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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Mauvaise nouvelle : la pollution des cours d'eau par les pesticides baisse !

28 Juillet 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides

Mauvaise nouvelle : la pollution des cours d'eau par les pesticides baisse !

 

 

 

 

Avec ce titre, nous nous plaçons évidemment sous l'angle des médias – des placiers de mauvaises nouvelles – et des marchands de peur.

 

Sans surprise, la nouvelle n'a pas réussi à percer dans les médias (ni sur les réseaux sociaux).

 

Le 18 juillet 2017, Eaufrance, le service public d'information sur l'eau, a publié « Pesticides : une baisse de la pollution des cours d’eau en métropole ». En résumé :

 

« L’observatoire national de la biodiversité (ONB), qui s’intéresse de près aux indicateurs de biodiversité, a mis à jour sa fiche concernant l’évolution de la pollution des cours d’eau par les pesticides en métropole. Le taux d’évolution a subi une baisse de - 10 % sur la période 2008-2014. La diminution de cet indicateur aura probablement des conséquences positives sur la biodiversité... »

 

Le 13 avril 2017, Eaufrance avait déjà publié une annonce, « Pesticides dans les cours d’eau : des teneurs en baisse entre 2009-2014 ». Avec deux propos curieux (c'est nous qui graissons) :

 

« Entre 2009 et 2014, la publication montre que les teneurs en pesticides sur le territoire français baissent sensiblement. »

 

Et :

 

« Pondérées des risques environnementaux qu’elles représentent pour la faune et la flore aquatique, les teneurs en pesticides dans les cours d’eau baissent légèrement sur la période 2009-2014. La synthèse indique que cette tendance est principalement portée par l’évolution des teneurs en herbicides, dont plusieurs substances, parmi les plus écotoxiques, ont été récemment interdites. En France métropolitaine, l’indice d’évolution de la présence des pesticides dans les cours d’eau (IPCE), prenant en compte l’écotoxicité de chacune de ces substances, baisse d’environ 10 % sur cette période. »

 

Alors, « sensiblement » ou « légèrement » ? Les deux phrases incriminées se suivent !

 

Soyons mesquins – ou peut-être pas : ce service public lié à l'environnement estime-t-il que, pour assurer sa légitimité, il doit diffuser des nouvelles préoccupantes – donc minimiser les bonnes nouvelles ? Peut-être devrions-nous être optimiste : il a viré sa cuti.

 

Le graphique ci-dessous, tiré d'un quatre-pages, « Pesticides : évolution des ventes, des usages et de la présence dans les cours d’eau depuis 2009 », nous semble instructif : l'indice tous usages de présence dans les cours d'eau a baissé en 2013 et 2014. Malgré l'augmentation de la pluviométrie – laquelle, en toute hypothèse, devrait entraîner une augmentation des traitements phytosanitaires ainsi que des écoulements et transferts. Et malgré des ventes de pesticides plutôt élevées par rapport à la moyenne de la période pendant ces deux années.

 

 

 

 

L'évolution de la situation est présentée en trois graphiques et deux cartes sur ce site de l'Observatoire National de la Biodiversité. Nous commencerons par la dernière figure (!), la teneur moyenne en pesticides dans les (sic) cours d'eau en 2014 par sous-secteur hydrographique.

 

 

 

 

L'évolution moyenne – en pourcentage – est représentée sur la carte suivante :

 

 

 

 

Cette carte est un peu trompeuse. Le jaune clair, par exemple, s'applique à tous les cours d'eau qui sont restés stables, qu'ils soient non pollués ou très pollués. Une hausse de plus de 50 % (en vert foncé) n'a pas la même signification selon qu'on se trouve dans un sous-secteur peu pollué ou très pollué. Néanmoins, la carte montre une prédominance de vert (amélioration).

 

Le graphique suivant donne les évolutions au sein de chaque catégorie. Ainsi, dans les sous-secteurs très pollués, 10 ont vu une baisse de leur charge entre 10 et 50 % et 4, une hausse de plus de 50 %. Là encore, répétons-le : une hausse de 50 %, par exemple, n'a pas la même signification selon que le sous-secteur est dans la catégorie « moins de 0,1 µg/L » ou « plus de 2 µg/L ».

 

 

 

 

Rappelons que les « normes de qualité » sont :

 

  • pour les eaux brutes pour la production d'eau potable : 2 μg/L par pesticide et 5 μg/L pour l’ensemble des pesticides ;

  • pour l'eau distribuée : 0,1μg/L par pesticide et 0,5 μg/L pour l’ensemble des pesticides

 

Il y a donc, selon la légende de la carte, 22 sous-secteurs hydrographiques qui dépassent la limite de 2µg/L (en moyenne).

 

On peut aussi écrire : « il n'y a que... ».

 

Nous étions peut-être mesquins ci-dessus. Mais il faut relever – et apprécier – cette nouvelle approche qui change des sempiternels annonces du style « En 2014, toute analyse confondue (sic), des pesticides sont quantifiés au moins une fois pour 87 % des 3052 points de mesure des cours d’eau, et pour 73 % des 2121 points de mesure des eaux souterraines », sans aucune mise en perspective.

 

La phrase ci-dessus est du Commissariat Général au Développement Durable qui relève du Ministère qui s'appelle maintenant « de la Transition Écologique et Solidaire ». Le biais idéologique et – disons-le tout net – incivique s'exprime aussi, par exemple, dans cette phrase :

 

« La surveillance des pesticides couvre en superficie les trois quarts des unités hydrographiques et hydrogéologiques. Les cours d’eau, plus vulnérables car directement exposés, sont plus marqués par cette pollution avec 53 % de la superficie nationale en dépassement de la concentration de 0,1 µg/l, norme « eau potable » pour une substance. »

 

Pourquoi, s'agissant de cours d'eau, une référence à la norme « eau potable » et, de plus, pour un seul pesticide.

 

Ce même biais s'exprime aussi dans le graphique suivant, tiré du même document :

 

 

 

Pourquoi mettre les plages de teneurs dans l'ordre décroissant ?

 

Nous venons de changer de gouvernement et – en principe du moins – de logiciel politique. Il y a aussi, à notre sens, urgence à changer les logiciels de certaines institutions et administrations.

 

Nous nous sommes servis pour cet article de trois sources, elles-mêmes alimentées par les mêmes séries statistiques, ce qui témoigne du reste d'un fâcheux gaspillage des ressources : Eaufrance et le nouveau Observatoire National de la Biodiversité, d'une part, et le Commissariat Général au Développement Durable. Celui-ci ferait bien de réviser son approche et produire des informations qui ont vraiment un sens et une utilité.

 

L'objectif de rivières propres n'est nullement servi par un discours irrationnel – centré sur des statistiques de quantifications dont le facteur principal est la sensibilité de l'appareillage, au-delà de la présence de résidus – servant de base à un discours de la peur et du rejet de pesticides indispensables à la production agricole... et à la gestion raisonnée de l'environnement.

 

La pollution des cours d'eau par les pesticides baisse ? Malgré... ? Peut-être faut-il y voir une amélioration des pratiques. Bravo les agriculteurs... Continuez... Et expliquez...

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