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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Vaccins : encore une tribune indigente dans le Monde... heureusement, il y a les Décodeurs

3 Août 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Santé publique

Vaccins : encore une tribune indigente dans le Monde... heureusement, il y a les Décodeurs

 

 

 

 

Le gouvernement a annoncé vouloir étendre l'obligation vaccinale de trois (diphtérie, tétanos, poliomyélite) à onze vaccins (en plus : coqueluche, Haemophilus influenzae B, hépatite B, méningocoque C, oreillons, pneumocoque, rougeole, rubéole) pour les nourrissons. On n'a encore rien vu venir... cette politique de gribouille, qui reproduit les travers du passé, est exaspérante. Elle laisse le champ libre aux manœuvres de subversion des anti-vaccins. Et le Monde leur offre ses colonnes.

 

Heureusement, pour le Monde, sa réputation et son éthique, ainsi que pour la rationalité, il y a aussi les Décodeurs.

 

 

 

 

Les Décodeurs : « L’efficacité des vaccins en onze maladies »

 

Sous la signature de M. Gary Dagorn, les Décodeurs du Monde viennent de « détaille[r] l’impact important qu’a eu en France la vaccination sur les pathologies ciblées par les vaccins obligatoires et recommandés, données à l’appui ». Le titre : « L’efficacité des vaccins en onze maladies ».

 

Cela a été réalisé avec l'aide de Santé Publique France. C'est tout simplement excellent.

 


 

 

 

Le Monde Idées : « Obligation vaccinale : "un troisième camp existe»

 

Loin de nous l'intention de jouer le Père La Censure ; mais nous estimons qu'un journal de haute tenue se doit d'être sélectif. Mais peut-être l'est-il dans ce cas... tribune conforme à l'esprit du journal ou d'une partie de sa rédaction...

 

 

Un collectif aux allégeances transparentes

 

« Obligation vaccinale : "un troisième camp existe" » est signé par :

 

Christophe Baticle, sociologue ; Aliènor Bertrand, philosophe ; Christophe Bonneuil, historien ; Maxime Combes, économiste ; Jean-Baptiste Comby, politiste ; Fabrice Flipo, philosophe ; Mathieu Gervais, politiste ; Anahita Grisoni, sociologue ; Marion Laporte, éthologue ; Arnaud Lerch, sociologue et rédacteur en chef adjoint Alternative santé ; Jérôme Pelenc, biologiste ; Céline Pessis, doctorante en histoire ; Florence Rudolf, sociologue ; Léa Sébastien, géographe.

 

Aucun spécialiste du sujet, et un intéressant assortiment de spécialités académiques ; pour les chercheurs, des thèmes de recherche aussi éloignés des questions de santé que l'est la théologie pour un agronome.

 

Les lecteurs de ce site connaissent peut-être M. Christophe Bonneuil, historien des sciences, chargé de recherche au CNRS et membre du Centre Alexandre-Koyré de Recherche en Histoire des Sciences et Techniques (unité mixte de recherche CNRS – EHESS). Par ses écrits, il nous a propulsés dans la post-modernité pour l'agriculture, l'amélioration des plantes et les semences. Publier aux Éditions Charles Léopold Mayer (« Semences : une histoire politique : Amélioration des plantes, agriculture et alimentation en France depuis la Seconde Guerre mondiale », avec M. Frédéric Thomas), c'est apposer la marque de l'activisme sur les travaux de recherche en principe scientifiques.

 

Mais il est une autre signature qui doit interpeller encore plus : « Arnaud Lerch, sociologue et rédacteur en chef adjoint Alternative santé ». Il est aussi naturopathe.

 

Le site vaut la visite. Le bandeau défilant nous met en lien avec : « Michèle Rivasi - Vaccins : dans l'intérêt de qui ? » ; « Pétition : Non à une campagne massive de vaccination forcée ! » ; « Troubles neuropsychologiques, hausse de la mortalité, méningites : 3 récentes études sur les vaccins jamais citées par les autorités ». Dans les articles les plus lus, il y a aussi « 27 métaux dans nos vaccins » ; « Vaccins, c'est l'état d'urgence, taisez-vous ! » ou encore « Des vaccins toujours plus dangereux ».

 

En résumé, une officine d'« information » violemment anti-vax. Et, comme son intitulé l'indique, adepte des « médecines » alternatives.

 

Le Monde a donc publié une tribune d'au moins un auteur sulfureux sous un titre lénifiant. Sous ce chapô qui ne manque pas de surprendre :

 

« Ni pro-vaccin, ni anti, un collectif de chercheurs défendent, dans une tribune au "Monde", la transparence et l’indépendance de la recherche en la matière et la lutte contre les conflits d’intérêts. »

 

 

Le camp du post-modernisme

 

Si nous devons identifier le « troisième camp » – ce qui nous met quelque peu en peine – ce serait le camp de relativisme, de la « science » post-moderne fort justement dénoncée par M. Marcel Kuntz, par exemple dans « Menaces « post-modernes » sur la science ». Sauf qu'ici, à supposer que ces sociologues, politistes, historiens, etc. aient une quelconque crédibilité, il s'agit de menaces sur la santé publique.

