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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Sortie du glyphosate dans trois ans ? M. Macron a commencé à manger son chapeau...

27 Janvier 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique

Sortie du glyphosate dans trois ans ? M. Macron a commencé à manger son chapeau...

 

 

 

La presse française applique une remarquable déontologie s'agissant du glyphosate, et des pesticides en général : elle rapporte avec gourmandise les événements, y compris (et surtout) les faits divers, dès lors que cela contribue à l'hystérie collective, et est frappée de cécité quand l'information ne correspond pas à l'idéologie. Exemple le plus scandaleux : le silence quasi complet sur les manipulations qui ont présidé au classement du glyphosate en « cancérogène probable » par le Centre International de Recherche sur le Cancer.

 

Il m'aura fallu faire mon tour journalier sur Genetic Literacy Project pour apprendre, par le résumé d'une dépêche de Reuters, que la sortie du glyphosate dans trois ans n'est plus aussi inéluctable qu'elle ne le fut quand le Président Emmanuel Macron diffusa un ordre de marche par l'instrument de communication préféré de M. Donald Trump, Twitter.

 

 

Oups ! Sauf si...

 

 

En France, il n'y a guère qu'Ouest France qui ait relayé une dépêche de l'AFP, avec : « Glyphosate. Emmanuel Macron veut l’interdiction… et des dérogations ».

 

Il y a aussi Novethic avec « Vœux à l'agriculture : Macron rappelle à l'ordre les distributeurs et nuance ses engagements sur le glyphosate ».

 

Visiblement, l'information est plus importante pour la presse anglo-saxonne...

 

Ouest France a donc retenu ceci des vœux à l'agriculture que le Président Macron a prononcés à Saint-Genès-Champanelle (Puy-de-Dôme) le jeudi 25 janvier 2018 :

 

« La France a eu raison sur le glyphosate de réveiller la conscience européenne et de dire 'on ne va pas repartir pour 10 ans comme si de rien n’était' . […] L’électrochoc a produit deux résultats concrets : l’Europe est passée de 10 à 5 (ans) et nous sommes collectivement passés à un engagement sur les trois ans. […]  Les solutions existent pour 90 % des surfaces . [En ce qui concerne] les impasses restantes, notamment pour l’agriculture de conservation des sols ou les cultures en pente, nous mobiliserons la recherche pour rechercher des alternatives avec un principe simple : je n’imposerai jamais une sortie s’il n’y a pas d’alternative crédible. »

 

Non, M.Hulot n'était pas là...

 

Il y a une part d'auto-flagornerie, notamment avec cet étonnant « nous sommes collectivement passés à un engagement sur les trois ans ».

 

Il y a aussi les conséquences d'une autre flagornerie, celle de l'INRA et de ceux qui ont résumé son rapport pour le Président : « Le rapport INRA démontre très clairement, les solutions existent pour 90 % des surfaces... », dit le Président. (Notre petite analyse de ce rapport est ici).

 

Mais ne boudons pas le début de prise de conscience :

 

« ...on ne peut pas laisser un agriculteur sans solution ou dans une solution qui ne serait pas tenable parce qu'il aurait à côté de lui quelqu'un qui n’a pas la même contrainte... »

 

Tout en restant sceptique sur les belles promesses qui, comme disait Charles Pasqua...

 

« Mais il y a un coût du changement, il prend un certain temps avant d'être rentable et donc il suppose un accompagnement et l'accompagnement des pouvoirs publics sera là et on va pouvoir l'intégrer à la part que nous prenons dans les stratégies de filières et je m'en porte ici garant. »

 

Il reste à M. Macron un long chemin à faire pour comprendre les réalités de l'agriculture et de la production alimentaire, saisir les pièges d'une « environnementalisme » béat, et mesurer les conséquences de ses initiatives.

 

 

"Les solutions existent pour 90 % des surfaces"... vraiment ?

