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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Si l'alimentation était plus chère…

7 Mai 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Willi l'Agriculteur

Si l'alimentation était plus chère…

 

Willi l'Agriculteur*

 

 

Dépenses personnelles en fonction du revenu mensuel en 2015 (salaire net en abscisse et euros par tête en ordonnée).

De haut en bas : formation, santé, loisirs, transports, logement et énergie, alimentation et boissons

 

 

« Je serais heureux de payer plus cher pour ma nourriture si je savais que... »

 

« Pour plus de bien-être animal, le consommateur est prêt à payer tant d'euros de plus pour un kilo de viande. »

 

« Les agriculteurs devraient vraiment accorder plus d'attention à la protection de l'environnement. Cela représenterait quelque chose pour moi. »

 

« Je suis en faveur de l'abolition des subventions pour les agriculteurs. »

 

« La nourriture est bien trop bon marché, il serait temps qu'il y ait de nouveau une famine. »

 

 

Qui ne connaît ces déclarations. Et il s'agit toujours d'une chose : de l'argent. Je me suis donc demandé ce qui se passerait si l'alimentation coûtait deux fois plus cher qu'aujourd'hui. Nous, les agriculteurs, sommes censés produire selon les souhaits de nos concitoyens de manière plus écologique qu'aujourd'hui (slogan : plus de bio). Mais cela a un coût parce que renoncer à des moyens de production ou limiter leur usage se traduit par des rendements moindres et donc une diminution de l'offre. En conséquence, les prix augmentent. La suppression des subventions conduirait à un résultat similaire. Si les paiements directs du gouvernement cessent, je dois, en tant qu'agriculteur, obtenir mon revenu grâce à des prix plus élevés pour mes produits (on peut philosopher longtemps pour savoir si c'est réaliste). Si cela ne se produit pas, je dois « clé sous la porte », ce que la plupart des agriculteurs ne veulent pas faire. Il suffit de dire : « préservation de la ferme familiale » (un slogan auquel je ne crois plus depuis longtemps).

 

 

Les chiffres de la vérité sur notre comportement en tant que consommateurs

 

Les Français et leur alimentation -- mars 2015 (source)

 

Mais combien dépensent les citoyens pour leur alimentation ? Combien pour d'autres domaines ? Et cela change-t-il avec le niveau de revenu ? J'ai voulu étudier ces questions et j'ai trouvé une statistique publiée par l'Office fédéral de la statistique Destatis en 2017. Le lien se trouve ci-dessous. Dans mon graphique, j'ai omis certains domaines tels que les télécommunications, les services d'hébergement ou d'aménagement intérieur parce que le graphique aurait été trop confus. Si vous le voulez, vous pouvez consulter l'original. Je me suis particulièrement intéressé au poste aliments, boissons et tabac. En moyenne, chaque ménage dépense 13,9 % (332 €) par mois. Le chiffre de 11 % que chacun de nous a en tête s'applique probablement aux seuls produits alimentaires ; mais je n'ai pas d'autres chiffres, surtout pas de chiffres plus fiables. Ce qui est frappant, c'est le niveau élevé du logement et de l'énergie, qui représente de 458 à 1320 € en fonction du revenu (47 à 30 %). Le remboursement des prêts pour la maison individuelle est inclus dans ce calcul.

 

 

Si la nourriture était deux fois plus chère

 

En moyenne, l'ensemble des ménages dépenseraient alors 664 €, soit environ 28 % du revenu moyen ! Pour les hauts revenus ce ne serait pas vraiment un problème, mais pas pour les bas salaires, pour lesquels la hausse des prix ferait passer le poste alimentation à 35 % des dépenses. Si on ajoute le logement et l'énergie (46,5 %), plus de 80 % de leur revenu net disparaîtrait. Il ne resterait plus grand chose pour la santé, l'éducation, l'habillement et la mobilité. Ni pour les loisirs, les divertissements et la culture. Mais les autres groupes de revenus devraient aussi réduire ces dépenses.

 

 

Où économiser ?

 

Un des éléments très importants de dépenses est le logement et l'énergie. Économiser sur les dépenses d'énergie est difficile et influencé par des facteurs externes. La marge de manœuvre est limitée. Si en plus des prêts à long terme pour votre propre maison sont encore en cours et doivent être remboursés, cela devient également difficile. Eh bien, vous pourriez la vendre, mais cela se ferait nettement sentir sur le marché de l'immobilier.

 

Budget alimentation moyen par mois en France en 2016, selon le revenu des ménages (en euros) (source)

 

 

Épargner sur le poste santé, personne ne le fait volontiers, parce que c'est la chose la plus précieuse que nous ayons. Il y a les transports. Le coût varie de 83 € pour les bas salaires à 703 € pour les contribuables à revenus élevés. Pour aller de A à B, une petite voiture suffit. On pourrait vendre la grande, mais cela aurait un effet certain sur le marché automobile.

