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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Carey Gillam : Une Rachel Carson des temps modernes ?

16 Octobre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Monsanto, #Activisme, #Union européenne

Carey Gillam : Une Rachel Carson des temps modernes ?

 

Risk-monger*

 

 

C'est le titre qui a été donné à l'article original... mais il ne faut quand même pas exagérer ! Elle a les chevilles enflées, Carey !

 

 

Alors que les activités de lobbying sur le glyphosate entrent dans leur dernier mois, les carpetbaggers** américains font le déplacement et se manifestent assez fréquemment à Bruxelles. Carey Gillam est l'une de ces carpetbaggers (des activistes de l'écologie et lobbyistes venant à Bruxelles pour capitaliser sur le processus politique plus prudent, fondé sur le danger et la précaution de l'UE, obtenir des gains réglementaires rapides et les exporter ensuite à Washington).

 

Deux fois en deux semaines, les députés du Parti Vert du Parlement Européen ont fait venir cette lobbyiste anti-Monsanto américaine à Bruxelles pour qu'elle les conseille sur la manière d'attaquer Monsanto et de faire interdire le glyphosate. Les contribuables européens finançant le déplacement de cette militante à Bruxelles pour son lobbying auprès de l'Union Européenne, nous devrions peut-être examiner le problème de plus près et nous demander qui est Carey Gillam.

 

 

Journaliste ou lobbyiste ?

 

Carey dit sur son site Web qu'elle est journaliste d'investigation. Lors d'une conférence de presse organisée à Bruxelles par deux membres du Parti vert, Bart Staes et Michèle Rivasi, Carey s'est à nouveau présentée en tant que journaliste, puis en tant que « chercheuse » pour US Right to Know (USRTK, un groupe de pression activiste financé par le lobby du biobusiness).

 

Gillam était en effet journaliste de 1998 à 2015 pour Reuters ; après avoir attaqué Monsanto de manière répétée dans ses articles, elle a été licenciée par l'agence de presse. Comme tout bon théoricien de la conspiration le soutiendrait, Carey croit que Monsanto s'est présenté un jour chez Reuters et qu'il a provoqué la fin soudaine de sa carrière de journaliste. Voir ici un article qui se penche sur cette période.

 

Maintenant, perdre son emploi est un événement émotionnel, et d'après ma propre expérience, je peux comprendre que Carey ait pu ressentir un peu de mépris obsessionnel (surtout si elle croit qu'elle a été victime d'une entreprise dont elle estime qu'elle n'a pas d'autorité morale). Mais cela justifie-t-il sa colère compulsive contre Monsanto dont les États-Unis, et maintenant Bruxelles, sont les témoins ?

 

L'USRTK a repéré l'opportunité et a immédiatement employé Carey pour diriger sa chasse aux sorcières contre Monsanto. Elle canalise sa haine dans la recherche sur tout ce qui est négatif sur le glyphosate ; elle se penche inlassablement sur des milliers de pages de documents de Monsanto qui ont fuité des tribunaux ; elle attaque impitoyablement la réputation de biologistes respectés qui sont en désaccord avec son idéologie ; elle débite un nombre incalculable d'articles de presse et de blogs pro-bio, anti-OGM (dont certains sont remarquablement biaisés et manipulateurs)... Alors qu'elle fait tout cela, l'énergie et la colère implacables de Carey ont infecté les zélateurs anti-Monsanto et les ont ralliés à sa recherche d'une cause à exploiter.

 

 

À Bruxelles, nous appelons ça « lobbying »

 

Mais ce n'est pas du journalisme, ni de la recherche. L'USRTK est un groupe de lobbying activiste à but non lucratif essayant d'influencer le débat sur l'alimentation. Comme notre Corporate Europe Observatory européen, l'USRTK fait du lobbying pour faire cesser le lobbying de l'industrie, mais a du mal à admettre qu'il fait du lobbying pour le biobusiness et son généreux parrain, l'Organic Consumer Association. Le travail de Carey consiste à faire avancer les intérêts du lobby du bio – selon toutes les définitions courantes, elle est donc une lobbyiste (même si je suis sûr qu'elle trouvera ce mot presque aussi offensant que le mot « Monsanto »).

