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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'agriculture et surtout le bio sur l'Obs : pas mal !

25 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Agriculture biologique

L'agriculture et surtout le bio sur l'Obs : pas mal !

 

Glané sur la toile 149

 

 

Sur la toile, l'Obs a produit une série d'articles intéressants. Revue.

 

 

Des fraises anoures

 

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Sans queue...


Avec « Mais pourquoi donc les fraises n'ont-elles pas de queue ? », publié le 30 avril 2017, Mme Corinne Bouchouchi fait œuvre de pédagogie. Qui savait qu'on récolte certaines fraises sans queue pour que la queue de l'une ne blesse pas la chair de l'autre ? Après avoir lu, on sait...

 

 

Fraises bio : quand l'idéologie écrase les vraies valeurs

 

 

Ci-dessus : ce qui est refusé aux producteurs bio... qu'ils se cassent le dos...

 

On est en plein dans le sujet du bio, et des fraises, avec « Pourquoi est-ce si difficile de trouver des fraises bio ? », publié le 14 mai 2017, par la même plume. Explications d'un producteur, M. Xavier Mas :

 

« Direction le Lot-et-Garonne. Xavier Mas a le coup de main pour détacher la queue de ses fraises en les tenant délicatement dans la paume et n’utilise aucun pesticide chimique, sauf nécessité absolue. Pourtant, pas question pour lui de passer en bio, même si ce n’est pas l’envie qui manque :

 

"Je ne peux pas passer en bio car je travaille en jardin suspendu. La réglementation européenne ne le permet pas, contrairement à l'américaine".

 

Revenir à une culture pleine terre ? Il n’y pense pas :

 

"Le travail est trop pénible. Il faut rester accroupi ou courber le dos. Je ne veux pas sacrifier ma santé ou celle de mes employés. En jardin suspendu, les plants sont à hauteur de main. C’est beaucoup plus confortable.»

 

C'est la séquence : quand l'obscurantisme – des idéologues, à distinguer des agriculteurs qui ont décidé de produire selon cette filière – met en échec les grandes déclarations sur les merveilleuses vertus du bio.

 

On peut rapprocher cela de l'exception qu'ont obtenue les producteurs bio californiens, pour eux-mêmes – enfin, au détriment de leurs travailleurs agricoles – de l'interdiction de la binette à manche court et du désherbage à la main.

 

Autre producteur, M. Jean-Claude Terlet :

 

« ...Pour lui, pas de doute, ses fraises élevées hors-sol sont bien meilleures que des fraises poussées en pleine terre. Il affirme en avoir déjà fait la démonstration à l’aveugle. Alors pourquoi n’aurait-il pas droit au fameux label bio ? "J'aimerais bien avoir l'appellation mais je remplis tous les critères sauf celui-ci (la pleine terre, NDLR)", regrette-t-il lui aussi en vantant ses composts biologiques ou sa bouillie bordelaise. »

 

Mais vanter la bouillie bordelaise...

 

Plus loin, l'auteure écrit :

 

« ...nombreux sont les producteurs de fraises qui se refusent à suivre cette voie [du bio]. Pour lutter contre la pénibilité du travail, mais aussi parce qu’ils affirment qu’en pleine terre il est quasiment impossible de lutter contre les attaques ciblant les fraisiers sans recourir à la chimie. »

 

Tiens, cela nous rappelle l'opération de com' de Carrefour, de 2016, « Une nouvelle filière de fraises cultivées sans pesticides de synthèse de la fleur à l’assiette » (notre analyse ici). C'est curieux... nous n'avons rien de tel vu cette année... ça doit être notre mauvaise vue...

 

Des fraises sans pesticides de la fleur à l'assiette proposées dans 1900 magazins ? Vraiment ?

 

Il y a certes aussi le discours idéologique et propagandiste. On peut être choqué par les explications d'une productrice bio, ingénieure agronome – dont nous tairons le nom par charité – pour le passage de la production de la pleine terre au bac, à portée de main d'un homme debout. N'importe quoi !

