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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ce que ne révèle pas l'« enquête » du Monde sur les Monsanto Papers (deuxième partie) : Fiorella Belpoggi et l'hystérie anti-glyphosate

21 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Glyphosate (Roundup), #Monsanto

Ce que ne révèle pas l'« enquête » du Monde sur les Monsanto Papers (deuxième partie) : Fiorella Belpoggi et l'hystérie anti-glyphosate

 

 

 

 

16 mai 2016 : l'OMS annonce que le JMPR, la Réunion Conjointe FAO/OMS sur les résidus de pesticides, a « conclu que le glyphosate ne pose vraisemblablement pas de risque cancérogène [unlikely to pose a carcinogenic risk] pour l'Homme par l'exposition par l'alimentation ».

 

16 mai 2016 : Mme Fiorella Belpoggi, directrice du Centre de Recherche sur le Cancer Cesare Maltoni de l'Institut Ramazzini publie un communiqué faisant part de sa stupéfaction, et de celle de son équipe, devant cette décision et annonçant une étude d'une grande ampleur.

 

28 octobre 2016 : L'étude fait l'objet d'une présentation détaillée lors des Journées Ramazzini.

 

13 avril 2017 : Article dans Reuters. Les premiers résultats seraient négatifs, mais on ne paie rien pour attendre... le programme de travail est conçu pour peser sur la décision que l'Union Européenne doit prendre, en principe avant la fin de l'année, sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate.

 

Vous pensez peut-être que l'Institut Ramazzini est réellement « indépendant », donc attaché à la vraie science ? Il est un des sponsors de l'initiative citoyenne européenne « Stop Glyphosate ».

 

Et ce n'est pas tout...

 

 

 

 

 

L'Institut Ramazzini serait, si l'on comprend bien le canevas de l'« enquête » de M. Stéphane Foucart et Mme Stéphane Horel, une victime collatérale de Monsanto qui, « [p]our sauver le glyphosate, [aurait] entrepris de détruire par tous les moyens l’agence des Nations unies contre le cancer ». Un personnage – « l'étrange M. Watts » – évolue parmi les 1000 et plus participants à la célébration du 50e anniversaire du CIRC...

 

« Quelques mois plus tard, fin octobre 2016, l’homme ressurgit. Cette fois à la conférence annuelle qu’organise l’Institut Ramazzini, un célèbre organisme de recherche indépendant et respecté sur le cancer, basé près de Bologne, en Italie. Pourquoi diable le Ramazzini ? Un rapport, peut-être, avec l’annonce, faite quelques mois plus tôt par l’institut italien, qu’il allait conduire sa propre étude de cancérogénicité sur le glyphosate ? »

 

Une annonce d'étude tonitruante...

 

...qui commence sur le mode hystérique...

 

HiRes1 Passons donc à cette étude de cancérogénicité du glyphosate de l'Institut Ramazzini. Une première annonce a été faite en mars 2016. Le duo du Monde écrit :

 

« Le lancement par l’Institut Ramazzini, en mai 2016, d’une étude de toxicologie à long terme sur le glyphosate a concentré les tirs sur l’organisme, réputé pour sa compétence en matière de cancer. La directrice de recherche de l’institut, Fiorella Belpoggi, est l’une des rares scientifiques à avoir accepté de parler au Monde : "Nous ne sommes pas nombreux, nous avons peu d’argent, mais nous sommes de bons scientifiques et nous n’avons pas peur.»

 

Ah ! Nous avons retrouvé la déclaration de Mme Belpoggi à la suite de l'annonce du résultat des travaux du Comité conjoint de la FAO et de l'OMS sur les résidus de pesticides. Voici le texte complet de : « OMS e FAO: improbabile che il glifosato sia cancerogeno. Istituto Ramazzini: un disastro istituzionale e ecologico, serve una ricerca indipendente » :

 

« OMS et FAO : peu probable que le glyphosate soit cancérigène. L'Institut Ramazzini : un désastre institutionnel et écologique ; il sert la recherche indépendante

 

Moi et mon groupe de recherche, nous sommes restés incrédules à la nouvelle que le comité conjoint FAO/OMS sur les résidus de pesticides considère la cancérogénicité du glyphosate comme improbable. Il ne s'agit pas seulement de nier la dangerosité d'une substance chimique diffusée à travers le monde et probablement cancérigène, mais de bouleverser l'ensemble du cadre institutionnel qui garantit aux citoyens une évaluation correcte du risque chimique, réalisée avec une méthode désormais bien établie par des décennies de réponses et de confirmations.

