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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cash Impact : d'autres ont fait le boulot de décryptage... saignant

16 Mars 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Pesticides

Cash Impact : d'autres ont fait le boulot de décryptage... saignant

 

 

Mardi 27 février 2018, 22h35, France 2 : le scandale Élise Lucet et Premières Lignes étalé dans une heure et 37 minutes de « documentaire » essentiellement à charge contre les pesticides, la majorité des agriculteurs (en l'occurrence des viticulteurs du Bordelais pris comme mauvais exemples) et des fabricants.

 

Avec images complaisantes des activistes et tentatives de « coincer » les représentants de la viticulture bordelaise et de l'industrie... C'est bien connu, il y a en France des milieux qui n'aiment pas ceux qui produisent (avec dans ce cas précis une notable exception : eux-mêmes, en tant que producteurs d'« œuvres » audiovisuelles) ; le slogan favori de leur émission n'est-il pas : « Bienvenue dans le monde merveilleux des affaires » ?

 

Ça s'appelle « Cash Impact » (pourquoi pas « Cash Investigation » ?). C'est intitulé « Pesticides : notre santé en danger ». Ça pouvait difficilement être « ...nos enfants en danger », encore plus anxiogène, enfin pour ceux qui ont des enfants : cet élément de titre avait été pris pour le Cash Investigation diffusé le 2 février 2016.

 

 

Rectifier un élément de désinformation précédent ? Vous voulez rire ?...

 

Et cela devait être un état des lieux deux ans après ce Cash Investigation de sinistre mémoire, tellement indigent que même le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) s'en était – mollement – ému :

 

« Après un examen de l’émission litigieuse, le Conseil a regretté que les journalistes aient indiqué de manière erronée qu’une étude de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire avait révélé que 97 % des denrées alimentaires contenaient des résidus de pesticides, alors que l’étude fait état, en réalité, de 97 % de ces denrées qui contiendraient des résidus dans les limites légales.

 

En conséquence, le CSA a demandé aux responsables de France Télévisions de veiller à respecter, à l’avenir, leurs obligations en matière de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information, telles que prévues à l’article 35 du cahier des charges. »

 

Les producteurs auraient-ils saisi l'occasion de la suite à ce Cash Investigation pour faire amende honorable, rectifier une « information » erronée ? Pensez-vous  ! Arrogance et militance ! (On a bien eu « bravitude »...)

 

On a vu il y a deux ans qu'ils refusaient d'admettre l'erreur – pourtant évidente – selon un article de Libération qui fait suite à celui-ci... Ils n'allaient tout de même pas se plier aux bonnes mœurs journalistiques...

 

 

...mais se mettre les rieurs de son côté, oui

 

Mais nous avons eu droit à nouveau à cette détestable gouaille de bateleur de foire ou de tribun de café du commerce militant qui cherche à recruter les gogos.

 

Faire une blagounette sur le patronyme de M. Christophe Château, quelle indigence intellectuelle et morale...

 

En fait, il a flotté dans toute l'émission une atmosphère de remake, en plus de bien mauvais aloi. Bien des séquences ou des arguments ont été repris du Cash Investigation d'origine (ils ont palpé combien, les producteurs, pour ça ?).

 

 

La désinformation d'entrée...

 

Les pesticides « responsables » de 200.000 suicides

 

Nous avons aussi eu un remake de l'amateurisme, de la désinvolture, et de la désinformation grossière :

 

« Les pesticides seraient responsables de la mort de 200 000 personnes par an dans le monde, selon un rapport des Nations unies. »

 

C'est ce qu'on peut lire dans l'aguiche sur le site de FranceTVInfo – avec le conditionnel journalistique de rigueur. Un site qui – curieusement – annonce que « Cette vidéo n'est plus disponible » (et sur Youtube, les commentaires sont désactivés... on n'est jamais trop prudent !).

 

Non, ce n'est pas un « rapport des Nations Unies ». Les rapporteurs spéciaux s'expriment en leur nom propre, sans engager l'ONU.

 

 

 

 

Le dézingage par M. Gil Rivière Wekstein (Agriculture et Environnement)

 

 

On a voulu attirer le chaland une semaine avant la diffusion ? M. Gil Rivière-Wekstein a dégainé une baliverne cinglante sur ce nouveau chiffre bidon.