 

Ou encore par les propos de M. Marc Dufumier, qui opine :

 

« Si l’on ne regardait que les résidus de pesticides, le hors-sol serait très bien. Mais les qualités nutritionnelles des fruits ainsi récoltés sont plus faibles. La plante ne prend que les minéraux que l’on trouve dans le substrat. »

 

Nous ne lui demanderons pas de prouver ses dires : il en serait incapable. Car, grâce aux travaux des agronomes, ceux qui font honneur à leur profession, le substrat contient tous les minéraux nécessaires. Que ce soit pour les fraises ou les autres productions en hors-sol.

 

Notre esprit vagabond s'est souvenu de ces producteurs de fraises en conteneur dont nous avions parlé ici. Leur site a été fermé. Si l'expérience a échoué, il serait utile de savoir pourquoi. En tout cas, nous souhaitons pleine réussite aux jeunes entrepreneurs qui s'étaient lancés dans cette aventure.

 

 

Revenons au sujet : c'est un article d'investigation qui sort des sentiers battus de la sanctification du « bio » et la damnation du « conventionnel ». Le lecteur doué d'un minimum d'esprit critique y trouvera des éléments de réflexion intéressants.

 

Pour ce qui nous concerne, nous trouvons choquant que l'idéologie du bio puisse mépriser l'amélioration des conditions de travail. Qu'en pensent les décideurs politiques ?

 

 

Ils ne sont pas bio, mais...

 

Résultat de recherche d'images pour "ils ne sont pas bio" Blablabal...

 

Nous aurons dérogé à l'ordre chronologique... Le 5 mai 2017, l'Obs a mis en ligne un texte de l'AFP, « Les agriculteurs non bio en quête de reconnaissance de leurs efforts ». C'est un article surprenant connaissant la production habituelle de l'agence, une critique pertinente de l'opposition injustifiée entre stéréotypes – « bio » et « conventionnel » – sur fond notamment de campagne électorale :

 

« Sans être passés au bio, beaucoup d'agriculteurs s'efforcent d'adopter des pratiques plus saines, utilisant moins de produits phytosanitaires ou d'antibiotiques, mais peinent à valoriser leur production. »

 

Résumé : consommateurs, il faut payer le prix ! Cela vaut vraiment le détour.

 

 

Les statistiques de l'Agence Bio

 

L'Agence Bio ayant publié ses statistiques annuelles, il était normal que l'Obs publie, le 23 mai 2017, « La consommation de produits bio bondit de près de 22% en 2016 ». C'est la dépêche de l'AFP.

 

 

Les revenants du bio...

 

Nous avons été intrigués par les statistiques de l'Agence Bio, et nous n'avons pas été les seuls. De fait, le développement du bio – fortement encouragé par des mesures que l'on peut taxer d'anti-économiques et une forte pression médiatique, ainsi que l'effet d'aubaine quand le conventionnel souffre de prix bas – n'est pas un long fleuve tranquille – ou plutôt impétueux au regard des pourcentages de croissance proclamés.

 

Le 25 mai 2017, MM. Jean-Victor Semeraro et Quentin Pérez de Tudela ont osé un salutaire « Agriculture bio : ils y ont cru, ils n'ont pas tenu ».

 

C'est vraiment à lire, et nous n'en dirons pas plus.

 

Sauf que, à la lecture des commentaires, on doit constater qu'il faut beaucoup plus d'articles de ce genre et de cette qualité pour démonter des mythes tenaces.

 

 

...et ceux qui ont négocié le virage

 

« "Le bio m'a sauvé" : en Normandie, les laitiers sautent le pas », du 28 mai 2017 et de MM. Mathieu Ait Lachkar et Guillaume Poingt, porte un titre hyperbolique. Car les auteurs sont allés à la rencontre de deux producteurs seulement, et il semble qu'aucun n'ait été en grande difficulté ; l'un est du reste en conversion.

