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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Œufs, fipronil, élevages bio... pan sur le bec !

13 Août 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Santé publique

Œufs, fipronil, élevages bio... pan sur le bec !

 

 

 

 

Un incident ou un accident dans la chaîne alimentaire qui nous nourrit (et qui fait aussi du bien à notre balance commerciale tout en contribuant à un peu de stabilité géopolitique) – la chaîne dite « conventionnelle » – est très souvent exploité pour vanter les mérites de la filière dite « biologique ». C'est le fait de promoteurs et d'acteurs de cette filière, ou de médias, ou encore des deux à la fois dans une savante complicité.

 

Des œufs « contaminés » au fipronil ? Chouette ! L'occasion de trompetter que l'élevage bio – ou, quand on est un peu plus raisonnable et moins militant, l'éleveur bio interviewé – « n'utilise pas non plus d'insecticides ». Pinaillons : un produit que l'on utilise (ou que l'on n'utilise pas parce qu'on s'en passe) en élevage est appelé « biocide ».

 

L'apologie du vertueux bio, c'est ce que vient de faire France 3, relayé par FranceTVInfo, sous le titre : « Œufs contaminés : les particularités de l'élevage bio ».

 

En chapô :

 

« L'affaire des œufs contaminés conforte les éleveurs bio dans leur démarche de qualité. Ils n'utilisent pas du tout les mêmes méthodes que la production industrielle. »

 

L'éternel problème – auquel il faudra bien qu'on s'attaque un jour – de la promotion d'un produit ou d'une activité par le dénigrement, explicite ou implicite, du produit ou de l'activité concurrent.


 

 

Donc :

 

« Pour obtenir cette qualité, Aurélien nourrit les volailles uniquement avec des céréales issues de l'agriculture biologique. Dans ce poulailler, pas de cages, l'éleveur n'utilise pas non plus d'insecticides. Pour lui, le bien-être animal reste une priorité. Surtout lorsqu'il entend parler de différends (sic) scandales sanitaires. Avec 3 000 œufs produits chaque jour, l'éleveur gagne juste de quoi vivre convenablement. »

 

Notons quand même la dernière phrase qui reflète, hélas, une réalité : « bio » ou « conventionnels », les producteurs sont fondamentalement dans la même galère.

 

Le lecteur/téléspectateur aura été incité à croire que les œufs bio ne sont pas concernés par une fraude que les médias s'évertuent à présenter comme un « scandale » : il y a des dysfonctionnements dans la filière de production et dans la surveillance qui méritent peut-être l'appellation « scandale », mais certainement pas sur le plan de la sécurité sanitaire.

 

Comme on le sait, le problème provient des traitements contre les poux rouges avec un produit, DEGA 16, contenant en principe du menthol et de l'essence d'eucalyptus (non homologué en France) et auquel on a ajouté frauduleusement du fipronil ; on peut tourner la phrase autrement : un produit contenant du fipronil auquel on a ajouté du menthol et de l'essence d'eucalyptus pour masquer l'odeur du fipronil... et le rendre utilisable en bio.

 

Les œufs bio vertueux et vierges ? La veille de la publication de FranceTVInfo, donc le 10 août 2017, le journal belge l'Avenir publiait : « J’ai consommé quatre boîtes d’œufs contaminés au fipronil ». Des œufs bio comme ne le dit pas le titre, mais le texte le précise.

 

 

 

 

Pour s'en convaincre, il faut regarder le premier chiffre du marquage, ci-dessous :

 

 

 

 

Le « 0 » correspond au bio. C'est ce qu'indique le site de l'autorité néerlandaise de sécurité sanitaire dans « Lijst met eicodes van eieren met fipronil », sa liste de codes d'élevages concernés. Et le numéro d'élevage correspond à un élevage impliqué.

 

 

 

 

Mais on notera que l'AFSCA belge a zappé le « 0 » dans son illustration de « Liste des numéros de référence des oeufs rappelés ». Certes, il n'y a pas eu (apparemment) d'élevage bio concerné en Belgique ; mais au Pays-Bas...