 

Pour les loisirs, les divertissements et la culture, avec 253 € en moyenne, on dépense un peu moins que pour la nourriture. Là, on pourrait réduire un peu. Les vacances seraient donc écourtées ou on pourrait même y renoncer. Cela se ferait nettement sentir dans les entreprises de voyage et de tourisme. Mais pas seulement. Les théâtres, les cinémas, les parcs d'attractions, etc. s'en ressentiraient aussi.

 

 

Aider les pauvres

 

« Parce que les travailleurs à bas salaires sont particulièrement touchés par l'augmentation des prix, on devrait simplement les soutenir financièrement. » Oui, ce sera probablement nécessaire si on ne veut pas qu'ils s'alignent devant les soupes populaires de Caritas ou Diakonie, ou s'inscrivent pour l'aide alimentaire. Tout comme cela se fait déjà beaucoup, contraint et forcé, aujourd'hui. Mais cela ne signifie pas seulement augmenter les allocations Hartz IV. Une mère célibataire qui rentre à la maison après le travail avec 1 200 € ne pourra pas payer la nourriture plus chère. Par conséquent, il faudra aussi prévoir des mesures complémentaires. Ce sont des soutiens financiers gouvernementaux qui ne peuvent être financés que par l'argent des contribuables (de manière similaire aux « subventions »). On pourrait également distribuer à nouveau des cartes alimentaires. Ce seraient alors des prestations « non monétaires », mais cela ne change rien au financement. Je ne vais pas insister sur l'idée d'un « revenu de base universel » (tel que revendiqué par les partis de gauche). Vous pourrez en parler dans les commentaires.

 

 

« L'État a intérêt à ce que la nourriture soit bon marché »

 

C'est une phrase souvent entendue, maintes fois lancée en l'air. Mais qui est « l'État » ? Est-ce les politiciens, les partis politiques ? Si j'ai bien fait attention en classe d'histoire, l'État, ce sont nous tous. Mais si les prix des denrées alimentaires augmentent, sans aucune compensation sous forme de salaires plus élevés ou de prestations sociales, il y aura des troubles sociaux. Il y a assez d'exemples dans le monde. Voulons-nous, « l'État » veut-il cela ? Probablement personne. Par conséquent, la nourriture bon marché est aussi, d'une certaine manière, un facteur de paix. Cela semble étrange, mais c'est ainsi.

 

Et autre chose : plus de bien-être animal, plus de bio, plus de biodiversité et les autres exigences ne peuvent pas être obtenus gratuitement. Si les agriculteurs doivent le fournir, ils doivent être rémunérés pour cela, le mieux étant sous la forme de prix plus élevés des produits, et non sous la forme de ces subventions tant décriées.

 

 

De l'argent public pour des services publics

 

L'idée est de supprimer les paiements existants liés à la surface et de ne les payer qu'en échange de la fourniture de services socialement souhaitables. Dans mon cas, ce ne serait plus la production alimentaire, mais l'entretien du biotope. J'obtiendrais donc de l'argent pour cultiver mes propres terres de telle manière qu'une plus grande diversité d'espèces pourrait s'y installer. Ma production de plantes de grande culture ne permet pas cela ; elle serait donc remplacée par un mélange d'herbe, d'arbustes et d'arbres. Ce que je ferais et comment je le ferais me serait prescrit. Par qui ? Je ne sais pas, sans doute « l'État ».

 

 

Alors je ferai cela

 

Ça a l'air fou, mais c'est quelque chose que je pourrais même imaginer. Cependant, la mise en jachère devrait être rémunérée par un montant bien au-delà de 1.000 € par hectare. Certes, je serais alors un employé, mais mentalement cela ne me pose pas trop de problèmes. Qui paie pour la musique choisit les airs. C'est ça le capitalisme. Il est également clair que ce genre d'accord doit avoir une durée d'au moins 20 ans, bien plus que la durée d'une législature. Si, plus tard, quelqu'un s'aperçoit que les conséquences ne sont pas celles qui étaient prévues, cela ne doit pas être à mes frais. Juste un mot-clé ici : transition énergétique. Un domaine où tout ne se déroule pas sans heurts. Mais je digresse...

 

Voilà, je vous ai fait part de mes pensées sur les prix alimentaires. J'ai cependant complètement laissé de côté le secteur de la distribution alimentaire, qui a aussi un mot important à dire dans toutes ces considérations. Après tout, c'est la plaque tournante entre les agriculteurs, les citoyens et les consommateurs. Mais je ne vais tout de même pas mettre aussi ce tonneau en perce.

 

J'ai une demande avant que vous n'écriviez des commentaires : s'il vous plaît , n'écrivez pas sur ce qui n'irait pas, mais faites vos propres propositions sur comment le faire marcher.

 

Merci

 

Votre Willi l'Agriculteur

 

_______________

 

* Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Source : http://www.bauerwilli.com/wenn-das-essen-teurer-wird/

 

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