 

 

Le début du débunkage :

 

« Tout d’abord, cette estimation a été faite il y a plus de trente ans dans un éditorial d’une revue scientifique anglaise (British Journal of industriel Medecine, 1985 : Health problems of pesticide usage in the third world). Elle ne correspond donc plus en rien à la réalité d’aujourd’hui. »

 

 

La leçon de journalisme d'investigation de Mme Géraldine Woessner

 

Le 27 février 2018, Mme Géraldine Woessner s'était intéressée aux pesticides dans son « Vrai-faux de l'info » sous le titre : « Selon Michel-Edouard Leclerc, il n'y a pas de pesticides dans les produits bios. C'est faux. »

 

 

Pour Cash Impact, elle s'est contentée d'un fil sur Twitter. Difficile de faire deux émissions quasiment de suite sur les pesticides sans passer pour un suppôt de Monsatan. Dommage, car c'est une véritable leçon de journalisme d'investigation ! Visiblement, elle ne joue pas dans la même ligue, ni du reste, la même partition...

 

 

 

 

 

 

 

 

Des statistiques non publiées ?

 

Et ce n'est pas tout ! Ces gens de Cash s'indignent devant le fait (allégué) que les statistiques ne sont pas publiées... et balancent des chiffres !

 

 

 

Notons incidemment que les « gouvernements successifs » n'ont pas fait de « promesse ». Au mieux de la gesticulation. Car ils ont beau monter des plans sous forme de châteaux de cartes et fixer des objectifs, ce sont les acteurs économiques qui décident et font le résultat final (en partie en fonction des impératifs liés à la pression des ennemis des cultures). Les gens de Cash exploitent certes la démagogie et l'irresponsabilité des « gouvernements successifs » (à commencer par M. Nicolas Sarkozy qui a sacrifié l'agriculture pour la paix sur le nucléaire lors du Grenelle de l'Environnement) ; mais, ce faisant, ils se livrent aussi à la démagogie.

 

Réponse de Mme Woessner :

 

 

Le document mis en lien est ici.

 

Il y a aussi cette autre réaction, en partie grinçante, mais si juste :

 

 

 

 

 

Un état des lieux dans le Bordelais ?

 

 

(Un commentaire sous "Cash Investigation repart en croisade contre les phytos CMR)

 

 

Cela nous amène à la situation dans le Bordelais : la pression « médiatique » – activiste – exercée sur la viticulture la fait basculer sur les produits phytosanitaires utilisables en « bio » – par axiome vertueux – donc le cuivre et le soufre... ce qui fait grimper les chiffres en tonnages !

 

Le Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB) a notamment réagi comme suit :

 

« – Cash Impact aurait pu dire que des molécules de produits interdits depuis plus de 10 ans peuvent encore laisser des traces dans l’environnement, c’est pour cela qu’ils ont été interdits

Cash Impact aurait pu révéler que le Diuron, bien qu’interdit depuis 10 ans en agriculture, est toujours autorisé pour d’autres usages, notamment le bâtiment (peintures et anti mousses de façades)

Cash Impact ne devrait pas laisser croire, sans preuves, que des viticulteurs fraudent en achetant à l’étranger des produits interdits en France

Comme Allan Sichel s’y était engagé lors de son interview avec Élise Lucet, le CIVB a investigué : Il est en mesure de révéler aujourd’hui que toutes les parcelles de vigne situées à proximité des écoles mentionnées dans Cash Impact, c’est-à-dire Listrac, Arcins et Pauillac sont aujourd’hui traitées avec des produits homologués en bio ce qui atteste donc de contaminations anciennes pas nécessairement agricoles

Cash Impact aurait pu souligner la division par deux des ventes de pesticides classés CMR en Gironde entre 2014 et 2016 : 850 tonnes en 2016 contre 1 800 tonnes en 2014, soit – 55 % en trois ans (Source DRAAF Nouvelle Aquitaine)

Cash Impact aurait pu parler de la baisse de 35% des ventes d’herbicides en Gironde entre 2014 et 2016 (Source DRAAF Nouvelle Aquitaine)