 

 

 

 

Au Pays-Bas, l'Autorité Néerlandaise de Sécurité des Aliments s'est abstenue d'indiquer dans sa liste le mode d'élevage. Succombons à la conspirationite : pourquoi donc ? En tout cas, ces petites cachotteries sont ridicules. Et cela frise le scandale car de nombreux consommateurs ont pu être induits en erreur par la réputation dont jouit le bio.

 

Selon Europe 1, une vingtaine d'élevages bio seraient concernés aux Pays-Bas. C'est un chiffre à mettre en perspective : compte tenu du « rapport de force » entre bio et conventionnel, cette vingtaine représente une fraction importante de la production bio des Pays-Bas. Selon une infographie du Monde, 160 élevages sont à l'arrêt aux Pays-Bas. Proportionnellement donc, le bio est plus concerné que le conventionnel.

 

 

 

 

Nous voici donc avec FranceTVInfo qui cocoricotte que le bio, c'est beau, c'est bon, c'est vertueux, et Europe 1 qui écrit :

 

« Par ailleurs, la présence du produit toxique pour l'homme dans des œufs biologiques a également "une répercussion sur la confiance des consommateurs", qui en "a pris un bon coup", a regretté la porte-parole de Bionext. "Ceci est néfaste pour l'image de l'agriculture biologique."

 

Précisons pour le « produit toxique » : il faut rester zen dans ce cas précis. L'ANSES a produit son avis – plutôt bien fait, si ce n'est l'absence de la mention que les 1,2 mg de fipronil/kg d'œufs correspond à la concentration maximale trouvée à ce jour et qu'il serait grand temps de préciser la signification de : « le risque ne peut être exclu ». Bien compris, l'avis devrait être rassurant.


 

 

 

S'agissant de l'objet principal de ce billet, il serait bon que l'on commence à comprendre que bio et conventionnel sont logés à la même enseigne (le bio est peut-être plus à risque s'agissant des fraudes du fait des contraintes des cahiers des charges et de l'incitation à la triche que constituent les prix plus élevés – mais c'est une autre histoire).

 

Et, à propos d'enseigne... Quel est le principal client de cet éleveur interviewé par France 3 qui « gagne juste de quoi vivre convenablement » : la grande distribution...

 

Et encore à propos d'enseigne... La vidéo était précédée à l'origine par une publicité qui été enlevée le 12 août 2017 en milieu de journée... Une publicité « E.Leclerc - Qui est le moins cher » ! ! !

 

On se permettra ici une répétition du point d'exclamation !

 

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Alex 14/08/2017 06:59

On peut se poser la question de l'efficacité du DEGA 16. Pourquoi ajouter du fipronil ? Est-il peut ou pas efficace ? Et qu'en est il des autres pesticides bio ? Quelle est leur efficacité ?
Lors des tests de détection de résidus de pesticides sur les fruits et légumes, quand on trouve des traces de produits conventionnels sur les aliments bios il est souvent évoqué une "contamination croisée". Ne serait ce pas plutôt là aussi des fraudes dues au manque d'efficacité des produits phytosanitaires bio ?

Seppi 17/08/2017 13:56

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Pourquoi ajouter du fipronil ? Pour donner du peps à un produit à base de menthol et d'essence d'eucalyptus qui ne doit pas être bien efficace.

Les autres pesticides bio ? Il faudrait éplucher la liste, les passer en revue. Gros boulot !

En insecticides pour les végétaux, il y a notamment les pyréthrines (forcément) naturelles. Elles sont plutôt efficaces, mais moins performantes à plusieurs points de vue (efficacité sur la cible, sélectivité) que les pyréthrines de synthèse. Une excellente lecture :

http://culturagriculture.blogspot.fr/2017/04/101-naturel-vs-synthetique-3.html

Oui, la « contamination » par les traitements effectués par le voisin est souvent invoquée. La réalité est à mon sens que quand on trouve des résidus à des niveaux quantifiables, le voisin a très souvent bon dos.

Alex 14/08/2017 07:01

Oups...
"Est-il peu ou pas efficace ?"