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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Ne renoncez pas aux néonicotinoïdes ! » (Ben Woodcock)

17 Juillet 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Néonicotinoïdes, #Article scientifique

« Ne renoncez pas aux néonicotinoïdes ! » (Ben Woodcock)

 

 

Nous avons qualifié « Country-specific effects of neonicotinoid pesticides on honey bees and wild bees » (effets de pesticides néonicotinoïdes spécifiques à des pays sur les abeilles domestiques et sauvages), de B. A. Woodcock et al., de « science com' » à but politique. Selon M. Henry I. Miller, « Une étude sur les néonics fait des éclats dans les manchettes, mais vandalise la science ».

 

Rappelons que l'équipe du Centre for Ecology & Hydrology (CEH – Centre pour l'écologie et l'hydrologie) britannique a étudié dans une expérience à grande échelle, menée dans des conditions de terrain réalistes, les impacts de deux néonicotinoïdes utilisés en traitement des semences de colza sur les abeilles domestiques et sauvages d'Europe. Les résultats ont été pour le moins surprenants. Sur 258 jeux de données, 9 (seulement) sont statistiquement significatifs en défaveur des néonicotinoïdes étudiés, et 7 en faveur ; pas de différence significative pour 238 triplets de paramètres, de matière active (clothianidine ou thiaméthoxame) et de pays.

 

L'expérience a été menée dans trois pays : l'Allemagne, la Hongrie et le Royaume-Uni. « Un physicien » a commenté à juste titre :

 

« Il faut lire l'article anglais et surtout regarder la figure 2. La conclusion à tirer des données est celle du titre : l'important c'est le pays. En Angleterre toutes les ruches crèvent alors qu'elles restent vivantes en Allemagne et en Hongrie, à exposition supposée égale. Et si vous comparez les effets dans ces deux derniers pays, ils sont systématiquement opposés : ce qui entraîne un effet dans un pays entraîne exactement l'effet contraire dans l'autre. La seule conclusion valide à tirer de ces données est que l'exposition aux néonicotinoïdes n'est pas un paramètre pertinent. »

 

 

 

 

Les auteurs de l'étude ont cependant interprété les données, en résumé, de la manière suivante : les néonicotinoïdes ont des effets néfastes... nous l'avons prouvé – voyez la situation en Hongrie et au Royaume-Uni. Mais en Allemagne, les effets néfastes ont été contrecarrés par d'autres facteurs... nous supposons que c'est...

 

On aurait tout aussi bien pu inverser le raisonnement : les néonicotinoïdes n'ont pas d'effet néfaste (caveat : en conditions de terrain réalistes)... nous l'avons prouvé – voyez la situation en Allemagne (on pourrait ajouter ici la situation par exemple en Australie ou au Canada, dans l'Alberta). En Hongrie et au Royaume-Uni, d'autres facteurs sont intervenus pour brouiller l'image.

 

L'approche la plus sensée consiste à constater que l'interprétation des données est difficile et qu'il y a du pain sur la planche.

 

Nous avons vu que le Monde – de M. Stéphane Foucart – s'est précipité pour annoncer que « Deux études à grande échelle confirment les dégâts des néonicotinoïdes sur les abeilles ». Un titre plus honnête aurait été, par exemple, « 96,5 % des données d'un essai de grande envergure sur le terrain dans trois pays ne montrent pas d'effets néfastes des néonicotinoïdes sur les abeilles ».

 

Et nous avions écrit : « Gageons qu'il ne se trouvera pas grand monde – dans les sphères politiques et militantes – pour promouvoir l'utilisation de cette matière active sur le colza... »

 

Mais, dans ce « pas grand monde », il y a l'un des auteurs de l'étude – c'est même le principal –, M. Ben Woodcock. C'est quelque peu surprenant. Décidément, ces gens soufflent le chaud et le froid.

 

Voici ce qu'il écrit dans The Conversation, « Our research showed a controversial insecticide can harm bees – but it still has its uses » (notre recherche a montré qu'un insecticide controversé peut nuire aux abeilles – mais il a quand même des usages) :

 

« Ne renoncez pas aux néonicotinoïdes !

 

Les néonicotinoïdes ont un rôle essentiel à jouer dans la production alimentaire. Comme ils peuvent cibler des insectes particuliers, ils peuvent être utilisés à faibles doses, ce qui réduit le besoin de traitements insecticides à large spectre. Ils sont également utiles pour lutter contre les ravageurs qui ont déjà développé une certaine résistance à d'autres pesticides.

 

La question est alors ; pouvons-nous apprendre à vivre avec les néonicotinoïdes ? Comment peuvent-ils, d'une part, être utiles à l'agriculteur – dont les cultures primaires ne dépendent pas nécessairement des abeilles – et, d'autre part, ne pas nuire aux pollinisateurs ?

 

Il peut y avoir des moyens d'atténuer les effets négatifs des néonicotinoïdes sur les abeilles grâce à l'amélioration de l'élevage de l'abeille ou la mise à disposition de plus de plantes à fleurs pour que les abeilles puissent se nourrir dans des zones non cultivées. Mais cela nécessite des recherches supplémentaires.

 

Bien que la mauvaise santé soit susceptible de rendre les abeilles plus sensibles aux néonicotinoïdes, il est peu probable qu'il soit aussi simple de demander aux gens de s'assurer que leurs ruches soient en bonne santé. Aucun apiculteur n'a des ruches délibérément en mauvaise santé, bien qu'il y ait théoriquement toujours de la place pour de nouvelles approches.

 

Il peut être plus facile de créer de nouveaux habitats riches en plantes à fleurs, dans des paysages agricoles souvent dépouillés de ces ressources clés. En tout cas, les programmes agroenvironnementaux du Royaume-Uni peuvent fournir des mécanismes pour y parvenir, et ils le font. Pour les abeilles sauvages, les habitats de nidification sont souvent absents, et la création de ces zones dans les terres agricoles peut également aider. Les populations saines d'abeilles domestiques et d'abeilles sauvages sont beaucoup plus à même de faire face à l'exposition aux néonicotinoïdes, ainsi qu'aux autres pesticides auxquels elles peuvent être exposées dans ces systèmes.

 

Le défi pour l'UE, les agriculteurs, les défenseurs de la nature et les consommateurs – et peut-être de manière significative le Royaume-Uni post-Brexit – est de savoir comment s'orienter dans le faisceau de preuves et se mettre d'accord sur des solutions. C'est un défi qui sera profitable non seulement dans les champs des agriculteurs, mais aussi sur les menus des repas – et peut-être, plus important encore, pour l'existence même de la biodiversité mondiale. »

 

Rappelons qu'en France, au terme de débats ubuesques, le législateur a décidé lors du précédent quinquennat que les néonicotinoïdes seront interdits à compter du 1er septembre 2018 (avec une possibilité de dérogations – fort illusoire – jusqu'au 1er juillet 2020).

 

D'autre part, l'étude de Woodcock et al. – portant sur le colza – ne peut en aucun cas venir à l'appui de la proposition de la Commission Européenne de renforcer l'interdiction de la clothianidine, de l'imidaclopride et du thiaméthoxame en exluant tous les usages sauf en serre.

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