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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« L’effet-cocktail du Monde et de Générations Futures » sur Agriculture et Environnement

31 Mai 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Santé publique

« L’effet-cocktail du Monde et de Générations Futures » sur Agriculture et Environnement

 

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L'effet cocktail entre le pamplemousse et certains médicaments est bien connu. Mais ici, il ne s'agit pas de doses infinitésimales.

 

 

Avec cet article – une analyse d'une très grande qualité – nous remontons dans le temps. « L’effet-cocktail du Monde et de Générations Futures » part d'un article publié dans le Monde le 7 août 2012, « L'inquiétant effet cocktail des pesticides sur nos cellules », avec un non moins inquiétant chapô, « Ingérés ensemble, certains produits chimiques deviennent extrêmement nocifs pour la santé. »

 

L'article du Monde brode – sur le mode alarmiste qui sied si bien à ce journal, rubrique Planète évidemment – sur un article en principe scientifique, « A Preliminary Investigation into the Impact of a Pesticide Combination on Human Neuronal and Glial Cell Lines In Vitro ».

 

Nous osons le «en principe» sans grand risque : M. Gil Rivière-Wekstein en a produit un savant démontage. Enfin, pas vraiment savant sur l'essentiel : il relève du simple bon sens qu'un monde sépare, d'une part, les études sur des cellules isolées – en plus avec des doses extravagantes de substances réputées nocives – effectuées en laboratoire et, d'autre part, la réalité du corps humain (ou animal), où ces substances sont confrontées à plusieurs barrières qui les empêchent souvent de parvenir aux cellules.

 

Mais le bon sens ne prévaut pas partout, même pas dans les laboratoires et chez les pairs réviseurs. Voyez cette phrase du résumé :

 

« Over 48h, all three agents showed significant reductions in cellular ATP, at concentrations that were more than tenfold lower than those which significantly impaired cellular viability. »

 

Quel intérêt de savoir qu'après 48 heures, tous les trois agents ont provoqué des diminutions significatives de l'ATP cellulaire à des concentrations plus de dix fois inférieures à celles qui altèrent significativement la viabilité cellulaire ? Au-delà de l'extraordinaire flou, ce qui devrait nous intéresser, ce sont les doses susceptibles d'affecter les cellules (le cas échéant) en conditions réelles.

 

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Texte de A &E : Dans leur étude, Coleman et al. notent la présence d’effets synergiques supposés lorsque les différents pesticides sont injectés directement dans les cellules. Selon la figure 3 de ce document, ceux-ci sont effectivement significatifs à 500 μM (100 ppm). Or, la limite maximale de résidus (LMR) de la plupart des aliments que nous ingérons se situe plutôt à hauteur de 0,05 ppm. Autrement dit, les concentrations utilisées dans l’expérience dépassent largement ce que l’on retrouve – même dans les pires scénarios – dans notre alimentation ! Comme l’a si justement indiqué la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), « pour qu’une information soit solide et exploitable, elle doit être complète [...]. Le consommateur mérite la vérité. Oui, mais toute la vérité » D’ailleurs, celle-ci est plutôt curieuse ; car la figure 3 montre qu’à des doses de 62,5 μM (soit de l’ordre de 12 ppm), on observerait plutôt... un effet antagoniste ! Dommage que les auteurs n’apportent aucune explication à cet étrange phénomène...

 

 

A & E se penche aussi sur les liens d'intérêts, notamment avec Générations Futures et Antidote Europe. Extrait :

 

« Créée suite à son départ [de M. Claude Reiss] précipité de l’Institut Jacques Monod, Antidote Europe a donc avant tout pour objectif de prouver que les tests de toxicité sont possibles sans avoir recours aux animaux. En 2008, François Veillerette, le patron de Générations Futures, lui a proposé d’établir la toxicité d’un cocktail de plusieurs pesticides retrouvés sur une même grappe de raisin. "Générations Futures et Antidote Europe se sont donc associées pour concevoir et financer les expériences nécessaires à cette démonstration", explique le maître-d’œuvre de l’étude, dès lors associé au président de Générations Futures. Sans surprise, les conclusions des travaux, financés à hauteur de 70000 euros – notamment grâce à la participation de deux associations de défense des droits animaliers, The Marchig Animal Welfare Trust Edinburgh et l’Union belge pour l’abolition de l’expérimentation sur animaux vivants –, correspondent exactement aux attentes des deux commanditaires. »

 

La liste des auteurs de l'article comprend deux membres d'Antidote Europe ; l'auteur principal, M. Michael D. Coleman, est aussi membre du comité scientifique permanent de cette association. Mais, rassurez-vous, les auteurs ont déclaré une absence de « competing interests ». C'est sémantiquement exact : les intérêts ne sont pas concurrents, mais congruents. S'agissant des intérêts non finaciers de M. Reiss, on peut s'instruire par exemple ici.

 

Un monde sépare l'in vitro de l'in vivo ? Un monde sépare aussi l'article scientifique de son exploitation médiatique, y compris par ses auteurs. Il est en effet remarquable que le résumé – particulièrement flou – ne dit quasiment rien sur le « coktail ». Comme noté sur A& E sur la base d'un exemple, l'interprétation des résultats n'est pas simple... elle pourrait même être en faveur du « cocktail » !

 

On peut s'en remettre à la communication de l'INRA. Publié le 31 août 2016 – quatre ans après –, « L’effet cocktail des pesticides »annonce (à propos de « Genotoxicity of pesticide mixtures present in the diet of the French population », Graillot V. et al.) : « Pour la première fois, une étude démontre expérimentalement un effet cocktail pour un mélange de cinq pesticides trouvés dans l’alimentation humaine. » C'est donc que l'étude de Coleman et al. n'est pas la première...

 

À vrai dire, les deux sont précédées par les illustres travaux de Mme Marie-Monique Robin. De son blog, en date du 31 août 2012 :

 

« Je me contenterai, aujourd’hui, de citer une étude publiée le 3 août, dans la revue scientifique PloSOne, dont Le Monde s’est fait écho, le 8 août, dans un article intitulé « L’inquiétant cocktail des pesticides sur nos cellules ». Elle confirme ce que j’ai largement démontré dans mon film et livre Notre poison quotidien, à savoir qu’à des doses infimes, telles qu’on les retrouve, dans les aliments, les pesticides constituent une véritable bombe chimique, provoquant sur les êtres humains des dysfonctionnements majeurs, liés aux grandes "épidémies" qui caractérisent l’ère industrielle : cancers, maladies neurodégénératives, et troubles de la reproduction. »

 

On peut lire aussi « Inquiétant effet cocktail ? ou manipulation pur jus ? », écrit en son temps par Forumphyto.

 

 

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