 

Le discours est aussi alléchant que fallacieux. Prenons deux paragraphes de l'introduction :

 

« La raison sanitaire de cette loi, telle qu’elle est invoquée : une baisse de la couverture vaccinale en France et une volonté de répondre à la défiance des Français envers les vaccins par une "pédagogie " contraignante ou punitive. »

 

Nous n'avons pas vu de « volonté de répondre... », ni de « "pédagogie " » (avec ou sans guillemets de dénigrement), et encore moins de pédagogie « punitive ». C'est là de la sociologie bâtie sur l'idéologie – ou de l'idéologie travestie en sociologie – qui construit ses prémisses aptes à étayer ses conclusions.

 

« Il ne s’agit pas pour nous, ici, de statuer sur la nécessité, l’efficacité, la dangerosité ou la morbidité de ces onze vaccins. On se contentera d’interroger la posture de ceux ou celles qui prétendent clore ce débat complexe avec assurance, au nom de la science. »

 

Là encore, nous n'avons vu personne vouloir « clore ce débat complexe... »

 

 

Jamais assez de science... et de toute façon elle est dévoyée

 

Non, « il ne s'agit pas... » Mais...

 

« Alors qu’il nous manque de nombreuses données – immunologie, pharmacocinétique, pharmacovigilance… – sur tant de questions, et dans un contexte d’effondrement de la recherche publique au profit de partenariats public-privé dictant leurs propres logiques, qu’il soit dans un premier temps permis de relativiser, ne serait-ce qu’un peu, le caractère fiable et définitif des études scientifiques brandies comme arguments d’autorité. »

 

Le discours antivax dans toute sa splendeur ! « ... il nous manque de nombreuses données... » ? Il n'y en aura jamais assez ; il y aura toujours une étude ou une « étude » que la post-vérité brandira pour nier l'évidence du corpus ultra-majoritaire de la science.

 

 

La terrible maladie que nous combattons à la maison, comme l'ennemi auquel nous nous opposons à l'étranger, ne montre aucune souci, aucune pitié pour les jeunes. Il frappe – avec sa force la plus fréquente et la plus dévastatrice – les enfants. Et c'est pourquoi une grande partie de la force future de l'Amérique dépend du succès que nous obtiendrons dans la lutte contre cette maladie.

Franklin D. Roosevelt a lui-même été frappé par la poliomyélite dans sa trentaine.

 

 

 

Nos chères études...

 

Ils ne statuent pas... mais sont maîtres dans l'art de susciter et de vendre le doute !

 

Au-delà de leur fond de commerce idéologique, ils n'oublient pas le fond de commerce lucratif qui est le leur propre ou celui de leur profession :

 

« Historiens des sciences, philosophes, sociologues, économistes, juristes, spécialistes de la santé, du corps et de l’environnement : d’autres analyses doivent être mobilisées pour jeter sur ce débat un éclairage différent, en prenant la distance nécessaire pour démêler cet enchevêtrement où les arguments simplificateurs dominent. »

 

La « distance nécessaire » ? Si les auteurs ont pris de la distance, c'est certainement pour placer entre eux et le sujet le filtre de leurs préjugés et partis pris. C'était sous l'intertitre : « Jeter sur le débat un éclairage différent »...

 

Le vaccin contre telle maladie doit-il être rendu obligatoire (imposé à une minorité de Français qui refusent, oublient ou font preuve de négligence) pour obtenir un effet positif de santé publique ? Réponse de la sociologie, etc. idéologique : « partenariats public-privé dictant leurs propres logiques », « études scientifiques brandies comme arguments d’autorité » (rassurons-nous : il ne s'agit pas dans ce contexte de la fraude d'Andrew Wakefield ou des élucubrations de Stephanie Seneff, pourtant brandies...), « lobbys pharmaceutiques », « conflits d’intérêts » etc. Et aussi : « démocratie réduite à peau de chagrin », « violence d’Etat », « technocratie dévoyée », etc.

 

La distance entre les auteurs et le sujet, le vrai, est sidérale. La distanciation par rapport au positionnement socio-politique – celui qui relie les deux extrêmes de l'échiquier politique dans un même dénigrement de nos institutions et de notre société – infime.