 

La seule évaluation transparente qui ait été menée jusqu'à présent sur le glyphosate est celle du CIRC, la branche de l'OMS qui traite de l'évaluation des substances cancérigènes. Depuis les années 70, les critères ont toujours été les mêmes pour environ 1000 composés évalués. La classification d'une substance en cancérogène probable a toujours impliqué une sérieuse limitation de son utilisation par des mesures réglementaires, même si on n'est pas arrivé à une interdiction totale [ma note : c'est grossièrement faux !].

 

Il y a eu trop de cas où, de la classification du CIRC en "cancérogène probable", on est passé au groupe 1, "cancérogène reconnu" pour l'homme, seulement parce que, malheureusement, après une longue période de temps (même 10-30 ans), les effets ont été confirmés en comptant les morts pour cette cause. Des exemples de ce type sont notamment le formaldéhyde et le trichloroéthylène.

 

Nous ne devons pas répéter les erreurs du passé. Nous ne pouvons pas ignorer et nier sèchement et sans justification scientifique une alerte précise du CIRC, comme l'a fait le comité conjoint FAO/OMS sur les résidus de pesticides. Dans le cas de l'OMS, même en se contredisant.

 

Que faire en attendant ? Est-il possible de contribuer à l'interdiction du glyphosate en Italie ? La diffusion de l'herbicide est telle qu'il serait impossible de garantir par la fermeture des frontières que le glyphosate n'arrive pas sur nos tables. L'interdiction d'une substance avec un tel impact doit être globale, une interdiction nationale n'est pas efficace, principalement parce qu'il est impossible de contrôler tous les aliments importés. On ne peut arriver à une interdiction globale que par la certitude de la cancérogénicité du glyphosate.

 

Voilà pourquoi j'insiste sur la nécessité d'une recherche définitive visant à clarifier tous les risques qui n'ont pas encore été bien définis par les recherches effectuées jusqu'à présent. En particulier, les effets cancérogènes des faibles doses et les effets toxiques autres que le cancer qui n'ont pas été suffisamment étudiés.

 

L'Institut Ramazzini vient de commencer une étude pilote expérimentale pour valider la méthode de dosage la plus appropriée pour contrôler la présence de glyphosate dans les liquides biologiques (sang, urine, lait maternel) et évaluer les risques liés au glyphosate à des doses comparables à celles qui sont actuellement acceptées pour l'homme aux États-Unis et en Europe (maintenant considérées comme des doses sans risque), administrées pendant 90 jours. En particulier, cette étude évaluera les effets sur le développement, la fertilité et les modifications éventuelles de la microflore intestinale dont nous savons aujourd'hui qu'elle est très importante pour l'équilibre métabolique et immunitaire. Les résultats seront disponibles plus tard cette année.

 

L'étude pilote est une condition préalable à une étude intégrée à long terme de la toxicologie de la reproduction-neurotoxicité-cancérogenèse (durée de trois ans) que nous voudrions initier à la mi-2017. Cette étude indépendante serait également en mesure de préciser certains aspects pertinents sur lesquels ont été fondés les différents jugements du CIRC, de la commission OMS/FAO et de l'EFSA, apportant une contribution incontestable à l'évaluation à venir de la Commission Européenne et des États membres sur le renouvellement de l'autorisation.

 

Les gouvernements tentent de gagner du temps en autorisant une nouvelle licence pour une période de 7-10 ans contre les 15 demandés. En attendant les résultats de notre étude (durée 3-4 ans), il serait souhaitable d'adopter des limites plus strictes dans le respect du principe de précaution (article 191 TFUE).