 

En ce moment, le lait bio a certes le vent en poupe, mais gare aux retours de bâtons. L'un des producteurs explique à juste titre :

 

« Il faut limiter l'offre de lait bio pour ne pas qu'il y ait de crise de surproduction comme dans le conventionnel ; aujourd'hui l'équilibre n'est pas mauvais. »

 

Et tous les producteurs ne peuvent pas « se convertir » à cette filière, par exemple pour des raisons structurelles.

 

Dommage que cet article regorge de lieux communs, de poncifs et de partis pris.

 

Par exemple, on ne peut que sourire, au mieux, quand l'un des éleveurs a dit avoir été en « "quête d'autonomie vis-à-vis des grands industriels" [...] en faisant notamment référence au géant américain Monsanto »... quand il livre son lait au groupe Danone.

 

Quand un producteur dit :

 

« Mon objectif, c'est d'être performant économiquement, écologiquement et socialement »,

 

il y a aussi comme une critique des collègues qui ne sont pas entrés dans la filière bio, laquelle n'a pas l'exclusivité des performances citées. Les a-t-elle réellement ? Ça se discute. De nombreuses études – d'auteurs non inféodés au bio – montrent que l'avantage que le bio pourrait avoir à l'hectare s'évanouit quand on raisonne à la quantité produite. Ainsi, l'un des éleveurs dit que sa production est tombée de 8.500 kilos de lait par vache et par an en conventionnel à 5.500 litres en bio.

 

 

Grande distribution (généraliste) c. grande distribution (spécialisée)

 

On change d'auteurs avec cet article du 27 mai 2017 : Mmes Laure Hänggi et Élise Koutnouyan pour « Grande distribution ou réseaux spécialisés ? Le bio entre deux feux ». Notons que les mots subissent une certain effet de pesanteur : ce que l'on appelle toujours « réseaux spécialisés » est devenu de la « grande distribution ».

 

En chapô :

 

« Sur le marché du bio, la compétition entre la grande distribution et les enseignes spécialisées s’intensifie. Pris entre deux feux, les petits fournisseurs indépendants pâtissent de cette guerre dont ils sortent perdants. En voulant protéger leurs valeurs, les magasins spécialisés ne vont-ils pas s’affaiblir au profit de la grande distribution ? »

 

 

ca_circuits_distribution.final_.png

Evolution du chiffre d'affaires bio par circuit de distribution de 1999 à 2016 (source)

 

 

La question finale ne nous intéresse guère. Les « valeurs » sont essentiellement des arguments de marketing, et nous sommes bien en peine de qualifier de « valeurs » les publicités agressives et dénigrantes de telle chaîne de magasins bio.

 

En revanche, le sort des agriculteurs... Cela nous ramène d'ailleurs directement aux « valeurs ». Les deux auteures résument le propos d'une dirigeante de PME :

 

« Pour elle comme pour d’autres petites entreprises françaises de charcuterie, de lait ou de biscuits bios, il est actuellement impossible de fournir à la fois la grande distribution et les enseignes 100% bio, car ces dernières refusent que les mêmes produits atterrissent dans les rayons de supermarchés. »

 

Qu'en pensent les autorités de la concurrence ?

 

L'article reste au niveau de la distribution et de la transformation, sans remonter aux producteurs. Une enquête à ce niveau-là serait bien intéressante, histoire de vérifier la cohérence entre les discours et la réalité.

 

 

Petite conclusion

 

Cette balade sur le site de l'Obs ne doit certes pas faire oublier qu'il y a des articles qui relèvent de l'indignité journalistique (un exemple ici). Mais elle démontre qu'il y a de réelles possibilités pour communiquer au grand public une image plus réaliste de l'agriculture. Il appartient à notre sens à la profession agricole et agroalimentaire de saisir la disponibilité de ce site et d'en inciter d'autres à prendre la même voie.

 

 

P.S. : On lira aussi avec intérêt « Comment Carrefour a changé de patron », en particulier pour connaître le poids du distributeur Carrefour et le comparer à celui de, par exemple Monsanto. Et aussi pour savoir comment a été reçue Mme Élise Lucet... son prochain Cash Investigation reproduira-t-il les huées qu'elle a subies ?

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