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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La banane, les OGM et le documentaire Food Evolution : dans l'ombre en Ouganda, la situation désespérée des agriculteurs pauvres

18 Août 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Isaac Ongu, #OGM, #Afrique

La banane, les OGM et le documentaire Food Evolution : dans l'ombre en Ouganda, la situation désespérée des agriculteurs pauvres

 

Isaac Ongu*

 

 

Frances Nanziri espère avoir accès à la technologie GM pour sauver les bananiers malades de sa ferme.

 

Petit rappel : le bananier GM résistant au flétrissement bactérien porte un gène originaire du poivron. De quoi effrayer la galaxie anti-OGM...

 

L'extrait de Food Evolution ci-dessous se rapporte au problème du bananier en Ouganda, culture vivrière de première importance. La bande annonce du film, que l'on trouve facilement sur internet, est reproduite ci-dessous. Il va de soi que le lobby du bio et des charlataneries alimentaires n'a pas apprécié le film... Mais il est vrai que ces militants n'ont pas à se préoccuper de savoir s'ils ont quelque chose à mettre dans l'assiette de leurs enfants...

 

Lorsque Scott Hamilton Kennedy s'est rendu en Ouganda pour des prises de vues pour son nouveau film Food Evolution, il a voulu voir l'impact réel du flétrissement bactérien des bananiers chez des agriculteurs ordinaires. Kennedy et son équipe ont rendu visite à Frances Nanziri, une petite productrice de bananes d'un village perdu ougandais qui lutte contre la maladie dévastatrice. Nanziri est présentée dans le film ; elle y fait part de ses frustrations dans sa lutte contre la maladie et de son désir d'une vraie solution. C'est une réfutation directe des arguments des militants anti-OGM qui prétendent que le flétrissement bactérien de la banane n'est plus un problème, et que Kennedy a exagéré les préoccupations pour des raisons de propagande.

 

Récemment, deux ans après le tournage, j'ai rendu visite à Nanziri pour voir comment elle allait, et si l'affirmation selon laquelle la maladie n'était plus un problème était vraie. Qu'ai-je trouvé ?

 

 

Comment les moyens de subsistance de Nanziri ont-ils évolué ?

 

Selon les réponses de certains critiques des OGM au film Food Evolution, Nanziri devrait manger des gâteaux de bananes fabriqués à partir de bananes saines. Mais ce n'est pas ainsi que ça se passe. En fait, sans une solution OGM à la maladie mortelle, Nanziri n'aura plus de bananes saines sur la ferme qui lui a été si chère.

 

 

Une scène de Food Evolution dirigée par Scott Hamilton Kennedy.

 

Le défunt père de Nanziri, allant à l'encontre de la plupart des cultures africaines, avait donné une partie de sa propriété en partage à Nanziri et ses deux sœurs. Ses sœurs ont confié la terre à Nanziri afin qu'elle puisse produire des bananes, gagner sa vie et partager les profits. Mais cela ne s'est pas réalisé parce que le flétrissement bactérien du bananier a submergé sa ferme au point que, quand j'ai rendu visite à Nanziri, le champ autrefois bien soigné était plein de mauvaises herbes et de broussailles.

 

Lorsque les sœurs sont revenues pour évaluer ses progrès, Nanziri n'avait rien à partager – la récolte de bananes était un désastre. Ses sœurs veulent maintenant vendre leur part de terre et investir dans ce qu'elles pensent être une entreprise plus fiable. Si cela se produit, cela laisserait un seul acre à Nanziri (40 ares ou 4.000 mètres carrés), ce qui, selon elle, ne lui permettra pas de vivre. Elle penche maintenant vers un abandon de son rêve et envisage de vendre sa part et de déménager à un autre endroit où elle pourra acheter des terres à moindre coût afin qu'elle puisse continuer à vivre sa passion pour la production de bananes. Nanziri craint également de perdre ses précieuses relations avec ses amis quand elle se rendra dans un autre village.

 

Le flétrissement du bananier peut être géré, mais le coût va bien au-delà des possibilités des petits agriculteurs qui représentent la majorité des agriculteurs dans une grande partie de l'Afrique. Le film se concentre également sur une autre agricultrice, Emma Naluyima, qui gère sa plantation de bananiers et forme sa communauté. Naluyima est une vétérinaire avec une formation commerciale ; elle est la représentante d'une minorité qui peut préserver ses plantations du flétrissement. Elle a des porte-outils, des désinfectants et la discipline que sa formation scientifique lui a inculquée.

 

Pour sa part, Nanziri appartient au grand nombre d'ougandais qui gagnent moins d'un dollar par jour pour survivre entièrement à partir de leurs produits agricoles. Lui demander de gérer la maladie de la même façon que Naluyima serait irréaliste. Kennedy a compris cela et lui a proposé de l'emmener dans un centre de recherche public où on crée des variétés transgéniques résistantes. La vue des plantes saines, comme on peut le voir dans le film, a produit un sourire sur un visage de Nanziri exprimant le plus souvent la frustration.

 

Pour maîtriser le flétrissement, un agriculteur doit partir avec un matériel de plantation sain qui coûte 1 $ par plante, acheter un stérilisateur, arracher et brûler les plantes malades et veiller au retour sur investissement. Quand j'ai rendu visite à Nanziri, il était clair qu'elle ne pouvait pas se permettre ces coûts supplémentaires. Ses bananiers continuaient à flétrir et la plantation avait l'air abandonné – pas comme deux ans auparavant, lorsque Kennedy était venu et avait trouvé une plantation bien entretenue en train de lutter contre le défi du flétrissement.

 

 

Quel est le véritable problème ?

 

Pour Nanziri, ses sœurs qui souhaitent vendre leur part parce que ce n'est plus rentable sont un obstacle sérieux qui entrave sa capacité à poursuivre sa passion et compromet ses moyens de subsistance. Mais il y a un problème encore plus important : les activistes anti-OGM dans les grandes villes du monde où on projette Food Evolution, et les gouvernements européens. Food Evolution a saisi les problèmes réels rencontrés par des personnes réelles qui ont besoin de solutions réelles. Les forces mondiales qui refusent à des millions de petits agriculteurs comme Nanziri l'accès à des variétés génétiquement modifiées améliorées peuvent ignorer le fait que les petits agriculteurs africains produisent leurs propres cultures vivrières et n'ont absolument pas les moyens d'importer des aliments d'autres continents lorsque leurs cultures échouent.

 

_____________

 

* Isaac Ongu est un agriculteur. Il écrit sur la science et promeut les actions politiques fondées sur la science pour relever les défis agricoles en Afrique. Suivez Isaac sur twitter @onguisaac.

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2017/08/14/banana-wilt-gmos-food-evolution-behind-scenes-uganda-profiling-desperate-plight-poor-farmers/

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