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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La déontologie journalistique selon le Monde de Stéphane Horel (et Stéphane Foucart)

8 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme

La déontologie journalistique selon le Monde de Stéphane Horel (et Stéphane Foucart)

 

 

 

Le profil autoproclamé de Mme Horel sur Twitter. Nous ne savions pas que notre journal favori emploie des "lobbywatcher"...

 

 

Le Monde est ces temps un merveilleux sujet d'émerveillement !

 

 

Marre de la désinformation

 

« La France » aurait exporté « un pesticide interdit vers les pays en développement » selon un article du 29 mai 2017 (date sur la toile). Répétons que l'atrazine n'est certes plus autorisée en Europe, mais qu'elle le reste dans 60 pays, dont les États-Unis d'Amérique, et que jusqu'à preuve du contraire, toutes les opérations ont été légales.

 

Il y aurait eu un « Nouveau scandale sanitaire dans un élevage de 160 000 poules pondeuses » le 30 mai 2017 (notre analyse ici). Mais le journal doit piteusement faire machine arrière trois jours après – tout en maintenant scandaleusement sa notion de scandale – avec « Scandale sanitaire dans un élevage de poules pondeuses en Vendée : « aucune non-conformité ».

 

Cela ne l'a pas empêché de continuer à faire de la publicité pour l'association L214, à l'origine du non-scandaleux scandale avec « Scandale sanitaire dans un élevage de poules en Vendée : L214 maintient sa plainte ». Retenons de notre analyse (ici) que le Monde a omis – refusé est sans nul doute plus juste – de mettre à jour, ou au moins en perspective, son premier article sur la toile.

 

Et il y a ce chapelet d'articles sur le glyphosate – ou plutôt une attaque en règle contre Monsanto : neuf en six jours !

 

L'éditorial du 3 juin 2017, « "Monsanto Papers" : les leçons d’une enquête » propose une conclusion claire : l'évaluation européenne – en fait mondiale, car la nôtre est conforme aux standards internationaux – de la sécurité sanitaire et environnementale des substance, dans le cas présent des pesticides, doit s'aligner sur le « modèle » du Centre International de Recherche sur le Cancer. C'est une conclusion d'autant plus scandaleuse et frustrante que, dans le cas de l'évaluation du glyphosate, le CIRC a accumulé les malfaçons et ce qu'il convient bien d'appeler malversations. Notre conclusion est tout aussi claire : « Glyphosate : le Monde persiste dans les mensonges ».

 

Au final, le CIRC a fait la démonstration sa dérive idéologique. Il n'est dès lors pas étonnant que le Monde vienne à son secours.

 

 

 

 

Le « géant des pesticides »

 

Dans la version papier du journal du vendredi 2 juin 2017, il y a un titre en une, avec trois affirmations clés, sur un quart de page : « "Monsanto Papers" – la guerre contre la science du géant des pesticides ».

 

Souriez à la qualité de l'enquête et du titre : Monsanto, c'est un petit géant dans le domaine des pesticides : en gros, avec quelques 10 % de parts de marché (dont on aimerait connaître le détail du calcul) qui lui sont couramment attribués, c'est moitié moins que Syngenta ou Bayer ; et c'est avec un portefeuille de matières actives réduit. Monsanto, c'est aussi, en gros, le double de DuPont, ou encore de ces illustres inconnus pour le grand public que sont Nufarm Limited et Adama (anciennement Makhteshim Agan).

 

Mais tout est bon au Monde pour enfumer le lecteur.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "pesticides market shares"

(Source)

 

 

Quant à « la science » ainsi combattue, c'est celle des activistes (et du Monde) instrumentalisant un classement contesté du CIRC (voir par exemple ici, sur l'excellent la Théière Cosmique, une explication facilement compréhensible) ; et une science invalidée par ce que le monde compte d'agences d'évaluation et de régulation.

 

 

McCarthy au Monde, à moins que ce ne soit Vychinski

 

Résultat de recherche d'images pour "joseph mccarthy conspiracy" L'enquête – répartie sur deux numéros – s'est fondée en partie sur des questions posées à des acteurs de la saga. À la lecture du produit final, on peut s'étonner de voir souvent des choses comme : untel « n'a pas répondu aux sollicitations du Monde ».

