Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'inde bénéficiera de la commercialisation de la moutarde GM

21 Juillet 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Inde

L'inde bénéficiera de la commercialisation de la moutarde GM

 

Pavitar Pal Singh Pangli*

 

 

 

 

 

L'Inde vient de franchir un pas important avec la petite graine de moutarde.

 

Cette nouvelle opportunité pourrait constituer un avantage majeur pour moi et d'autres agriculteurs indiens qui cherchons à améliorer notre productivité et à augmenter nos revenus.

 

En mai dernier, le principal organisme de réglementation de la biotechnologie de mon pays – le Comité d'Évaluation du Génie Génétique (Genetic Engineering Appraisal Committee – GEAC) – a confirmé que la moutarde génétiquement modifiée est « sans danger pour la consommation ». Ceci constitue une étape importante sur la voie de la commercialisation. Une décision finale incombe maintenant à Harsh Vardhan, le nouveau Ministre de l'Environnement de l'Inde. Les rapports de presse suggèrent qu'il attendra que la Cour Suprême se prononce sur quelques litiges pendants, mais c'est une spéculation.

 

 

Pavitar Pal Singh Pangli à la table ronde Global Farmer

 

 

J'ai bon espoir qu'il prendra une action rapide en faveur de l'agriculture moderne. La moutarde GM augmentera les rendements, de sorte que sa commercialisation me fournira une aide immédiate sur ma ferme de 32 hectares au Pendjab. J'adopterai cette technologie tout de suite en rejoignant les rangs des millions d'agriculteurs du monde entier qui cultivent des plantes génétiquement modifiées.

 

En Inde, nous avons déjà fait l'expérience de ce que les plantes génétiquement modifiées peuvent apporter. Depuis la commercialisation du cotonnier GM en 2002, la grande majorité des producteurs indiens de coton s'appuient sur cette plante qui possède une résistance naturelle à des ravageurs. Ils l'ont choisie parce qu'ils ont vu de leurs propres yeux comment elle rend l'agriculture durable sur le plan économique et environnemental.

 

Aujourd'hui, la moutarde GM est sur le point de devenir notre deuxième culture GM – et notre première culture alimentaire GM.

 

Son adoption améliorerait notre sécurité alimentaire presque instantanément parce que l'Inde importe actuellement la majeure partie de son huile alimentaire : environ 60 pour cent de l'huile que nous consommons, plus de 14 millions de tonnes, vient de l'étranger. Nous dépendons des agriculteurs qui produisent du canola et du soja qu'ils cultivent en Argentine, au Brésil, au Canada et aux États-Unis.

 

Voici une chose importante à comprendre : presque tout le canola et le soja cultivés dans ces pays est génétiquement modifié.

 

Nous consommons déjà d'énormes quantités d'huiles dérivées de plantes GM. La commercialisation de la moutarde GM ne changera rien à cet état de fait mais nous aidera à devenir plus autonomes.

 

Il n'y a rien de mal avec le commerce international. Les agriculteurs du monde entier en dépendent. Mais je suis également convaincu que les agriculteurs de l'Inde devraient aussi avoir accès aux technologies que les agriculteurs des pays plus riches comme les États-Unis, le Canada, l'Argentine et le Brésil tiennent pour acquises. Cela est d'autant plus vrai lorsque nous achetons déjà le fruit de cette technologie.

 

La moutarde GM est une culture nationale – c'est « swadeshi », comme le disent les Indiens. Des scientifiques indiens de l'Université de Delhi ont travaillé dessus depuis plus d'une décennie.

 

Maintenant, il a subi avec succès un processus d'approbation rigoureux fondé sur une science solide. La dernière étape est politique – et les agriculteurs comme moi pensent que si le gouvernement est sérieux au sujet de son engagement à doubler les revenus agricoles d'ici 2022, il nous permettra d'accéder à la moutarde GM.

 

Malheureusement, les opposants non scientifiques sont bruyants et volubiles. Ils se nourrissent de l'ignorance et de la peur, répandant des doutes sur les plantes GM. Ils ne se préoccupent que de leurs idéologies traditionnelles, et non du bien-être des agriculteurs ni des économies que nous ferons réaliser aux consommateurs.

 

Nous avons déjà vu ce qui peut aller de travers car ce n'est pas la première fois que le GEAC a recommandé l'approbation d'une plante alimentaire GM. En 2010, le comité a soutenu le brinjal GM (connu sous le nom d'aubergine dans de nombreux autres pays), qui est une denrée de base de notre alimentation. Cela fait maintenant sept ans que nous souffrons d'un moratoire, alors même que notre voisin, le Bangladesh, a permis aux agriculteurs d'utiliser cette technologie.

 

 

M. Pangli parlant lors d'un événement dans l'État du Pendjab en mai 2017.

 

 

L'adoption précoce par l'Inde du cotonnier GM a bénéficié à nos agriculteurs et à notre pays. Depuis lors, nous avons observé qu'une grande partie du monde nous a dépassés. Il est étrange que nous débattions maintenant pour savoir si nous devrions nous permettre le privilège de produire la nourriture que nous importons et consommons tous les jours.

 

En tant que président de l'Association des Agriculteurs Borlaug de l'Asie du Sud, je consacre beaucoup de temps à étudier et à diffuser les dernières informations sur les technologies agricoles, tout en aidant les agriculteurs indiens à produire davantage et à améliorer leur qualité de vie.

 

Je suis convaincu que le choix est clair : notre gouvernement devrait permettre la commercialisation de plantes GM que nos scientifiques ont étudiées et développées, que nos régulateurs ont jugé sécuritaires et nutritives, et que nos agriculteurs veulent cultiver et dont ils ont désespérément besoin.

 

______________

 

* Pavitar Pal Singh Pangli

Agriculteur, Inde

 

M. PPS Pangli produit du blé, du riz basmati et non parfumé, du maïs, des légumes, de l'ail, des oignons, de la moutarde et des semences fourragères et de légumes de saison dans une ferme située dans son village ancestral, Panglian, district de Ludhiana, dans l'État du Pendjab, dans l'Inde du Nord. M. Pangli préside l'Initiative des Agriculteurs Unis pour l'Autonomisation de l'Inde ; il est un leader agricole de l' Association des Agriculteurs Borlaug de l'Asie du Sud et est membre du Global Farmer Network (réseau mondial des agriculteurs).

 

Source : http://globalfarmernetwork.org/2017/07/india-will-benefit-commercialization-gm-mustard/

 

 

Ma note :

 

1. Cela semble mal parti au Rajasthan : « Rajasthan Not To Allow Genetically Modified Mustard Even If Centre Approves » (le Rajasthan n'autorisera pas la moutarde génétiquement modifiée même si le gouvernement central l'approuve).

 

Paroles du Ministre de l'Agriculture du Rajasthan Prabhulal Saini :

 

« Premièrement, nous n'avons pas besoin de moutarde GM parce que notre État a assez de variétés traditionnelles avec de meilleurs rendements. Deuxièmement, je suis contre la modification génétique, qui n'est rien d'autre qu'une ingérence dans la nature. »

 

2. Cette moutarde GM contient une construction génétique permettant la création de variétés hybrides. Elle implique une tolérance au glufosinate (Basta), utilisée dans la production des semences. Pour en savoir plus, voir par exemple ici.

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article