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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les agriculteurs du Burkina Faso rêvent encore de cotonnier Bt

9 Septembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Les agriculteurs du Burkina Faso rêvent encore de cotonnier Bt

 

Suleiman Okoth*

 

 

M. Francois Traoré (au centre), ancien président de l'Union Nationale des Producteurs de Coton (UNPC) du Burkina Faso, avec le Dr Edgar Traoré (à gauche), coordinateur du Forum Ouvert sur les Biotechnologies Agricoles au Burkina Faso (OFAB-Burkina) et Daniel Otunge (à droite), directeur de programme, OFAB Afrique.

 

 

Dans mon voyage pour comprendre les subtilités du cotonnier Bt au Burkina Faso, j'ai eu la rare chance d'interviewer M. François Traoré avec l'aide d'un traducteur dans sa modeste résidence à environ 10 kilomètres de la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou.

 

François Traoré, un homme imposant dans sa mi-soixantaine, ancien président de l'Association des Producteurs de Coton Africains (AProCA) et premier président de l'Union Nationale des Producteurs de Coton (UNPC), n'est pas votre agriculteur typique. En tant que représentant des cotonculteurs en Afrique, il s'est frotté à de grands leaders mondiaux.

 

Son admiration pour Ernesto « Che » Guevera – le leader révolutionnaire argentin qui ambitionnait de changer la vie des Sud-Américains – ne vous échappera pas si vous avez l'occasion de lui rendre visite : il y a un portrait de Che Guevera bien en évidence dans son salon à côté de photos de lui avec l'ancien président de la France Jacques Chirac, Barack Obama, le Mahatma Gandhi et Nelson Mandela, parmi d'autres.

 

J'étais curieux de savoir ce qui l'attirait chez Che Guevera et quel était le lien avec l'agriculture et son expérience en tant que producteur de coton ; il a répondu [ma note : nous retraduisons de l'anglais]  :

 

« J'admire le travail de Che Guevera, en particulier pour améliorer la vie des agriculteurs pauvres en Amérique du Sud. J'espère l'imiter en tant que représentant des agriculteurs et veiller à ce qu'ils gagnent à la sueur de leur front et améliorent leurs conditions de vie. »

 

M. Traoré a grandi dans une famille d'agriculteurs qui a d'abord migré du Burkina Faso vers le Sénégal et cultivait principalement des céréales. Il a quitté l'école quand il avait 15 ans, lorsque son père est devenu aveugle, et a pris soin de ses 8 frères et sœurs en se consacrant à l'agriculture – perpétuant la tradition familiale.

 

« J'ai quitté l'école en 1969 et je suis retourné au Burkina Faso quand j'avais 20 ans. Ma principale activité était la production d'arachides, de mil et de maïs dans ma ville natale de Konkuy, région occidentale près de la frontière malienne, au nord de Bobo Dioulasso, à environ 150 kilomètres de Ouagadougou.

 

En 1979, j'ai déménagé à Solenzo dans la Province de Mouhoun, alors la plus grande zone de culture du cotonnier du Burkina Faso ; c'est là que j'ai commencé à produire du coton, avec des céréales », raconte Traoré.

 

En 1986, après avoir produit du coton pendant six ans, il a acheté son premier tracteur et, en 1991, il en a acheté un deuxième pour soutenir ses opérations agricoles. En 1998, Traoré était l'un des plus grands producteurs de coton du Burkina Faso et il est devenu le premier président de l'Union Nationale des Producteurs de Coton (UNPC) du Burkina.

 

Par la suite, en 2005, lorsque le Burkina Faso est devenu le premier producteur de coton d'Afrique de l'Ouest, devant le Mali, avec 500.000 à 800.000 tonnes de coton graine, M. Traoré a été élu président de l'Association des Producteurs de Coton Africains (AproCA), qui comptait alors 15 des 32 pays producteurs de coton d'Afrique.

 

En 2006 et 2007, le Burkina Faso était indiscutablement le principal producteur et exportateur de coton des pays africains. Entre 1998 et 2013, le Burkina Faso est passé du 19e au 1er rang des producteurs de coton d'Afrique, principalement en raison du cotonnier Bt.

 

En tant qu'agriculteur qui a planté à la fois du cotonnier Bt et du cotonnier conventionnel, M. Traoré est contre le retour au cotonnier conventionnel.

 

« Tous les agriculteurs qui ont de l'expérience avec le cotonnier Bt regrettent le passage du cotonnier Bt au cotonnier conventionnel ... mais ils sont impuissants et espèrent que le gouvernement va les écouter », note Traoré.

 

Selon le Dr Brown Doud-Uribe et le Dr Mathew Schnurr qui ont largement étudié le potentiel des plantes génétiquement modifiées pour améliorer les rendements et les moyens de subsistance des petits agriculteurs au Burkina Faso et à travers l'Afrique, la controverse de la qualité de la fibre – qui a entraîné le renversement du cotonnier Bt au Burkina Faso – a mis en lumière les intérêts divergents des agriculteurs burkinabés et des entreprises cotonnières, et montré que les sociétés cotonnières ont toujours le pouvoir de décider du sort des agriculteurs.