 

Normal encore une fois : il faut accréditer une sombre histoire de bataille rangée, de coups fourrés, d'acteurs agissant dans l'ombre pour le compte de Monstresanto... et ne répondant pas « aux sollicitations du Monde ».

 

Mais il y a sans nul doute une autre raison pour cette normalité.

 

Dans sa dernière livraison – « When Activists Pretend to be Journalists: Stéphane Horel and her Monsanto Rage » – M. David Zaruk, le Risk-monger, reproduit ses réponses à des questions que lui a posées Mme Horel. Nous traduirons le billet sous peu... mais il est long... et il y a tant de choses à dire sur le Monde de la désinformation (et parfois de la bonne information).

 

 

Une remarquable éthique... ad hominem...

 

 

Pour l'heure, il suffit de s'en tenir aux questions à M. Zaruk :

 

Résultat de recherche d'images pour "vychinski" « 1. Vous avez écrit environ 20 textes ou articles sur le glyphosate/CIRC au cours des deux dernières années. Avez-vous reçu une rémunération pour ce travail ou avez-vous fait cela pendant votre temps libre ?

 

2 Avez-vous déjà reçu des instructions ou des demandes d'autres parties concernant ces écrits ?

 

3 Avez-vous, ou avez-vous eu, des relations, directes ou indirectes, de nature financière ou non financière, avec Monsanto ou des organisations en lien avec Monsanto (CropLife, American Chemistry Council, cabinet de consultants ou d'avocats employés par Monsanto, etc.). ) au cours des deux dernières années ?

 

4. En juillet 2016, vous avez rencontré Hank Campbell de l'American Council on Science and Health (ACSH) aux États-Unis. Quel était le but de cette visite ? Quelle est votre relation avec l'ACSH ?

 

5. Quelle est votre relation avec le Genetic Literacy Project ? »

 

Est-on encore dans le domaine du journalisme ou dans celui de l'interrogatoire, quasiment sous la torture ?

 

Manifestement, ces gens du Monde ignorent qu'il y a une Charte d'Éthique Professionnelle des Journalistes, dont voici un long extrait :

 

« Le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droits de l’homme et la Constitution française, guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. Cette responsabilité vis-à-vis du citoyen prime sur toute autre.

 

Ces principes et les règles éthiques ci-après engagent chaque journaliste, quelles que soient sa fonction, sa responsabilité au sein de la chaîne éditoriale et la forme de presse dans laquelle il exerce.

 

Cependant, la responsabilité du journaliste ne peut être confondue avec celle de l’éditeur, ni dispenser ce dernier de ses propres obligations.

 

Le journalisme consiste à rechercher, vérifier, situer dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité ; il ne peut se confondre avec la communication. Son exercice demande du temps et des moyens, quel que soit le support. Il ne peut y avoir de respect des règles déontologiques sans mise en œuvre des conditions d’exercice qu’elles nécessitent.

 

[…]

 

C’est dans ces conditions qu’un journaliste digne de ce nom :

 

[…]

 

Respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence ;

 

Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles ;

 

Exerce la plus grande vigilance avant de diffuser des informations d’où qu’elles viennent ; »

 

Les questions de Mme Horel à M. Zaruk respectaient-elles la dignité de M. Zaruk ?

 

Il n'y a pas lieu d'invoquer la présomption d'innocence, puisqu'il n'y a eu ni crime ni délit (à part le crime qui consiste à ne pas partager l'idéologie du Monde), mais on peut infléchir le commandement : les questions de Mme Horel respectaient-elles la présomption d'honnêteté de M. Zaruk ?

 

 

Résultat de recherche d'images pour "vychinski"

 

 

« ...un journaliste digne de ce nom […] tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, […] pour les piliers de l’action journalistique... »

 

Les articles de M. Foucart et de Mme Horel répondent-ils à ce commandement ?

