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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Du glyphosate dans vos aliments: le test d'À Bon entendeur »

11 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup)

« Du glyphosate dans vos aliments: le test d'À Bon entendeur »

 

Glané sur la toile 144

 

 

 

Bien petits ces bidons de glyphosate, même derrière la loupe. Comment aurait-ils été sur une chaîne publique française?

 

 

« À Bon Entendeur », c'est une émission quasi hebdomadaire d'une bonne quarantaine de minutes de la RTS, la radio télévision suisse, à l'intention des consommateurs.

 

C'est généralement fouillé, avec une réelle volonté d'informer et non de désinformer. Sa présentatrice, Mme Manuelle Pernoud a dit un jour : « Je n’ai aucun narcissisme ». Vous l'aurez compris, c'est l'anti-Élise Lucet. Et ses émissions, c'est la Schweizer Qualität, pas les honteux bidouillages de Cash Investigation.

 

L'émission du 6 juin 2017 avait pour thème : « Du glyphosate dans vos aliments: le test d'ABE ».

 

On peut la regarder dans son ensemble, ou séquence par séquence.

 

Nous aurions de quoi récriminer. Il y a ainsi quelques marchands de peur et, surtout, de doute, comme M. Robin Mesnage assurant le service pour les fameux rats de M. Gilles-Éric Séralini (et de lui-même). Il y a aussi une séquence sur les « Monsanto Papers ». Mais il faut bien admettre que cela fait partie de l'actualité – et du fond historique, faute pour les rationalistes de l'avoir proprement dégommé – et que le sujet est malheureusement incontournable.

 

L'émission donne aussi – et longuement – la parole au monde agricole au sens large et à des représentants de l'administration fédérale qui dispensent un discours rationnel et rassurant... elle est donc recommandée à ces gens de l'ANSES – par exemple – pour qu'ils en prennent de la graine ; et aux représentants du monde agricole pour qu'ils se manifestent davantage.

 

ABE a fait tester 16 aliments courants susceptibles d’être consommés plusieurs fois par semaine, voire tous les jours : des pâtes et des spaghettis, des céréales du petit-déjeuner, des biscuits et des biscottes, des chips, de la farine et du pain. Des résidus de glyphosate ont été détectés dans 6 de ces 16 produits.

 

 (Source)

 

 

Mais ABE ne se lance pas dans un discours à la Philippulus, qui sied si bien à 60 Millions, ou encore Générations Futures, relayé par des médias complaisants. Non ! Il comparent les niveaux de résidus trouvés avec la limite maximale de résidus (LMR) pour le blé, 10.000 ppb (parties par milliard), soit 10 milligrammes par kilogramme de produit.

 

Résultats ? Au maximum 111 ppb pour des Multi Cheerios de Nestlé, en gros, un centième de la LMR. En d'autres termes, sachant, d'une part, que la référence toxicologique est une personne de 60 kg et, d'autre part, que la dose journalière admissible est actuellement de 0,3 milligrammes/kilogramme de poids corporel (l'EFSA a proposé de la porter à 0,5 mg/kg p.c./jour – la Suisse a apparemment adopté cette valeur) , il faudrait ingurgiter journellement plus de... 160 kilos de cheerios pour atteindre le seuil – très protecteur – au-delà duquel on considère qu'on peut s'interroger sur les effets sur la santé.

 

La parole est toutefois donnée à un « toxicologue indépendant » – quand j'entends le mot « indépendant », je sors... – et co-fondateur de Toxpro. M. Vincent Perret estime donc « que ces résultats sont plutôt rassurants, mais soulèvent des questions : nous ne connaissons pas les effets cumulatifs et chroniques de la consommation régulière de tels résidus ». Et que : « Être exposé toute sa vie à ces produits-là augmente la probabilité de déclencher des problèmes de santé potentiels. » Quelle indigence intellectuelle et éthique ! Les DJA et LMR sont établies par référence à une consommation vie entière !

 

Une autre intervenante, Mme Sarah Gnoni, présidente de ToxicFree Suisse, juge inquiétante notre ignorance actuelle sur « l’effet cocktail » potentiel dans notre corps des substances cumulées. Air également connu. Mais on est dans l'infiniment petit. Même si epsilon + epsilon > 2 epsilon, on reste dans l'infiniment petit. Alors qu'un bel empoisonnement par du datura qui s'est retrouvé dans de la farine de sarrasin bio parce qu'on n'a pas pu maîtriser le désherbage...

 

L’Office Fédéral de la Sécurité Alimentaire (OSAV) a aussi testé 170 produits alimentaires de toutes sortes en mettant l'accent sur des produits fabriqués avec des matières premières provenant de l’étranger où l’usage du glyphosate est plus intensif qu’en Suisse, y compris en traitement de dessication peu avant récolte. Des traces ont été découvertes dans toutes les catégories de denrées alimentaires (mais pas dans les produits pour bébés et pour les enfants), en moyenne 5 µg/kg selon M. Vincent Dudler, responsable de l'évaluation des risques. Il conclut :

 

« Actuellement, des mesures urgentes concernant la contamination des denrées alimentaires par le glyphosate, il n'y en a aucune à prendre parce que les traces sont tellement faibles, le risque est tellement négligeable, que des mesures ou des recommandations pour les consommatrices et les consommateurs seraient totalement inutiles. Jusqu'à présent, tous les organismes qui évaluent des risques [ma note : le CIRC évalue un danger, enfin quand il fait proprement son travail] ont considéré que le glyphosate était une substance qui ne posait aucun problème de santé. »

 

La séquence continue par une référence à la récente lettre de M. Christopher Portier et aux quatre membres du Parlement Européen qui demandent une enquête. Et Mme Pernoud conclut :

 

« Le glyphosate est en pleine tempête. »

 

Qu'a – malheureusement – fait de tout ça le site de la RTS avec « Des résidus de glyphosate trouvés dans environ un tiers des aliments » ? Un article plutôt anxiogène ! Enfin, c'est notre avis.

 

 

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Ce même 6 juin 2017, l'OSAV a publié une mise à jour de sa fiche sur le glyphosate de la série « Zoom sur certaines substances ». Il annonce une première série de résultats :

 

 

 

 

Et il conclut :

 

« A partir des premiers résultats, il est possible de faire le calcul suivant : une personne adulte devrait consommer, en une journée, 71 kg de pâtes de l’échantillon le plus contaminé (421 µg/kg) pour atteindre la dose journalière acceptable maximale (30 milligrammes pour une personne adulte), c'est-à-dire la dose que l’on peut absorber chaque jour et une vie durant sans éprouver des conséquences sanitaires.

 

Les suisses consomment en moyenne 10 kg de pâtes alimentaires par an, c'est-à-dire bien moins que ce qu’il pourrait être consommé* en une journée. La consommation des denrées alimentaires les plus contaminées, telles les pâtes, et par conséquence celle des denrées les moins contaminées, est considérée comme sans risque pour la santé humaine. »

 

Notre ami en rationalisme alimentaire Albert Amgar a reproduit cette fiche in extenso et conclu par une note :

 

« NB : On pourrait attendre longtemps une telle approche de l’Anses… »

 

Le conditionnel est à notre sens incongru.

 

______________

 

Ma note : la traduction n'est pas parfaite, mais on aura compris : c'est bien moins que ce qu'on pourrait s'autoriser à manger en une journée.

 

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Albert Amgar 11/06/2017 21:39

Réflexion faite vous avez raison, le conditionnel est incongru !

Seppi 14/06/2017 17:36

Bonjour,

Merci pour votre commentaire ;

Toujours un plaisir de vous lire.