 

 

1 +1 +1 = 2 (ou 1 + 1 = 3)

 

 

Comme on l'a vu plus haut, « ...[les] partenariats public-privé dict[e]nt leurs propres logiques ». Comme s'il existait un modèle unique, une capitulation des chercheurs du public, un abandon de leurs idéaux et de leur intégrité, et leur asservissement. Il y a aussi un « [r]acket émotionnel ». Les positionnements seraient comme suit :

 

« Pour les premiers, l’opposition à l’extension de l’obligation vaccinale tient de la mobilisation populiste démagogue contre la rationalité scientifique, de la fabrication de "faits alternatifs" à déconstruire ou de dissidences à faire taire au nom de la santé publique. Pour les seconds, cette mobilisation tient du sursaut démocratique contre l’arbitraire du pouvoir, de la réaffirmation des droits humains fondamentaux contre une violence d’Etat jugée illégitime, du développement de contre-expertises citoyennes face à une technocratie dévoyée. »

 

La sociologie post-moderne, à visée socio-politique, ne saurait se contenter du rasoir d'Ockham : les « pro-vaccins » lorgnent sur la santé publique (et, pour certains, la santé de leurs enfants) ; les « anti-obligation » que l'on voit et que l'on entend sont... « anti-vaccins », pour des motifs pour partie liés à la vaccination elle-même, pour partie à l'anticapitalisme et, bien souvent, pour les deux. Mais ce serait trop simple.

 

Les deux positions sont renvoyées dos à dos et, partant, mises à égalité. Ou plutôt, la « science » est présentée de manière négative – par son opinion (alléguée) des opposants – et la « conscience », de manière dithyrambique et positive, et ce, dans un environnement social qui serait en guerre contre ses membres.

 

Mais voici tout de même le (prétendu) « troisième camp » :

 

« Un troisième camp existe, probablement majoritaire en France, mais n’osant même plus s’exprimer devant la violence des procès d’intention tous azimuts : des citoyens responsables, mais ne voulant pas courir de risques inutiles, réclamant la transparence, une recherche indépendante, ne se satisfaisant pas de discours d’autorité, refusant les procès en irresponsabilité parentale ou le racket émotionnel dès lors qu’ils osent émettre des doutes ou poser de légitimes questions. »

 

Un « troisième camp », idéalisé car formé de « citoyens responsables » ? Quelle différence avec le second ?

 

 

Le génie de l'invention des faits

 

Voici donc des sociologues, etc. qui, au lieu de partir des faits, impriment leurs propres opinions et fantasmes sur la population en cause.

 

Un sondage Odoxa a pourtant été publié récemment. Son verdict : « 11 vaccins obligatoires ? La grande défiance sur fond de méconnaissance ».

 

Il en ressort que si 50 % des Français sont opposés à la nouvelle obligation vaccinale, les réponses détaillées montrent une grande perméabilité au discours anti-vax (et le caractère inaudible du discours du gouvernement et des services publics) – par exemple, + 12 points entre juin et juillet 2017 pour la suggestion : « les risques encourus sont supérieurs aux bénéfices ». Ils ne sont pourtant que 8 % des opposants (4 % de l'ensemble des sondés) à « doute[r] de l’utilité/l’efficacité de ces vaccins infantiles ». Et ils ne sont qu'une petite minorité à savoir/penser que 70% des enfants de moins de 2 ans ont déjà reçu les 11 vaccins.

 

 

 

 

Vive la « science citoyenne »

 

Moyennant quoi les auteurs de la tribune trouvent des vertus au « développement de contre-expertises citoyennes », forcément « face à une technocratie dévoyée ».

 

La conclusion est stupéfiante, quoique pas vraiment inattendue dans l'Âge Facebook de la Science :

 

« Plutôt que de tenter de s’immuniser par des mesures autoritaires contre les conséquences logiques d’une démocratie sanitaire en marche, la ministre de la Santé devrait prendre acte des nouvelles attentes des citoyens en matière de santé, et de leurs nouvelles exigences en termes de gouvernance. Le développement d’une recherche pluridisciplinaire indépendante, la lutte contre les conflits d’intérêts, une vraie participation citoyenne et l’application plus étendue du principe de précaution en matière de santé seraient un bon début. »

 

Le début de cette déclaration doit ravir les adeptes de propos fumeux, censés refléter une pensée de haut vol. « ...la ministre […] devrait prendre acte... » Place à la démocratie des crédules et à la dictature des manipulateurs d'opinion !

 

Le « principe de précaution » ? Il est dévoyé à la sauce post-moderne ! Quelle audace ! Ou quelle indigence !

 

Les vaccins – eux – répondent au principe, bien supérieur, de prévention !

 

 

 

En 1736, j'ai perdu un de mes fils, un beau garçon de quatre ans, pris par la variole de la manière commune. J'ai longuement regretté amèrement et je regrette encore de ne pas la lui avoir transmise par inoculation. Je mentionne cela pour le bien des parents qui omettent cette opération, en supposant qu'ils ne se pardonneront jamais si un enfant en est mort ; mon exemple montrant que les regrets peuvent être les mêmes de toute façon, et que, par conséquent, il faut choisir le plus sûr.

 

 

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Bohy 12/08/2017 23:00

Merci pour nos enfants.
Tous ces donneurs de leçons se sont bien gardés de dire que si, jusqu'à présent, leurs enfants non-vaccinés sont en bonnes santé c'est grâce aux nôtres que nous avons fait vacciner en temps voulu.