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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Mon sauvetage de bananes

5 Juillet 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Mon sauvetage de bananes

 

Kevin Folta*

 

 

Voici quelques-uns des bébés que j'ai sauvés de la mort dans la benne à ordures. Ils n'ont pas encore fait la transition vers la zone jaune doré de la maturité des bananes.

 

J'étais dans une épicerie locale à la recherche d'un poivron vert. Je prévoyais de faire un plat pour une soirée ce jour-là. Les poivrons à la pièce coûtaient 2,29 $ la livre et le sachet de six était à 2,99 $ ; alors, j'ai dû faire une pause et quelques calculs, et aussi réfléchir à ce que je pouvais faire avec six poivrons verts.

 

J'étais donc en train de manier les chiffres quand j'entendis des BOUM..., BOUM..., BOUM... juste derrière moi. Je me suis retourné et je ne pus pas croire ce que je voyais. Le gars qui travaille dans la section des fruits et légumes saisissait des mains de bananes et les jetait dans une poubelle.

 

Je suis intervenu : « Attendez, je vais les prendre ! »

 

Il m'a dit : « Prenez des nouvelles dans le carton, ici », en me montrant les cartons de bananes vert-jaune nouvellement livrées qui allaient bientôt remplir l'espace précédemment occupé par des bananes bien mûres.

 

Je lui ai dit que je détestais le gaspillage alimentaire et que je ne pouvais pas le regarder faire. J'ai pris quelques mains de bananes. Des rescapées. Bonne chance au reste ! Elles n'allaient pas être gardées ou données pour l'aide alimentaire aux sans-abris ou aux sans-bananes. Elles allaient à la poubelle.

 

Ce genre de chose me touche viscéralement pour plusieurs raisons. Ce soir, 99% de la population mondiale se couchera sans banane. Ce n'est pas pour faire la lumière sur le problème de la faim dans le monde, mais cela me dérange vraiment que les gens du monde en développement n'ont souvent pas accès aux fruits et aux légumes. Même dans cette nation aisée, il y a des endroits où la banane est une denrée rare.

 

Mais au-delà des impacts humains, les bananes ont une empreinte environnementale importante. Chaque banane qui allait finir dans cette poubelle avait une histoire remarquable à raconter.

 

Les bananes sont produites dans d'énormes plantations en Amérique centrale et du sud, et aussi aux Philippines. Tout commence par une fleur qui donne naissance aux petites mains de fruits. Les plantations sont gérées avec des applications fréquentes de fongicides et d'insecticides, car les bananiers sont constamment attaqués par des parasites et des maladies. Neuf mois plus tard, les bananes sont prêtes pour la récolte.

 

De grands régimes de bananes pesant plus de 50 kilos sont coupés des « arbres » et amenés dans des hangars d'emballage sur la plantation. Les travailleurs sont généralement payés à la pièce, alors ils travaillent rapidement. Travail pénible dans un climat chaud. Des problèmes de santé sérieux ont été documentés pour les travailleurs de la banane surmenés.

 

Les gros régimes sont séparées en « mains » qui sont emballées, généralement par des travailleuses. Les bananes vertes sont empilées étroitement dans des cartons pour limiter les dégâts lors de l'expédition. À ce stade, 30 à 40 % des bananes sont déjà éliminées en raison des défauts et imperfections. Le produit mis en carton est expédié dans les 24 heures suivant la récolte.

 

Les bananes sont placées dans un transport réfrigéré à 13 °C et embarquées sur de grands navires blancs (cela contribue au contrôle de la température). Elles se dirigent vers les États-Unis où elles sont débarquées et transportées par camion vers les salles de maturation.

 

La salle de maturation est un espace dans un bâtiment qui ressemble à un hangar d'avion. Des salles immenses sont remplies de bananes en cartons et on y injecte de l'éthylène. Ce gaz stimule le processus de maturation. Il est naturellement produit par les bananes (et d'autres fruits) pour déclencher le processus de maturation. Ici, les humains donnent un coup de pouce.

 

Les bananes ainsi traitées entament maintenant une course contre la montre. Les gènes associés à la maturation ont été déclenchés, une biochimie complexe est à l'œuvre et les bananes changent au fur et à mesure qu'elles approchent de votre épicerie locale où vous pouvez en acheter une livre pour bien moins qu'un dollar. Pensez-y !

 

 

Comment se répartit votre dollar de banane dans la chaîne d'approvisionnement. De haut en bas : travailleur ; propriétaire de la plantation ; transporteur ; grossiste importateur ; mûrisseur ; détaillant.

 

Et elles sont là, sur le rayon, en attendant que quelqu'un les achète.

 

Ou, si elles ne sont pas achetées, des fruits mûrs peuvent être donnés à des organismes de bienfaisance locaux, mais cela nécessite du temps et de l'énergie.

 

Ou elles vont à la poubelle.

 

Les bananes rescapées de la poubelle sont maintenant sur mon comptoir et je regrette de ne pas avoir fait un marché avec le magasin pour sauver tout le lot avant qu'il ne devienne un déchet. J'ai payé le prix plein de la vente au détail pour les rescapées, et elles sont arrivées directement à leur nouvelle maison.

 

Ce matin, j'en ai mangé une, et elle n'était pas encore assez mûre. La maturation augmente les niveaux de sucres et d'esters fruités, les composés volatils qui font que la banane a un goût de banane. Le gars de l'épicerie jetait un produit qui n'était même pas prêt pour son heure de gloire, sans parler de surmaturité.

 

Je pense que chaque produit que nous avons est un miracle, et il est remarquable que nous ayons le choix que nous avons pour un prix aussi bas. Apprenez à comprendre votre nourriture. Comprendre d'où cela vient, ce qu'il faut pour le produire, la génétique, les travailleurs, l'histoire, l'empreinte environnementale.

 

Les bananes que je n'ai pas pu récupérer sont aujourd'hui dans une poubelle, en train de pourrir au chaud soleil de la Floride. Un énorme investissement de temps, de carburant, de labeur et de produits chimiques de protection des cultures est perdu pour toujours dans une décharge.

Mon grand-père a grandi pendant la Grande Dépression et disait toujours : « Le gaspillage de nourriture est un péché. »

 

Je pense que c'est pire. C'est un gaspillage criminel de ressources et une insulte à ceux qui n'ont pas de nourriture, et à l'environnement qui fait des sacrifices pour la produire.

 

_____________

 

* Kevin M. Folta est professeur et président du Département des Sciences Horticoles de l'Université de Floride. Il enseigne dans des ateliers de communication scientifique pour les scientifiques et les professionnels de l'agriculture, et diffuse un podcast hebdomadaire, Talking Biotech. Le financement de ses recherches et ses défraiements peuvent être consultés à l'adresse www.kevinfolta.com/transparency.

 

Il se présente aussi comme un scientifique d'une université créée par donation foncière (land-grant university) qui explore les moyens de produire une meilleure nourriture avec moins d'intrants, et comment faire de la communication scientifique.

 

Source : https://medium.com/@kevinfolta/my-rescue-bananas-6fc6f819bf7c

 

 

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