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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Comment la Californie met en garde contre le cancer

9 Juillet 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information

Comment la Californie met en garde contre le cancer

 

Schillipaeppa*

 

 

 

 

« La Californie met en garde contre le cancer », c'est un titre de la Süddeutsche Zeitung. Silvia Liebrich écrit :

 

« Le destructeur de plantes controversé y est classé comme cancérogène. Le 7 juillet, il devrait être inscrit sur une liste de produits chimiques dont les effets cancérigènes sont connus. Cela a été annoncé par l'autorité pour l'évaluation des risques pour la santé liés à l'environnement. »

 

D'autres journaux suscitent l'impression dans leurs articles qu'il y a eu une nouvelle évaluation des risques. Ainsi, le Spiegel Online range la décision dans la chaîne des évaluations du glyphosate par le Centre International de Recherche sur le Cancer de l'OMS (CIRC), l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et l'Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA). Le fait est cependant que l'autorité compétente de la Californie, le Bureau d'Évaluation des Risques du Milieu Ambiant sur la Santé de l'Agence de Protection de l'Environnement de la Californie (California Environmental Protection Agency’s Office of Environmental Health Hazard Assessment OEHHA), n'a procédé à aucune évaluation des risques. La Frankfurter Allgemeine Zeitung (Faz) évoque même une « liste noire ».

 

De quoi s'agit-il ? En septembre 2015, l'OEHHA a annoncé qu'il allait inscrire le glyphosate sur la « liste de la Proposition 65 ». En fait, l'Office ne fait qu'appliquer ses règles, qui prévoient qu'une substance doit être inscrite sur cette liste dès lors que le CIRC a déterminé qu'elle provoque le cancer chez l'animal et/ou les humains. Le CIRC a déterminé dans son rapport en mars 2015 que le glyphosate est cancérogène dans des expériences sur des animaux. Ainsi, l'OEHHA doit inscrire la matière active herbicide dans la liste de la Proposition 65. Monsanto avait engagé une action judiciaire pour s'y opposer mais a perdu. Bien que Monsanto ait annoncé son intention de faire appel [ma note : c'est fait], l'OEHHA a annoncé qu'il ajouterait le glyphosate le 7 juillet 2017 à la liste de la Proposition 65 [ma note : c'est fait].

 

La conséquence de l'inscription d'une substance dans la liste est que le fabricant ou le vendeur de produits qui la contiennent doivent publier des avertissements, et ce, directement sur le produit ou par des avis dans le point de vente. La Proposition 65 contient d'ailleurs des substances telles que l'acrylamide, l'aspirine, la pilule contraceptive, l'acide caféique, le noir de carbone, l'estragole (par exemple comme dans le basilic), les œstrogènes dans les préparations contre les effets de la ménopause, l'extrait d'Aloe vera, la testostérone, la fumée de tabac, la poussière de bois, l'alcool, ainsi que la vitamine A à partir d'une certaine dose. Pour les boissons alcoolisées, l'avis d'avertissement doit être conforme au libellé suivants :

 

« AVERTISSEMENT: Boire des spiritueux, de la bière, des cocktails, du vin ou d'autres boissons alcoolisées peut augmenter le risque de cancer et, pendant la grossesse, causer des malformations congénitales. »

 

Étant donné que la liste est longue et qu'il y a presque partout des traces de substances qui peuvent être cancérigènes selon des expériences sur des animaux, on trouve en Californie une véritable forêt de panneaux avec des avertissements selon la Proposition 65. Dans chaque McDonald's et dans chaque café Starbucks en Californie, il doit y avoir un panneau d'annonce avec une mise en garde contre l'acrylamide contenu dans les frites et le café. Devant les entrées de Disneyland, des parkings et d'autres installations, on met en garde. Lors de la vente de vaisselle ou de bois de chauffage, il faut également mettre en garde selon la loi.

 

 

 

 

Même des produits biologiques sont munis d'avertissements, car ils contiennent naturellement des substances telles que l'arsenic, le plomb, le cadmium, le mercure et le nickel. Souvent, les fabricants ne savent plus où donner de la tête. Ainsi, Now, un fabricant de produits alimentaires bio et de compléments alimentaires écrit sur son site :

 

« La mention d'une substance chimique sous Prop 65 pourrait être le résultat de tests sur des animaux de laboratoire. Les normes de Prop 65 pour les avertissements sont souvent très strictes. Par exemple, pour les reprotoxiques, le niveau des mises en garde est 1.000 fois inférieur au niveau le plus bas auquel les études sur des animaux n'ont signalé aucun effet sur la santé de la reproduction. Un avertissement Prop 65 ne signifie pas automatiquement que le produit est dangereux. »

 

Une mise en garde en vertu de la Proposition 65 sur le paquet ne veut donc pas dire qu'il y a un danger à consommer le produit.

 

La Süddeutsche écrit :

 

« La Californie pourrait ainsi devenir le premier État des États-Unis, où l'herbicide souvent vendu Roundup, à base de glyphosate, porte sur l'emballage un avertissement approprié sur ses effets cancérigènes. »

 

Eh bien, il n'y a vraiment pas de quoi faire tomber quelqu'un de sa chaise en Californie.

 

 

Liens :

 

Liste de la Proposition 65

 

What does warning label from California really mean? (que signifie vraiment l'étiquette d'avertissement de la Californie ?)

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2017/06/28/wie-kalifornien-vor-krebs-warnt/

 

 

Ma note : L'« information » n'a pas (encore?) été répercutée par les médias en France. Il n'y a guère que le Journal de l'Environnement à s'être intéressé à la question le 30 mars 2017 avec « En Californie, le glyphosate bientôt reconnu cancérogène ».

 

Et le CRIIGEN avec un « La Californie juge le glyphosate cancérigène » non daté. Avec ce morceau de bravoure :

 

« Mais désormais, le Circ n'est plus isolé : la Californie suit le même chemin. En vertu d'une loi datant de 1986, connue sous le nom de Proposition 65, la Californie doit régulièrement publier une liste à jour des substances toxiques pour l'Homme. C'est dans ce cadre que le glyphosate a été étudié par le Bureau d'évaluation des dangers liés à la santé environnementale (OEHHA), entité dépendante de l'Agence californienne de protection de l'environnement. Et les conclusions sont sans appel : "La substance est reconnue par l'Etat pour causer des cancers." »

 

On jugera de la qualité de l'information – « indépendante », n'est-ce pas ? – à l'aune des explications, amplement documentées et sourcées de Mme Susanne Günther. Nous pouvons reprendre : « ...les conclusions sont sans appel » !

 

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