 

Pour l'étude, on utilisera un modèle équivalent à l'homme (comme les doses admises chez l'homme : DJA américaine et DJA européenne) ; l'exposition commencera pendant la gestation chez les mères ; les effets toxiques seront évalués également en termes d'expression génique et de paramètres liés à la fertilité, d'anomalies du développement, de tendances de croissance. Les effets seront évalués sur le système nerveux et on évaluera les différences dans l'incidence des tumeurs liées au traitement avec le glyphosate.

 

Quelle que soit l'issue de l'étude de l'Institut Ramazzini, les organismes de réglementation et les décideurs auront à disposition des résultats solides et indépendants sur lesquels fonder une évaluation des risques adéquate et définitive.

 

Dr. Fiorella Belpoggi »

 

À en croire Facebook, ce texte est du 16 mai 2016, du jour même où l'OMS a publié son pré-rapport de la réunion du JMPR tenue du 9 au 13 mai 2016.

 

 

 

 

Quelle meilleure preuve peut-on apporter d'une hystérie anti-glyphosate et d'une réaction qui défie les principes les plus fondamentaux de l'approche scientifique ? Il y en a, mais patience !

 

 

...et bascule sur le mode grandiloquent

 

Le projet a fait l'objet d'une présentation le 28 octobre 2016, lors des Journées Annuelles Ramazzini. Deux chiffres : 430 rats par groupe, 3010 rats au total ! C'est tout simplement énorme.

 

Et dire que Mme Belpoggi a affirmé au Monde qu'ils avaient « peu d'argent » (M. Gilles-Éric Séralini n'avait que 200 rats). Dans cette interview – qui vaut aussi son pesant d'or : elle y évoque par exemple la trisomie 21... – Mme Belpoggi annonce que l'étude coûtera 2 à 3 millions d'euros.

 

 

 

 

.

 

Cela ferait sept groupes... avec un seul groupe témoin... la même faiblesse que dans l'étude de très haute renommée sur les rats de M. Séralini.

 

 

 

 

On a du mal à rester sérieux quand on lit qu'il faut aussi faire des études sur des doses faibles et réalistes : sachant que la population générale n'est pas exposée au « Roundup » (lequel, du reste, avec quels co-formulants ?), qu'elle est exposée à des doses infimes, et que les applicateurs ne sont pas exposés au Roundup tous les jours de leur vie, cinq sixièmes du projet sont sans intérêt... sauf évidemment à trouver, une fois encore, un danger du glyphosate ou du Roundup sur une base irréaliste.

 

Ce serait bien une formidable déveine si, avec toutes les recherches entreprises (enfin, si le projet est mené à bien), on ne trouve pas de quoi sonner le tocsin.

 

 

 

 

Et, bien sûr, en attendant, il faut appliquer le principe de précaution...

 

 

 

 

Premiers résultats négatifs... mais on ne paie rien pour attendre

 

Le 15 mars 2017, l'Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) a annoncé qu'elle ne classait pas le glyphosate comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. L'Institut Ramazzini a pris son temps pour réagir. Le 13 avril 2017, Reuters UK publie « New study on Monsanto weedkiller to feed into crucial EU vote » (une nouvelle étude sur l'herbicide de Monsanto alimentera un vote crucial de l'UE).

 

Mais les premiers résultats ne sont pas « bons ». On joue donc la montre :

 

« Les résultats d'une nouvelle étude sur des risques potentiels pour la santé de l'herbicide glyphosate sur des animaux seront publiés à temps pour informer un vote clé de l'UE sur la réautorisation d'ici la fin de 2017, selon la chercheuse qui mène l'essai.

 

[…]

 

Donnant des détails et des résultats préliminaires de la dernière étude à Reuters, la scientifique italienne Fiorella Belpoggi a déclaré que les rats expérimentaux exposés à l'herbicide à des niveaux équivalents à ceux autorisés chez les humains ne présentaient aucun effet indésirable initial.