Cash Impact aurait pu montrer les vignes arrachées près de sites sensibles (écoles, crèches…)

Cash Impact aurait pu donner le chiffre de 1,3 km de haies protectrices, plantées depuis 2014 près des sites sensibles de la seule AOC Blaye Côtes de Bordeaux

Cash Impact aurait pu souligner que 745 sites sensibles font l’objet d’une information spécifique et que 903 viticulteurs sont désormais alertés chaque année à la nécessaire vigilance qu’ils doivent avoir vis-à-vis de leurs voisins

 

 

A part pour une somme qui ne veut rien dire, où sont les chiffres ? (source)

259,2 ng/g, c'est... 259,2 milligrammes par... tonne de poussières.

 

Cash Impact aurait pu rappeler que la Gironde est le premier département de France en tonnage pour les pesticides agréés en agriculture biologique. Ils représentent d’ailleurs plus de 35 % du tonnage total des pesticides utilisés à Bordeaux, en augmentation de 30% par rapport à 2015 (Source DRAAF Nouvelle Aquitaine)

Cash Impact aurait pu ainsi expliquer qu’un grand nombre de viticulteurs de Gironde utilisent des pesticides certifiés bio, même s’ils ne font pas partie des 7% du vignoble en agriculture biologique

Cash Impact aurait pu parler du travail des professionnels bordelais pour obtenir la ré-homologation du cuivre et de la bouillie bordelaise tellement indispensables à la viticulture bio et à la viticulture conventionnelle

Cash Impact aurait pu souligner l’action de la filière dans la recherche et les évolutions règlementaires pour l’obtention de cépages naturellement résistants qui permettent de diminuer de 80% le nombre de traitements par an

Cash Impact aurait pu mentionner que plus de 60% des entreprises de la filière viti-vinicole bordelaise sont maintenant engagées dans une certification environnementale

Cash Impact aurait pu interpeller les firmes agrochimiques sur l’insuffisance de leurs investissements pour l’obtention de solutions alternatives du type « bio contrôle »

Cash Impact aurait pu s’interroger sur la façon dont les firmes agrochimiques se dégagent de leurs responsabilités sur le dos de leurs clients agriculteurs et viticulteurs. Elles tiennent un double discours qui promeut le tout chimique et dans le même temps imposent des consignes de sécurité irréalistes avec le port d’équipements de protection individuels, tout en sachant qu’ils sont insupportables sous la chaleur de juillet

 

Le sujet des pesticides mérite d’être traité avec rigueur et justesse sans aucun sensationnalisme.

 

Il n’y a pas d’omerta à Bordeaux.

 

Les professionnels des vins de Bordeaux souhaitent que le Ministère de l’Agriculture accompagne les viticulteurs dans un plan de sortie des pesticides, d’ailleurs proposé dans le plan filière remis à Monsieur Stéphane Travert le 29 janvier 2018.

 

Enfin, les professionnels des vins de Bordeaux interpellent les firmes agrochimiques et attendent qu’elles proposent des solutions alternatives sans impact sur la santé des viticulteurs, des ouvriers agricoles et des riverains.

 

Les femmes et les hommes du vin de Bordeaux, les vignerons, les négociants, leurs salariés, tous ceux qui travaillent pour cette filière, déjà pleinement engagés dans la transition écologique, sont fiers d’être les artisans du changement qu’ils mettent en œuvre avec volontarisme.

 

Bordeaux a pris un virage historique. »

 

 

On fait peur au téléspectateur (et on se fait du pognon et de la notoriété) avec des résidus de l'ordre du microgramme par kilogramme de terre (du milligramme par tonne)...

 

 

Le 21 février 2018 (donc avant l'émission), Terre de Vins publiait « La filière viticole face au défi de la baisse des pesticides ». Un élément intéressant :

 

« L’une des mesures phares du plan de filière présenté par les viticulteurs à l’issue des États généraux de l’alimentation conclus en décembre est l’engagement de diminuer de 50% l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2025, grâce à des produits alternatifs et au remplacement des deux tiers du parc des pulvérisateurs d’ici cinq ans par des pulvérisateurs confinés (avec panneaux récupérateurs). »

 

De cela, il n'en a évidemment pas été question dans Cash Impact... l'émission qui instruit exclusivement à charge, avec quelques réponses pour produire l'équilibre du mythique pâté d'alouette.