 

Résultat de recherche d'images pour "charte éthique journalistes" M. Zaruk a été l'un des premiers à attirer l'attention sur le conflit d'intérêts de M Christopher Portier, le « spécialiste invité » du CIRC. Il n'a pas cessé d'exposer les événements postérieurs – notamment l'activisme anti-glyphosate de M. Portier et de la moitié du groupe de travail du CIRC – qui n'ont fait que confirmer la pollution des travaux du CIRC par l'activisme et l'idéologie. Mais les deux Stéphane s'ingénient à minimiser cette situation, pour en fait la nier :

 

« De véritables conflits d’intérêts, il y en a pourtant. Mais ailleurs »

 

Et ils écrivent :

 

« Les élucubrations de M. Zaruk pouvaient être très facilement vérifiées et invalidées. »

 

Ah !

 

Invalidez donc le fait que M. Christopher Portier, employé à temps partiel de l'Environmental Defense Fund, apparaît sur la liste des participants du groupe de travail du CIRC comme « Christopher J. Portier, Agency for Toxic Substances and Disease Registry, USA [retired] ». Expliquez-nous pourquoi il n'y a pas figuré avec ses emplois pertinents au moment des faits. Expliquez aussi pourquoi son emploi actuel n'a été signalé qu'après coup. Et pourquoi cet emploi est quasi dissimulé derrière un verbiage :

 

« Christopher Portier reçoit un salaire à temps partiel de l'Environmental Defense Fund, un groupe de plaidoyer environnemental à but non lucratif basé aux États-Unis » ?

 

 

(Source)

 

Mais, confronté à la désinformation et aux manipulations du Monde, nous nous répétons aussi.

 

S'agissant de ce que M. Foucart et Mme Horel ont fait des réponses de M. Zaruk, il faudra attendre un peu (ou lire l'article de M. Zaruk en anglais en comparaison avec celui du Monde). Mais, on s'en doutera, ce n'est pas joli, joli.

 

 

Où est l'appel à "retweeter" ?

 

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un physicien 08/06/2017 14:17

Un début d'évolution ?
Rats, punaises, moustiques, frelons… Le nombre de « nuisibles » explose en France
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/06/08/rats-punaises-moustiques-et-frelons-necessitent-un-nombre-grandissant-d-interventions_5140347_3244.html#pxRsh8KyUuQmXaeV.99

Seppi 14/06/2017 17:40

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Un début d'évolution ? Mais alors, c'est le début du début...

On aura passé ce stade quand les journalistes se mettront à parler des -cides.

Voici un commentaire récent qui illustre bien la bobo-attitude de ceux qui n'ont pas été confrontés à des problèmes :

« Mocquery Stéphany il y a 4 jours
Formidable! Rien n'est dit de la lutte mécanique, préalable indispensable pour que la lutte chimique soit efficace sur les punaises, rien du respect des règles d'hygiène et de salubrité contre la prolifération des rats et moustiques, pas d'avis des services sanitaires, etc. Mais la parole à des gens qui expliquent qu'on les empêche de polluer plus et, accessoirement, de créer encore plus de résistance avec leurs produits chimiques!Prochain article : Monsanto vante le glyphosate?

Ils auraient des rats, des souris, des cafards, des poux, des punaises, la gale, qu'ils cracheraient encore contre... Monsanto.

Seppi 14/06/2017 17:37

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Malheureusement, il n'y aura pas beaucoup de maires pour expliquer la situation – avoir le courage de dire qu'un coup d'herbicide (glyphosate...) aurait résolu le problème, sans conséquences pour la santé et l'environnement. Le discours actuel est plutôt : « Ben, faudra s'y faire ».

Et malheureusement aussi, aux prochaines élections, ça fera le lit des extrémistes.

Quant à la « contre-information », je pense que nous devons tous faire des efforts.

Alain Coetmeur 08/06/2017 17:11

l'interdiction de sphyto dans les villes me semble une super idée...
ca devient la jungle, les murs sont détruits, et les gens le voient...
Les plantes crèvent, et les gens vont comprendre rapidement le problème.

Le problème c'est quand des urbains comme moi lisent des manipulateurs incultes, sans avoir de contre-information...