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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Interdiction du glyphosate : un complot pour promouvoir l'acide pélargonique et le Beloukha ?

10 Janvier 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique

Interdiction du glyphosate : un complot pour promouvoir l'acide pélargonique et le Beloukha ?

 

 

Le 27 novembre 2017, en comité d'appel, les États membres de l'Union Européenne ont accepté par dix-huit voix pour, neuf contre et une abstention le renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour cinq ans, jusqu'au 15 décembre 2022. Précisons, parce qu'il règne un malentendu, certes pas chez les lecteurs réguliers de ce blog : l'autorisation sera renouvelable en 2022... et le cirque recommencera (en fait, il ne s'arrêtera pas d'ici là) pour le plus grand profit des marchands de peur et de l'industrie de la protestation.

 

Parmi les votes contre, il y avait notamment la France – on en a suffisamment entendu parler –, la Belgique et l'Italie.

 

 

Si non è vero, è ben trovato !

 

Êtes-vous amateurs de complotisme ? Moi non, mais... si non è vero, è ben trovato...

 

Le 29 novembre 2017, Politico a publié « French and Italians sense golden opportunity in glyphosate ban » (les Français et les Italiens sentent une occasion en or dans l'interdiction du glyphosate), avec en chapô : « La pression pour éliminer progressivement l'herbicide donnerait à des champions nationaux une belle occasion de vendre un produit de substitution. »

 

Selon des sources gouvernementales et d'entreprises agrochimiques, il y aurait depuis 2015 une collaboration belgo-franco-italienne pour détrôner le glyphosate. Un complot, quoi...

 

Le produit (prétendument) de substitution, c'est... l'acide pélargonique (ou acide nonanoïque). Défense de rire ! C'est, notamment, le Beloukha.


 

 

Ça vaut bien la théorie du vote allemand en faveur de Bayer (Baysanto)...

 

Le principal protagoniste de l'acide pélargonique – titulaire de l'AMM – est français (enfin...). C'est Jade, anciennement du groupe Alidad Invest et repris fin avril 2016 à 100 % par Belchim, une entreprise belge.

 

Jade a (aurait?) un accord exclusif de distribution pour l'Italie avec Novamont. Celui-ci produit de l'acide pélargonique à Porto Torres, en Sardaigne.

 

Voilà donc le trio décrit dans l'article de Politico...

 

C'est certes un peu plus compliqué que la théorie du vote allemand en faveur de Bayer, qui espère acquérir Monsanto et devenir ainsi un producteur d'herbicides à base de glyphosate (sans être toutefois le producteur le plus important, la molécule et son usage herbicide étant dans le domaine public depuis belle lurette). Mais les complots n'ont-ils pas généralement pour caractéristique d'être bien emberlificotés pour ne pas être démasqués ?

 

Nous attendons avec impatience les analyses des spécialistes qui sévissent dans tel organe de presse dont même la date est fausse ou sur telle chaîne de télévision binationale... Le fait est, toutefois, que l'article de Politico commence à dater et qu'aucun n'a réagi parmi ceux qui se sont épanchés sur ces prétendus scandale et atteinte à la démocratie qu'ont été la consigne de vote de M. Christian Schmidt, le ministre allemand de l'alimentation et de l'agriculture. On peut toutefois penser qu'à leurs yeux, les opposants au glyphosate ne sauraient avoir que des intentions louables... donc pas d'article sur un complot...

 

 

...et ce n'est pas tout !

 

En fait, on peut continuer et jouer au journaliste d'investigation style... chut... ils/elles aimeraient tant introduire une procédure bâillon...

 

Novamont a conclu un accord en 2015 avec les Consorzi Agrari d’Italia, une holding regroupant une vingtaine de coopératives pour la vente du Beloukha. Rien d'anormal.

 

Mais les CAI sont devenus un fief de la Coldiretti, le principal syndicat agricole d'Italie. Et la Coldiretti s'est (se serait) dissociée des autres syndicats agricoles de l'Union Européenne au sujet du glyphosate ; en tout cas, elle milite activement pour l'interdiction des importations de produits susceptibles de contenir des résidus de glyphosate (c'est aussi une stratégie déployée en France, à notre grand regret car elle entérine la perspective de l'interdiction prochaine).

 

En avez-vous assez ? Le père de Mme Maria Elena Boschi, Ministre pour les Réformes Constitutionnelles et les Relations avec le Parlement du gouvernement Renzi, puis Secrétaire d'État à la Présidence du Conseil des Ministres du gouvernement Gentiloni, est M. Pierluigi Boschi, dirigeant de la Coldiretti du Val d'Arno.

 

C'est un complot, on vous dit...

 

 

L'acide pélargonique, alternative au glyphosate ?

 

Qu'il y ait eu complot – ou tout simplement des démarches individuelles ou coordonnées avec arrière-pensées –, la comparaison entre le glyphosate et l'acide pélargonique mérite examen.

