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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Vaccins : à quoi joue le Monde ?

12 Août 2017 , Rédigé par Seppi

Vaccins : à quoi joue le Monde ?

 

 

(Source -- bonne lecture !)

 

Ministère c. ministre ?

 

Une date critique vient d'être dépassée : par sa décision du 8 février 2017, le Conseil d'État avait enjoint au ministre en charge de la santé « dans un délai de six mois, et sauf à ce que la loi évolue en élargissant le champ des vaccinations obligatoires, de prendre des mesures ou de saisir les autorités compétentes pour permettre de rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules obligations de vaccination ».

 

8 février... six mois... 8 août (nous n'entrerons pas dans la question du calcul des délais).

 

Annonces mises à part, rien de tangible ne s'est passé. Ah, peut-être si : certains médias ont rapporté qu'une lettre a été envoyée ou est en route vers le Conseil d'État. Le Parisien écrit, citant le Ministère des Solidarités et de la Santé :

 

« Ce courrier atteste de notre volonté de répondre à l’injonction qui a été faite au gouvernement, explique le ministère. La décision, ferme, d’étendre la vaccination obligatoire pour les enfants est prise. Il faut désormais la mettre en oeuvre. La mesure sera inscrite au prochain PLFSS (NDLR : projet de loi de financement de la sécurité sociale). »

 

La décision est peut-être ferme, mais la lecture des informations que l'on peut glaner de-ci de-là nous suggère qu'il y a de sérieux tirages au sein du ministère. Le Parisien avait titré : « Vaccination obligatoire : les anti-vaccins privés de clause d'exemption ? » La question se pose, en effet. Le journal ajoute :

 

« Car, si la décision ne sera pas tranchée avant début septembre, le ministère semble déjà avoir une idée très avancée sur la question : "Comme la décision prise est fondée sur un impératif de santé publique, il pourrait paraître contradictoire que des personnes puissent s'en exempter, si ce n'est, bien sûr, pour des raisons médicales [...]. Cela semble poser des problèmes juridiques mais surtout de clarté du message", nous assure-t-on dans l'entourage de la ministre, Agnès Buzyn, tout en précisant que les consultations juridiques se poursuivent. »

 

Décryptons : les belles promesses électorales, encore récentes, se heurtent à un mur. On devait voir une nouvelle fraîcheur politique, une République en Marche, et nous avons toujours les tergiversations et atermoiements d'avant.

 

En un mot : c'est pathétique.

 

Ajoutons que le PLFSS est généralement voté en décembre... La contestation a du temps devant elle !

 

Pire encore, il n'est pas sûr que les députés suivent ! La missive au Conseil d'État, telle que décrite dans la presse, fait fi de l'autonomie décisionnelle du Parlement. Encore un accroc aux bonnes mœurs démocratiques...

 

 

Les anti-vaccins vont poursuivre leur action

 

La galaxie anti-vaccins – bien camouflée derrière des causes factices mais à l'aspect engageant – n'a évidemment pas tardé à réagir. Elle prévoit de faire condamner le gouvernement à l'exécution de la décision du Conseil d'État sous astreinte de « 15 euros par jour de retard et par personne ». Qui sont les personnes ? Aucune importance à ce stade. On peut penser – en principe – que le temps politique sera plus court que le temps judiciaire de sorte que le Conseil d'État pourra clore l'affaire le moment venu sur le constat que le grief n'existe plus à ce moment là.

 

Nous apprenons cela grâce à un article fort détaillé du Monde :

 

« ...l'avocate prévoit donc de demander en septembre la condamnations sous astreinte de l'exécution de la décision... »

 

Curieuse formulation ! Mais il fallait sans doute que le lectorat du Monde soit informé d'une intention...

 

« Mais alors que les associations de citoyens émettent des doutes sur la composition de certains vaccins, formulent des recours et préparent un rassemblement pour le deuxième week-end de septembre, l'équipe de Mme Buzyn travaille sur la mise en œuvre de l'extension de l'obligation vaccinale. »

 

Et hop ! En une phrase, la banalisation de l'activisme et de ses arguments – certes laissés au niveau des « doutes » (mais ne sont-ils pas plus puissants que les certitudes bien assimilées) – et l'annonce d'une manifestation... Non, ce ne sont pas « les associations de citoyens » mais un conglomérat disparate aux motivations diverses (voir ci-dessous). Et, personnellement, cela me heurte de voir le mot « citoyens » associé ainsi à des manœuvres d'opposition à la grande cause citoyenne qu'est la santé publique.

 

 

Les anti-vaccins ouvrent un nouveau front

 

Cette information sur des événements à venir – ce sournois appel à « se mobiliser » – figure dans un article intitulé « Un collectif lance une action contre l’aluminium dans les vaccins » sur la toile (9 août 2017) et « Nouveau front contre les vaccins obligatoires » dans la version papier (10 août 2017).