 

Pour la plupart des agriculteurs du Burkina Faso, la culture du cotonnier conventionnel nécessite beaucoup de main-d'œuvre, ce qui peut entraîner une réduction de la production de coton en raison de la baisse des rendements globaux des variétés conventionnelles et de la réduction des surfaces mises en production.

 

« Je suis un agriculteur et je suis intéressé par les technologies qui améliorent l'agriculture. L'Afrique ne peut pas réinventer la roue, mais nous pouvons adopter des technologies qui sont bonnes pour nos agriculteurs. Nos politiciens peuvent aider les agriculteurs à adopter des technologies agricoles », a ajouté Traoré.

 

Alors qu'en 2014, plus de 140.000 petits agriculteurs cultivaient du cotonnier Bt au Burkina Faso (équivalant à 70 % de la production totale de coton du pays – l'un des plus grands producteurs de coton d'Afrique), le retour au coton conventionnel signifie que les agriculteurs défavorisés se voient refuser le droit de profiter d'une technologie qui nécessite moins de pesticides et réduit les besoins en main-d'œuvre ; et cela se fait de plus au détriment de la santé et des moyens de subsistance des agriculteurs.

 

Des kilomètres à pied, des kilos sur le dos, les vêtements ramenés à la maison, lavés à la main... Mais la bien-pensance n'en pense rien...

 

Dans la vision de M. Traoré, il vaut mieux importer de la technologie que de la nourriture ; et il souhaite que les gouvernements africains soutiennent les agriculteurs dans leurs luttes. En tant que révolutionnaire, il croit à la libération des petits agriculteurs.

 

« Nous devrions choisir librement notre technologie pour développer notre agriculture. Il est important pour nous de mettre les agriculteurs africains en bonne situation en travaillant avec différents groupes pour soutenir les nouvelles technologies au profit des agriculteurs.

 

Grâce aux plate-formes du Forum Ouvert sur les Biotechnologies Agricoles en Afrique (OFAB), j'ai pu comprendre l'intérêt de nouvelles technologies agricoles qui peuvent améliorer la vie des agriculteurs, comme le cotonnier Bt et le niébé Bt.

 

À titre personnel, je continue la lutte en plaidant pour les technologies agricoles à travers mon blog personnel que j'ai commencé en 2010. De mes expériences et mes interactions avec d'autres agriculteurs, il ne fait aucun doute que les agriculteurs du Burkina Faso veulent utiliser le cotonnier Bt » conclut M. Traoré.

 

[L'auteur du texte original a remercié le Dr Edgar Traoré d'avoir contribué à traduire l'interview du français vers l'anglais.]

 

_____________

 

* Chargé de programme, Forum Ouvert sur les Biotechnologies Agricoles (OFAB).

 

L'OFAB est une plate-forme qui regroupe les acteurs de la biotechnologie et permet des interactions entre les scientifiques, les journalistes, la société civile, les industriels, les législateurs et les décideurs. Il tient un déjeuner-débat mensuel qui permet aux acteurs clés de se connaître, de partager leurs connaissances et leurs expériences, de nouer de nouveaux contacts et d'explorer de nouvelles avenues pour apporter les avantages de la biotechnologie au secteur agricole africain.

 

L'article a été publié sur le blog de la Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles (African Agricultural Technology Foundation – AATF), un organisme à but non lucratif qui facilite et promeut des partenariats public-privé pour l'accès aux technologies agricoles appropriées et leur utilisation durable par les petits agriculteurs en Afrique subsaharienne grâce à des partenariats innovants et à un suivi efficace tout au long de la chaîne de valeur.

 

Source : https://aatfnews.aatf-africa.org/?p=732

 

 

Complément

 

Du site de l'UNPC, à propos du bilan de la campagne cotonnière 2015-2016 et des perspectives pour la campagne suivante :

 

« Le passage au coton OGM n’a pas aussi été sans inconvénients. Outre la perte du "Label Coton Burkina", la perte de la prime qualité, le Burkina Faso a aussi connu une mauvaise valorisation de son coton en raison de la fibre qui devenait plus courte. La perte globale est sans appel : un manque à gagner de l’ordre de 50 milliards de F CFA [76 millions d'euros].

 

[…]

 

Prenant donc conscience du risque couru, l’AICB [Association Interprofessionnelle du Coton du Burkina] opte pour le "tout conventionnel". Mais ce n’est "ni un abandon définitif du coton OGM, ni une rupture de la collaboration entre l’AICB et Monsanto dont la technologie Bt n’a jamais été remise en cause par la filière cotonnière quant à l’efficacité du gène Bt pour la lutte contre les principaux insectes ravageurs, cibles du cotonnier", a souligné le Secrétaire général de l’AICB.

 

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