 

 

Extrait du discours – cajoleur et enjôleur – de M. Emmanuel Macron :

 

« Ce qui sauvera le climat c'est une mobilisation de tous les jours, de tous les acteurs dont les agriculteurs font pleinement partie. La France est exposée, aujourd'hui près de 20 % des sols français présentent un risque important d'érosion. La dégradation de la fertilité des sols nécessite un recours plus important aux intrants chimiques pour préserver les rendements et la France est un important consommateur de pesticides. C'est un fait statistique, il faut l'assumer, le regarder en face et je ne nie pas ce faisant la prise de conscience très forte de ces dernières années et les changements très rapides qui ont commencé à être conduits.

 

Je vais vous le dire ici, moi je ne suis là pour donner de leçons à personne mais nous sommes ensemble pour accélérer un changement parce que nous devons le faire. Il y a deux mots d'ordre, c'est l'accélération et l'anticipation, c'est ça ce que nous devons réussir ensemble. Quand nous savons que quelque chose est mauvais pour l'agriculteur ou l'ouvrier agricole, pour ceux qui vivent à côté, peut-être pour le consommateur, ce n'est pas une solution de dire qu'on va continuer à le faire et on ne protège pas notre modèle agricole en disant on va continuer comme si de rien n'était ou comme si on ne le savait pas ! Je crois que la France a eu raison à ce titre sur le glyphosate de réveiller la conscience européenne et de dire on ne va pas repartir pour 10 ans comme si de rien n'était parce que c'était bon pour personne !

 

On a pu avoir des débats pour savoir s'il fallait plus vite, moins vite, pour moi tout ça n'est pas grave d'abord parce que l'électrochoc a produit deux résultats concrets, l'Europe est passée de 10, voire davantage, à cinq et ensuite nous nous sommes collectivement passés à un engagement sur les trois ans. Et je veux vous remercier pour la mobilisation et ce que vous avez voulu porter vous-mêmes, vous les différents responsables parce que nous devons accélérer la transition pour sortir du glyphosate. Je l’ai dit, je ne laisserai jamais une filière, un agriculteur sans solution concrète, je ne suis pas là pour dire à telle date on arrête comme un couperet et il n'y a pas de solution. Mais il nous fallait marquer un volontariste pour dire on doit tous changer nos habitudes pour construire ces solutions parce qu'elles existent.

 

Pour les herbicides comme le glyphosate, vous le savez, s‘en passer ne dépend pas que de la recherche d'une nouvelle molécule mais aussi d'un changement de pratique par l'évolution des assolements, le développement de la robotisation pour le désherbage mécanique, le numérique pour les outils d'aide à la décision. Ce sont des investissements parfois en personnels, parfois en matériels et donc là-dessus on doit l'intégrer dans nos stratégies de filières, il faut aider ceux qui vont investir mais on doit changer de modèle pour avoir un comportement qui était parfois devenu un comportement de facilité mais qui était le plus compétitif, qu’il soit progressivement abandonné pour aller vers des pratiques qui sont plus conformes à notre véritable intérêt et celui de nos concitoyens. Le rapport INRA démontre très clairement, les solutions existent pour 90 % des surfaces, on peut sans doute encore trouver des meilleures solutions par l’innovation et la recherche mais il ne tient qu'à nous de commencer cette transformation sans attendre.

 

Pour les impasses restantes notamment l'agriculture de conservation des sols ou les cultures en pente nous mobiliserons la recherche pour proposer des alternatives. Avec un principe simple, je n'imposerai jamais une sortie s'il n'y a pas d'alternative crédible parce qu’on ne peut pas laisser un agriculteur sans solution ou dans une solution qui ne serait pas tenable parce qu'il aurait à côté de lui quelqu’un qui n’a pas la même contrainte. Mais pour 90 % des situations nous devons le faire sans délai le plus vite possible et ne pas attendre.

