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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Tours d'ivoire

9 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Willi l'Agriculteur, #Divers

Tours d'ivoire

 

Willi l'Agriculteur*

 

 

 

 

Il ne s'agit pas ici d'ivoire, mais d'éducation et de formation.

 

Ce qui m'énerve et m'irrite de plus en plus ces derniers temps, c'est le fait que ce sont précisément les professeurs d'agriculture qui professent des opinions particulièrement critiques sur l'agriculture qui s'expriment ans les médias. Surtout lorsque certains d'entre eux sont des membres du Conseil Consultatif Scientifique du gouvernement fédéral. Je n'entend certes pas nier que certains aspects méritent bien d'être critiqués. Mais lorsque, par exemple, un professeur de Göttingen exige des « investigations secrètes » pour contrôler les éleveurs, il faut se demander si l'on veut vraiment que sa progéniture aille étudier dans cette ville.

 

D'autres messieurs considèrent que l'agriculture dans son ensemble n'a pas d'avenir et qu'une réduction de moitié de la consommation de viande est inévitable. Quelle allure auront les mesures concrètes, et comment elles affecteront la structure de l'agriculture, n'est pas expliqué dans les médias. Mais on doit probablement pouvoir entendre ça dans leurs cours.

 

Tous les professeurs d'agriculture allemands ne se répandent pas ainsi en de telles critiques de l'agriculture. Mais où sont donc tous les autres ? Les titulaires d'un magistère élevé ne devraient-ils pas s'impliquer dans la formation de l'opinion politique ? Et ce, de manière à être aussi entendus ! Même en dehors de l'amphithéâtre !

 

Les scientifiques ont aussi, à mon avis, une obligation sociale : expliquer à leurs semblables pourquoi ce qu'ils font est utile. Pourquoi la science et les scientifiques sont-ils attaqués ? Parce qu'ils restent passifs et ne s'indignent que si ont leur supprime les crédits. Voilà deux attitudes qu'ils partagent avec bien des agriculteurs... ;-)

 

La science n'est pas seulement une mission ; elle devrait être une passion, celle d'appréhender de manière systématique les relations dans le monde, d'exploiter ces connaissances et de faire progresser l'humanité. Ce qui a été démontré par des essais et l'expérimentation doit aussi être reconnu comme la vérité. Mais trop souvent, la culture bourgeoise classique exagère les risques des nouvelles technologies jusqu'à l'absurde. Et cela vaut non seulement pour l'agriculture, mais aussi pour beaucoup d'autres domaines de la recherche.

 

Mais pourquoi abandonne-t-on le terrain aux plus bruyants ? Les calmes qui font des recherches en toute tranquillité et préparent nos jeunes à la vie réelle, aux réalités de la vie quotidienne, sont largement ignorés parce qu'ils ne prennent pas la parole. J'ai récemment entendu le professeur Grethe dire lors d'une réunion : « Nous devons faire attention, face à toutes ces critiques, à ne pas perdre les jeunes, ceux qui sont censés mettre nos recherches en œuvre le moment venu. » Il y a beaucoup de vrai là-dedans.

 

Mais à mon avis, cette idée vient presque trop tard. « Nous ne voulons plus nous exposer à la pression médiatique, à l'hostilité constante », c'est ce que j'entends souvent de ceux qui doivent façonner l'avenir de l'agriculture, tout en s'exprimant bien trop souvent contre la mainmise sur le domaine.

 

Chers professeurs, peut-être penserez-vous à donner à nos jeunes plus de courage, à planter dans leur cœur l'enthousiasme pour le formidable métier d'agriculteur. Ne transmettez pas seulement des connaissances, mais une réflexion globale et indépendante dans toutes les disciplines.

 

Montrez-leur non seulement comment on construit un bateau, mais donner-leur le désir du grand large.

 

Et, s'il vous plaît, manifestez-vous...

 

Vôtre,

 

Willi l'Agriculteur

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Source : http://www.bauerwilli.com/elfenbein-tuerme/

 

 

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