 

 

Un influenceur influent ?

 

 

Vraiment ? Nous aurions cherché une nouvelle Rachel Carson ?

 

 

Gillam a été comparée à une Rachel Carson moderne, ce qu'elle a complaisamment relayé sur sa page twitter. Elle sait se faire des amis. Par exemple :

 

  • Carey peut être vue se mouvoir très à l'aise parmi les scientifiques activistes anti-glyphosate. Le président du groupe de travail du CIRC sur la monographie du glyphosate, Aaron Blair, a indiqué dans sa déposition (pages 219-220) que Carey le consultait souvent, ainsi que Christopher Portier (l'architecte de la « grande escroquerie scientifique du CIRC »).

 

  • Carey travaille en direct avec la meute d'avocats qui poursuivent Monsanto ; et quand ils mettent la main sur des documents, Carey les fouille rapidement pour en extraire les morceaux qu'elle peut publier, puis elle les rend publics presque quotidiennement (parfois en violation des règles de confidentialité du tribunal) sur le site Web de l'USRTK.

 

  • Carey est évidemment proche de la machine de communication du CIRC, contribuant à faire avancer l'agence dans sa lutte pour maintenir un peu de crédibilité face aux critiques et aux hurlements de la communauté scientifique. Voir dans l'image ci-dessous comment Carey a pu gazouiller sur un communiqué de presse du CIRC quatre heures avant que l'agence n'ait publié sa communication. Une relation spéciale ?

 

 

Avec l'aimable autorisation de Clear-Food sur twitter. Carey gazouille sur la réaction du CIRC quatre heures trop tôt. Connivence ?

 

 

Clairement Carey est considérée par bien des membres du lobby du biobusiness comme un acteur clé. Pour cette raison, le Parti Vert Européen utilise de nouveau l'argent des contribuables pour faire venir cette opportuniste des États-Unis à Bruxelles [ma note : pour l'audition publique du 11 octobre 2017] pour aider des gens comme l'eurodéputé Bart Staes à planter quelques clous de plus dans le cercueil du dossier du renouvellement du glyphosate et à saper encore davantage la réputation de l'industrie.

 

Bienvenue dans l'enfer de la réglementation fondée sur le danger Carey ! Au fait, il y a une grève générale aujourd'hui, mais je suis sûr que l'oncle Bart est là pour venir te chercher à l'aéroport !

 

 

Une infraction à la loi ?

 

Attendez, je suis un contribuable de l'UE !... Enfin !

 

En tant que citoyen belge (et contribuable européen), j'ai interrogé mon eurodéputé Bart Staes sur les détails du financement public des voyages répétés de Gillam à Bruxelles (Carey a jacassé sur twitter que « mon billet d'avion est aux frais des contribuables européens »). J'ai vu cela comme une activiste américaine – par ailleurs payée par des organisations de lobbying du secteur du bio américain – financée pour venir à Bruxelles et faire pression sur un gouvernement étranger. Je pense qu'il existe des règles au Parlement européen sur la question de savoir si et comment les lobbyistes devraient être payés.

 

Il ne faudrait pas non plus oublier que le Parti vert européen a sa propre initiative volontaire de divulgation complète de tout contact avec des lobbyistes. Je n'ai pas pu trouver ce rapport de divulgation pour la première visite de Carey (elle est venue avec l'une des avocats poursuivant Monsanto). J'ai écrit à l'eurodéputé Staes pour obtenir plus de détails, mais deux semaines plus tard, il a refusé de répondre – je soupçonne qu'il s'active pour effacer ses traces.