 

Pour les autres familles de pesticides, les fongicides et herbicides, la feuille de route mise en consultation actuellement avec l'ensemble des parties prenantes trace un chemin. Je souhaite que vous puissiez pleinement l'alimenter et là aussi avec ce même volontarisme parce que nous savons aujourd'hui des choses qu'on ne savait pas forcément hier et parce que dans bien des cas lorsque c’est testé c'est aussi un élément de rentabilité parce qu'on diminue la dépendance à certains intrants. Mais il y a un coût du changement, il prend un certain temps avant d'être rentable et donc il suppose un accompagnement et l'accompagnement des pouvoirs publics sera là et on va pouvoir l'intégrer à la part que nous prenons dans les stratégies de filières et je m'en porte ici garant. Les solutions seront plurielles, complémentaires, elles combineront changement de pratique, robotisation, innovation, accélération de la mise à disposition de produits de bio-contrôle en facilitant les process d’homologation pour là aussi faciliter l'accès au marché aux TPE-PME.

 

Et donc, vous le voyez, c'est en même temps des opportunités de créations d'emplois que nous allons recréer dans les filières parce qu’avec ces nouvelles pratiques ce sont des nouveaux acteurs qui sont d'ailleurs bien souvent sur nos territoires, qui travaillent avec nos agriculteurs, qui vont pouvoir vendre leurs produits et qui vont pouvoir justement en réponse aux besoins et à nos exigences le faire de manière à la fois plus efficace et plus responsable.

 

La coordination nationale de la recherche pour définir clairement ce qui relève de l'INRA, des instituts techniques des filières, des chambres doit être également engagée en la matière. Nous devons définir les actions prioritaires à mener en matière de recherche et développement et la séparation de la vente et du conseil sur laquelle je me suis engagé nous donnera l'occasion de redéfinir aussi le rôle du conseil agricole. Cette bataille nous la gagnerons si nous savons aussi en quelque sorte retrouver le sens de certaines pratiques, avoir un conseil indépendant délié de la vente.

 

Alors je sais qu'il y a des réticences, ne vous inquiétez pas, je connais la contrainte de certaines structures mais c’est parfois les mêmes qui disent "il faut changer", qui parce qu'ils se sont organisés d'une certaine façon et se sont un peu regroupés ils disent "ça m’embête de délier". Oui mais il faut qu’on arrive à trouver les bonnes organisations, le faire sans hypocrisie. Moi j'aborde avec vous tous les problèmes de manière directe mais vous voyez bien qu'on ne peut pas continuer à expliquer qu’il n’y a qu'une pratique qui existe, c’est celle qui est bonne pour d'ailleurs acheter les produits qu'on fait soi-même, ce n’est pas une bonne idée. Donc cette transition va se construire sur un conseil indépendant, une responsabilisation de toutes les filières et des acteurs et une recherche aussi plus proactive en la matière que nous allons continuer à encourager.

 

Les résultats des 3.000 fermes expérimentables DEPHY montrent que nous pouvons progresser rapidement, essaimer des expériences et le fait que vous vous soyez pleinement engagés ces derniers mois dans cette action est pour moi pas simplement un signe, c’est le début d'une preuve que nous sommes en train de changer les pratiques. Et donc moi je ne vous demanderai pas de vous engager dans des voies qui sont sans issue, à chaque fois qu'il y aura une impasse technique, organisationnelle nous y répondrons. A chaque fois qu'il y aura des investissements à faire nous serons là pour les accompagner. Parce qu’on ne peut pas demander à des agriculteurs de changer un modèle en quelques années quand la profitabilité n'est pas au rendez-vous sur les années concernées et donc on doit, ça fait partie de notre responsabilité, accompagner cette transformation. »

 

Post scriptum

 

Le citoyen et l'obsédé textuel que je suis ne peut que s'étonner de cette transcription produite et publiée sans effort de mise en forme. La République et les Français ont le droit d'exiger mieux.

 

 

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