 

"Les animaux exposés ne présentaient aucune différence évidente par rapport aux animaux non exposés", a déclaré Belpoggi, directrice du Centre de Recherche sur le Cancer Cesare Maltoni de l'Institut Ramazzini en Italie, lors d'une interview téléphonique.

 

"Mais cela nous dit très peu pour le moment, car les examens des paramètres clés qui pourraient être affectés par l'exposition sont encore en cours (et) nous attendons ces résultats", a ajouté Belpoggi. »

 

 

(Source)

 

 

Les « résultats [...] seront publiés à temps pour informer un vote clé de l'UE [...] », et pourtant :

 

« Mais elle a souligné que les contraintes de temps font que l'étude n'est pas en mesure d'analyser la cancérogénicité potentielle de l'herbicide, qui prendrait plusieurs années pour une recherche adéquate, compte tenu du temps que pourraient prendre les tumeurs pour se développer et croître. »

 

C'est curieux : le rat a une longévité de 2,5 à 3 ans. Et, comme elle disait en mars 2016 selon GMWatch : « Entre-temps, le principe de précaution s'applique ». La stratégie d'influence sur la décision politique a changé...

 

Mais cela se termine par une déclaration qui se veut neutre :

 

« "Nous aimerions avoir les résultats à temps pour aider les régulateurs à prendre la bonne décision sur ce produit chimique", a déclaré Belpoggi. "Si c'est négatif (pas d'effet), je serai heureuse parce que je suis également exposée. Mais s'il y a des dégâts, nous aimerions que tout le monde le sache". »

 

Mais nous ne serons pas dupes : cette étude, cette interview et cette annonce de résultats sont une manœuvre politique. Le CRIIGEN ne s'y est pas trompé et dévoile le pot aux roses avec une remarquable ingénuité :

 

« Néanmoins, face aux accusations de conflits d’intérêts qui touchent les agences de santé du monde entier, certains se montrent dubitatifs quant aux études de références et préfèrent entreprendre le travail eux-mêmes pour, pourquoi pas, faire pencher la balance dans l’autre sens. C’est la démarche qu’a entreprise le CRIIGEN en réalisant la première étude à long terme sur les effets du Roundup. C’est maintenant le cas de l’Italienne Fiorella Belpoggi, directrice du Centre de recherche contre le cancer Cesare Maltoni, dépendant de l’Institut Ramazzini. Cette coopérative scientifique regroupe environ 28 000 membres, qui ont financé l’étude qu’elle dirige. »

 

« ...pour, pourquoi pas, faire pencher la balance dans l’autre sens » ? Le constat d'une « science » à objectif politique...

 

 

L'Institut Ramazzini, sponsor de l'initiative citoyenne européenne « Stop Glyphosate »

 

Quelle crédibilité, donc, pour l'Institut Ramazzini, ce « célèbre organisme de recherche indépendant et respecté sur le cancer, basé près de Bologne, en Italie », selon le Monde du duo de Stéphane ?

 

Il est aussi un des sponsors de l'initiative citoyenne européenne « Stop Glyphosate », à l'ambition explicite.

 

 

 

 

[À suivre]

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miniTAX 23/06/2017 12:40

Ramazzini, "réputé", "compétent", "indépendant", ha, quelle bonne blague. Décidément, avec les gauchistes, tous les mots vont finir par puer à force d'être utilisés à contresens.

Ramazzini est une officine chérie des escrolos, prête à produire n'importe quel résultat à la demande moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. C'est elle qui a "trouvé" que l'aspartame cause le cancer par UNE étude que personne n'arrive à reproduire. On lui donnerai de l'eau à étudier qu'elle lui trouverait cancérigène. C'est vraiment une bande de méprisables charlatans !

Seppi 23/06/2017 14:58

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il suffit de naviguer un peu sur la toile pour se rendre compte de ce qu'est réellement l'Institut Ramazzini.

J'ai un autre article en chantier...