 

Un autre élément du réquisitoire est venu de M. Bernard Artigue, Président de la Chambre d’Agriculture de la Gironde : pourquoi Cash Impact est-il allé filmer des bonnes pratiques en Bourgogne plutôt que de présenter ce qui se fait dans le Bordelais ? Notons aussi que les choses positives sur le Bordelais ont été systématiquement présentées sur le mode du doute.

 

Cela pose en fait la question de l'honnêteté de cette émission et – au-delà – de France 2. De l'instrumentalisation de l'espace télévisuel – qui plus est du service public – en soutien de l'activisme de quelques associations anti-pesticides bordelaises ; par contrecoup du dénigrement d'une activité agricole régionale.

 

 

 

Erreurs et sensationnalisme : pourquoi se priver ?

 

M. Yann Kindo a publié sur son blog une analyse de M. Nicolas Bonneel, « Cash Impact et les pesticides : entre erreurs et sensationnalisme ». En introduction :

 

« Elise Lucet est une récidiviste : après un Cash Investigation sur les pesticides qui est resté dans les mémoires et qui est à montrer dans les écoles (pour illustrer ce qu'est la déformation des faits dans le but de faire peur), elle récidive aujourd'hui avec un Cash Impact intitulé : "Pesticides : notre santé en danger".

 

Le texte qui suit est un débunkage réalisé par le zététicien Nicolas Bonneel, qui a regardé tout le documentaire et relevé les bidonnages divers et variés en renvoyant aux sources qui appuient son décorticage, un peu à la manière de ce que l'AFIS avait fait pour le premier Cash Investigation sur le même sujet - celui qui exhibait cette incroyable manipulation du chiffre de "97%", et qui avait valu à l'émission un avertissement du CSA

 

Oh ! Il n'a pas tout relevé... Mais c'est une trentaine d'arrêts sur image et une cinquantaine de sources. Pas mal pour une « enquête documentaire » selon le site de la maison de production.

 

 

 

 

Syngenta a pris les devants

 

« L'enquête a mis au jour que certains produits, interdits en France, sont fabriqués en toute légalité sur notre territoire et exportés vers d’autres pays européens moins regardants sur les impacts sanitaires. »

 

C'est de FranceTVInfo, pas Syngenta. Voilà du sen-sa-tion-nel !

 

Et trois erreurs/mensonges. Le prurit médiatique sur l'atrazine fabriquée en France et exportée est venu de l'association suisse Déclaration de Berne qui s'appelle maintenant Public Eye (eh oui... le marketing est aussi important pour les « ONG »). Sauf erreur, c'est le Monde qui a allumé la mèche en France le 29 mai 2017 (date sur la toile). D'autre part, le propos de l'émission se limite à l'atrazine... ce n'est pas « certains produits », tout juste un produit. Et enfin, dans le cas de l'atrazine, les interdictions, notamment européenne, ne sont pas liées à des questions de santé humaine et animale, mais de persistance dans l'environnement.

 

 

 

 

Du sen-sa-tion-nel ? Mais non : c'est produit « en toute légalité »... mais dans le monde merveilleux des bonnes affaires de Mme Élise Lucet et de la boîte de production (payées par nos redevances) cela permet de dénigrer les fabricants et d'essayer de s'en prendre à Syngenta

 

Syngenta a accepté de répondre, mais en postant l'intégralité de l'interview sur Internet, histoire de permettre aux gens à l'esprit critique de vérifier l'honnêteté de la séquence retenue pour l'émission (version courte de 22 minutes ici).

 

 

 

Commentaire sur Youtube :

 

« De très grosses attaques de la part de cette journaliste, mais admirablement bien défendu jusqu'au bout par ce PDG beau face-à-face. »

 

Une autre manœuvre grossière a consisté à tenter d'associer Syngenta au scandale du recyclage des bidons de produits phytosanitaires en Ukraine est une attaque encore plus grossière. Pathétique !

 

 

Aussi mauvais dans la lecture des chiffres que dans celle des titres

 

Ce sera pour un autre billet.

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