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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Lettre ouverte à la Ministre de l'Environnement allemande, Dr Barbara Hendricks, à propos du glyphosate : « Prenez vos responsabilités »

14 Juillet 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Union européenne, #Politique

Lettre ouverte à la Ministre de l'Environnement allemande, Dr Barbara Hendricks, à propos du glyphosate : « Prenez vos responsabilités »

 

 

 

 

 

Une lettre que des agriculteurs français pourraient bien envoyer à notre Ministre de la Transition Écologique et Solidaire, M. Nicolas Hulot...

 

 

Sous la direction de Susanne Günther (schillipaeppa.net), les blogueurs agricoles de www.blogagrar.de et www.bauerwilli.com ont écrit une lettre ouverte à la Ministre Fédérale de l'Environnement, Dr. Barbara Hendricks. L'occasion en est une réunion du Comité Permanent des Végétaux, des Animaux, des Denrées Alimentaires et des Aliments pour Animaux (PAFF) à Bruxelles, le 19 juillet 2017, avec un nouveau débat sur le glyphosate.

 

Voici la lettre dans son intégralité :

 

 

Madame,

 

topagrar.com rapporte que votre ministère ne veut toujours pas approuver la réautorisation de la matière active herbicide glyphosate dans l'UE. Un porte-parole du Ministère Fédéral de l'Environnement a confirmé cette information sur Twitter, en écrivant : « Plus d'effets négatifs du #glyphosate sur les plantes, les animaux et les réseaux alimentaires, sur les terres arables, sont bien documentés. Notre position est donc inchangée ».

 

Je ne comprends pas cette argumentation. Dans des dialogues antérieurs sur Twitter avec Maria Krautzberger, la Présidente de l'Agence Fédérale de l'Environnement (UBA), ou avec Jochen Flasbarth, le Secrétaire d'État de votre ministère, une étude qui avait été commandée par l'UBA a constamment été mentionnée comme preuve. Il s'agit de la publication Jahn, Hötker et al., 2014 : « Protection of biodiversity of free living birds and mammals in respect of the effects of pesticides » (la protection de la biodiversité des oiseaux et mammifères vivant en liberté en ce qui concerne les effets des pesticides). J'ai examiné cette étude et j'ai dû constater qu'elle ne contient aucune indication concrète à l'appui du fait que c'est précisément le glyphosate qui affecte la biodiversité dans le paysage agricole. L'objet de ce travail est général et porte sur les effets des produits de protection des plantes ; sur plus de 500 pages, le mot « glyphosate » n'apparaît que 17 fois. J'ai exposé ma critique de manière détaillée sur mon blog dans « Nachgehakt: Glyphosat und Biodiversität » [en français : « Vérification : le glyphosate et la biodiversité »].

 

Bien sûr, le glyphosate, à l'instar d'autres herbicides, fait mourir les plantes, ce qui réduit la diversité sur le champ. Les moyens mécaniques de contrôle des mauvaises herbes le font aussi, et c'est l'essence même de toute l'agriculture, qu'elle soit conventionnelle ou biologique. Lorsqu'on fait « table rase » avant le semis à la charrue plutôt qu'avec un herbicide, toutes les plantes auront aussi disparu de la surface du champ. En outre, les opérations de travail mécanique du sol impactent massivement la faune. Selon le WWF, 90 pour cent des amphibiens sont tués par le labour. Ce n'est pas seulement pour cette raison que s'est développée la méthode de travail du sol réduit dans le secteur agricole. Dans l'agriculture biologique, la charrue est beaucoup plus souvent utilisée pour le contrôle des mauvaises herbes.

 

Il me semble raisonnable de considérer dans la discussion sur les herbicides, et plus particulièrement le glyphosate, l'impact de l'ensemble du système agricole sur la biodiversité, et pas seulement les effets des mesures individuelles. Dans une comparaison directe, le mulch et le semis direct ressortent en haut du tableau : les vers de terre, les carabes et les araignées profitent des résidus de cultures et d'autres matières organiques qui restent à la surface du sol. Il n'y a pas que les aspects positifs sur la biodiversité ; l'abandon de la charrue présente d'autres avantages : la structure du sol est maintenue et la capacité d'absorption de l'eau est augmentée. Ces deux facteurs protègent le sol contre l'érosion tant éolienne qu'hydrique. En outre, les émissions de CO2 sont réduites par les techniques agricoles de conservation, car la fréquence et l'intensité des interventions sont réduites. C'est une raison pour laquelle l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, la FAO, recommande aux décideurs de l'UE de promouvoir l'agriculture de conservation.

 

Une enquête menée par des scientifiques de l'Université de Göttingen auprès d'agriculteurs a constaté que ce sont les exploitations qui comptent sur les techniques de travail du sol réduit et les cultures intermédiaires qui dépendent le plus du glyphosate.

 

Madame Hendricks,

 

Veuillez reconsidérer votre position dans ce contexte. Si vous ne le faites pas, vous punissez tout simplement les agriculteurs qui se préoccupent beaucoup de la rotation des cultures, des cultures intermédiaires, de la conservation des sols, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que des interactions dans la nature. En dernière analyse, il s'agit, dans la décision maintenant en vue, d'arbitrer le conflit entre les effets positifs de la réduction du travail du sol et l'utilisation des pesticides chimiques de synthèse (qui comprennent le glyphosate) de manière à maximiser le bénéfice pour l'environnement. Comme indiqué ci-dessus, les opérations culturales en agriculture biologique sont aussi une intervention dans la nature, et elles ne sont pas sans conséquences.

 

Un autre aspect me semble important : si l'Allemagne devait s'abstenir en raison du désaccord entre les ministères compétents lors du vote dans le groupe d'experts de l'UE, il appartiendra probablement à la Commission Européenne de décider seule de la réautorisation du glyphosate. Pour l'observateur extérieur, la décision de la Commission pourra sembler arbitraire. Cela affaiblit la confiance des citoyens dans les institutions de l'Union Européenne.

 

Des limitations d'usages peuvent toujours être prises au niveau national, après la réautorisation de la matière active, par les institutions compétentes, telle l'Agence Fédérale de l'Environnement. Cette marge de manœuvre n'est en tout cas pas affectée.

 

Mme Hendricks,

 

Soyez à la hauteur de vos responsabilités et prenez une décision qui offre aux agriculteurs d'Allemagne la possibilité de continuer à choisir le mode de production le plus durable approprié à leurs conditions de culture.

 

Je vous prie...

 

 

Susanne Günther (schillipaeppa.net)

Bernhard Barkmann (www.blogagrar.de)

Dr Willi Kremer Schilling (www.bauerwilli.com)

 

 

Liens connexes :

 

 

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Sources :

 

https://schillipaeppa.net/2017/07/13/ubernehmen-sie-verantwortung/

https://blogagrar.de/landwirtschaft/uebernehmen-sie-verantwortung/

http://www.bauerwilli.com/uebernehmen-sie-verantwortung/

 

 

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