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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Abeilles : qui est le tueur ? Entretien avec un apiculteur

22 Juillet 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Willi l'Agriculteur, #Abeilles

Abeilles : qui est le tueur ? Entretien avec un apiculteur

 

Willi l'Agriculteur*

 

 

 

 

 

 

Salut Fred ! Tu gères le Honighof (ferme du miel) de Dötlingen. Dis à nos lecteurs qui tu es et ce que tu fais.

 

Comme tu l'as déjà dit, je gère avec ma famille le Honighof (ferme du miel) à Dötlingen. La ferme du miel n'est pas seulement un rucher, mais aussi un centre d'information pour la biodiversité et la vitalité des pollinisateurs. Je suis donc une situation enviable : je peux faire de ma passion – les insectes pollinisateurs et l'apiculture – une activité professionnelle. Je travaille également en tant que consultant indépendant pour la santé des abeilles.

 

 

Nous lisons et entendons parler tous les jours de la mortalité des abeilles. Y a-t-il des chiffres sur l'évolution du nombre de colonies d'abeilles dans le monde ?

 

Le slogan « mortalité des abeilles » permet à certains groupes, à des associations et à des partis politiques de suggérer à la population que notre abeille européenne est proche de l'extinction. C'est manifestement une déclaration fausse.

 

Nos abeilles européennes sont aujourd'hui des animaux domestiques. Comme avec tous les animaux domestiques, leur population dépend fortement de la question de savoir si on peut gagner de l'argent avec elles. Il y a actuellement une forte demande sur le marché mondial, non seulement pour le miel, la cire et d'autres produits de la ruche, mais aussi pour les services de pollinisation. Les prix augmentent de façon constante.

 

Ainsi, le nombre de colonies d'abeilles a augmenté dans le monde selon la FAO de 71 millions en 2000 à 81 millions en 2013. En Allemagne aussi, le nombre de colonies d'abeilles est en constante augmentation depuis 10 ans.

 

 

Question stupide : quelle est en fait la longévité d'une abeille (reine, faux-bourdon, ouvrière) ? Au bout de combien de temps une colonie d'abeilles est-elle quasi entièrement renouvelée ?

 

Nous devons faire ici la distinction entre les différents types d'abeilles. Les reines peuvent vivre jusqu'à l'âge de 5 ans. Cependant, elles sont généralement remplacées par les apiculteurs au bout de 2 ans par une jeune reine. Les faux-bourdons – les abeilles mâles – vivent environ 3-4 mois. Toutefois, s'ils ont le « bonheur » de s'accoupler avec une reine, ils meurent immédiatement après la libération du sperme.

 

Pour les ouvrières, il faut distinguer entre les abeilles d'hiver et les abeilles d'été. Les abeilles d'hiver ont pour tâche de permettre à la reine de passer l'hiver et d'élever la première couvée au printemps. Par conséquent, leur espérance de vie va jusqu'à 4 mois.

 

Les abeilles d'été ne vivent que 4 à 6 semaines, en raison des nombreuses activités qu'elles doivent déployer. Elles se tuent à la tâche dans le sens le plus vrai de cette expression. Mais les pertes d'ouvrières ne sont pas un problème car, en été, la reine peut pondre jusqu'à 2.000 œufs par jour. Pour une population de 60.000 abeilles, la ruche est renouvelée au bout d'un mois.

 

 

Depuis plusieurs décennies, l'acarien Varroa est un énorme problème dans l'apiculture. Pourquoi et quels moyens efficaces y a-t-il maintenant pour la combattre ?

 

Le varroa a été introduit il y a environ 40 ans en Allemagne. Notre abeille européenne ne le reconnaît pas comme une menace et ne peut pas le combattre par elle-même. Le varroa se nourrit de sang de l'abeille, de l'hémolymphe. En piquant les abeilles, il les infecte avec des virus. Le virus des ailes déformées est particulièrement dangereux. Les colonies d'abeilles atteinte de varroase n'ont aucune chance de survie et meurent pendant l'hiver. C'est aussi la raison pour laquelle il n'y a plus de colonies d'abeilles sauvages en Allemagne. Nos abeilles ne peuvent plus survivre que sous la garde d'apiculteurs bien formés qui peuvent combattre avec succès l'acarien Varroa.

 

Les associations apicoles et les instituts de l'abeille recommandent de lutter contre le varroa avec de l'acide formique, de l'acide lactique ou de l'acide oxalique. Mais les techniques sont sophistiquées et ne peuvent être appliquées avec succès que par des apiculteurs disciplinés. Il y a des lanières de traitement comme Apitraz ou Bayvarol. Elles agissent comme les colliers anti-puces ou anti-tiques pour les chiens et les chats. Leur utilisation est simple et leur efficacité excellente. Malheureusement, de nombreuses associations d'apiculteurs ignorent cette méthode de traitement et les produits ne sont pas promus.

 

 

Les abeilles et l'agriculture. Quand on lit les rapports, les agriculteurs sont toujours assis sur le banc des accusés. Quelle est ton opinion ? Que se passe-t-il avec la mortalité des abeilles du fait de la protection des végétaux ?

 

À mon avis, on jette ici dans le même pot, à dessein, le chiffre alarmant des pertes de colonies d'abeilles dues au varroa avec celui, plus petit, des dégâts causés aux abeilles par une mauvaise utilisation des pesticides. L'objectif est de diffamer l'agriculture.

 

Le nombre officiel de pertes de colonies d'abeilles du fait des produits phytosanitaires est rarement supérieur à 200 par an. Même en prenant une sous-déclaration improbablement élevée, ce nombre ne dépasse pas la barre des 1000.

 

Les pertes de colonies par le varroa peuvent cependant se monter à 30 % de la population totale des abeilles.

 

J'essaie parfois d'illustrer cela par un exemple. Imaginez qu'une colonie est représentée par un dé : 1000 colonies d'abeilles correspondent à un cube de 10 cm de côté.

 

Alors, dans l'hypothèse d'une sous-déclaration importante, les dommages causés aux abeilles par la protection des végétaux correspondent à un cube.

 

Si nous partons d'un million de colonies d'abeilles en Allemagne, 30% de perte par le varroa sont représentées par une tour de 300 cubes. Soit une hauteur de 3.000 cm (30 mètres) contre 10 centimètres.

 

Comme tu le vois, la véritable menace pour l'abeille n'est pas l'utilisation malavisée des produits de protection des plantes, mais le contrôle insuffisant de la varroase.

 

 

Que peuvent faire les agriculteurs pour améliorer la situation non seulement de l'abeille domestique, mais aussi de tous les insectes pollinisateurs (abeilles sauvages et bourdons) ?

 

Les agriculteurs offrent déjà beaucoup (bandes enherbées, cultures intermédiaires et jachères fleuries), mais les pollinisateurs sauvages ont besoin d'un réseau de sites de vie et d'habitats permanents appropriés. L'agriculture ne peut pas fournir cela à elle seule. Je voudrais voir une coopération étroite entre les agriculteurs et les citoyens pour conjointement mettre en place des mesures appropriées pour aider les pollinisateurs.

 

La devise pourrait être : « agriculteur + citoyen = biodiversité ».

 

 

Willi, votre Agriculteur

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Source : http://www.bauerwilli.com/interview-wer-ist-der-killer/

 

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