 

Deux tiers de page sur la version papier. Cela pourrait aussi être de l'information, mais – hormis pour le titre qui a l'avantage de dévoiler l'objectif réel de la manœuvre dans la version papier – c'est d'une extraordinaire complaisance. Notamment :

 

« Ce recours – pour le moment gracieux –, qui n’est "en aucun cas une remise en cause de la vaccination", précise l’avocate – intervient dans un climat de défiance vaccinale en hausse. Mandatée par un nouveau collectif qui compte déjà 1 250 personnes – "des ingénieurs, des cadres, des parents mais aussi des membres du corps médical" – Me Bergel demande à présent à la ministre de la santé d’user "des pouvoirs qui [lui] sont conférés", pour imposer aux laboratoires de ne plus mettre d’adjuvant à l’aluminium dans les vaccins obligatoires et dans tous ceux qui le deviendraient d’ici là. En cause, leurs "effets secondaires néfastes tant pour les enfants très jeunes que pour les adultes", explique-t-elle. »

 

Il était manifestement de la plus haute importance de préciser – argumentum ad verecundiam – que ce nouveau collectif inclut « des ingénieurs, des cadres, des parents mais aussi des membres du corps médical ».

 

Il y a aussi un long couplet sur les théories de M. Romain Gherardi dont « les conclusions sont partagées par d'autres équipes à l'international mais ne font pas consensus », sachant que « [l]es études qui permettraient d'y voir plus clair peinent à trouver des financements »... Ah ! Les complots... David Gherardi contre Goliath Big Pharma...

 

On a toutefois la réponse de Mme Agnès Buzyn – en quelque sorte car elle répondait, et ce, avec un rare franc-parler, à la députée LRM Frédérique Tuffnell le 26 juillet 2017 – sur les allégations quant à la sécurité des adjuvants. Elle avait déclaré lors de la séance de questions au gouvernement :

 

« Vous dites : "Pouvons-nous trouver des adjuvants moins nocifs ?" Mais ils ne sont pas nocifs pour la santé, tous les rapports le montrent […] Nous sommes dans l'irrationnel le plus total. Nous travaillons aujourd'hui à lutter contre les réseaux sociaux et à lutter contre la désinformation. »

 

Cet échange musclé avait été rapporté en son temps par l'AFP, ainsi qu'en témoigne un article du Point. Sauf erreur, le Monde, si en pointe sur le dossier des vaccins, n'avait pas cru bon de la répercuter...

 

 

Ouf ! Il y a les Décodeurs

 

Mais au Monde, il y a aussi des gens qui travaillent à lutter contre la désinformation – hélas pas encore celle du Monde... Une des dernières livraisons des Décodeurs – sous la plume de M. Adrien Sénécat – est « Non, les vaccins envoyés en Afrique ne visent pas à stériliser les jeunes femmes ». Là, on lit avec plaisir...

 

 

Quelques lectures

 

 

Extrait du rapport de l'Académie de Pharmacie « Les adjuvants aluminiques : le point en 2016 »

 

 

Et voici ce qu'en fait le site Pourquoi Docteur :

 


 

 

Autres lectures utiles :

 

« Pourquoi il est parfois si difficile de démonter les arguments complotistes des anti-vaccins »

 

« Comment les anti-vaccins squattent les réseaux sociaux »

 

« Vaccins : les opposants à l'aluminium attaquent en justice ». Cet article soulève un coin du voile sur les désinformateurs et manipulateurs :

 

« Pour garantir le recrutement des mandants, l'initiative est "soutenue" par l'Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN), une association loi 1901 fondée en 2011 par Augustin de Livois, avocat, ancien consultant pour le cabinet de lobbying FairValue Corporate. La vocation de l'IPSN? "Permettre à tous et à chacun un libre accès à une médecine naturelle sérieuse comme complément et/ou comme alternative à la médecine conventionnelle." Or l'une des spécialités de l'IPSN est la diffusion de newsletter et de nombreuses pétitions qui lui permettent de disposer de mailing listes de plusieurs centaines de milliers d'adresses. Elle fédère par ailleurs un vaste groupe de "médecins" spécialisés en naturopathie, aromathérapie, homéopathie, micro-nutrition, voire même en micro-immunothérapie (sic). De la même façon, l'action de groupe a été relayée auprès des dizaines de milliers d'abonnés de la Lettre du Pr Henri Joyeux, lui-même membre de l'IPSN. Ce cancérologue controversé a fait appel de sa radiation de l'Ordre des médecins. Henri Joyeux avait diffusé une pétition en 2015 pour demander le retour d'un vaccin DTP sans aluminium. Elle avait recueilli plus d'un million de signatures, et autant d'adresses mail. »

 

Et, bien sûr, le Pharmachien :

 

 

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