront améliorées et qu'ils ne se sentiront plus "obligés" de faire suffisamment de gosses dans l'espoir que l'un d'eux, ou plusieurs, leur assurent les vieux jours.

Seppi 05/09/2018 13:36

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

L'objet de cet article a été de dénoncer une opération médiatico-démagogique. Une pleine page sur le Monde papier ! Avec un gros placard en une !

Non, il n'y a pas de contre-proposition. Ce n'était pas l'objet, et ce serait une tâche colossale si on devait se pencher sur les mesures concrètes. Du reste, on ne peut pas faire de "contre-proposition" face au vide de proposition.

Quant au lien entre écologie décroissantiste et montée des extrêmes, si la première était mise en œuvre avec accroissement de la pauvreté et des inégalités, il me semble évident.

douar 05/09/2018 08:31

"croître perpétuellement dans un monde fini "
L'âge de pierre ne s'est pas arrêtée faute de pierres.
Les problèmes de demain ne seront pas résolus avec les outils d'aujourd'hui. Laissons faire l'ingéniosité de l'homme, encore faudrait il ne pas le brider comme certains s'ingénie à le faire (génie génétique...).