 

Encore plus intéressante est la question de savoir si les voyages de lobbying de Carey à Bruxelles violent les lois des États-Unis régissant les activités dans lesquelles les organismes sans but lucratif sont autorisés à s'engager. Les organismes américains exemptés de l'impôt en vertu de l'article 501c3 comme l'USRTK ne sont normalement pas autorisés à faire du lobbying auprès des gouvernements étrangers (l'USRTK pourrait perdre son statut d'exemption fiscale). Carey aurait dû le signaler avant ses voyages, en expliquant la nature de ses activités à l'étranger en tant que représentante d'un organisme américain à but non lucratif. Maintenant, je ne suis pas un juriste américain (quelqu'un devrait peut-être se pencher sur cette question), mais aux termes de la loi FARA, il semble en effet qu'un gouvernement étranger paie Gillam dans l'espoir qu'elle influencera la politique publique. Les conséquences de la violation des exigences en matière de déclaration pourraient être graves. Comme Carey est un gardien de la transparence et de la bonne conduite, je suis sûr que toutes les conditions appropriées ont été remplies. Mais ne serait-ce pas une bévue si elle avait oublié et si l'USRTK perdait son statut d'exemption fiscale ? Je ne pourrais verser que des larmes de joie !

 

Si Carey tente de promouvoir son livre anti-Monsanto pendant qu'elle est à Bruxelles, elle va probablement enfreindre d'autres lois. Zut ! J'espérais obtenir un exemplaire dédicacé !

 

 

Tout cela pour dénigrer une entreprise ?

 

Pourquoi mon impôt européen sert-t-il à financer ce non-sens (deux fois, pour l'amour du Christ !) ?

 

Les affirmations de Carey au sujet du glyphosate et de Monsanto sont scandaleuses, picorées et amplifiées de façon obsessionnelle compte tenu de la réalité. Par exemple, sur l'écriture fantôme, le BfR a produit un rapport de plus de 4.000 pages sur le glyphosate. Souvent, il y a des textes copiés-collés pour servir de sources pour que les scientifiques puissent les utiliser et les référencer ultérieurement. Que les auteurs aient oublié quatre paragraphes (enfin ! Sur plus de 4000 pages) n'est pas une raison pour mettre fin au processus d'évaluation des risques de l'UE (sauf à penser que c'était ça l'objectif des activistes tout au long de cette saga et que tout ce mélodrame du glyphosate n'est qu'un outil dans le processus de sape de la science réglementaire de l'UE).

 

Àu bout du compte, l'inextinguible obsession de personnages comme Carey Gillam fait passer le processus de réglementation du glyphosate dans le domaine de l'absurde. Je ne peux vraiment plus supporter de devoir faire part de mes observations à des agriculteurs lorsqu'ils me contactent pour savoir s'ils pourront encore utiliser l'année prochaine l'herbicide du siècle.

 

Malgré toutes les torches et les fourches, comme je l'ai écrit dans mon dernier article, j'essaie de me rappeler que Monsanto n'est qu'une entreprise de taille moyenne fondée sur la recherche, que le glyphosate est une substance utile avec une faible toxicité que les agriculteurs de l'UE peuvent utiliser pour lutter contre les mauvaises herbes et améliorer la santé du sol. Il n'y a pas de semences Roundup-Ready génétiquement modifiées en Europe (bien que ce soit précisément pour cette raison que les carpetbaggers américains comme Carey continuent d'affluer sur notre continent). Les activités de cette société n'ont pas toujours été appropriées, mais par rapport à d'autres erreurs de la société dans le passé, je pense que l'indignation fabriquée est juste un peu trop excessive. Ce n'est pas la fin du monde, la destruction de la science et des médias, ni la fin de la santé publique.

 

Carey doit surmonter sa rage de 2015... mais elle s'est entourée d'un groupe de fondamentalistes opportunistes trop heureux de l'exploiter.

 

______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source : https://risk-monger.com/2017/10/10/carey-gillam-a-rachel-carson-for-our-time/

 

** *Carpetbaggers, littéralement « ceux avec un sac en tapis », est un terme péjoratif désignant un individu originaire du Nord des États-Unis (ex-Union) venu s'installer dans le Sud (ex-Confédération) lors de la Reconstruction qui suivit la guerre de Sécession, avec l'intention de profiter de la situation confuse du pays.

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