 

Pour l'efficacité, les choses sont claires : l'acide pélargonique détruit la cuticule des feuilles, ce qui provoque leur dessèchement. Il ne s'attaque donc pas aux racines ; ainsi, bien des mauvaises herbes repoussent peu après le traitement.

 

Mais l'effet, lorsque le produit est utilisé dans la bonne fenêtre physiologique et météorologique, est spectaculaire. Selon ce site flagorneur,

 

« Deux à trois heures suffisent au Beloukha pour achever son travail, sans aucun préjudice ni pour l’homme, ni pour l’eau, ni pour le sol, ni pour l’air. Il se biodégrade en deux jours seulement et son effet persiste entre deux et trois semaines ! »

 

Sans aucun préjudice pour l'homme ? Les conditions d'emploi sont strictes dans le cas du Beloukha à usage professionnel (à 680 g/L d'acide pélargonique).

 

Extrait de la fiche de l'ANSES pour le Beloukha à usage professionnel.

 

Curieusement, ces préconisations de sécurité sont absentes pour le Beloukha Garden (à 500 g/L d'acide pélargonique).

 

Extrait de la fiche de l'ANSES pour le Beloukha Garden.

 

Le produit est loin d'être anodin.

 

Extrait de la fiche de données de sécurité.

 

Le Beloukha est inscrit sur la liste NODU vert (liste des produits de biocontrôle). Cela peut être flatteur. Mais on peut aussi considérer que c'est un produit utilisé à très forte dose – 16 L/ha en désherbage de la vigne, maximum deux fois, et 22,5 mL/10 m² en jardins, soit 22,5 litres/hectare, maximum quatre fois – contre environ un ou deux litres de matière active par hectare dans le cas du glyphosate.

 

Rapporté à l'hystérie anti-pesticides actuelle, cela pose question. Que vaut-il mieux ? Deux litres de glyphosate ou un nombre de litres à deux chiffres d'acide pélargonique ? On peut certes ergoter sur les profils toxicologique et écotoxicologique mais, si les contempteurs du premier et promoteurs du second s'ingénient à vanter les mérites dudit second, les choses ne sont pas si simples. Les abeilles par exemple...

 

Extrait de la fiche de l'ANSES pour le Beloukha à usage professionnel.

 

Question prix, nous avons trouvé – oups ! Google a trouvé pour nous – un vendeur qui le propose à près de 20 euros HT le litre. En d'autres termes, le coût du désherbage est multiplié par un nombre au minimum à deux chiffres. S'agissant des produits pour amateurs, notre comparaison d' août 2016 dans « Future interdiction du glyphosate : elle ne fait pas que des malheureux ! » nous semble toujours valable.

 

On pourra consulter une présentation ici.

 

 

Deux substances = deux solutions de désherbage

 

En résumé, l'acide pélargonique est une solution de désherbage qui a ses avantages et ses inconvénients. Une alternative au glyphosate ? Certainement pas. Une pièce, comme (encore, jusqu'à son interdiction) le glyphosate, dans la boîte à outils des agriculteurs, des gestionnaires d'espaces et des jardiniers amateurs.

 

 

Et l'agriculture biologique ?

 

Un dernier mot, tiré de Mon-Viti, « Beloukha devrait baisser son prix », de fin septembre 2015 :

 

« Où en est l’homologation en bio ?

 

A.C. [Alain Chemin, directeur général de Jade] : Nous avions déjà présenté le dossier auprès du Cnab il y a deux ans, mais qui avait été refusé par position philosophique et de principe contre l’usage d’un produit pour désherber. Avec le soutien de l’Itab, face à l’intérêt du produit en bio, nous avions alors présenté un dossier pour l’emploi en épamprage bio, mais qui a une nouvelle fois été refusé par la Cnab, sous prétexte de voir le produit avec un effet potentiellement désherbant. Aujourd’hui, les filières bio se montrent très concernées, car Beloukha peut répondre à la problématique enherbement qui concerne beaucoup de producteurs. Au niveau européen, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, moins dogmatiques dans leurs positions, sont intéressées pour porter l’usage en AB. Mais la France pourra au final refuser l’emploi du Beloukha en bio si elle persiste dans ses positions… »

 

Aux États-Unis d'Amérique, l'acide pélargonique n'a pas été homologué pour l'agriculture biologique, malgré des règles plus souples qu'en Europe. C'est que, bien qu'existant à l'état naturel, il est produit industriellement par scission d'un acide gras en C18, l'huile de tall, un sous-produit du procédé kraft de production de pâte à papier à partir de conifères.

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Rhywaggis 07/09/2019 11:25

Ils ont désherbé une partie des allées de l'ehpad de mon village avec cet acide, il a fallu fermer les fenêtres pendant des heures tant l'odeur, en absence de vent était irritante pour le personnel et les résidents.
Ils ont laissé le reste du jardin en état, en attendant une solution...

Seppi 07/09/2019 15:53

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Et dire que les idéologues veulent faire interdire les pesticides (de synthèse) à moins de 150 mètres, non pas des habitation, mais des parcelles cadastrales portant une habitation.